{"id":1338,"date":"2014-12-04T01:00:17","date_gmt":"2014-12-04T00:00:17","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=1338"},"modified":"2014-12-04T01:00:17","modified_gmt":"2014-12-04T00:00:17","slug":"gouverner-par-la-mort","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2014\/12\/04\/gouverner-par-la-mort\/","title":{"rendered":"Gouverner par la mort"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Traduction par Marion Gary et Liuvan revue par Paulin Dardel et Alexandre Sanchez<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">\nLe 26 septembre dernier, six personnes, dont au moins deux \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole normale rurale (la <i>normal<\/i>) d\u2019Ayotzinapa<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es par des membres de la police de l\u2019\u00c9tat du Guerrero dans la ville d\u2019Iguala. Les policiers, de m\u00e8che avec les narcotrafiquants locaux,&nbsp;ont tir\u00e9 sur plusieurs v\u00e9hicules qui, pour la plupart, se rendaient dans la capitale du Guerrero pour comm\u00e9morer le massacre de centaines d\u2019\u00e9tudiants par l\u2019arm\u00e9e en 1968. Apr\u00e8s la sanglante fusillade, une r\u00e9pression tr\u00e8s violente et une traque polici\u00e8re dans la ville d\u2019Iguala ont provoqu\u00e9 la disparition de 43 \u00e9tudiants, toujours port\u00e9s disparus deux mois plus tard. Ils auraient probablement \u00e9t\u00e9 sauvagement assassin\u00e9s par le crime organis\u00e9 qui a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 revendiqu\u00e9 la mort de 17 d\u2019entre eux.<br \/>\nJohn Gibler, journaliste ind\u00e9pendant, s\u2019est rendu dans l\u2019\u00c9tat du Guerrero, quelques jours apr\u00e8s le massacre, et a interview\u00e9 les \u00e9tudiants survivants d\u2019Ayotzinapa. Le texte qui suit est la traduction en fran\u00e7ais d\u2019une conf\u00e9rence qu\u2019il a donn\u00e9e en octobre 2014 au caf\u00e9 zapatiste de Mexico.\n<\/p>\n<p><em><strong>+ 2 annexes&nbsp;:<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>1\/ La guerre de la drogue<\/strong><\/p>\n<p><strong>2\/ Chronologie exhaustive d\u2019Ayotzinapa<\/strong>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/IgualaJefKlak.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en PDF<\/a><br \/>\n<br \/>\n<a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapaOK.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger la chronologie \u00e9tablie par le site d&#8217;information mexicain <em>Animal Politico<\/em>, traduit en fran\u00e7ais par Jef Klak.<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapa-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapa-1-711x1024.jpg\" alt=\"ChronologieAyotzinapa-1\" width=\"690\" height=\"993\" class=\"alignleft size-large wp-image-1364\" \/><\/a>\n<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr\/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bonsoir \u00e0 toutes et \u00e0 tous. C\u2019est un honneur pour moi d\u2019\u00eatre ici avec vous, au caf\u00e9 Comandante Ramona. C\u2019est un espace de lutte et un lieu de vie. Je remercie avant tout votre attention parce qu\u2019\u00e9couter est un acte politique et social, qui inspire le respect. Je vous remercie donc par avance pour votre \u00e9coute. Et en r\u00e9p\u00e9tant ce mot, cette id\u00e9e que je continue \u00e0 apprendre des <i>compas<\/i> de l\u2019Arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale (EZLN), je veux vous transmettre aujourd\u2019hui un travail d\u2019\u00e9coute, de celui ou celle qui se d\u00e9place sur un lieu de lutte, un lieu de douleur, qui parle avec les gens puis tend l\u2019oreille, et en vient ensuite \u00e0 partager avec d\u2019autres <i>compas<\/i> ce qu\u2019il a pu \u00e9couter.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Testimonio del periodista Jhon Gibler sobre los Normalistas de #Ayotzinapa.\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/GagUHId9vnA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Plusieurs aspects de la derni\u00e8re conf\u00e9rence de presse de l\u2019EZLN avec les m\u00e9dias alternatifs, libres, autonomes, etc. m\u2019ont paru d\u00e9terminants afin de repenser sans cesse mon propre travail. Comme le dit notamment le <i>compa<\/i> sous-commandant Galeano, ceux qui connaissent la situation sont ceux qui en font l\u2019exp\u00e9rience, et il faut aller sur les lieux m\u00eames pour comprendre comment se d\u00e9roulent les processus de r\u00e9sistance, comment les populations vivent la douleur caus\u00e9e par la r\u00e9pression. Il y a aussi une chose qu\u2019a dite le sous-commandant Mois\u00e9s lorsqu\u2019il s\u2019agit de \u00ab&nbsp;faire sienne la douleur&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Selon moi, si vous prenez la douleur sur vous, vous allez faire un bon travail.<\/i>&nbsp;\u00bb Il a aussi soulign\u00e9 que nous qui faisons ce travail de journalisme, nous n\u2019arrivons pas bien \u00e0 en comprendre l\u2019importance des situations pour les communaut\u00e9s.  <\/p>\n<p>Dans cette dynamique du travail fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9coute, de celui qui va parler avec les gens qui vivent ces situations, je m\u2019efforce de \u00ab&nbsp;faire mienne&nbsp;\u00bb cette douleur. Dans ce cas pr\u00e9cis, l\u2019intensit\u00e9 de la douleur que j\u2019ai per\u00e7ue \u00e0 Ayotzinapa au sein des 43 familles des disparus, des \u00e9tudiants survivants, des amis et des <i>compas<\/i> des 43 disparus, est inimaginable. On ne peut ni la d\u00e9crire, ni la mesurer. Moi, je n\u2019ai pas les mots&nbsp;; ce que j\u2019ai, c\u2019est une absence, une rage, une exp\u00e9rience difficile du langage \u00e0 travers lequel je veux trouver les mots pour parler de cette douleur. <\/p>\n<h4>\nComm\u00e9morer 1968<br \/>\n<\/h4>\n<p>Je voudrais d\u2019abord revenir sur les faits. Quand je suis arriv\u00e9 dans le Guerrero, je me suis dit que je voulais \u00e0 la fois accompagner les mobilisations qui se mettaient d\u00e9j\u00e0 en place, et enqu\u00eater sur ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 Iguala. Je suis arriv\u00e9 la nuit du 3 octobre. \u00c0 vrai dire \u2013 et l\u00e0 je fais mon autocritique \u2013, j\u2019ai trop tard\u00e9 \u00e0 venir, je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 mesurer l\u2019ampleur de ce qui se passait. J\u2019\u00e9tais stup\u00e9fi\u00e9, d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, jusqu\u2019\u00e0 la manif du 2 octobre, ici, \u00e0 Mexico, o\u00f9 je me suis dit qu\u2019il fallait y aller. Il fallait \u00e9couter. Et je suis parti. <\/p>\n<p>J\u2019ai particip\u00e9 aux manifestations, en soutien, et en m\u00eame temps, je cherchais \u00e0 parler avec le plus grand nombre de personnes parmi les survivants de l\u2019attaque polici\u00e8re et paramilitaire de la nuit du 26 au 27 septembre. Du coup, je me suis pr\u00e9sent\u00e9 au comit\u00e9 de lutte d\u2019Ayotzinapa, je leur ai remis des exemplaires de mes livres, et leur ai parl\u00e9 de mon projet de travail. Ils se sont montr\u00e9s accueillants et m\u2019ont facilit\u00e9 le travail pour coordonner les entretiens de chacun des \u00e9tudiants survivants pr\u00e9sents dans l\u2019\u00e9cole normale rurale. <\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, 600 personnes voulaient s\u2019inscrire, et il n\u2019y avait de la place que pour 140 \u00e9tudiants \u2013 c\u2019est d\u2019ailleurs une de leurs revendications constantes&nbsp;: l\u2019augmentation du nombre d\u2019inscriptions, vu l\u2019\u00e9norme demande. Sur les 140 \u00e9tudiants de premi\u00e8re ann\u00e9e, 22 \u00e9taient dans l\u2019\u00e9cole quand j\u2019y suis all\u00e9. Rappelons qu\u2019il y a 43 disparus&nbsp;; les p\u00e8res et m\u00e8res de la majorit\u00e9 des autres \u00e9tudiants, terrifi\u00e9s, sont venus chercher leurs enfants. J\u2019ai donc pu parler avec ces 22 \u00e9tudiants et en interviewer 14 parmi ceux pr\u00e9sents \u00e0 ce moment-l\u00e0. La mini-chronique que je voudrais partager avec vous, c\u2019est donc le r\u00e9sultat de ce que j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 au fil de ces entretiens. Parce qu\u2019il y a toujours pas mal de confusion dans les m\u00e9dias, et moi, je n\u2019ai pas trouv\u00e9 l\u2019endroit o\u00f9 d\u00e9poser tout ce qu\u2019ils ont partag\u00e9. <\/p>\n<p>Il faut avant tout rappeler que ce sont des jeunes entre 18 et 20 ans environ. \u00c7a faisait \u00e0 peine un mois qu\u2019ils avaient entam\u00e9 leur premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9tude. Il s\u2019agit d\u2019un internat de gar\u00e7ons, qui proviennent des villages les plus marginalis\u00e9s du pays, les plus durement frapp\u00e9s au niveau \u00e9conomique et social. Beaucoup sont issus de communaut\u00e9s indig\u00e8nes ou paysannes. La grande majorit\u00e9 sont fils de paysans et viennent \u00e9tudier \u00e0 Ayotzinapa pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils voient dans cette \u00e9cole le seul chemin possible pour revenir ensuite dans leur village en ramenant quelque chose d\u2019utile. <\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Le vendredi 26, on avait promis \u00e0 ces gar\u00e7ons qu\u2019ils pourraient rendre visite \u00e0 leur famille dans les villages pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e; et ils \u00e9taient donc tout excit\u00e9s. Mais au dernier moment, on les pr\u00e9vient que non, finalement ce ne sera pas avant le lendemain, samedi. Le vendredi apr\u00e8s-midi, vers 15 ou 16 heures, alors que les uns sont aux champs sous le soleil de plomb de l\u2019\u00c9tat du Guerrero et les autres aux r\u00e9p\u00e9titions de l\u2019orchestre ou au club de basket, on leur annonce qu\u2019il faut se r\u00e9unir \u00e0 17 heures devant les bus, parce qu\u2019il y a une activit\u00e9 de pr\u00e9vue. L\u2019heure arrive, ils grimpent dans les deux bus et quittent la <i>normal<\/i>. Vers 17 heures, au moment o\u00f9 ces 80 gar\u00e7ons partent, ils ne savent m\u00eame pas o\u00f9 ils vont. Ils sont un peu d\u00e9\u00e7us parce que leurs proches leur manquent, et qu\u2019ils vont devoir attendre un jour de plus pour les voir. Mais une fois dans les bus, avec la camaraderie habituelle, ils retrouvent leur bonne humeur&nbsp;; les discussions vont bon train, les blagues fusent.<\/p>\n<p>Beaucoup sont excit\u00e9s aussi, parce que, pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, c\u2019est la premi\u00e8re activit\u00e9 de lutte de cette premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 Ayotzinapa&nbsp;: on leur explique qu\u2019ils vont aller chercher deux autres bus, pour pouvoir transporter plus de <i>compas<\/i> \u00e0 la manif du 2 octobre, pour la comm\u00e9moration du massacre des \u00e9tudiants de 1968, et que les bus vont \u00eatre retenus pour un peu plus de temps, pour pouvoir r\u00e9aliser leurs sorties de terrain. L\u2019id\u00e9e est donc de faire une collecte d\u2019argent&nbsp;; la route sera bloqu\u00e9e, et ils sortiront avec des tracts et des tirelires pour demander de l\u2019aide pour financer leurs activit\u00e9s. Dans tous les entretiens que j\u2019ai effectu\u00e9s, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le fait qu\u2019ils parlent d\u2019Ayotzinapa avec beaucoup d\u2019amour, d\u2019\u00e9motion et de tendresse. Ils ne mentionnent jamais leurs profs, ni leurs cours, mais parlent de leur \u00e9cole, de cet espace, du fait d\u2019\u00eatre ensemble, et de la lutte. <\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Ces <i>compas<\/i> sont donc heureux \u00e0 l\u2019id\u00e9e de r\u00e9aliser leur premi\u00e8re action, et aussi d\u2019avoir des bus pour pouvoir faire leur observation de terrain, parce que c\u2019est ce qui les int\u00e9resse beaucoup&nbsp;: pouvoir aller dans les villages et assister \u00e0 des classes, observer des ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole. Les <i>normales<\/i> rurales n\u2019ont pas de bus pour transporter des centaines d\u2019\u00e9tudiants jusqu\u2019\u00e0 des villages tr\u00e8s recul\u00e9s et difficilement accessibles de l\u2019\u00c9tat du Guerrero. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019est n\u00e9e la strat\u00e9gie de r\u00e9cup\u00e9rer les bus de luxe qui transitent sur les routes du Guerrero, en annon\u00e7ant au chauffeur \u00ab&nbsp;Vous venez avec nous&nbsp;\u00bb. Et \u00e7a marche&nbsp;: les chauffeurs conduisent les \u00e9tudiants et se retrouvent \u00e0 camper \u00e0 Ayotzinapa o\u00f9 on leur donne \u00e0 manger. C\u2019est une strat\u00e9gie de lutte, de dire \u00ab&nbsp;Notre \u00e9ducation est importante pour nous, et ce qui est important aussi, c\u2019est de pouvoir aller dans les villages, assister aux classes, pour apprendre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/unnamed-131.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/unnamed-131-1024x576.jpg\" alt=\"unnamed-131\" width=\"690\" height=\"388\" class=\"alignleft size-large wp-image-1396\" \/><\/a><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p id=\"caption\">Photo Paris Martinez<\/p>\n<h4>\nGuet-apens policier<br \/>\n<\/h4>\n<p>Le plan est donc d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 Huitzuco, qui est sur le chemin d\u2019Iguala, parce qu\u2019ils ont eu vent que le gouverneur de l\u2019\u00c9tat du Guerrero, conjointement avec le maire de Chilpancingo (capitale de l\u2019\u00c9tat), a post\u00e9 des polices anti-\u00e9meute pour prot\u00e9ger la gare routi\u00e8re de Chilpancingo o\u00f9 les \u00e9tudiants vont toujours pour prendre un ou deux bus. D\u2019ailleurs, ils y sont all\u00e9s la semaine pr\u00e9c\u00e9dente. Donc ce jour-l\u00e0, ils ont deux bus, et ils en veulent d\u2019autres. Du coup, ils d\u00e9cident de ne pas aller \u00e0 la gare routi\u00e8re de Chilpancingo, pour ne pas provoquer de violence inutile, selon ce qu\u2019ils m\u2019ont dit. \u00ab&nbsp;<i>On prend un autre chemin, pour d\u00e9tourner l\u2019attention. Et on va jusqu\u2019\u00e0 Iguala.<\/i>&nbsp;\u00bb <\/p>\n<p>Ils arrivent \u00e0 Huitzuco, garent les deux bus, descendent, et commencent la collecte d\u2019argent. La nuit commence \u00e0 tomber. Il y a pas mal de gens agressifs. Les \u00e9tudiants m\u2019ont racont\u00e9 que certaines voitures leur fon\u00e7aient dessus. Ils ne voulaient pas ralentir. Non loin de l\u00e0, juste avant le p\u00e9age o\u00f9 ils font la collecte, la police f\u00e9d\u00e9rale est en train de d\u00e9tourner les bus qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 passer. En apprenant cela, les <i>compas<\/i> se disent \u00ab&nbsp;<i>C\u2019est la merde, on va pas arriver \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer d\u2019autobus, parce qu\u2019ils les d\u00e9vient avant qu\u2019ils arrivent au p\u00e9age.&nbsp;<\/i>\u00bb \u00c0 ce moment pr\u00e9cis, il y en a un qui arrive et qui va vers Iguala. Ils le bloquent et montent \u00e0 bord, et disent au chauffeur&nbsp;: <\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Vous savez quoi, vous allez devoir nous accompagner<\/i>&nbsp;!<\/p>\n<p> <i>\u2013<\/i><i> Ok, c\u2019est bon, mais laissez-moi juste emmener les passagers pour les d\u00e9poser \u00e0 la gare routi\u00e8re d\u2019Iguala, r\u00e9pond le chauffeur.<\/i><\/p>\n<p><i>\u2013<\/i><i> Pas de probl\u00e8me.&nbsp;<\/i>\u00bb <\/p>\n<p>Un groupe de neuf monte dans le bus, direction Iguala. Pourquoi ce d\u00e9tail est-il important&nbsp;? Parce qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, les \u00e9tudiants ne connaissent ni le maire d\u2019Iguala ni la pr\u00e9sidente du DIF (<i>Desarrollo integral de la familia<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">2<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_2\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>), ils ne savent pas que la pr\u00e9sidente du DIF a des fr\u00e8res li\u00e9s au narcotrafic, et encore moins que tout ce beau monde organise une soir\u00e9e de pr\u00e9campagne \u00e9lectorale d\u00e9guis\u00e9e sous l\u2019apparence du compte-rendu public des activit\u00e9s du DIF. Les \u00e9tudiants veulent juste r\u00e9colter de l\u2019argent, choper deux bus et puis rentrer. S\u2019ils vont jusqu\u2019\u00e0 Iguala, c\u2019est parce qu\u2019ils ne veulent pas laisser les passagers du bus au bord de la route aussi loin de la ville, et ils d\u00e9cident donc d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 la gare routi\u00e8re, les d\u00e9poser puis repartir\u2026 <\/p>\n<p>Quand ils arrivent \u00e0 la gare routi\u00e8re, le chauffeur descend, mais ne remonte pas. Les \u00e9tudiants commencent \u00e0 devenir nerveux, parce qu\u2019ils voient le chauffeur passer plein de coups de fil et parler \u00e0 des coll\u00e8gues. Des agents de s\u00e9curit\u00e9 arrivent, commencent \u00e0 parler au talkie-walkie, et l\u00e0, les gar\u00e7ons se disent &nbsp;\u00ab&nbsp;<i>Merde, il y a quelque chose qui tourne pas rond.&nbsp;<\/i>\u00bb Ils appellent leurs copains par t\u00e9l\u00e9phone pour les alerter&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>On est \u00e0 moiti\u00e9 s\u00e9questr\u00e9s dans ce bus, le chauffeur ne remonte pas, venez nous chercher&nbsp;!&nbsp;<\/i>\u00bb Les deux bus des \u00e9tudiants partent donc vers Iguala, pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs neuf <i>compas<\/i>, \u00ab&nbsp;d\u00e9tenus&nbsp;\u00bb dans ce bus, comme ils le disent eux-m\u00eames. Une fois sur place, ils les font descendre, prennent ensemble deux nouveaux bus, de la compagnie CostaLine et Estrella Roja, et sortent de la gare routi\u00e8re. <\/p>\n<p>Il est alors environ 21 heures. Ils ont cinq bus. Un bus, apparemment suivi d\u2019un autre, prend le chemin le plus court depuis la gare routi\u00e8re (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du march\u00e9) vers le p\u00e9riph\u00e9rique sud puis nord, et enfin l\u2019autoroute en direction de Chilpancingo. Le chauffeur d\u2019un troisi\u00e8me bus roule au pas, selon l\u2019un des <i>compas<\/i>. Deux autres bus le suivent. Ils passent par le <i>z<\/i><i>\u00f3<\/i><i>calo<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">3<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_3\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, et ensuite par l\u2019avenue Juan N. Alvarez. Il traverse toute la ville d\u2019Iguala en direction du p\u00e9riph\u00e9rique nord. <\/p>\n<p>Un des <i>compas<\/i> me raconte qu\u2019il perd patience, et demande au chauffeur d\u2019aller plus vite et d\u2019appuyer sur le champignon, parce qu\u2019il faut qu\u2019ils sortent d\u2019Iguala au plus vite, lorsque, soudain, des voitures de police arrivent, et commencent \u00e0 tirer. Au d\u00e9but, les \u00e9tudiants pensent qu\u2019ils tirent en l\u2019air, et ils d\u00e9cident de descendre du bus, sans avoir peur des tirs. Ils m\u2019ont dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que jamais ils n&#8217;auraient pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait possible&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous, on se bastonne avec la police, on n\u2019a pas peur de se battre avec les flics s\u2019il le faut pour la lutte, on n\u2019a pas peur qu\u2019ils tirent en l\u2019air pour nous effrayer.&nbsp;\u00bb <\/p>\n<p>Ils descendent donc du bus, prennent quelques pierres qu\u2019ils commencent \u00e0 jeter vers les policiers, et tentent de mettre sur le c\u00f4t\u00e9 une des patrouilles qui bloque le chemin. \u00c0 ce moment-l\u00e0, la police fait feu, \u00e0 tirs tendus. Ils s\u2019en rendent compte, remontent \u00e0 bord, et s\u2019en vont le plus vite possible sur l\u2019avenue Alvarez. D\u2019autres patrouilles arrivent en tirant de plus belle. \u00c0 quelques m\u00e8tres du p\u00e9riph\u00e9rique nord (\u2026), une patrouille leur barre la route, ce qui permet au chauffeur, \u00e0 ce flic, de prendre ses jambes \u00e0 son cou. <\/p>\n<p>Les deux autres bus arrivent \u00e0 leur tour (le quatri\u00e8me et le cinqui\u00e8me, on s\u2019en souvient, ont pris un autre chemin). Les patrouilles qui les poursuivaient arrivent par derri\u00e8re et sur les c\u00f4t\u00e9s, et parviennent \u00e0 les encercler. Les jeunes du premier bus descendent alors sous les tirs (\u2026) pour repousser la patrouille&nbsp;; mais deux ou trois autres d\u00e9boulent et leur tirent dessus. Les \u00e9tudiants se baissent en continuant de d\u00e9gager la patrouille juste devant eux, et c\u2019est alors que le <i>compa<\/i> Aldo re\u00e7oit une balle dans la t\u00eate. <\/p>\n<p>J\u2019ai interview\u00e9 plusieurs de ses camarades, et tous disent qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, quand ils le voient s\u2019effondrer, tout change. Ils cherchent \u00e0 la fois \u00e0 se prot\u00e9ger et \u00e0 se sortir de l\u00e0 (\u2026). Ils essaient de le relever, mais il y a d\u00e9sormais tant de policiers, les tirs sont si nourris, qu\u2019ils ne peuvent plus ressortir du bus pour aller le chercher. Cette phase de l\u2019op\u00e9ration polici\u00e8re va durer environ une heure et demie. Les <i>compas<\/i> passent alors des coups de fil, envoient des SMS, surtout \u00e0 ceux de la <i>normal<\/i> et du comit\u00e9 de lutte pour leur dire qu\u2019ils se font tirer dessus, en leur demandant de venir les chercher. C\u2019est important, parce qu\u2019Ayotzinapa est situ\u00e9 \u00e0 environ 110 km d\u2019Iguala. La base militaire du 27<sup>e<\/sup> bataillon de l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale, elle, est situ\u00e9e \u00e0 3 km. Nous reviendrons sur ces distances.<\/p>\n<h4>\nMassacres et enl\u00e8vements d\u2019\u00c9tat<br \/>\n<\/h4>\n<p>Durant cette heure et demie, les policiers continuent \u00e0 tirer sur les bus, environ 15 <i>compas<\/i> se jettent sur les planchers entre les si\u00e8ges du premier bus, tous les t\u00e9moignages concordent sur le fait que des d\u00e9bris de vitres leur tombent sur les \u00e9paules, sur la t\u00eate. Les t\u00e9moignages directs de <i>compas<\/i> affirment avoir vu les policiers municipaux, en uniforme, faire descendre tous ceux du troisi\u00e8me bus, les couchant au sol, sur le ventre, les mains derri\u00e8re la t\u00eate, pour les enfermer dans les paniers \u00e0 salade. (\u2026) On a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce moment-l\u00e0 entre 25 et 30 <i>normalistas<\/i> qui sont emmen\u00e9s de force par des policiers municipaux. (\u2026) \u00c0 la fin, les policiers tentent de ramasser les douilles, nettoient comme ils peuvent les traces de sang sur la rue, et s\u2019en vont. <\/p>\n<p>Petit \u00e0 petit, ceux du premier bus se rendent compte que la police est partie, ils sont alors une vingtaine, r\u00e9partis entre le premier et le deuxi\u00e8me<sup> <\/sup>bus. Une ambulance tente d\u2019approcher deux fois, mais la police lui bloque la route. La troisi\u00e8me fois, elle r\u00e9ussit \u00e0 passer et emm\u00e8ne Aldo. Il y a aussi un autre <i>compa<\/i>, qui vient d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9 du poumon et qui, pris de panique, s\u2019est \u00e9vanoui. (\u2026) Il a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et s\u2019en est sorti. Durant cette heure et demie, on a des tirs nourris, la terreur, mais aussi les premiers t\u00e9moignages de la disparition forc\u00e9e d\u2019au moins 30 <i>compa\u00f1eros<\/i>.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, deux vans arrivent d\u2019Ayotzinapa, \u00e0 110 km de l\u00e0, disent qu\u2019il faut veiller sur le lieu du crime et s\u00e9curiser la zone, commencent \u00e0 chercher les douilles, en posant des petites pierres autour et autour des taches de sang, pour conserver les preuves de l\u2019attaque. Eux, \u00e0 ce moment-l\u00e0, pensent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un assassinat parce qu\u2019ils ne sont au courant que de la situation d\u2019Aldo. Des gens du quartier et quelques journalistes locaux d\u2019Iguala commencent \u00e0 arriver. Il est environ minuit, ils mettent en place une sorte de conf\u00e9rence de presse avec le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du comit\u00e9 d\u2019Ayotzinapa, l\u2019interview dure \u00e0 peine quatre minutes et demie, quand soudain, des rafales de tirs cr\u00e9pitent. <\/p>\n<p>Personne n\u2019a vu qui a tir\u00e9, sauf un t\u00e9moin, un seul, qui \u00e9tait assis non loin de l\u00e0, pr\u00e8s des bus. Il a vu une voiture blanche passer, au moins trois fois, tr\u00e8s lentement, puis c\u2019est une Ranger noire qui est pass\u00e9e, elle aussi tr\u00e8s lentement. Lui, il faisait comme s\u2019il regardait vers le bas, vers son portable, mais quand il a regard\u00e9 \u00e0 nouveau, il a vu trois hommes v\u00eatus de noir, cagoul\u00e9s, qui ont commenc\u00e9 \u00e0 tirer avec des mitraillettes pos\u00e9es sur la hanche, des rafales \u00e0 la barbare, sans viser personne en particulier, simplement pour faire d\u00e9gager tous ceux qui \u00e9taient l\u00e0. J\u2019ai interview\u00e9 deux journalistes qui \u00e9taient pr\u00e9sents \u00e0 ce moment-l\u00e0, ils m\u2019ont pr\u00eat\u00e9 leur mat\u00e9riel, j\u2019ai vu la vid\u00e9o, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 la bande-son, il n\u2019y a aucun doute&nbsp;: ils font irruption au milieu de la conf\u00e9rence de presse et se mettent \u00e0 tirer \u00e0 bout portant. Ils tuent deux personnes. C\u2019est le chaos absolu, tout le monde s\u2019enfuit comme il peut.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, les r\u00e9cits des survivants font \u00e9tat de leur angoisse pour trouver un endroit o\u00f9 se r\u00e9fugier, des histoires pleines de solidarit\u00e9, sauf une \u2013 cruelle \u2013 qu\u2019on va raconter plus bas. La plupart des histoires, heureusement, sont celles de gens ordinaires qui ouvrent les portes de leur maison et les aident \u00e0 se cacher\u2026 et la nuit s\u2019\u00e9coule ainsi jusqu\u2019au petit matin.<\/p>\n<p>Vers 5 heures du matin, la police de l\u2019\u00c9tat trouve des \u00e9tudiants qui s\u2019\u00e9taient cach\u00e9s, elle leur promet qu\u2019elle va les sortir de l\u00e0, mais les emm\u00e8ne \u00e0 la <i>procuradur\u00eda<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">4<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_4\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> <i>.<\/i> Commence alors une vaste op\u00e9ration de recherche des \u00e9tudiants par SMS. Au d\u00e9but, chacun refuse de sortir, mais sous la promesse qu\u2019ils vont pouvoir d\u00e9poser une plainte, ils affluent des quatre coins de la ville vers la <i>procuradur\u00eda<\/i>. L\u00e0, ils re\u00e7oivent pas mal de visites, de l\u2019organisation des professeurs du Guerrero (CETEG) et aussi de gens d\u2019Iguala, qui arrivent avec de la nourriture, du caf\u00e9, de l\u2019<i>atole<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">5<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_5\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, pour les soutenir.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 la sc\u00e8ne des deux fusillades, entre Juan N. Alvarez et le p\u00e9riph\u00e9rique nord. On a deux <i>compa\u00f1eros<\/i> assassin\u00e9s de sang-froid, leurs corps abandonn\u00e9s sur la route durant pr\u00e8s de cinq heures. Des journalistes de Chilpancingo arrivent, ainsi que d\u2019autres \u00e9tudiants et des professeurs de la CETEG, aux alentours d\u20191h30 ou 2h du matin, et il n\u2019y a plus personne, except\u00e9 quelques soldats ici et l\u00e0. L\u2019arm\u00e9e est \u00e0 3 km de l\u00e0, mais n\u2019est intervenue \u00e0 aucun moment durant les attaques qui auront dur\u00e9 presque 4 heures. Il faut bien avoir \u00e0 l\u2019esprit d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la pr\u00e9sence et les agissements de la police municipale, des hommes v\u00eatus de noir, encagoul\u00e9s, et, de l\u2019autre, l\u2019absence de l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale. Pour moi ce ne sont pas des choses s\u00e9par\u00e9es, isol\u00e9es&nbsp;; elles font partie d\u2019un m\u00eame ensemble. Une petite information encore&nbsp;: j\u2019ai ici une photo de la soir\u00e9e du DIF du 26 septembre, une soir\u00e9e ahurissante par son \u00e9talage grotesque de luxe, de fleurs et de mat\u00e9riel son et lumi\u00e8re, tout \u00e7a pour un simple compte-rendu du DIF. Sur la photo, on voit, assis au premier rang, Jos\u00e9 Luis Abarca (maire d\u2019Iguala) et \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, le colonel charg\u00e9 du 27<sup>e<\/sup> bataillon de l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale, Juvenal Mariano Garc\u00eda. Ce colonel qui n\u2019est jamais intervenu pour prot\u00e9ger la zone, pour apporter un quelconque soutien ou pour chercher les \u00e9tudiants disparus, enlev\u00e9s de force par la police. <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Normalistas_Destrozos-4-e1415586120268.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Normalistas_Destrozos-4-e1415586120268.jpg\" alt=\"Normalistas_Destrozos-4-e1415586120268\" width=\"650\" height=\"433\" class=\"alignleft size-full wp-image-1397\" \/><\/a><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p id=\"caption\">Photo Cuartoscuro<\/p>\n<h4>\nFaire sienne la douleur<br \/>\n<\/h4>\n<p>Je voudrais ici souligner plusieurs choses. D\u2019abord cette indication du <i>compa<\/i> sous-commandant Mois\u00e9s de \u00ab&nbsp;faire sienne la douleur&nbsp;\u00bb. Moi, je suis arriv\u00e9 dans la nuit du 3 octobre, et le 4, je vais \u00e0 Ayotzinapa o\u00f9 a lieu une sorte de conf\u00e9rence de presse. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e l\u2019existence de fosses communes. Avec plusieurs personnes de la presse locale, on s\u2019est dirig\u00e9s vers le lieu, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 terrible. On est rentr\u00e9s, et le soir m\u00eame, il y a eu une manifestation devant la mairie. Un p\u00e8re de famille dont le fils a disparu s\u2019est soudain mis \u00e0 crier. On va d\u2019ailleurs \u00e9couter sa parole. Sans r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019il va dire, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 pour moi le premier contact avec cette douleur. <\/p>\n<p>Les jours suivants, quand ils ont organis\u00e9 des mobilisations, je suis all\u00e9 voir l\u2019organisation des p\u00e8res et m\u00e8res de famille. Je leur ai demand\u00e9 l\u2019autorisation de les interviewer et ils m\u2019ont r\u00e9pondu que non, qu\u2019ils \u00e9taient fatigu\u00e9s de faire des interviews qui ne donnaient rien. Quand je suis all\u00e9 \u00e0 cette manifestation o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 lue la liste des 43 noms et que les gens criaient \u00ab&nbsp;<i>Vivants, ils les ont enlev\u00e9s vivants, on les veut vivants&nbsp;!&nbsp;<\/i>\u00bb, la douleur prenait tout la place. Elle transpirait sur ces visages, dans l\u2019allure de ces parents, de ces amis qui campent depuis plus de 20 jours \u00e0 Ayotzinapa, sur le terrain de basket couvert d\u2019un haut toit de t\u00f4le qui laisse passer l\u2019air, plus ou moins frais. (\u2026)<\/p>\n<p>Je voudrais juste \u00e9voquer le respect face \u00e0 cette douleur, qui nous m\u00e8ne vers la lutte, qui fait qu\u2019on est ensemble et qu\u2019on ne va pas tomber dans les campagnes de haine, de m\u00e9pris, de criminalisation men\u00e9es par ceux qui se disent gouvernants. (\u2026) Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des vitres bris\u00e9es, quelques p\u00e9tards de feux d\u2019artifice, quelques Molotov. Mais qui nous pousse \u00e0 \u00e7a&nbsp;? On a 43 fils disparus, six personnes assassin\u00e9es, une personne dans le coma, une vingtaine de bless\u00e9s, un nombre incalculable de gens terroris\u00e9s \u2013 face \u00e0 \u00e7a je ne peux \u00e9mettre aucun jugement, juste un soutien, un accompagnement. Un bon chroniqueur d\u2019une radio locale de Chilpancingo me disait \u00ab&nbsp;<i>Le gouverneur (de l\u2019\u00c9tat du Guerrero) les a montr\u00e9s du doigt, les a \u201csatanis\u00e9s\u201d avec une campagne de haine, en ramenant sur le tapis qu\u2019Ayotzinapa ne serait qu\u2019un vivier de gu\u00e9rilleros, de vandales, de criminels&nbsp;<\/i>\u00bb. (\u2026)<\/p>\n<h4>\nLutte de classes, \u00e0 mort<br \/>\n<\/h4>\n<p>Il s\u2019agit, on l\u2019a vu, d\u2019\u00e9tudiants provenant de villages directement victimes d\u2019un m\u00e9pris de classe et de racisme, o\u00f9 survivre, se conna\u00eetre vraiment, est en soi un des chemins de la lutte. Les m\u00e9dias oublient que le 12 septembre 2011, une demi-heure avant de commencer une collecte d\u2019argent, sur la route d\u2019Acapulco, dans la ville de Chilpancingo, la police avait d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 sur eux et tu\u00e9 deux personnes. Il y a eu aussi cette manif \u00e0 Iguala, il y a environ un an, alors qu\u2019\u00e9tait port\u00e9 disparu l\u2019activiste Arturo Hern\u00e1ndez Cardona. Les \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa \u00e9taient venus soutenir son organisation et sa famille pour exiger de le revoir vivant. Sur le trajet de la manif, la photo de son cadavre, pr\u00e9sentant des traces de torture et accompagn\u00e9 d\u2019une banderole des narcos, avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. La rage explosa alors, les <i>compa\u00f1eros <\/i>se dirigeaient vers la pr\u00e9sidence municipale, cassaient des vitres, peignaient des tags, d\u00e9truisaient du mat\u00e9riel. Qui sont les criminels&nbsp;? Quels sont les actes de violence&nbsp;? L\u2019\u00c9tat condamne le fait de casser une vitre ou peindre un mur, mais ne r\u00e9fl\u00e9chit pas \u00e0 deux fois avant de tirer \u00e0 bout portant sur les gens.<\/p>\n<p>Il y a une preuve flagrante de cette campagne de m\u00e9pris et de l\u2019ab\u00eeme qui s\u00e9pare les classes. Au cours des interviews, j\u2019ai entendu le t\u00e9moignage de plusieurs <i>compas<\/i> qui se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans une clinique. Vingt minutes apr\u00e8s, ils m\u2019ont racont\u00e9 que l\u2019arm\u00e9e a d\u00e9barqu\u00e9. Sur le moment, ils pensaient que l\u2019arm\u00e9e allait les aider, puisque c\u2019est par la police qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s. Ils ont donc ouvert les portes. Les agents, arm\u00e9s, sont entr\u00e9s et ont oblig\u00e9 tout le monde \u00e0 s\u2019asseoir par terre, \u00e0 leur remettre leur portable, puis les ont r\u00e9primand\u00e9. \u00ab<i>&nbsp;C\u2019est pas comme \u00e7a que \u00e7a se passe, les enfants\u2026 C\u2019est pas comme \u00e7a qu\u2019on montre \u00e0 ses parents comment on r\u00e9ussit bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole, c\u2019est en leur montrant de bons bulletins de notes&#8230; Quand on cherche des probl\u00e8mes, voil\u00e0 ce qui arrive.&nbsp;<\/i>\u00bb  <\/p>\n<p>Pendant ce temps, un <i>compa<\/i>, qui avait re\u00e7u une balle dans la m\u00e2choire et qui saignait abondamment, a sorti son portable et a pu \u00e9crire \u00ab&nbsp;<i>Je suis en train de mourir. Sortez-moi de l\u00e0. J\u2019ai besoin d\u2019un m\u00e9decin.&nbsp;<\/i>\u00bb Un docteur est arriv\u00e9, le directeur de cet h\u00f4pital priv\u00e9, et a dit \u2013 je reproduis textuellement ses mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>\u00c7a ne relevait pas de ma responsabilit\u00e9, ils sont entr\u00e9s agressifs, ont cass\u00e9 des vitres, ont sali tout l\u2019espace\u2026&nbsp;<\/i>\u00bb (\u2026) Il m\u2019a aussi dit qu\u2019il avait appel\u00e9 la police. Ses deux secr\u00e9taires ont menti aux \u00e9tudiants en leur disant que c\u2019\u00e9tait un centre d\u2019imagerie m\u00e9dicale, qu\u2019il n\u2019y avait pas de m\u00e9decins. <\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Il a continu\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Bon, apr\u00e8s, eux, ils se mettent dans des affaires d\u2019adultes. Et \u00e7a, \u00e7a va leur retomber dessus, \u00e0 tous ces ayotzinapos.&nbsp;<\/i>\u00bb Moi, je prenais des notes, n\u2019arrivant pas trop \u00e0 croire ce que j\u2019entendais. L\u2019amie qui m\u2019accompagnait, Marcela, a eu l\u2019intelligence de lui r\u00e9pondre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Pourvu que non.&nbsp;<\/i>\u00bb Et ce soi-disant chirurgien r\u00e9torque&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Pourvu que si.&nbsp;<\/i>\u00bb \u00c7a, \u00e7a m\u2019a \u00e9nerv\u00e9 et je lui ai dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Ah&nbsp;! donc pour vous, ce qui est bien, c\u2019est de tuer des gens, leur arracher les deux yeux, d\u00e9membrer leurs corps et les incin\u00e9rer&nbsp;?&nbsp;<\/i>\u00bb Il m\u2019a regard\u00e9 droit dans les yeux, la chemise bien repass\u00e9e, un tableau de Rembrandt derri\u00e8re lui, \u00ab&nbsp;Le retour du fils prodigue&nbsp;\u00bb, et m\u2019a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Oui, j\u2019avoue que oui.&nbsp;<\/i>\u00bb Je me suis dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Voil\u00e0 le vrai visage du massacre. J\u2019ai devant moi les yeux de la tuerie.<\/i>&nbsp;\u00bb <\/p>\n<p>C\u2019est cette classe de gens qui peut affirmer \u00e7a, sans le moindre sourcillement, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il me semble \u00eatre la fronti\u00e8re, celle de l\u2019horreur. Ce truc de dire que c\u2019est \u00ab&nbsp;inhumain&nbsp;\u00bb, c\u2019est encore leur conc\u00e9der trop d\u2019humanit\u00e9. Des mots comme barbares ou barbarie ne me plaisent pas trop \u00e0 cause de leur histoire coloniale&nbsp;: ce sont les Europ\u00e9ens qui les ont utilis\u00e9s pour disqualifier toute l\u2019humanit\u00e9, les peuples indig\u00e8nes, des terres d\u2019Afrique ou des Am\u00e9riques. Je n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 des mots comme \u00ab&nbsp;horreur&nbsp;\u00bb, qui contiennent la cruaut\u00e9 et ne renvoient pas seulement \u00e0 l\u2019insensibilit\u00e9, mais plut\u00f4t \u00e0 une sorte de jouissance face \u00e0 la douleur de l\u2019autre. J\u2019ai vu les yeux de ce chirurgien qui, un sourire aux l\u00e8vres, affirmait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>C\u2019est ce qui va leur arriver. Pourvu que oui.&nbsp;<\/i>\u00bb <\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Personnellement, touch\u00e9 par la profonde douleur des t\u00e9moignages, je me suis souvenu du communiqu\u00e9 du 8 mai, dans lequel le sous-commandant Marcos citait un <i>compa\u00f1ero<\/i> zapatiste au sujet de l\u2019assassinat du ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole Galeano<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_6');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_6\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">6<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_6\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Heureusement que l\u2019on est zapatistes, sinon, nous aurions cherch\u00e9 vengeance. Nous, on ne veut pas de vengeance, on veut la justice.&nbsp;<\/i>\u00bb Moi, je n\u2019ai pas de r\u00e9ponse sur ce qu\u2019est ou doit \u00eatre cette justice. Je crois que, dans le contexte de La Realidad, ce sont les <i>compas<\/i> de La Realidad qui nous r\u00e9pondront, et que, dans le contexte d\u2019Ayotzinapa, ce sont les \u00e9tudiants, les familles, qui nous diront quel est ce chemin.<\/p>\n<p>J\u2019avais envie de partager avec vous cette r\u00e9flexion des Zapatistes, cette distinction selon moi si urgente entre vengeance et justice. Et, oui, je crois aux actions des <i>compa\u00f1eros <\/i>d\u2019Ayotzinapa, aux manifs, au fait d\u2019entrer dans la soi-disant <i>procuradur\u00eda <\/i>de l\u2019\u00c9tat de Guerrero, dans les bureaux, avec les photos des disparus et de les coller partout dans l\u2019immeuble. C\u2019est ce qu\u2019ils ont fait, et quand ils sont entr\u00e9s, les bureaucrates \u00e9taient devant leur \u00e9cran&nbsp;: ils leur ont mis les photos devant les \u00e9crans, ils ont mis le feu \u00e0 un immeuble et ont cri\u00e9 \u00ab&nbsp;Non \u00e0 l\u2019impunit\u00e9.&nbsp;\u00bb C\u2019est un v\u00e9ritable effort, qui na\u00eet sur un ab\u00eeme de douleur, un ab\u00eeme de rage, une tentative d\u2019obtenir la justice sans chercher \u00e0 se venger.<\/p>\n<p style=\"text-align:right;\">\n<strong>Conf\u00e9rence de John Gibler,<br \/>\nCaf\u00e9 Comandante Ramona, Mexico, octobre 2014<\/strong>\n<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/vignetteGibler.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/vignetteGibler.jpg\" alt=\"vignetteGibler\" width=\"1022\" height=\"1016\" class=\"alignleft size-full wp-image-1370\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr\/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i><strong>Pour aller plus loin<\/strong><\/i><\/p>\n<p>Trois discours des zapatistes \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e de la caravane des <i>compas<\/i> et parents des \u00e9l\u00e8ves disparus&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8212; <a href=\"http:\/\/enlacezapatista.ezln.org.mx\/2014\/11\/16\/paroles-du-commandant-javier-donnant-la-bienvenue-dans-le-caracol-doventik-a-la-caravane-dayotzinapa-le-15-novembre-2014\/\">Discours du commandant Javier<\/a> ;<\/p>\n<p>&#8212; <a href=\"http:\/\/enlacezapatista.ezln.org.mx\/2014\/11\/17\/paroles-du-commandant-tacho-au-debut-de-la-rencontre-de-lezln-avec-la-caravane-dayotzinapa-15-novembre-2014\/\">Discours du commandant Tacho<\/a> ;<\/p>\n<p>&#8212; <a href=\"http:\/\/enlacezapatista.ezln.org.mx\/2014\/11\/17\/parole-de-la-commandance-generale-de-lezln-par-la-voix-du-sous-commandant-insurge-moises-terminant-lacte-avec-la-caravane-des-familles-et-des-etudiants-dayotzinapa-dans-le-caracol-doventik-1\/\">Discours du sous-commandant Moises<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr\/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>ANNEXE 1<\/strong><\/em><\/p>\n<h4>\nLa guerre de la drogue<br \/>\n<\/h4>\n<p>John Gibler, journaliste d\u2019investigation et activiste, offre une analyse in\u00e9dite \u2013 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du traitement sensationnaliste habituel \u2013 des rouages de la \u00ab&nbsp;guerre de la drogue&nbsp;\u00bb <i>(la narcoguerra)<\/i> qui s\u00e9vit depuis 2006 au Mexique, dans son ouvrage <i>Mourir au Mexique. Au c\u0153ur de la guerre de la drogue<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_7');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_7\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">7<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_7\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span><i>. <\/i><\/p>\n<p>Il traite de l\u2019utilisation politique, par le gouvernement mexicain et am\u00e9ricain, de cette guerre impuls\u00e9e par l\u2019ex-pr\u00e9sident Felipe Calder\u00f3n en 2006, et qui se poursuit sous la pr\u00e9sidence actuelle d\u2019Enrique Pe\u00f1a \u00d1eto. <\/p>\n<p>Il rappelle quelques donn\u00e9es montrant que la drogue est \u2013 et a toujours \u00e9t\u00e9 \u2013 un pilier de l\u2019\u00e9conomie capitaliste mondiale. Le march\u00e9 des drogues ill\u00e9gales p\u00e9n\u00e8tre l\u2019\u00e9conomie nationale \u00e0 tous les niveaux&nbsp;: il rapporte des profits compris entre 350 et 500 milliards de dollars par an, r\u00e9inject\u00e9s apr\u00e8s blanchiment dans l\u2019\u00e9conomie capitaliste l\u00e9gale (donn\u00e9e de l\u2019ONU, 2009). L\u2019arm\u00e9e mexicaine et la police f\u00e9d\u00e9rale administrent le trafic de drogue depuis des d\u00e9cennies, l\u2019argent de la drogue remplit les coffres des banques mexicaines, et les profits des trafiquants sont estim\u00e9s entre 30 et 60 milliards de dollars par an au Mexique, rivalisant avec ceux du p\u00e9trole. <\/p>\n<p>Au vu de ces donn\u00e9es, et des int\u00e9r\u00eats politiques et \u00e9conomiques qu\u2019elles mettent en \u00e9vidence, Gibler montre comment le dispositif lanc\u00e9 par le gouvernement n\u2019est pas une guerre \u00ab&nbsp;contre la drogue&nbsp;\u00bb, mais plut\u00f4t une mascarade visant, entre autres, \u00e0 \u00e9liminer certains cartels et ainsi favoriser la mont\u00e9e de mafieux \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb, li\u00e9s \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Cette guerre a fait plus de morts qu\u2019en Irak \u2013 son \u00e9chec est amplement reconnu et d\u00e9nonc\u00e9 parmi la soci\u00e9t\u00e9 civile mexicaine et la communaut\u00e9 internationale. On estime actuellement \u00e0 120&nbsp;000 le nombre de morts li\u00e9s \u00e0 cette guerre depuis son origine. Les pertes civiles concernent l\u2019ensemble de la population. La militarisation intensive du territoire, la corruption, l\u2019instauration d\u2019une justice \u00ab&nbsp;exp\u00e9ditive&nbsp;\u00bb \u2013 exerc\u00e9e de fa\u00e7on arbitraire par des paramilitaires et des hommes de main \u2013, le contr\u00f4le social, la criminalisation des mouvements sociaux, des opposants politiques et des secteurs pr\u00e9caires de la population, semblent \u00eatre non seulement les effets, mais aussi les objectifs de cette guerre. L\u2019impunit\u00e9 semble par ailleurs structurelle, puisque seuls 5&nbsp;% des meurtres li\u00e9s \u00e0 cette guerre font l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate par le gouvernement <i>(La Procuradur\u00eda General)<\/i>.<\/p>\n<p>\u00c0 travers son travail de terrain aupr\u00e8s d\u2019acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, qui brisent au quotidien la loi du silence et s\u2019organisent \u00e0 la base pour contrer ses effets \u2013 militants, journalistes, familles de victimes, organisations de droits de l\u2019homme, collectifs  \u2013 John Gibler restitue les versions populaires de cette violence d\u2019\u00c9tat qui s\u00e9vit depuis des ann\u00e9es. Il leur d\u00e9die ce livre ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Les r\u00e9cits et les voix de ceux qui se rebellent contre le silence et la mort anonyme sont au c\u0153ur de ce livre.&nbsp;<\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019y a-t-il derri\u00e8re cette logique de mort et de silence forc\u00e9 sur lesquels repose la guerre du narco au Mexique&nbsp;? <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr\/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ayotzinaoa-pgr.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ayotzinaoa-pgr.jpg\" alt=\"ayotzinaoa-pgr\" width=\"650\" height=\"433\" class=\"alignleft size-full wp-image-1389\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><i>ANNEXE 2&nbsp;:<\/i><\/b> <\/p>\n<h4>Chronologie exhaustive de Ayotzinapa<\/h4>\n<p>Source&nbsp;: <a href=\"http:\/\/www.animalpolitico.com\/2014\/11\/cronologia-el-dia-dia-del-caso-ayotzinapa\/\"><i>Animal politico <\/i><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align:right;\">\nTraduction par&nbsp;: David Gaborieau, Pauline Burtin,<br \/>\nAnnabela Tournon et Marion Gary.\n<\/p>\n<p>&nbsp;<b>26 septembre<\/b><br \/>\nDes \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale d\u2019Ayotzinapa r\u00e9quisitionnent deux camions pour aller \u00e0 Iguala, o\u00f9 ils en prennent deux autres, et s\u2019appr\u00eataient \u2013 selon des t\u00e9moignages \u00e9tudiants \u2013 \u00e0 r\u00e9quisitionner les deux camions qui leur manquaient pour se rendre sur la Costa Chica de Guerrero, ceci afin d\u2019envoyer une d\u00e9l\u00e9gation jusqu\u2019\u00e0 la ville de Mexico pour la marche comm\u00e9morative du 2 octobre. <\/p>\n<p>Mais une fois \u00e0 Iguala, le maire Jos\u00e9 Luis Abarca, craignant qu\u2019ils ne viennent perturber la c\u00e9r\u00e9monie publique organis\u00e9e par son \u00e9pouse, Mar\u00eda de los \u00c1ngeles Pineda, ordonne \u00e0 la police municipale, appuy\u00e9e par la police de Cocula, de les arr\u00eater. <\/p>\n<p>Six personnes sont mortes pendant les faits, parmi elles trois \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale, 25 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s et 43 autres ont disparu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>30 septembre<\/strong><br \/>\n22 policiers sont arr\u00eat\u00e9s, soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 l\u2019assassinat de 6 personnes \u00e0 Iguala. Ils sont transf\u00e9r\u00e9s au centre de d\u00e9tention de Las Cruces, dans l\u2019agglom\u00e9ration d\u2019Acapulco, o\u00f9 ils seront jug\u00e9s pour homicide.<\/p>\n<p>I\u00f1aky Blanco Cabrera, Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la Justice (PGJ) du Guerrero, confirme le jour m\u00eame que les faits de violence \u00e0 Iguala r\u00e9sultent d\u2019un usage excessif de la force de la part de ces 22 policiers.<\/p>\n<p>Le Maire d\u2019Iguala, Jos\u00e9 Luis Abarca, sollicite un d\u00e9lai de 30 jours pour que la Police municipale m\u00e8ne \u00e0 bien ses investigations, demande approuv\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 par le conseil municipal.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, le fonctionnaire local et son \u00e9pouse sont toujours en fuite. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1<sup>er<\/sup> octobre<\/strong><br \/>\nLe gouverneur \u00c1ngel Aguirre Rivero pronnonce une demande de mise en examen \u00e0 l\u2019encontre du Maire d\u2019Iguala, Jos\u00e9 Luis Abarca Vel\u00e1zquez.<\/p>\n<p>Le fonctionnaire d\u2019\u00c9tat \u00e9crit sur Twiter&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de la mise en examen de Felipe Flores, directeur adjoint au maire pour la s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>3 octobre<\/strong><br \/>\nL\u2019Organisation des Nations Unies condamne la disparition des 43 \u00e9tudiants. L\u2019organisme international d\u00e9crit l\u2019incident comme \u00ab&nbsp;<i>l\u2019un des \u00e9v\u00e8nements les plus graves de la p\u00e9riode r\u00e9cente.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>4 octobre<\/strong><br \/>\nAlors que les recherches pour retrouver les \u00e9tudiants sont en cours, le bureau du procureur de l\u2019\u00c9tat du Guerrero confirme la mise \u00e0 jour de seize fosses clandestines dans le secteur de Pueblo Viejo y Loma de Coyote, \u00e0 Iguala (\u00e0 30 minutes du lieu o\u00f9 s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9e l\u2019agression des \u00e9tudiants). On d\u00e9couvre par la suite que ces fosses contiennent 28 corps. <\/p>\n<p>Le procureur g\u00e9n\u00e9ral (PGR) prend en charge l\u2019affaire des \u00e9tudiants, 10 jours apr\u00e8s leur disparition. \u00c0 partir de cet instant, le bureau du procureur de l\u2019\u00c9tat du Guerrero ne fait que collaborer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate.  <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>5 octobre<\/strong><br \/>\nS\u2019appuyant sur les d\u00e9clarations de deux membres pr\u00e9sum\u00e9s du cartel Guerreros Unidos, le procureur de l\u2019\u00c9tat du Guerrero annonce que des policiers d\u2019Iguala auraient remis 17 \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019organisation criminelle, et que ceux-ci auraient \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 des fosses d\u00e9couvertes. <\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, le Conseil Politique National du Parti de la R\u00e9volution d\u00e9mocratique (PRD) d\u00e9cide \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 d\u2019expulser de ses rangs Jos\u00e9 Luis Abarca, le maire d\u2019Iguala en fuite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>6 octobre<\/strong><br \/>\nOnze jours apr\u00e8s la disparition des jeunes \u00e9tudiants, le pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto s\u2019exprime pour la premi\u00e8re fois. Le chef de l\u2019\u00c9tat d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Comme l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 mexicaine, en tant que Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, je suis profond\u00e9ment indign\u00e9 et constern\u00e9 par les informations qui nous sont parvenues tout au long de cette semaine.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame, la Commission interam\u00e9ricaine des Droits Humains (CIDH) demande \u00e0 ce que l\u2019\u00c9tat mexicain prenne les mesures n\u00e9cessaires pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 des \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole rurale \u00ab&nbsp;Ra\u00fal Isidro Burgos&nbsp;\u00bb d\u2019Ayotzinapa.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, des effectifs de la gendarmerie prennent en charge la s\u00e9curit\u00e9 de la municipalit\u00e9 d\u2019Iguala, selon les informations du Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Police, Monte Alejandro Rubido.<\/p>\n<p>Murillo Karam assure qu\u2019il prendra en charge l\u2019enqu\u00eate sur les \u00e9tudiants disparus.<\/p>\n<p>Le gouverneur de l\u2019\u00c9tat du Guerrero, \u00c1ngel Aguirre, affirme avoir donn\u00e9 l\u2019ordre de placer en d\u00e9tention les 22 policiers municipaux d\u2019Iguala.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>7 octobre<\/strong><br \/>\nL\u2019Organisation des \u00c9tats am\u00e9ricains (OEA) qualifie d\u2019inhumain et d\u2019absurde le meurtre des 6 personnes \u00e0 Iguala et demande au Mexique la conduite d\u2019une enqu\u00eate compl\u00e8te et transparente. <\/p>\n<p>L\u2019agence locale de l\u2019ONU exhorte l\u2019\u00c9tat mexicain \u00e0 rechercher activement les jeunes disparus, ex\u00e9cut\u00e9s la nuit du 26 septembre par des policiers municipaux d\u2019Iguala et des membres du cartel local Guerreros Unidos lors d\u2019une attaque conjointe. <\/p>\n<p>La chambre des d\u00e9put\u00e9s annonce la cr\u00e9ation d\u2019une Commission sp\u00e9ciale charg\u00e9e du suivi de l\u2019enqu\u00eate dans l\u2019affaire Ayotzinapa. <\/p>\n<p>Les \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale occupent le bureau du procureur g\u00e9n\u00e9ral de la justice de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 Chilpancingo, la capitale du Guerrero. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, ils tapissent les murs des portraits de leurs camarades, disparus entre le 26 et le 27 septembre, \u00e0 Iguala, \u00c9tat du Guerrero.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>8 octobre<\/strong><br \/>\nApr\u00e8s avoir exig\u00e9 des mesures de protection \u00e0 l\u2019\u00e9gard des survivants et des familles des disparus d\u2019Ayotzinapa, Amnesty International (AI) publie huit recommandations \u00e0 l\u2019attention du gouvernement de Pe\u00f1a Nieto pour que son administration acc\u00e9l\u00e8re l\u2019enqu\u00eate en cours sur la disparition des 43 \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale d\u2019Ayotzinapa, \u00e0 Iguala, \u00e9tat du Guerrero.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re Journ\u00e9e d\u2019Action nationale et internationale pour Ayotzinapa a lieu. \u00ab&nbsp;Nous ne pouvons pas accepter un mort de plus&nbsp;!&nbsp;\u00bb Des milliers de personnes d\u00e9filent au Mexique et dans le monde pour les \u00e9tudiants disparus. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>9 octobre<\/strong><br \/>\nLes pouvoirs publics de l\u2019\u00c9tat du Guerrero rencontrent pour la premi\u00e8re fois les membres de la r\u00e9cente Commission civile pour l\u2019Activation et la Surveillance dans la Recherche des 43 \u00c9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale d\u2019Ayotzinapa (Comisi\u00f3n civil del impulso y seguimiento a la b\u00fasqueda de los 43 estudiantes de la normal de Ayotzinapa).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>10 octobre<\/strong><br \/>\nLe procureur Murillo Karam annonce que quatre autres personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es suite \u00e0 la disparition des \u00e9tudiants de Ayotzinapa et que quatre nouvelles fosses communes clandestines ont \u00e9t\u00e9 localis\u00e9es \u00e0 Iguala, dans l\u2019\u00c9tat du Guerrero.<\/p>\n<p>Ce fonctionnaire f\u00e9d\u00e9ral avance les chiffres suivants&nbsp;: 34 personnes d\u00e9tenues \u2013 dont 26 policiers d\u2019Iguala, quatre membres du groupe criminel Guerreros Unidos, et les quatre nouvelles personnes d\u00e9tenues ce jour-l\u00e0 \u2013 ainsi que neuf fosses clandestines localis\u00e9es dans cette ville du Guerrero o\u00f9 la police aurait assassin\u00e9 17 jeunes. <\/p>\n<p>Murillo Karam d\u00e9clare que le maire de Iguala, Jos\u00e9 Luis Abarca, son \u00e9pouse ainsi que le secr\u00e9taire de s\u00e9curit\u00e9 publique (directeur adjoint au maire pour la s\u00e9curit\u00e9 publique) de la municipalit\u00e9, Felipe Flores, sont toujours recherch\u00e9s.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole d\u2019instituteurs d\u2019Ayotzinapa incendient plusieurs bureaux du Palais du gouvernement de Guerrero, et les installations de l\u2019h\u00f4tel de ville de Chilpancingo.<\/p>\n<p>Des collectifs de la UNAM appellent \u00e0 une gr\u00e8ve de 48 heures pour demander la restitution en vie des 43 \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>14 octobre<\/strong><br \/>\nLes d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Procureur g\u00e9n\u00e9ral (PGR), la commission nationale de s\u00e9curit\u00e9 (CNS) et l\u2019Agence des investigations criminelles (AIC) confirment que les forces f\u00e9d\u00e9rales ont arr\u00eat\u00e9 14 autres policiers impliqu\u00e9s dans la d\u00e9tention, le transfert et la livraison au groupe criminel Guerreros Unidos des 43 \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole d\u2019instituteurs d\u2019Ayotzinapa, le 26 septembre dernier.<\/p>\n<p>Le titulaire de la PGR confirme que les 28 corps d\u00e9couverts dans les premi\u00e8res fosses d\u2019Iguala ne sont pas ceux des \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>16 octobre<\/strong><br \/>\nCroissance de la mobilisation \u00e9tudiante en faveur des \u00e9tudiants disparus d\u2019Ayotzinapa. Dans les principales universit\u00e9s publiques du pays, une gr\u00e8ve de 48 heures en \u00ab&nbsp;solidarit\u00e9&nbsp;\u00bb avec les \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa a d\u00e9but\u00e9 mercredi, soutenue par les assembl\u00e9es \u00e9tudiantes des 30 \u00e9coles et facult\u00e9s de la UNAM, de l\u2019Universidad Aut\u00f3noma Metropolitana, de l\u2019Universidad Pedag\u00f3gica Nacional et de l\u2019Universidad Aut\u00f3noma de Chapingo.<\/p>\n<p>Pe\u00f1a Nieto fait de nouveau r\u00e9f\u00e9rence aux jeunes gens disparus dans l\u2019un de ses discours&nbsp;; il assure que c\u2019est une priorit\u00e9 pour l\u2019\u00c9tat de le retrouver.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\n17 octobre<\/strong><br \/>\nLe procureur g\u00e9n\u00e9ral (PGR) annonce que les forces f\u00e9d\u00e9rales ont arr\u00eat\u00e9 celui qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le principal leader du groupe de narcotrafiquants impliqu\u00e9 dans la disparition des 43 \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>Sidronio Casarrubias Salgado, tenu pour le leader de l\u2019organisation Guerreros Unidos, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 un jour avant (le 16) avec l\u2019un de ses hommes les plus proches.<\/p>\n<p>Murillo Karam met \u00e0 jour les chiffres connus&nbsp;: 36 policiers des municipalit\u00e9s d\u2019Iguala et de Colula sont d\u00e9tenus, ainsi que 17 membres du crime organis\u00e9. De m\u00eame, le fonctionnaire f\u00e9d\u00e9ral pr\u00e9cise que trois nouvelles fosses ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes \u00e0 Iguala.<\/p>\n<p>Le pr\u00eatre d\u00e9fenseur des droits des migrants, Alejandro Solalinde, affirme que les \u00e9tudiants sont bien morts, et qu\u2019en outre certains ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s vivants, selon deux t\u00e9moignages qu\u2019il a recueillis.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Ils \u00e9taient bless\u00e9s, et tout bless\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient, ils ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s vivants, avec du diesel. Cela finira par se savoir. On dit m\u00eame qu\u2019on leur a mis du bois dessus, certains \u00e9taient en vie, d\u2019autres morts&nbsp;<\/i>\u00bb, d\u00e9clare le pr\u00eatre de 69 ans \u00e0 l\u2019agence de presse N\u00f3vosti.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>19 octobre<\/strong><br \/>\nLes forces f\u00e9d\u00e9rales prennent le contr\u00f4le de la s\u00e9curit\u00e9 dans 13 municipalit\u00e9s qui auraient \u00e9t\u00e9 infiltr\u00e9es par le crime organis\u00e9&nbsp;; la police municipale est d\u00e9sarm\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>20 octobre<\/strong><br \/>\nLe PGR offre une r\u00e9compense allant jusqu\u2019\u00e0 500&nbsp;000 pesos \u00e0 qui apportera de bonnes informations, utiles \u00e0 la localisation de chacun des 43 \u00e9tudiants disparus. <\/p>\n<p>Un groupe de 5 individus cagoul\u00e9s incendie les b\u00e2timents occup\u00e9s par les bureaux de \u00ab&nbsp;<i>Guerrero r\u00e9alise ce qu\u2019il promet<\/i> (Guerrero cumple)&nbsp;\u00bb, le programme d\u2019assistance publique le plus important, \u00e0 l\u2019initiative d\u2019Angel Aguirre Rivero. Les \u00e9tudiants instituteurs se d\u00e9solidarisent de ces actions.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s sa rencontre avec les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales, le repr\u00e9sentant des familles des 43 disparus affirme ne pas avoir confiance dans les enqu\u00eates r\u00e9alis\u00e9es, et ne pas \u00eatre satisfait des progr\u00e8s de la PGR dans ces enqu\u00eates.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>22 octobre<\/strong><br \/>\nLa PGR d\u00e9couvre une nouvelle piste&nbsp;: Jos\u00e9 Luis Abarca et son \u00e9pouse Mar\u00eda de los \u00c1ngeles Pineda ont agi en complicit\u00e9 avec le groupe criminel Guerreros Unidos&nbsp;; cette derni\u00e8re serait m\u00eame l\u2019une de ses principales membres.<\/p>\n<p>Murillo Karam confirme que c\u2019est Abarca qui a donn\u00e9 l\u2019ordre d\u2019attaquer les \u00e9tudiants. Des citoyens du Mexique et du monde entier r\u00e9pondent de concert \u00e0 l\u2019appel d\u2019une journ\u00e9e mondiale de soutien pour Ayotzinapa. \u00c0 l\u2019issue d\u2019une ample manifestation \u00e0 Mexico, les parents des \u00e9tudiants disparus d\u00e9clarent aux autorit\u00e9s qu\u2019ils leur donnaient deux jours pour retrouver les \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>23 octobre<\/strong><br \/>\nLe gouverneur \u00c1ngel Aguirre demande plus de marge de man\u0153uvre dans l\u2019exercice de ses missions. Le <i>guerrerense<\/i> explique qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une question de responsabilit\u00e9 afin qu\u2019il puisse continuer de servir son entit\u00e9. La demande du fonctionnaire d\u2019\u00c9tat est \u00ab&nbsp;<i>motiv\u00e9e pour favoriser un climat propice \u00e0 ce qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e, aujourd\u2019hui m\u00eame<\/i>&nbsp;\u00bb, conclut-il.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>24 octobre<\/strong><br \/>\nLe secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, Miguel \u00c1ngel Osorio Chong, annonce qu\u2019\u00e0 la demande du Pr\u00e9sident, Guerrero serait prot\u00e9g\u00e9 afin de prendre soin de la population et de garantir la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>25 octobre<\/strong><br \/>\nLe matin, le Congr\u00e8s du Guerrero valide la d\u00e9mission du gouverneur \u00c1ngel Aguirre.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudiants de 80 facs et \u00e9coles de Mexico, regroup\u00e9es au sein de l\u2019Assembl\u00e9e interuniversitaire, appellent \u00e0 une 3<sup>e<\/sup> Journ\u00e9e d\u2019action nationale et internationale et \u00e0 une gr\u00e8ve suivie de mobilisations nationales le 5 novembre, pour exiger que les 43 \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa soient retrouv\u00e9s vivants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>26 octobre<\/strong><br \/>\n<i>Cela fait un mois que les \u00e9tudiants ont disparu.<\/i><\/p>\n<p>Salvador&nbsp;Rogelio Ortega Mart\u00ednez remplace \u00c1ngel Aguirre Rivero au poste de gouverneur de l\u2019\u00c9tat de Guerrero pour terminer le mandat 2014-2015. Lors de sa 1<sup>re<\/sup> allocution, il assure que la priorit\u00e9 de son administration sera d\u2019intensifier les recherches des 43 \u00e9tudiants disparus.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa bloquent vers midi l\u2019autoroute Mexico-Acapulco dans les deux sens, pour protester contre la disparition de leurs camarades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>27 octobre<\/strong><br \/>\nLe procureur Murillo Karam informe, lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse, que deux des quatre derni\u00e8res personnes arr\u00eat\u00e9es dans l\u2019affaire ont reconnu avoir re\u00e7u un groupe important d\u2019individus qui pourraient bien \u00eatre les \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s leur premi\u00e8re r\u00e9union de travail, Rogelio Ortega, le nouveau gouverneur du Guerrero, et le pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto donnent une conf\u00e9rence de presse au palais pr\u00e9sidentiel de <i>Los Pinos&nbsp;<\/i>: ils s\u2019engagent \u00e0 tout mettre en \u0153uvre pour rechercher les \u00e9tudiants disparus et \u00e0 informer r\u00e9guli\u00e8rement les familles de l\u2019avanc\u00e9e des recherches.&nbsp; <\/p>\n<p>Le pr\u00eatre Alejandro Solalinde s\u2019excuse aupr\u00e8s des familles des disparus pour avoir rendu publics les t\u00e9moignages concernant leurs enfants. Il s\u2019explique ensuite sur sa visite de la veille \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale d\u2019Ayotzinapa, o\u00f9 on l\u2019a emp\u00each\u00e9 de donner une messe. \u00ab&nbsp;<i>Je voudrais exprimer ma plus sinc\u00e8re solidarit\u00e9 vis-\u00e0-vis de la douleur des familles des \u00e9tudiants, en vous certifiant que je n\u2019ai jamais voulu rendre ce moment que vous traversez plus difficile encore. J\u2019adresse mes pri\u00e8res pour que l\u2019espoir continue \u00e0 vous donner de la force dans vos recherches<\/i>&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il sur les pages de ses r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Des dizaines de jeunes se pr\u00e9sentant comme des \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole normale J. Guadalupe Rivera occupent les locaux de diff\u00e9rents m\u00e9dias de l\u2019\u00c9tat de Durango. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>29 octobre<\/strong><br \/>\nLe pape Fran\u00e7ois annonce qu\u2019il prie pour les 43 jeunes disparus \u00e0 Iguala. \u00ab&nbsp;<i>Je salue particuli\u00e8rement le peuple mexicain qui souffre de la disparition de ses \u00e9tudiants et de tant d\u2019autres probl\u00e8mes similaires. Que notre c\u0153ur de fr\u00e8res soit pr\u00e8s d\u2019eux, priant durant ce moment<\/i>&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare le souverain pontife.<\/p>\n<p>Les parents des 43 \u00e9tudiants arrivent au palais pr\u00e9sidentiel de <i>Los Pinos<\/i>, pour s\u2019entretenir en priv\u00e9 avec Enrique Pe\u00f1a Nieto. \u00c0 la fin de la r\u00e9union, qui dure cinq heures, les p\u00e8res et m\u00e8res de famille annoncent qu\u2019ils ne font pas confiance aux investigations du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. Le gouvernement, lui, fait part de ses dix engagements relatifs \u00e0 la recherche des jeunes.<\/p>\n<p>Des agents de la police f\u00e9d\u00e9rale et de la gendarmerie nationale \u00e9tendent les recherches jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re Cocula.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>31 octobre<\/strong><br \/>\nAux alentours de midi, des manifestants arrivent devant la mairie d\u2019Acapulco, apr\u00e8s une marche dans la ville touristique, toujours pour exiger que soient ramen\u00e9s vivants les 43 \u00e9tudiants d\u2019Ayotzinapa.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\n3 novembre<\/strong><br \/>\nUn contingent de 43 repr\u00e9sentants d\u2019organisations civiles, lui, est parti d\u2019Iguala dans une longue marche jusqu\u2019\u00e0 Mexico. Ils auront 191 kms \u00e0 parcourir.<\/p>\n<p>Durant une conf\u00e9rence de presse, des membres des familles des \u00e9tudiants disparus accusent des fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral de n\u2019avoir pr\u00e9sent\u00e9 aucune avanc\u00e9e de l\u2019investigation gouvernementale, et r\u00e9pudient la Commission mixte de Suivi et d\u2019Information sur les enqu\u00eates, men\u00e9e par le Bureau du Procureur g\u00e9n\u00e9ral au Guerrero.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>4 novembre<\/strong><br \/>\nDans la nuit, un peu avant 4h, les autorit\u00e9s confirment l\u2019arrestation d\u2019Abarca et de son \u00e9pouse dans une maison d\u2019Iztapalapa, \u00e0 Mexico. L\u2019op\u00e9ration polici\u00e8re, \u00e0 laquelle ont particip\u00e9 une vingtaine d\u2019agents issus d\u2019un corps d\u2019\u00e9lite, s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e sans coup de feu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>5 novembre<\/strong><br \/>\nC\u2019est la troisi\u00e8me Journ\u00e9e mondiale pour Ayotzinapa. Des milliers de personnes manifestent \u00e0 Mexico. Parall\u00e8lement, au moins 115 \u00e9coles dans tout le pays entament une gr\u00e8ve nationale de trois jours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>7 novembre<\/strong><br \/>\nLes familles des disparus se r\u00e9unissent \u00e0 nouveau avec le procureur Jes\u00fas Murillo Karam dans le hangar de l\u2019a\u00e9roport du Guerrero&nbsp;; ce dernier annonce, \u00e0 la fin de la r\u00e9union, que \u00ab&nbsp;<i>les recherches penchent pour l\u2019assassinat d\u2019un grand nombre de personnes<\/i>&nbsp;\u00bb, selon une information recueillie apr\u00e8s l\u2019arrestation de trois membres suppos\u00e9s des <i>Guerreros Unidos \u2013<\/i> lesquels ont donn\u00e9 des d\u00e9tails sur l\u2019assassinat de ces personnes, qui auraient \u00e9t\u00e9 incin\u00e9r\u00e9es et dont leurs restes auraient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dans des sacs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9claration de Murillo Karam, les parents r\u00e9torquent que, tant qu\u2019on ne leur aura pas donn\u00e9 pas de preuves tangibles, ils consid\u00e8reront leurs enfants vivants et que, par cons\u00e9quent, ils continueront \u00e0 les chercher jusqu\u2019aux derni\u00e8res cons\u00e9quences, en d\u00e9pit du fait que \u00ab&nbsp;<i>le gouvernement veut faire croire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que les jeunes sont morts<\/i>&nbsp;\u00bb. Ils r\u00e9cusent l\u2019information r\u00e9cente du Bureau du Procureur selon laquelle les restes calcin\u00e9s trouv\u00e9s \u00e0 Cocula seraient ceux des \u00e9tudiants, arguant qu\u2019elle ne repose sur aucune preuve scientifique clairement \u00e9tablie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>8 novembre<\/strong><br \/>\nDes centaines de personnes manifestent \u00e0 Mexico lors d\u2019une nouvelle journ\u00e9e nationale de protestation. Les manifestants marchent pacifiquement depuis le Bureau du Procureur f\u00e9d\u00e9ral jusqu\u2019au Z\u00f3calo, la grande place centrale de Mexico, o\u00f9 un groupe au visage couvert fait tomber les grilles qui prot\u00e8gent le Palais national (ancien Palais pr\u00e9sidentiel), et les utilisent pour donner des coups dans la porte principale. Apr\u00e8s avoir tagu\u00e9 des slogans, ils tentent de mettre le feu \u00e0 la grande porte. 18 personnes sont arr\u00eat\u00e9es sur le moment.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une semaine de voyage, des manifestants arrivent \u00e0 Mexico pour participer \u00e0 la caravane 43&#215;43. <\/p>\n<p>Douze v\u00e9hicules endommag\u00e9s et tous les acc\u00e8s au palais de gouvernement du Guerrero (\u00e9quivalent d\u2019une grande pr\u00e9fecture) saccag\u00e9s&nbsp;: c\u2019est le bilan d\u2019une manifestation r\u00e9alis\u00e9e dans la ville de Chilpancingo par pr\u00e8s de 500 \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole normale rurale d\u2019Ayotzinapa. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Caminata 43x43 llegada al z\u00f3calo del DF\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/zN2UFIJbq24?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>9 novembre<\/strong><br \/>\nLors de la premi\u00e8re escale de son voyage en Chine, le pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto fait part, en Alaska, du deuil national dans lequel se trouve le pays \u00e0 la suite de l\u2019information transmise par le <em>Bureau du Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9publique<\/em> (PGR). Il condamne toute dramatisation qui permettrait de justifier l\u2019utilisation de la violence.<\/p>\n<p>D\u00e8s 9h, le cort\u00e8ge 43&#215;43 reprend son parcours dans Mexico, les manifestants marchent du Jardin de Tlalpan jusqu\u2019au Zocalo.<\/p>\n<p>Les 18 d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019origine des troubles sur la place du Zocalo sont rel\u00e2ch\u00e9s. Parmi eux se trouvent des \u00e9tudiants de l\u2019UNAM, de l\u2019Institut polytechnique national, de l\u2019Institut de technologie de Monterrey, accompagn\u00e9s d\u2019acteurs de cin\u00e9ma mexicains et du personnel des restaurants du centre historique. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>10 novembre<\/strong><br \/>\nDes normaliens, les parents des disparus ainsi que des professeurs de la Ceteg (Coordination \u00e9tatique des travailleurs de l\u2019\u00e9ducation de Guerrero) bloquent les acc\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport d\u2019Acapulco pendant trois heures en exigeant l\u2019apparition des 43 jeunes d\u2019Ayotzinapa.<\/p>\n<p>Le gouverneur Rogelio Ortega interdit \u00e0 la police pr\u00e9ventive de l\u2019\u00c9tat de Guerrero d\u2019intervenir pour contenir les mouvements sociaux, afin d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00e9ventuelles accusations de r\u00e9pression. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>11 novembre<\/strong><br \/>\nLe congr\u00e8s de Guerrero d\u00e9signe Silvano Mandiola P\u00e9rez au poste de maire d\u2019Iguala. Il remplace Luis Maz\u00f2n, maire pendant cinq heures, puisqu\u2019il fut nomm\u00e9 \u00e0 cette fonction le 29 octobre et en d\u00e9missionna le jour m\u00eame.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe argentine d\u2019anthropologie m\u00e9dico-l\u00e9gale (EAAF), en charge d\u2019identifier les corps trouv\u00e9s \u00e0 Guerrero, informe qu\u2019il n\u2019existe aucune relation g\u00e9n\u00e9tique entre les restes retrouv\u00e9s sur les communes de Cocula, Iguala et de La Parota avec ceux des 43 normaliens disparus.<\/p>\n<p>Le Secr\u00e9taire du Gouvernement mexicain, Miguel Angel Osorio Chong, et le Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9publique, J\u00e9sus Murillo Aram, rencontrent les parents des normaliens disparus.<\/p>\n<p>Un groupe de jeunes \u00e0 visage couvert attaque les bureaux du \u00ab&nbsp;Parti Action National&nbsp;\u00bb (PAN) et du secr\u00e9tariat de Finances de Morelia, dans l\u2019\u00c9tat du Micho\u00e1can. Au si\u00e8ge du PAN, les manifestants cassent les portes, les fen\u00eatres, le mat\u00e9riel et le mobilier, tandis qu\u2019au secr\u00e9tariat, ils mettent le feu \u00e0 la porte principale en r\u00e9pandant de l\u2019essence.<\/p>\n<p>Un groupe d\u2019environ 500 personnes proteste contre la disparition des 43 normaliens lors du match amical de football du Mexique contre la Hollande. Les Mexicains entrent dans le stade en brandissant des pancartes sur lesquelles est \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes tous Ayotzinapa&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9tat est coupable&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>12 novembre<\/strong><br \/>\nDes repr\u00e9sentants du gouvernement mexicain et les personnes en charge de l\u2019affaire d\u2019Iguala signent un accord pour que la Commission interam\u00e9ricaine des Droits de l\u2019Homme engage son assistance technique au sein des enqu\u00eates. <\/p>\n<p>Lors de la traditionnelle audience g\u00e9n\u00e9rale du mercredi sur la Place Saint-Pierre \u00e0 Rome, le Pape Fran\u00e7ois mentionne les 43 normaliens disparus et assure que l\u2019affaire refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 du trafic de drogues&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Je voudrais exprimer aux Mexicains ici pr\u00e9sents et \u00e0 ceux qui se trouvent dans leur pays, ma proximit\u00e9 en ce moment douloureux qu\u2019est, officiellement, la disparition des \u00e9tudiants, mais qui est, chacun le sait, un v\u00e9ritable assassinat (\u2026) La r\u00e9alit\u00e9 dramatique de toute la criminalit\u00e9 qui se trouve derri\u00e8re le commerce et le trafic de drogue est devenue visible. Je suis proche de vous et de vos familles.<\/i>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Les \u00e9tudiants normaliens attaquent le si\u00e8ge du PRI (Parti r\u00e9volutionnaire institutionnel) de l\u2019\u00c9tat de Micho\u00e1can. Ils cassent les portes, les vitres, du mat\u00e9riel de calcul, du mobilier&nbsp;; ils s\u2019emparent de documents et les lancent au-dehors. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>13 novembre<\/strong><br \/>\nLes premiers contingents de la caravane d&#8217;information \u00ab&nbsp;Brigade nationale des 43 disparus&nbsp;\u00bb partent en direction de trois r\u00e9gions du pays \u00e0 la recherche de soutien, afin de retrouver les jeunes normaliens et de faire conna\u00eetre l\u2019affaire Ayotzinapa. <\/p>\n<p>Le premier groupe part de la commune de Tixtla dans l\u2019\u00c9tat de Guerrero vers Chihuahua, Durango, Zacatecas, Jalisco et Michoacan. Un autre groupe met le cap au sud en direction des Chiapas, Oaxaca, Morelos et Tlaxcala. Le troisi\u00e8me contingent se dirige vers les villes de Guerrero, Tlapa, San Luis Zacatlan, Ayutla, Tecoanapa, Zihuatanejo, Atoyac et Acapulco.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>14 novembre<\/strong><br \/>\nLes professeurs, les \u00e9tudiants des \u00e9coles normales et les parents des 43 normaliens disparus \u00e0 Ayotzinapa manifestent dans les rues de Chilpancingo.<\/p>\n<p>Un sondage de Parametria<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_reference_1338_1_8');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1338_1_8\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">8<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1338_1_8\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> r\u00e9v\u00e8le que 7 Mexicains sur 10 ne croient pas que la justice sera rendue dans l\u2019affaire Ayotzinapa.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\n15 novembre<\/strong><br \/>\nLe pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto demande \u00e0 ne pas ajouter au moment de peine et de douleur travers\u00e9 par les familles des normaliens d\u2019Ayotzinapa d\u2019autres revendications qui inviteraient \u00e0 verser dans la violence et le d\u00e9sordre. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le 16 novembre<\/strong><br \/>\nEnviron 2500 personnes manifestent de mani\u00e8re pacifique de l\u2019Ange de l\u2019Ind\u00e9pendance au Monument de la R\u00e9volution afin d\u2019exiger l\u2019apparition des 43 disparus vivants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\nLe 17 novembre<\/strong><br \/>\nLa \u00ab&nbsp;Brigade nationale&nbsp;\u00bb d\u2019Ayotzinapa arrive \u00e0 Oaxaca o\u00f9 s\u2019organise une marche pour l\u2019affaire d\u2019Iguala. \u00c0 la fin de la manifestation, un groupe de personnes lance des cocktails Molotov sur le si\u00e8ge du PRI d\u2019Oaxaca. <\/p>\n<p>Les professeurs de la Ceteg (Coordination \u00e9tatique des travailleurs de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019\u00c9tat de Guerrero) et les \u00e9tudiants s\u2019emparent de la mairie d\u2019Atlixtac pour demander le retour des normaliens disparus en vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>18 novembre<\/strong><br \/>\nL\u2019accord qui autorise l\u2019assistance technique de la Commission interam\u00e9ricaine des Droits de l\u2019Homme (CIDH) aupr\u00e8s de l\u2019\u00c9tat mexicain dans le cadre de l\u2019affaire des 43 \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole Normale Rurale \u00ab&nbsp;Raul Isidro Burgos&nbsp;\u00bb disparus le 26 septembre 2014 prend forme. <\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto assure que, derri\u00e8re les actes de violence commis apr\u00e8s la disparition des 43 normaliens d\u2019Ayotzinapa, se trouve \u00ab&nbsp;<i>une volont\u00e9 orchestr\u00e9e de d\u00e9stabiliser le pays<\/i>&nbsp;\u00bb et d\u2019attenter au projet dont est investi le gouvernement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>19 novembre<\/strong><br \/>\nTrois caravanes men\u00e9es par les parents des normaliens disparus d\u2019Ayotzinapa se rejoignent dans les villes de Morelia, dans l\u2019\u00c9tat de Tlaxcala et dans la r\u00e9gion de la Costa Grande de Guerrero. Elles sont respectivement pass\u00e9es par le nord, par le centre et par le sud du pays. Ces trois groupes partent en direction de la capitale Mexico o\u00f9 ils rejoignent la quatri\u00e8me Action globale pour Ayotzinapa.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>20 novembre<\/strong><br \/>\nPlus de 114 \u00e9coles gardent portes closes en soutien \u00e0 Ayotzinapa&nbsp;; des manifestations ont lieu dans plusieurs \u00c9tats de la R\u00e9publique et dans diff\u00e9rentes parties du monde.<\/p>\n<p>Dans la capitale, plusieurs manifestations ont lieu aux alentours de 11h, dans le but de prendre l\u2019a\u00e9roport de la ville&nbsp;; les policiers immobilisent les manifestants aux environs du terminal a\u00e9rien.<\/p>\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 partir de 17h, les parents des normaliens disparus amorcent trois diff\u00e9rentes manifestations. La premi\u00e8re part de l\u2019Ange de l\u2019Ind\u00e9pendance, les deux autres partent du Monument \u00e0 la R\u00e9volution, et de la place de Trois Cultures \u00e0 Tlatelolco.<\/p>\n<p>Les manifestations se d\u00e9roulent de mani\u00e8re pacifique, pourtant, \u00e0 la fin du meeting sur la place du Zocalo, des groupes de manifestants lancent des cocktails Molotov sur le Palais National. Au final, 31 personnes finissent emprisonn\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>21 novembre<\/strong><br \/>\nAutour de 13h, les parents des normaliens disparus se r\u00e9unissent pour la troisi\u00e8me fois avec les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales \u00e0 la Commission \u00e9tatique des droits de l\u2019Homme de Guerrero. Pendant la rencontre, ils apprennent la d\u00e9tention de l\u2019ancien sous-directeur de la police de Cocula, C\u00e9sar Nava Gonzales, dont on pr\u00e9sume la participation dans la disparition des normaliens, le 26 septembre. \u00c0 cette occasion, les parents se d\u00e9sengagent des troubles de la fin de la manifestation du 20 novembre.<\/p>\n<p>La Commission nationale des Droits de l\u2019homme assure que les agissements des polices f\u00e9d\u00e9rales et de la capitale apr\u00e8s la manifestation du 20 novembre sur la place du Zocalo ont \u00e9t\u00e9 une r\u00e9action pour contenir les expressions de violence des manifestants qui leur faisaient face.<\/p>\n<p>Pendant l\u2019apr\u00e8s-midi, l\u2019ambassade des \u00c9tats-Unis au Mexique recommande \u00e0 ces citoyens d\u2019\u00e9viter les voyages \u00e0 Guerrero dont \u00e0 Acapulco. Elle sugg\u00e8re \u00e9galement de \u00ab&nbsp;<i>maintenir un haut niveau de vigilance<\/i>&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00e9viter les zones o\u00f9 se d\u00e9roulent les manifestations et de prendre des pr\u00e9cautions dans le cas o\u00f9 ils se trouveraient en proximit\u00e9 de celles-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\n22 novembre<\/strong><br \/>\nDes parents et des amis des d\u00e9tenus de la manifestation du jeudi 20 novembre au Zocalo, mais aussi des \u00e9tudiants de l\u2019Institut national des Beaux-Arts (INBA), d\u00e9filent de l\u2019Ange de l\u2019Ind\u00e9pendance \u00e0 la Sous-direction de la lutte contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e, afin d\u2019exiger la lib\u00e9ration de 15 personnes d\u00e9tenues.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>23 novembre<\/strong><br \/>\nL\u2019\u00e9tudiant de l\u2019Universit\u00e9 autonome de la Ville de Mexico (UACM), Jos\u00e9 Manuel Morales Ruiz est lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s avoir pay\u00e9 une caution de 50&nbsp;000 pesos.<\/p>\n<p>Des \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00c9cole normale de Ayotzinapa exigent la lib\u00e9ration des d\u00e9tenus de la manifestation du Zocalo. Dans le m\u00eame temps, ils prennent possession de deux radios \u00e0 Chilpancingo. Ils \u00e9mettent un message incitant le pr\u00e9sident Enrique Pe\u00f1a Nieto \u00e0 renoncer au pouvoir, sous peine de voir les mobilisations augmenter.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la Commission nationale des Droits de l\u2019Homme (CNDH) envoie des visiteurs m\u00e9dicaux et des avocats dans les maisons d\u2019arr\u00eat f\u00e9d\u00e9rales Femenil, au n\u00b04 de la rue Tepic \u00e0 Nayarit et au n\u00b05 de la rue Villa Aldama \u00e0 Veracruz, afin d\u2019interroger les onze personnes mises en d\u00e9tention la nuit du jeudi 20 novembre au Z\u00f3calo.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>25 novembre<\/strong><br \/>\nLa PGR pr\u00e9sente comme preuve contre les onze d\u00e9tenus du Zocalo le t\u00e9moignage des m\u00eames policiers qui les ont arr\u00eat\u00e9s, et ajoute un \u00e9l\u00e9ment \u00ab&nbsp;cl\u00e9&nbsp;\u00bb pour affirmer qu\u2019ils appartiennent \u00e0 un \u00ab&nbsp;groupe collectif subversif&nbsp;\u00bb&nbsp;: les manifestants s\u2019appelaient les uns et les autres \u00ab&nbsp;<i>compas<\/i>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab&nbsp;camarades&nbsp;\u00bb. Ces arguments \u00e0 l\u2019appui, le tribunal condamne les inculp\u00e9s pour \u00ab&nbsp;d\u00e9lits de tentative d\u2019homicide, d\u2019\u00e9meute et d\u2019association d\u00e9lictueuse&nbsp;\u00bb. <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe d\u2019anthropologues m\u00e9dico-l\u00e9gaux qui participe aux recherches sur les normaliens disparus, d\u00e9clare que 3 des 30 corps trouv\u00e9s \u00e0 Pueblo Viejo, dans la commune d\u2019Iguala, dans l\u2019\u00c9tat de Guerrero, ne correspondent pas aux normaliens d\u2019Azotzinapa.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, les parents, amis et \u00e9tudiants participent \u00e0 la deuxi\u00e8me marche pour exiger la lib\u00e9ration des 11 personnes d\u00e9tenues \u00e0 l\u2019issue de la manifestation du jeudi 20 novembre. Les manifestants partent de l\u2019Ange de l\u2019Ind\u00e9pendance et arrivent au Zocalo.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>26 novembre<\/strong><br \/>\n<i> Cela fait deux mois que les 43 normaliens d\u2019Ayotzinapa ont disparu. <\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapa-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapa-1-711x1024.jpg\" alt=\"ChronologieAyotzinapa-1\" width=\"690\" height=\"993\" class=\"alignleft size-large wp-image-1364\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/ChronologieAyotzinapaOK.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger la chronologie \u00e9tablie par le site d&#8217;information mexicain <em>Animal Politico<\/em>, traduit en fran\u00e7ais par Jef Klak.<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr\/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_1338_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_1338_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_1338_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_1338_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Les \u00e9coles <em>normales rurales<\/em> sont des universit\u00e9s de formation des ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole. Fond\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du pr\u00e9sident L\u00e1zaro C\u00e1rdenas et situ\u00e9es dans des r\u00e9gions pauvres du Mexique, les jeunes gens qui y \u00e9tudient sont issus des communaut\u00e9s paysannes et indig\u00e8nes avoisinantes. Toutes les \u00e9coles normales rurales au Mexique sont rattach\u00e9es \u00e0 la FECSUM, la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants paysans et socialistes du Mexique, historiquement tr\u00e8s combative.  <\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>2<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Institution publique mexicaine suppos\u00e9e d\u2019aide sociale. \u00c0 Iguala, la pr\u00e9sidente du DIF est l\u2019\u00e9pouse du maire et briguait la succession \u00e0 la mairie. Les deux ont pris la fuite apr\u00e8s le massacre.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>3<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Place principale de la ville.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>4<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> \u00c9tablissement judicio-policier qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent en France, sorte de commissariat central qui d\u00e9pend directement du bureau du procureur.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>5<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">L&#8217;<i>atole<\/i> (du nahuatl <i>atolli<\/i>, diminutif p\u00e9joratif du mot <i>atl<\/i>, qui signifie \u00ab&nbsp;eau&nbsp;\u00bb) est une boisson chaude sucr\u00e9e \u00e0 base de farine tr\u00e8s fine de ma\u00efs ou de Ma\u00efzena (qui peut contenir des saveurs ajout\u00e9es) dilu\u00e9e puis cuite dans de l&#8217;eau pour en augmenter la viscosit\u00e9, la parfumer et la rendre plus nutritive.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_6');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_6\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>6<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  Le 2 mai 2014, au cours d&#8217;une attaque men\u00e9e par la CIOAC-H, organisation paramilitaire indig\u00e8ne proche du gouvernement chiapan\u00e8que, Juan Luis Sol\u00eds, dit Galeano, membre d&#8217;un des cinq centres r\u00e9gionaux zapatistes au Chiapas (<i>caracol<\/i>) de La Realidad, est assassin\u00e9. Outre une quinzaine de bless\u00e9s, une \u00e9cole et une clinique, derni\u00e8res initiatives en date de l\u2019EZLN, furent \u00e9galement d\u00e9truites. Voir <a href=\"http:\/\/www.monde-libertaire.fr\/international\/17200-les-deux-morts-de-galeano\"> <span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/www.monde-libertaire.fr\/international\/17200-les-deux-morts-de-galeano<\/span><\/a> et le <a href=\"http:\/\/enlacezapatista.ezln.org.mx\/2014\/05\/10\/le-douleur-et-la-colere\/\"> communiqu\u00e9 de l&#8217;EZLN<\/a>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_7');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_7\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>7<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> \u00c9d. City Lights Books, 2011. En cours de traduction, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions CMDE en octobre 2015 (www.editionscmde.org). <\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1338_1('footnote_plugin_tooltip_1338_1_8');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1338_1_8\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>8<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Institut de sondage<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_1338_1() { jQuery('#footnote_references_container_1338_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1338_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_1338_1() { jQuery('#footnote_references_container_1338_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1338_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_1338_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_1338_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_1338_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_1338_1(); } } function footnote_moveToAnchor_1338_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1338_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction par Marion Gary et Liuvan revue par Paulin Dardel et Alexandre Sanchez Le 26 septembre dernier, six personnes, dont au moins deux \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9cole normale rurale (la normal) d\u2019Ayotzinapa1, ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es par des membres de la police de l\u2019\u00c9tat du Guerrero dans la ville d\u2019Iguala. 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