{"id":2742,"date":"2016-01-08T18:34:58","date_gmt":"2016-01-08T17:34:58","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=2742"},"modified":"2016-01-08T18:34:58","modified_gmt":"2016-01-08T17:34:58","slug":"hecho-en-argentina","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2016\/01\/08\/hecho-en-argentina\/","title":{"rendered":"Hecho en Argentina"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Depuis la crise argentine de 2001, le nombre d&#8217;ateliers de couture clandestins n&#8217;a cess\u00e9 d&#8217;augmenter dans le centre de Buenos Aires et sa p\u00e9riph\u00e9rie. Celui de Luis fonctionne entre autogestion et syst\u00e8me D. Il travaille principalement pour les stylistes ind\u00e9pendants de la capitale qui font d\u00e9sormais partie int\u00e9grante de la culture vestimentaire argentine. Tout y est plus simple&#160;: les contrats de travail et les commandes sont tacites, les paiements en liquide. Revers de la m\u00e9daille, cette \u00e9conomie souterraine qui s&#8217;est d\u00e9sormais g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e en Argentine, profite surtout aux grandes cha\u00eenes du textile et \u00e0 la contrefa\u00e7on, soup\u00e7onn\u00e9es d&#8217;encourager le travail esclave.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>[new_royalslider id=&#8221;4&#8243;]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il existe une zone de Buenos Aires que vous ne trouverez pas sur une carte&#160;: El Once. Quartier clandestin a\u0300 l\u2019appellation populaire, bazar ge\u0301ant a\u0300 ciel ouvert au c\u0153ur de la ville, abri des grossistes asiatiques, entrepreneurs juifs de l\u2019immobilier et du tissu, transsexuelles pe\u0301ruviennes. Les vendeurs ambulants nige\u0301rians et se\u0301ne\u0301galais y surveillent du coin de l\u2019\u0153il leur mallette ouverte sur le trottoir, de\u0301gueulant son simili-cuir et ses fausses Rolex au plaquage douteux. De l\u2019autre co\u0302te\u0301 de la Plaza Miserere, derrie\u0300re le mausole\u0301e Rivadavia, le terminal du Sarmiento, train de\u0301cre\u0301pit qui charge et de\u0301charge les travailleurs argentins du conurbano, la banlieue.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 quelques <em>cuadras<\/em> de la gare, un e\u0301difice vierge d\u2019enseignes publicitaires. \u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur, l\u2019activite\u0301 y est pourtant aussi intense que celle des rues autour. Sur huit e\u0301tages, des ateliers de couture ille\u0301gaux. Les paiements se font en liquide, les factures n\u2019existent pas, pas plus que les fiches de paye. Une centaine d\u2019ouvriers travaillent ici. Pe\u0301ruviens, Paraguayens ou Boliviens, la plupart en situation ille\u0301gale.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019e\u0301conomie souterraine et le travail au noir sont tre\u0300s ancre\u0301s dans la socie\u0301te\u0301 argentine depuis les anne\u0301es 1990, lorsque le pays s\u2019enfonc\u0327ait a\u0300 tombeau ouvert dans un libe\u0301ralisme sans limites, continuant l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00c9cole de Chicago de\u0301bute\u0301e sous la dernie\u0300re dictature militaire <span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_2742_1('footnote_plugin_reference_2742_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2742_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2742_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. Au de\u0301but du quatrie\u0300me trimestre 2013, l\u2019Indec (Institut de statistique officielle argentin) annonc\u0327ait que plus d\u2019un tiers de la population active n\u2019e\u0301tait pas de\u0301clare\u0301e, chiffre montant jusqu\u2019a\u0300 46,8% dans la province de Corrientes. Les travailleurs domestiques du BTP et de l&#8217;ho\u0302tellerie sont les plus concerne\u0301s, des secteurs ou\u0300 l\u2019on retrouve notamment le plus de migrants. Pour eux, pas de carte de re\u0301sidence pour e\u0301trangers, pas de mutuelle, aucune se\u0301curite\u0301 face aux licenciements abusifs. La pre\u0301carisation du travail est en revanche un outil favorable a\u0300 l\u2019e\u0301conomie d\u2019un pays&#160;: sur chacun des produits que l&#8217;on trouve ici flotte fi\u00e8rement le drapeau argentin, suivi de la mention <em>Hecho en Argentina<\/em> (Fabrique\u0301 en Argentine).<\/p>\n<p class=\"textbody\">Luis est l\u2019un des locataires de ces ateliers. Ne\u0301 au Pe\u0301rou dans une famille assez aise\u0301e qui posse\u0301dait une fabrique de textile, il a e\u0301te\u0301 rejete\u0301 par ses proches suite a\u0300 des proble\u0300mes de drogue. Il quitte alors son pays pour vadrouiller en Ame\u0301rique latine et termine sa course \u00e0 Buenos Aires lorsqu\u2019il commence a\u0300 travailler de jour dans un atelier de couture. Aujourd\u2019hui, il ge\u0300re son propre atelier et fait vivre, en plus de sa famille, une demi-douzaine de personnes telles que Pilar, Eddy ou Isaac. Les journe\u0301es sont soutenues \u2013 de 7\u00a0h a\u0300 21\u00a0h \u2013, mais l\u2019ambiance est de\u0301tendue. Chacun travaille a\u0300 son rythme, a\u0300 condition d\u2019e\u0302tre dans les temps. Les ouvriers sont paye\u0301s a\u0300 la pie\u0300ce, \u00ab&#160;<em>sinon ils passeraient leur temps a\u0300 discuter et a\u0300 boire des bie\u0300res<\/em>&#160;\u00bb, se justifie Luis\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">On estime a\u0300 pre\u0300s de 3000 le nombre d\u2019ateliers de couture clandestins dans la capitale argentine et sa banlieue. Si l\u2019atelier de Luis a des similitudes avec les espaces d\u2019e\u0301conomie autoge\u0301re\u0301e, d\u2019autres servent de r\u00e9servoir de main-d\u2019\u0153uvre docile pour les grandes marques ou le marche\u0301 fleurissant de la contrefac\u0327on. Les ouvriers immigre\u0301s qui travaillent 16 heures par jour y sont alors loge\u0301s sur place avec leurs familles, dans des conditions d\u2019hygie\u0300ne et de salubrite\u0301 exe\u0301crables.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour Gustavo Vera, pr\u00e9sident de la fondation La Alameda [2. La Alameda est une ONG cr\u00e9\u00e9e en 2001 sur la base d&#8217;assembl\u00e9es de quartiers pendant la crise argentine. En plus de lutter contre le travail esclave et d&#8217;apporter du soutien aux travailleurs exploit\u00e9s, la fondation a cr\u00e9\u00e9 une marque (Mundo Alameda) et un r\u00e9seau de coop\u00e9ratives international (Argentine, Philippines, Indon\u00e9sie, Tha\u00eflande, Hong-Kong) dans le but de contrecarrer l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie des grandes firmes. <a href=\"https:\/\/es.wikipedia.org\/wiki\/La_Alameda_%28ONG%29\">Plus d&#8217;infos ici.<\/a>], 78% des ateliers textiles en Argentine sont clandestins et 109 marques internationales recourent au travail esclave [3. Lire <a href=\"http:\/\/www.publico.es\/internacional\/zara-recurre-al-esclavo-argentina.html\"> \u00ab&#160;Zara recourt au travail esclave en Argentine&#160;\u00bb, Ana Delicado, <em>Publico<\/em>, 8 avril 2013.<\/a>]. En 2013, appuy\u00e9e par le Pape Fran\u00e7ois, l&#8217;assembl\u00e9e populaire et coop\u00e9rative de travail La Alameda a pu monter un dossier comprenant documents et vid\u00e9os \u00e0 charge contre la marque espagnole Zara (Groupe Inditex), accus\u00e9e de recourir a\u0300 ce type d\u2019ateliers pour confectionner ses produits vendus \u00e0 travers le monde [4. Lire <a href=\"http:\/\/www.letemps.ch\/economie\/2014\/06\/15\/argentine-grandes-marques-sportives-accusees-exploiter-immigres\">\u00ab&#160;En Argentine, les grandes marques sportives accus\u00e9es d\u2019exploiter des immigr\u00e9s&#160;\u00bb, Camille Lavoix, <em>Le Temps<\/em>, 25 juin 2014<\/a>]. Des accusations class\u00e9es sans suite&#8230; <\/p>\n<p>&#160;  <\/p>\n<p><strong>Plus d&#8217;infos<\/strong><\/p>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"https:\/\/laalameda.wordpress.com\/2013\/04\/11\/trabajo-esclavo-otra-vez-zara\/\">\u00ab&#160;Travail esclave, encore une fois Zara&#160;\u00bb<\/a>.<\/p>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?time_continue=123&#038;v=_0m1J4dIdO4\">Vid\u00e9o de La Alameda<\/a>.<\/p>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"http:\/\/www.gelin-photo.com\/\">Site du photographe Benoist-Antoine Gelin ici<\/a>.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2742_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2742_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2742_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2742_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2742_1('footnote_plugin_tooltip_2742_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2742_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> L&#8217;\u00c9cole de Chicago, dont le repr\u00e9sentant le plus fameux est l&#8217;\u00e9conomiste n\u00e9olib\u00e9ral Milton Friedman, pr\u00f4ne la d\u00e9r\u00e9gulation des march\u00e9s. Friedman lui-m\u00eame a form\u00e9 de nombreux \u00e9conomistes d&#8217;Am\u00e9rique du Sud et se f\u00e9licite de l&#8217;incroyable inversement de la courbe \u00e9conomique chilienne sous Pinochet, attribu\u00e9e \u00e0 l&#8217;influence des <em>Chicago boys<\/em>, ses anciens \u00e9l\u00e8ves (certains nomment cela le \u00ab\u00a0miracle chilien\u00a0\u00bb). La dictature argentine s&#8217;est elle aussi inspir\u00e9e de son mon\u00e9tarisme forcen\u00e9, mais les r\u00e9sultats furent moins probants. Les deux pays sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme un laboratoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme, bien avant Thatcher.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2742_1() { jQuery('#footnote_references_container_2742_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2742_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2742_1() { jQuery('#footnote_references_container_2742_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2742_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2742_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2742_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2742_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2742_1(); } } function footnote_moveToAnchor_2742_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2742_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la crise argentine de 2001, le nombre d&#8217;ateliers de couture clandestins n&#8217;a cess\u00e9 d&#8217;augmenter dans le centre de Buenos Aires et sa p\u00e9riph\u00e9rie. 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