{"id":1467,"date":"2015-01-04T23:50:46","date_gmt":"2015-01-04T22:50:46","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=1467"},"modified":"2015-01-04T23:50:46","modified_gmt":"2015-01-04T22:50:46","slug":"le-digital-labor-est-concu-pour-ne-pas-avoir-lapparence-dun-travail","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2015\/01\/04\/le-digital-labor-est-concu-pour-ne-pas-avoir-lapparence-dun-travail\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le digital labor est con\u00e7u pour ne pas avoir l&#8217;apparence d&#8217;un travail\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Surfer, naviguer, explorer \u2013 le temps pass\u00e9 par chacun d&#8217;entre nous sur Internet semble surtout relever de la d\u00e9couverte, du loisir et du <em>fun<\/em>. Pourtant, l&#8217;apparente g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des entreprises du web, pourvoyeuses de contenus et d&#8217;outils d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la convivialit\u00e9, s&#8217;accompagne de b\u00e9n\u00e9fices records et d&#8217;un marketing agressif. Ces nouvelles industries ont en effet r\u00e9ussi \u00e0 valoriser le moindre de nos gestes sur la toile, et c&#8217;est le travail volontaire des internautes eux-m\u00eames qui concourt \u00e0 l&#8217;optimisation continue de ces services&#8230; le tout sans r\u00e9mun\u00e9ration. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Comment est-on parvenu \u00e0 faire travailler les gens, \u00e0 exploiter leur temps de travail et leur ing\u00e9niosit\u00e9, sans d\u00e9bourser le moindre salaire&nbsp;? Comment lutter contre ce nouveau type d&#8217;exploitation&nbsp;?  En nommant le <em>digital labor<\/em>, un nouveau champ critique appara\u00eet, dont Antonio Casilli<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&#8217;Institut Mines Telecom, est l&#8217;un des repr\u00e9sentants.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/DigitalLaborKlak.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger le texte en PDF<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><br \/>\nQu&#8217;est-ce que le <i>digital labor<\/i>&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je vais essayer de d\u00e9finir le <i>digital labor<\/i> d&#8217;abord par ce qu&#8217;il n&#8217;est pas, pour mieux expliquer ce qu&#8217;il est. Jusqu&#8217;en 2008-2009, \u00e0 chaque fois qu&#8217;on posait la question du travail dans le num\u00e9rique, on r\u00e9pondait en termes de <i>figures professionnelles <\/i>appartenant \u00e0 un secteur \u00e9conomique en particulier. On pensait en premier lieu aux salari\u00e9s des industries num\u00e9riques innovantes, ou \u00e0 certains travailleurs tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9s, qui vivaient dans une situation de privil\u00e8ge relatif (contrats et r\u00e9mun\u00e9rations) et qui se d\u00e9finissaient comme classe cr\u00e9ative (ing\u00e9nieurs, d\u00e9veloppeurs, webdesigners, etc.). Certes, l&#8217;\u00e9mergence de ces professions est une donn\u00e9e pour cerner l&#8217;impact du num\u00e9rique sur le monde du travail. Cependant, en se concentrant uniquement sur cet aspect, on produit une vision idyllique, oubliant les conflits et les dynamiques de pr\u00e9carit\u00e9 qui s&#8217;installent dans un champ social beaucoup plus large. Le <i>digital labor<\/i> ne concerne donc pas le travail de ces professions innovantes. <\/p>\n<p>Autre point important, \u00e0 souligner d&#8217;entr\u00e9e&nbsp;: cette notion ne s&#8217;attache pas non plus au travail des personnes li\u00e9es \u00e0 la fabrication industrielle des dispositifs num\u00e9riques \u2013 il n&#8217;est pas question des travailleurs qui fabriquent les iPads par exemple. Il serait r\u00e9ducteur de se concentrer uniquement sur le travail dans les <i>sweatshops<\/i><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">2<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_2\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span><i>,<\/i> install\u00e9s dans des pays tiers, dans la mesure o\u00f9, finalement, le num\u00e9rique n&#8217;y joue qu&#8217;un r\u00f4le infime. Ce cadre rel\u00e8ve plut\u00f4t de l&#8217;exploitation industrielle classique, sur lequel nous avons d\u00e9j\u00e0, malheureusement, trois si\u00e8cles de r\u00e9flexion et d&#8217;\u00e9tude.<\/p>\n<p>Maintenant qu&#8217;on cerne mieux ce que n&#8217;est pas le <i>digital labor<\/i>, on peut en tenter une d\u00e9finition positive&nbsp;: c&#8217;est l&#8217;ensemble des activit\u00e9s des usagers lambda des plates-formes sociales, des sites web et des applications mobiles. Cela concerne non seulement la publication de contenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les utilisateurs&nbsp;(des photos, des vid\u00e9os, des textes),&nbsp;mais aussi toute forme de jeu, de navigation, de bavardage en ligne qui ne serait pas reconnaissable formellement en tant que travail, et qui pourtant produit de la valeur pour les entreprises qui en profitent, presque toujours en dehors de cadres juridiques existants. Il s&#8217;agit, d&#8217;embl\u00e9e, d&#8217;un travail informel, non sp\u00e9cialis\u00e9, d&#8217;un type nouveau qu&#8217;on n&#8217;arrivait pas \u00e0 reconna\u00eetre auparavant. En effet, on a plut\u00f4t d&#8217;abord insist\u00e9 sur des comportements prosociaux du Web, comme la participation, le partage et le don. On s&#8217;est concentr\u00e9 sur les amateurs passionn\u00e9s, les \u00ab&nbsp;fans&nbsp;\u00bb, anim\u00e9s par un besoin de mettre en commun au sein de communaut\u00e9s exemplaires de l&#8217;intelligence des foules. <\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1990, beaucoup de chercheurs voyaient le Web comme domin\u00e9 par des logiques de don et de contre-don. On croyait y d\u00e9celer une forme de prestation totale, caract\u00e9ristique des soci\u00e9t\u00e9s dites archa\u00efques. Cependant, cette approche a tendance \u00e0 masquer la captation de valeur par les entreprises, par le monde du capitalisme en r\u00e9seau qui compte sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des utilisateurs et leur envie de participation. On occulte donc, derri\u00e8re l\u2019envie de contribution, une forme de paup\u00e9risation de tout un ensemble de producteurs non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Le <i>digital labor<\/i> d\u00e9signe donc des activit\u00e9s partag\u00e9es, non sp\u00e9cialis\u00e9es, quotidiennes, et qui concernent surtout les usagers des technologies de l&#8217;information et de la communication. Circonscrire le champ d\u2019\u00e9tudes n\u2019est pas simple, car, depuis vingt ans, le d\u00e9bat intellectuel et la recherche universitaire ont \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9s par des postures qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec l\u2019objet du <i>digital labor<\/i>.<\/p>\n<p>Le simple fait de reconna\u00eetre ces activit\u00e9s comme travaill\u00e9es est probl\u00e9matique, parce que si l&#8217;on demande aux usagers eux-m\u00eames, ceux-ci n&#8217;ont g\u00e9n\u00e9ralement pas tendance \u00e0 consid\u00e9rer ces activit\u00e9s comme du travail. Ils les associent plut\u00f4t au plaisir et aux activit\u00e9s de la vie ordinaire. Il est en effet difficile de se dire qu&#8217;on travaille lorsqu&#8217;on met \u00e0 jour son profil Facebook, lorsqu&#8217;on clique sur le r\u00e9sultat d&#8217;une recherche Google ou qu&#8217;on tague des amis sur les photos d&#8217;une f\u00eate. C&#8217;est donc un travail qui ne dit pas son nom, et qui ne se reconna\u00eet pas en tant que tel<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">3<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_3\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nPour quelle raison parle-t-on alors toujours de travail&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Tout d&#8217;abord parce que c&#8217;est une activit\u00e9 qui produit bien de la valeur. Ensuite parce qu&#8217;elle est soumise \u00e0 un ensemble d&#8217;injonctions \u00e0 la participation. En effet, une fois que vous \u00eates inscrit sur une plate-forme sociale, il est aujourd&#8217;hui difficile de vous en passer. La pression commerciale pour adopter une certaine plate-forme, ou celle qu&#8217;exercent sur vous vos pairs (ce qu&#8217;on appelle parfois la FOMO, la <i>Fear of Missing out<\/i>, la peur de manquer un \u00e9v\u00e9nement social ou culturel), constituent autant de contraintes r\u00e9elles qui conditionnent les usages. De plus, nous sommes d\u00e9sormais face \u00e0 une activit\u00e9 qui peut \u00eatre mesur\u00e9e, soumise \u00e0 tout un ensemble de m\u00e9triques de performance (dont les m\u00e9triques d&#8217;attention, de r\u00e9putation, de calcul des \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb ou de retweetage), \u00e0 une mesure du temps pass\u00e9 sur telle plate-forme, exactement comme les activit\u00e9s travaill\u00e9es plus classiques. Ces m\u00e9triques sont ensuite utilis\u00e9es pour cr\u00e9er des hi\u00e9rarchies \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des services. Ou alors, et ceci soul\u00e8ve tout un autre ensemble de questions, elles sont employ\u00e9es pour automatiser les t\u00e2ches plus complexes et remplacer progressivement les op\u00e9rateurs humains, les utilisateurs, par des op\u00e9rateurs logiciels, les <i>bots<\/i>.<\/p>\n<p>Un autre point essentiel concerne la pr\u00e9carisation de l&#8217;usager, le <i>digital laborer <\/i>lui-m\u00eame, car son travail n&#8217;est pas reconnu en tant que tel. On a pu voir \u00e9merger un certain nombre de revendications, comme celles des journalistes du <i>Huffington Post <\/i>ou d&#8217;autres sites web qui refusent r\u00e9guli\u00e8rement de r\u00e9mun\u00e9rer les blogueurs, ou des recours en justice pour faire reconna\u00eetre que cette valeur m\u00e9rite r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p>On peut articuler cela avec une pr\u00e9carit\u00e9 qui pr\u00e9existe \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;internet, comme dans les plates-formes de micro-travail, dont l&#8217;exemple le plus visible est l&#8217;Amazon Mechanical Turk<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">4<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_4\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> (AMT), pr\u00e9sent\u00e9e comme un <i>marketplace<\/i> fond\u00e9 sur un principe simple d\u2019atomisation des t\u00e2ches. Toute personne inscrite sur ce service peut y r\u00e9aliser des t\u00e2ches simples, appel\u00e9es <i>Hits<\/i> (<i>Human Intelligence Tasks<\/i>). Ces derni\u00e8res ne peuvent en g\u00e9n\u00e9ral pas \u00eatre r\u00e9alis\u00e9es par des intelligences artificielles &nbsp;\u2013 c&#8217;est le cas, par exemple pour la cr\u00e9ation d\u2019une <i>playlist<\/i> ou la reconnaissance du visage d\u2019\u00eatres humains.<\/p>\n<p>Ce travail permet non seulement d&#8217;entra\u00eener les intelligences artificielles, actuellement inadapt\u00e9es \u00e0 ce type de t\u00e2ches, mais aussi de faire gagner un peu d&#8217;argent aux travailleurs en r\u00e9alisant des actions compl\u00e8tement indissociables des activit\u00e9s ordinaires de navigation et de sociabilisation en ligne. Les membres d&#8217;AMT ne font en effet que cliquer, visionner, commenter, comme \u00e0 n&#8217;importe quel autre moment de leur vie connect\u00e9e&#8230; C&#8217;est aussi \u00e0 cause de cela que le <i>digital labor <\/i>n&#8217;est pas reconnu comme un travail v\u00e9ritable par les usagers&nbsp;: parce que son exploitation est fond\u00e9e sur la production industrielle de la m\u00e9connaissance de sa nature de t\u00e2che productive. Le syst\u00e8me est con\u00e7u pour ne pas avoir l&#8217;apparence d&#8217;un travail. Cet exemple montre bien, je crois, ce qu&#8217;il en est de la banalisation totale et de la d\u00e9sp\u00e9cialisation du travail en ligne.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/the-turk-via-wikipedia.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/the-turk-via-wikipedia-1024x301.jpg\" alt=\"the-turk-via-wikipedia\" width=\"690\" height=\"202\" class=\"alignleft size-large wp-image-1491\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong><br \/>\n<b>Pour revenir \u00e0 des activit\u00e9s travaill\u00e9es non reconnues comme telles<\/b> <b>et non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es, comme les clics sur le r\u00e9sultat d&#8217;une recherche, le temps pass\u00e9 sur certaines pages ou le fait de simplement \u00ab&nbsp;liker&nbsp;\u00bb, o\u00f9 se situe la mat\u00e9rialit\u00e9 de la valeur produite&nbsp;?<\/b><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Toutes les activit\u00e9s que vous citez cr\u00e9ent des m\u00e9tadonn\u00e9es<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">5<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_5\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, et par l\u00e0 produisent des m\u00e9triques sur le comportement en ligne. Cela suffit \u00e0 donner une valeur \u00e0 la plupart des gestes r\u00e9alis\u00e9s, car ces analyses vont servir \u00e0 augmenter le rendement du service en question, en optimisant les recherches sur Google, en adaptant les prestations de services en ligne en fonction de l&#8217;affluence dans le temps ou dans l&#8217;espace, etc. Par ailleurs, elles apportent une contribution \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration des algorithmes, qui n\u00e9cessite une masse critique de contributeurs. Pour donner un exemple, l&#8217;algorithme de d\u00e9tection des spams de Gmail ne peut fonctionner que dans la mesure o\u00f9 un nombre important de personnes d\u00e9signent un mail comme ind\u00e9sirable. Enfin, ces activit\u00e9s aident \u00e0 circonscrire des segments de march\u00e9&nbsp;: chaque clic fait en sorte que le service qui nous trace (comme une application publicitaire install\u00e9e sur un site) am\u00e9liore le ciblage publicitaire.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nDans quelle mesure ce bien est-il mat\u00e9riel&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il est mat\u00e9riel parce que le num\u00e9rique <i>est <\/i>mat\u00e9riel. Nous n&#8217;avons pas affaire \u00e0 un monde d\u00e9sincarn\u00e9, \u00e0 un empyr\u00e9e immat\u00e9riel. Notre quotidien connect\u00e9 est tangible, mais m\u00e9di\u00e9 par les technologies de l&#8217;information et de la communication. Et le <i>digital labor <\/i>est mat\u00e9riel pour l&#8217;usager qui le r\u00e9alise, en termes de temps travaill\u00e9, et de dispositifs n\u00e9cessaires \u00e0 son ex\u00e9cution, d&#8217;espaces de vie \u00e0 am\u00e9nager pour prendre en compte ses usages.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nOu bien, tout simplement, la valeur mat\u00e9rielle du <i>digital labor <\/i>se concr\u00e9tise dans le fait qu&#8217;une publicit\u00e9 mieux cibl\u00e9e va permettre de mieux vendre tel produit&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>En quelque sorte, mais il faut lever un malentendu sur la publicit\u00e9 en ligne. On s&#8217;imagine souvent qu&#8217;elle n&#8217;est qu&#8217;une version d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e de l&#8217;affiche dans la rue. Cette derni\u00e8re envahit peut-\u00eatre votre champ visuel, mais elle ne fait que \u00e7a&nbsp;; alors que la publicit\u00e9 de votre profil Facebook, par exemple, vous trace. C&#8217;est parce que vous avez \u00e9t\u00e9 trac\u00e9 que Facebook vous propose une publicit\u00e9 pour un v\u00e9lo ou une couche-culotte. Mais la coh\u00e9rence du dispositif va au-del\u00e0, puisque le fait de cliquer ou non sur cette publicit\u00e9 fournit encore de nouvelles informations. Si vous cliquez, c&#8217;est que vous \u00eates int\u00e9ress\u00e9, attir\u00e9 par ce produit, et on se servira de cette information pour mieux vous cibler dans le futur sur la base de vos pr\u00e9f\u00e9rences r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Si vous ne cliquez pas, il y a de fortes chances que vous ayez d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9 un v\u00e9lo, et cette information peut \u00e0 son tour \u00eatre employ\u00e9e pour d\u00e9terminer votre niveau de revenu, vos habitudes de d\u00e9penses.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nDans les \u00e9tudes sur le <i>digital labor<\/i>, on aborde souvent la question du rapport entre exploitation et ali\u00e9nation. Dans le travail industriel classique, on constate que ces deux termes sont indissociables l&#8217;un de l&#8217;autre. Qu&#8217;en est-il de cette dialectique dans le cas du <i>digital labor<\/i>&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ici, le rapport entre exploitation et ali\u00e9nation est plus probl\u00e9matique, car on en revient \u00e0 la question de la perception des utilisateurs, qui se sentent en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s heureux et peu \u2013 ou pas \u2013 ali\u00e9n\u00e9s. Cela montre en quoi cette question est g\u00e9n\u00e9ralement mal pos\u00e9e, parce que, depuis une centaine d&#8217;ann\u00e9es, le probl\u00e8me de l&#8217;ali\u00e9nation est ramen\u00e9 \u00e0 celui du bonheur&nbsp;: on s&#8217;imagine qu&#8217;\u00eatre ali\u00e9n\u00e9 serait \u00e9quivalent \u00e0 \u00eatre malheureux. Or, l&#8217;ali\u00e9nation, terme marxien, n&#8217;est pas synonyme de malheur.<\/p>\n<p>L&#8217;ali\u00e9nation est le d\u00e9tachement de l&#8217;homme du fruit de son travail et, sur un plan plus abstrait, la s\u00e9paration de l&#8217;homme de son essence de producteur. Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on a assist\u00e9 \u00e0 une d\u00e9rive s\u00e9mantique du terme \u00ab&nbsp;ali\u00e9nation&nbsp;\u00bb, qui s&#8217;est progressivement psychologis\u00e9. Une responsabilit\u00e9 importante en incombe \u00e0 des penseurs comme Baudrillard, selon lesquels on ne peut pas d\u00e9tacher l&#8217;\u00e9l\u00e9ment productif, mat\u00e9riel, de l&#8217;\u00e9l\u00e9ment culturel et symbolique. Par cons\u00e9quent, dans cette optique, vivre dans un environnement spectaculaire (au sens de Guy Debord, c&#8217;est-\u00e0-dire, pour faire vite, o\u00f9 la subjectivit\u00e9 et la sensation sont toujours m\u00e9diatis\u00e9es par un dispositif de pouvoir et de marchandisation) conduit l&#8217;ali\u00e9nation \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 un \u00e9tat psychologique.<\/p>\n<p>En revanche, si l&#8217;on se concentre sur l&#8217;analyse marxienne, l&#8217;exploitation demeure tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la notion d&#8217;efficacit\u00e9 productive. Autrement dit, combien d&#8217;effort devons-nous d\u00e9ployer pour produire un r\u00e9sultat donn\u00e9&nbsp;? Cela vaut aussi bien pour l&#8217;extraction de mati\u00e8res premi\u00e8res que pour le traitement de l&#8217;information. Lorsque vous identifiez quelqu&#8217;un sur une photo en la taguant, la valeur produite en termes de donn\u00e9es personnelles fournies aux bases de donn\u00e9es propri\u00e9taires, ou bien en termes d&#8217;am\u00e9lioration des algorithmes de reconnaissance faciale, m\u00eame si elle est faible dans l&#8217;absolu, est tr\u00e8s grande relativement \u00e0 l&#8217;effort que \u00e7a requiert.<\/p>\n<p>Le sociologue Eran Fisher<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_6');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_6\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">6<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_6\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> constate sur ce point que les r\u00e9gimes de production pr\u00e9-internet \u00e9taient caract\u00e9ris\u00e9s par un faible niveau d&#8217;exploitation et un haut niveau d&#8217;ali\u00e9nation, ce qui veut dire qu&#8217;on travaillait beaucoup pour produire peu de valeur, tandis qu&#8217;il fallait d\u00e9tacher un grand nombre de personnes du fruit de leur travail, et pendant longtemps. <\/p>\n<p>Au contraire, dans le contexte actuel, c&#8217;est l&#8217;inverse qui se produit&nbsp;: on a un haut niveau d&#8217;exploitation pour un faible niveau d&#8217;ali\u00e9nation. Et ce faible niveau d&#8217;ali\u00e9nation vient du fait qu&#8217;on va chercher la valeur l\u00e0 o\u00f9 elle est r\u00e9ellement produite, c&#8217;est-\u00e0-dire dans les sociabilit\u00e9s ordinaires des utilisateurs d&#8217;Internet et des technologies s\u0153urs qui les nourrissent. Le simple fait de s&#8217;inscrire \u00e0 un groupe Facebook, par exemple, permet d&#8217;associer l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour un produit (groupe de musique, Nutella, etc.) \u00e0 des donn\u00e9es g\u00e9ographiques ou socio-culturelles. Ces sociabilit\u00e9s deviennent donc le si\u00e8ge r\u00e9el de la cr\u00e9ation de la valeur, et ce, gr\u00e2ce au travail cognitif, m\u00e9diatis\u00e9 par les nouvelles techniques d&#8217;information et de communication, qui est une mise \u00e0 profit des communaut\u00e9s vivantes.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nIl y a donc identit\u00e9 entre les usagers d&#8217;Internet et leur produit, le fruit de leur travail&nbsp;; il suffit d&#8217;exister sur le web pour produire de la valeur. Cette identification est le contraire de l&#8217;ali\u00e9nation&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est toute la diff\u00e9rence entre poster un <i>selfie<\/i> sur un r\u00e9seau social et produire un composant d&#8217;une Ford, qui ne repr\u00e9sente pas l&#8217;ouvrier qui le fabrique particuli\u00e8rement&nbsp;!<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Airline.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Airline-1024x895.jpg\" alt=\"Airline\" width=\"690\" height=\"603\" class=\"alignleft size-large wp-image-1489\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong><br \/>\nPour en revenir \u00e0 l&#8217;aspect \u00ab&nbsp;exploitation&nbsp;\u00bb, il existe des calculs visant \u00e0 montrer que chaque utilisateur a rapport\u00e9 120 dollars \u00e0 Facebook l&#8217;an pass\u00e9. Or ces m\u00eames utilisateurs seraient sans doute pr\u00eats \u00e0 payer effectivement cette somme pour avoir le droit d&#8217;utiliser les services de la soci\u00e9t\u00e9. Ce raisonnement tient-il debout&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si l&#8217;on se concentre sur la simple mon\u00e9tisation du produit (le clic, la connexion ou le remplissage d&#8217;un formulaire par exemple), celle-ci reste effectivement faible. Mais se limiter \u00e0 ceci serait erron\u00e9, et ferait le jeu des capitalistes du num\u00e9rique, qui cherchent \u00e0 ne pas payer le vrai prix des donn\u00e9es personnelles extraites de leurs utilisateurs. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pour cette raison qu&#8217;\u00e0 mon sens, jouer la carte de la r\u00e9mun\u00e9ration, des micro-paiements pour c\u00e9der des donn\u00e9es, revient \u00e0 \u00e9tablir un march\u00e9 de dupes pour le <i>digital laborer<\/i>. Cet \u00e9l\u00e9ment mon\u00e9taire ne repr\u00e9sente pas la valeur effective du produit, qui est \u00e9galement contenue par la valeur m\u00eame de sa mise en r\u00e9seau, par les effets de r\u00e9sonance. Il y a des externalit\u00e9s positives (c&#8217;est-\u00e0-dire des \u00ab&nbsp;effets secondaires&nbsp;\u00bb positifs) qui proviennent du fait m\u00eame de participer \u00e0 un r\u00e9seau, lequel peut par exemple stimuler d&#8217;autres personnes, etc. <\/p>\n<p>Pierre Bellanger, dans sa contribution \u00e0 la consultation r\u00e9cente du Conseil d&#8217;\u00c9tat, pr\u00e9cise que la valeur effective d&#8217;une donn\u00e9e personnelle cro\u00eet de mani\u00e8re exponentielle pour chaque nouvel utilisateur qui s&#8217;ajoute \u00e0 un r\u00e9seau num\u00e9rique. En adaptant la loi de Metcalfe \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie des informations personnelles, il d\u00e9clare que cette valeur est en fait \u00ab&nbsp;proportionnelle au carr\u00e9 du nombre de donn\u00e9es auxquelles elle est reli\u00e9e&nbsp;\u00bb<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_7');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_7\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">7<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_7\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. Si, par hypoth\u00e8se, mon profil rapportait vraiment 120 dollars \u00e0 Facebook, le prochain utilisateur qui se connecterait \u00e0 ce service, lui, en rapporterait 145, et le suivant 170, et ainsi de suite&#8230;<\/p>\n<p>Vous voyez donc pourquoi il faut \u00eatre toujours extr\u00eamement m\u00e9fiant vis-\u00e0-vis du type de chiffres que vous citez&nbsp;: elles dissimulent les rendements croissants des entreprises du num\u00e9rique. Et cela rend tr\u00e8s malais\u00e9 de creuser dans la voie de ceux qui pr\u00f4nent une r\u00e9mun\u00e9ration de chacun de nos clics. D&#8217;autant plus qu&#8217;ils ne constituent pas un front unitaire.&nbsp; On a deux \u00e9coles. D&#8217;abord celle tenue par Jaron Lanier, pionnier des r\u00e9alit\u00e9s virtuelles \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, devenu depuis une esp\u00e8ce de \u00ab&nbsp;gourou-Cassandre&nbsp;\u00bb d&#8217;internet. Il a r\u00e9cemment \u00e9crit un livre intitul\u00e9 <i>Who owns the future?<\/i>, au sujet de la protection des donn\u00e9es priv\u00e9es, dans lequel il s&#8217;\u00e9carte totalement de l&#8217;habituel \u00ab&nbsp;droit \u00e0 la vie priv\u00e9e&nbsp;\u00bb pour pr\u00e9f\u00e9rer un syst\u00e8me de droits commerciaux, de micro-royalties \u00e0 chaque fois que les donn\u00e9es produites par un utilisateur sont mises \u00e0 profit par un service en ligne. Or un rapport du Conseil national du num\u00e9rique fran\u00e7ais, publi\u00e9 en juin 2014, conclut que les montants de ces micro-royalties, \u00e0 part pour une minorit\u00e9 d&#8217;artistes et de personnes connues, seraient compl\u00e8tement anecdotiques<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_8');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_8\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">8<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_8\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>.<\/p>\n<p>Allons m\u00eame plus loin, et supposons qu&#8217;on ait la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre pay\u00e9 300 euros par mois pour \u00eatre un utilisateur de r\u00e9seaux sociaux et d&#8217;applications mobiles. La cagnotte est appr\u00e9ciable, mais qu&#8217;en est-il du reste de vos activit\u00e9s travaill\u00e9es&nbsp;? Pour quelle raison a-t-on actuellement besoin de ces 300 euros suppl\u00e9mentaires tous les mois&nbsp;? Parce que le pouvoir d&#8217;achat des classes moyennes et populaires a subi une s\u00e9v\u00e8re \u00e9rosion apr\u00e8s la derni\u00e8re crise, et qu&#8217;on a constat\u00e9 un importante mont\u00e9e de la pr\u00e9carit\u00e9 salariale et des in\u00e9galit\u00e9s sociales. \u00c0 trop raisonner en termes de r\u00e9mun\u00e9ration des utilisateurs d&#8217;internet, on reste donc inscrit dans une logique d&#8217;emploi, elle-m\u00eame en crise. <\/p>\n<p>Ma proposition, et c&#8217;est la deuxi\u00e8me \u00e9cole, serait plut\u00f4t de sortir de la civilisation du travail salari\u00e9&nbsp;; c&#8217;est pourquoi je suis plus sensible \u00e0 l&#8217;id\u00e9e du revenu de base.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nCependant, le revenu de base n&#8217;entrave pas les rapports capitalistes. Les donn\u00e9es des individus resteront exploit\u00e9es par les m\u00eames entreprises&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est effectivement l&#8217;une des critiques que je partage parfaitement. Le revenu de base n&#8217;est pas la solution r\u00e9volutionnaire, au sens litt\u00e9ral du terme. C&#8217;est au contraire une notion f\u00e9d\u00e9ratrice, aussi bien \u00e0 gauche que, h\u00e9las&nbsp;!, \u00e0 droite. Pour l&#8217;instant, je suis d&#8217;accord pour dire que c&#8217;est une solution tristement social-d\u00e9mocrate et r\u00e9formatrice. Mais, \u00e9tant donn\u00e9 la situation actuelle, caract\u00e9ris\u00e9e par une prise de conscience tr\u00e8s imparfaite de la nature travaill\u00e9e de ces activit\u00e9s num\u00e9riques, je pense que c&#8217;est l&#8217;id\u00e9e la plus tactiquement appropri\u00e9e. Mon travail consiste justement \u00e0 aider \u00e0 cette prise de conscience, \u00e0 pr\u00e9parer un temps plus favorable o\u00f9 l&#8217;on pourra proposer une rupture plus nette avec le syst\u00e8me actuel.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nNe peut-on pas tout de m\u00eame imaginer des formes nouvelles de r\u00e9appropriation, sorte d&#8217;\u00e9quivalent de l&#8217;autogestion dans le secteur industriel&nbsp;? Mais alors, quel serait l&#8217;outil de production \u00e0 se r\u00e9approprier ici&nbsp;? Suffit-il de cr\u00e9er des r\u00e9seaux sociaux alternatifs&nbsp;?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Certains proposent des nouvelles formes. Je pense notamment \u00e0 la P2P Foundation de Michel Bauwens<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_9');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_9\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">9<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_9\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. On peut aussi citer Trebor Scholz, qui a r\u00e9cemment sugg\u00e9r\u00e9 la cr\u00e9ation d&#8217;un \u00ab&nbsp;coop\u00e9rativisme des plates-formes&nbsp;\u00bb<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_10');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_10\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">10<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_10\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, o\u00f9 des services innovants fond\u00e9s sur le num\u00e9rique prendraient la forme d&#8217;entreprises contr\u00f4l\u00e9es d\u00e9mocratiquement et dont la propri\u00e9t\u00e9 serait partag\u00e9e entre les <i>digital laborers<\/i> m\u00eames. <\/p>\n<p>Mais, \u00e0 part ces quelques id\u00e9es prometteuses, au niveau g\u00e9n\u00e9ral, plus qu&#8217;une r\u00e9appropriation, c&#8217;est une forme de \u00ab&nbsp;r\u00e9sistance int\u00e9rieure&nbsp;\u00bb qui est en cours, tout \u00e0 fait coh\u00e9rente avec nombre d&#8217;autres formes de conflictualit\u00e9 li\u00e9es au monde du travail et, historiquement, aux mouvements ouvriers des si\u00e8cles pass\u00e9s. Cela passe par diverses modalit\u00e9s de sabotage, de reprise individuelle, de collectivisation et de d\u00e9tournement.<\/p>\n<p>Un mouvement vers la collectivisation est clairement discernable dans les grandes fuites (<i>leaks)<\/i> des derni\u00e8res ann\u00e9es, qui sont des mani\u00e8res de lib\u00e9rer des donn\u00e9es propri\u00e9taires\u2014d&#8217;institutions, de multinationales, de groupes de pression politique pour les rendre publiques. Le sabotage, quant \u00e0 lui, se manifeste par la cr\u00e9ation de faux profils, par exemple, et donc la production de donn\u00e9es qui ne sont pas exploitables par les grandes plates-formes. <\/p>\n<p>Je suis sensible \u00e0 des formes d&#8217;autonomisation des usages num\u00e9riques, utilisant le chiffrement. Ce crypto-anarchisme se manifeste de mani\u00e8re plus insistante depuis 2013. En revanche, je suis tout \u00e0 fait m\u00e9fiant \u00e0 l&#8217;encontre des \u00ab&nbsp;r\u00e9seaux alternatifs&nbsp;\u00bb de type Ello, Diaspora. Ceux-ci sont avant tout des start-ups, attendant de devenir le prochain Facebook&nbsp;: elles partagent les m\u00eames valeurs et le m\u00eame type d&#8217;orientation politique que les grandes entreprises existantes, m\u00eame quand, depuis Snowden, elles font semblant de respecter l&#8217;anonymat et la confidentialit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><br \/>\nFinalement, la captation de valeur \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le <i>digital labor<\/i> peut tr\u00e8s bien se concevoir dans le monde \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb. On peut par exemple imaginer une entreprise mettant une salle de sport \u00e0 disposition d&#8217;usagers dont on r\u00e9cup\u00e9rerait la chaleur produite&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je tiens \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter que la dichotomie entre monde r\u00e9el et monde virtuel n&#8217;a pas, et n&#8217;a jamais eu, de sens. J&#8217;ai consacr\u00e9 les 10 derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9monter ce mythe \u2013 et un livre de plus de 300 pages<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_11');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_11\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">11<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_11\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. Facebook fait partie du monde \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb, autant que votre voiture ou le boulanger o\u00f9 vous achetez votre pain. Si par r\u00e9el on entend le quotidien, un quotidien id\u00e9alis\u00e9 dans lequel les technologies num\u00e9riques n&#8217;existent pas, il faudrait plut\u00f4t parler de monde \u00ab&nbsp;non m\u00e9diatis\u00e9&nbsp;\u00bb. Toute notre discussion concerne un contexte m\u00e9diatique&nbsp;: le <i>digital labor<\/i> est une forme d&#8217;<i>audience labor<\/i>, notion h\u00e9rit\u00e9e de la r\u00e9flexion de Dallas Walker Smythe sur les m\u00e9dias en tant que lieu de production \u2013 o\u00f9 les spectateurs ne sont pas des r\u00e9cepteurs passifs, mais des acteurs dot\u00e9s de capacit\u00e9 d&#8217;interpr\u00e9ter, de v\u00e9hiculer, et de transformer les messages des industries culturelles. Il est extr\u00eamement difficile de transf\u00e9rer ce type d&#8217;analyse dans un contexte qu&#8217;on imaginerait, de mani\u00e8re un peu romantique, comme non m\u00e9diatis\u00e9.<\/p>\n<p>Ceci dit, tous les contextes sont m\u00e9diatis\u00e9s, que ce soit par le langage, l&#8217;\u00e9change de billets ou l&#8217;entremise de pancartes en manifestation. Il s&#8217;agit donc de prendre en compte le type de m\u00e9diatisation utilis\u00e9 et de trouver une strat\u00e9gie qui traverse les lignes de tension existant dans ce contexte m\u00e9diatique. Aujourd&#8217;hui, une entreprise n&#8217;imaginerait jamais le type de dispositif que vous d\u00e9crivez, avec une captation de la \u00ab&nbsp;force animale&nbsp;\u00bb, au sens du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, c&#8217;est imaginable, mais l&#8217;entreprise y ajouterait pour s\u00fbr une petite couche de <i>big data, <\/i>parce que l&#8217;ing\u00e9nieur qui va projeter votre salle de sport se dira \u00ab&nbsp;Ce serait idiot de faire \u00e7a sans, en plus, capitaliser un ensemble de m\u00e9triques&nbsp;\u00bb. Ces m\u00e9triques pourront lui apprendre, par exemple, \u00e0 quel moment de la journ\u00e9e on produit le plus de chaleur, ce qui permettra d&#8217;encourager la pr\u00e9sence des usagers \u00e0 certains horaires de la journ\u00e9e pour augmenter le rendement l&#8217;entreprise (par exemple en modulant les tarifs). L&#8217;entreprise pourra \u00e9galement s&#8217;arranger pour optimiser la cha\u00eene logistique ou pour qu&#8217;il y ait tout au long de la journ\u00e9e le bon nombre de personnes en train de s&#8217;agiter. De nos jours, rares sont les secteurs de production qui se passent de la partie cognitive et data. <\/p>\n<p>Par ailleurs, on assiste \u00e0 plusieurs transformations brutales dans le monde du travail, non prises en compte par les syndicats. N&#8217;importe quel travail mat\u00e9riel est aujourd&#8217;hui associ\u00e9 \u00e0 un ensemble de t\u00e2ches non mat\u00e9rielles. L&#8217;ouvrier est maintenant oblig\u00e9 de passer au lecteur optique des pi\u00e8ces \u00e9quip\u00e9es de tags. Le facteur se balade avec un terminal sur lequel vous devez signer avec un stylo optique. La caissi\u00e8re est branch\u00e9e sur un clavier et un \u00e9cran. M\u00eame les auxiliaires de vie ont des appareils de t\u00e9l\u00e9assistance gr\u00e2ce auxquels ils communiquent avec les personnes qu&#8217;ils accompagnent. Il y a l\u00e0 un autre enjeu de la reconnaissance des t\u00e2ches num\u00e9riques<i>,<\/i> au sein m\u00eame du travail traditionnel.<\/p>\n<p>C&#8217;est la t\u00e2che notamment des syndicats de faire aujourd&#8217;hui reconna\u00eetre la partie <i>data<\/i> de ces activit\u00e9s. Il existe des signaux d&#8217;une nouvelle orientation, comme un r\u00e9cent rapport de la f\u00e9d\u00e9ration des syndicats allemands<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_12');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_12\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">12<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_12\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, qui envisage les choses comme un front commun. Ce que les syndicats ne prennent pas en compte, en revanche, c&#8217;est qu&#8217;une partie de leur activit\u00e9 se passe sur internet. Je ne comprends pas pourquoi encore aujourd&#8217;hui une manifestation se passe seulement dans la rue, et l&#8217;utilisation d&#8217;Internet est encore limit\u00e9e \u00e0 des fonctions sp\u00e9cifiques de communication <i>top-down<\/i> avec les militants, ou de gestion des rapports avec la presse. Pourquoi ne pas syst\u00e9matiquement coupler une manifestation classique avec un d\u00e9fil\u00e9 virtuel qui manifesterait de mani\u00e8re organis\u00e9e sur un r\u00e9seau<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_reference_1467_1_13');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_1467_1_13\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">13<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_1467_1_13\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>&nbsp;? <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/LavoroZero72.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/LavoroZero72.jpg\" alt=\"LavoroZero72\" width=\"594\" height=\"804\" class=\"alignleft size-full wp-image-1490\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr>\n<h4>\nBibliographie \u2013 Pour aller plus loin<br \/>\n<\/h4>\n<p>&#8211; Casilli, Antonio A. et Dominique Cardon (2015)&nbsp;: <i>Qu&#8217;est-ce que le digital labor&nbsp;?<\/i>, INA, coll. \u00ab&nbsp;\u00c9tudes et controverses&nbsp;\u00bb (\u00e0 para\u00eetre).<\/p>\n<p>&#8211; Scholz, Trebor (2012)&nbsp;: <i>Digital labor<\/i>, Routledge.<\/p>\n<p>&#8211; Fuchs, Christian (2014)&nbsp;: <i>Digital Labour and Karl Marx,<\/i> Routledge.<\/p>\n<p>&#8211; Fisher, Eran (2012)&nbsp;: \u00ab&nbsp;How Less Alienation Creates More Exploitation&nbsp;? Audience Labour on Social Network Sites\u00bb <i>triple&nbsp;C \u2013 Cognition,<\/i> <i>Communication, Co-operation<\/i>, vol. 10, n\u00b0&nbsp;2, <a href=\"http:\/\/www.triple-c.at\/index.php\/tripleC\/article\/view\/392\">http:\/\/www.triple-c.at\/index.php\/tripleC\/article\/view\/392<\/a>.<\/p>\n<p>&#8211; Rey, P. J. (2012)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Facebook is Not a Factory (But Still Exploits its Users&nbsp;\u00bb, <i>Cyborgology<\/i>, 15 f\u00e9vrier, <a href=\"http:\/\/thesocietypages.org\/cyborgology\/2012\/0215\/facebook-is-not-a-factory-but-still-exploits-its-users\/\">thesocietypages.org<\/a>.<\/p>\n<p>&#8211; Scholz, Trebor (2007)&nbsp;: \u00ab&nbsp;What the MySpace generation should know about working for free labour&nbsp;\u00bb <i>Re-public Re-imagining Democracy,<\/i> n\u00b0&nbsp;13, num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00ab&nbsp;Towards a critique of the social web&nbsp;\u00bb, 2 d\u00e9cembre, <a href=\"http:\/\/www.re-public.gr\/en\/?p=138\/\">http:\/\/www.re-public.gr\/en\/?p=138<\/a>.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_1467_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_1467_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_1467_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_1467_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Antonio Casilli est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en Digital Humanities \u00e0 <a href=\"https:\/\/webperso.telecom-paristech.fr\/casilli.html\">Telecom ParisTech (Institut Mines Telecom)<\/a> et chercheur en sociologie au <a href=\"http:\/\/www.iiac.cnrs.fr\/CentreEdgarMorin\/spip.php?article26\">Centre Edgar-Morin<\/a> (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris). Il est l\u2019auteur de <a href=\"http:\/\/www.liaisonsnumeriques.fr\/\"><i>Les liaisons num\u00e9riques<\/i><\/a> (Ed. du Seuil, 2010) et le co-auteur de <a href=\"https:\/\/www.springer.com\/social sciences\/book\/978-3-319-02455-4\"><i>Against the Hypothesis of the End of Privacy <\/i><\/a> (Springer, 2014). Il anime le blog de recherche <a href=\"http:\/\/www.bodyspacesociety.eu\/\">Bodyspacesociety<\/a>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>2<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  Manufactures, ateliers ou usines o\u00f9 les conditions de travail sont jug\u00e9es d\u00e9plorables,souvent destin\u00e9s \u00e0 des travaux de sous-traitance de l&#8217;industrie textile.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>3<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Il existe n\u00e9anmoins des tentatives pour aider une prise de conscience de la part des internautes, comme l&#8217;exp\u00e9rimentation artistique Wages for Facebook (<span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/wagesforfacebook.com).<\/span><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>4<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  <a href=\"http:\/\/www.humanite.fr\/social-eco\/tacherons-d-amazon-pour-une-pincee-de-dollars-558027\"><span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/www.humanite.fr\/social-eco\/tacherons-d-amazon-pour-une-pincee-de-dollars-558027<\/span><\/a><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>5<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Ce sont les \u00ab&nbsp;donn\u00e9es sur les donn\u00e9es&nbsp;\u00bb. Par exemple, pour une image&nbsp;: la date de publication, la liste des personnes l&#8217;ayant lik\u00e9e, le nom des personnes visibles sur la photo.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_6');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_6\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>6<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  Fisher, Eran (2012) \u00ab&nbsp;How Less Alienation Creates More Exploitation? Audience Labour on Social Network Sites&nbsp;\u00bb. <i>triple C<\/i>, vol.&nbsp;10, n\u00b0&nbsp;2, pp.&nbsp;171-183. <a href=\"http:\/\/www.triple-c.at\/index.php\/tripleC\/article\/view\/392\"><span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/www.triple-c.at\/index.php\/tripleC\/article\/view\/392<\/span><\/a><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_7');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_7\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>7<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Bellanger, Pierre (2014) <i>Principes et pratiques des donn\u00e9es personnelles en r\u00e9seau<\/i>, <a href=\"http:\/\/www.forum-avignon.org\/sites\/default\/files\/editeur\/Principes\\_et\\_pratiques\\_des\\_donnees\\_personnelles\\_en\\_reseau.pdf\">Consultation du Conseil d\u2019\u00c9tat sur les donn\u00e9es personnelles<\/a>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_8');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_8\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>8<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  \u00ab&nbsp;Neutralit\u00e9 des plateformes&nbsp;: r\u00e9unir les conditions d\u2019un environnement num\u00e9rique ouvert et soutenable&nbsp;\u00bb, Conseil National du Num\u00e9rique, <span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/www.cnnumerique.fr\/plateformes\/<\/span><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_9');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_9\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>9<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  <a href=\"http:\/\/p2pfoundation.net\/\"><span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/p2pfoundation.net\/<\/span><\/a><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_10');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_10\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>10<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Scholz, Trebor, \u00ab&nbsp;Platform Cooperativism vs. the Sharing Economy&nbsp;\u00bb, <i>Medium<\/i>, 5 d\u00e9cembre 2014, <a href=\"https:\/\/medium.com\/@trebors\/platform-cooperativism-vs-the-sharing-economy-2ea737f1b5ad\"><span class=\"footnote_url_wrap\">https:\/\/medium.com\/@trebors\/platform-cooperativism-vs-the-sharing-economy-2ea737f1b5ad<\/span><\/a><\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_11');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_11\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>11<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\">  Antonio A. Casilli (2010) <i>Les liaisons num\u00e9riques. Vers une nouvelle sociabilit\u00e9&nbsp;?<\/i>, Paris, Ed. du Seuil.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_12');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_12\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>12<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> DGB k\u00fcndigt verst\u00e4rkten Kampf gegen digitale Billigjobs an : <a href=\"http:\/\/www.heise.de\/newsticker\/meldung\/DGB-kuendigt-verstaerkten-Kampf-gegen-digitale-Billigjobs-an-2428167.html\"><span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/www.heise.de\/newsticker\/meldung\/DGB-kuendigt-verstaerkten-Kampf-gegen-digitale-Billigjobs-an-2428167.html<\/span><\/a>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_1467_1('footnote_plugin_tooltip_1467_1_13');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_1467_1_13\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>13<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Sur les <i>netstrikes<\/i>, voir Tiziana Terranova: <a href=\"https:\/\/snuproject.wordpress.com\/2014\/10\/18\/social-network-unionism-and-social-networked-strike-by-tiziana-terranova\/\"><span class=\"footnote_url_wrap\">https:\/\/snuproject.wordpress.com\/2014\/10\/18\/social-network-unionism-and-social-networked-strike-by-tiziana-terranova\/<\/span><\/a><\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_1467_1() { jQuery('#footnote_references_container_1467_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1467_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_1467_1() { jQuery('#footnote_references_container_1467_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_1467_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_1467_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_1467_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_1467_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_1467_1(); } } function footnote_moveToAnchor_1467_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_1467_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Surfer, naviguer, explorer \u2013 le temps pass\u00e9 par chacun d&#8217;entre nous sur Internet semble surtout relever de la d\u00e9couverte, du loisir et du fun. 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