{"id":2839,"date":"2016-02-29T17:45:44","date_gmt":"2016-02-29T16:45:44","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=2839"},"modified":"2016-02-29T17:45:44","modified_gmt":"2016-02-29T16:45:44","slug":"les-trois-r-du-relais-textile","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2016\/02\/29\/les-trois-r-du-relais-textile\/","title":{"rendered":"Les trois \u00ab\u00a0R\u00a0\u00bb du relais textile"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">L&#8217;\u00c9conomie sociale et solidaire (ESS) a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour d\u00e9velopper des mod\u00e8les de fonctionnement fond\u00e9s sur la solidarit\u00e9 et l&#8217;utilit\u00e9 sociale. La promesse est all\u00e9chante, mais l&#8217;entreprise p\u00e9rilleuse, surtout quand on doit se frotter aux march\u00e9s et \u00e0 une concurrence f\u00e9roce. Exemple avec Le Relais, investi dans l&#8217;insertion des plus d\u00e9favoris\u00e9s via la collecte et la valorisation de d\u00e9chets textiles \u2013 o\u00f9 l&#8217;on apprend que l&#8217;enfer du capitalisme est pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/p>\n<p class=\"infos-bdf\">Ce texte est issu du deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <em>Jef Klak<\/em>, \u00ab\u00a0Bout d&#8217;ficelle\u00a0\u00bb, paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/3Relai_site.pdf\">PDF<\/a><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Jack Johnson - The 3 R&#039;s (Live)\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/U6IbRSRe8MQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\" style=\"text-align: right; font-weight: bold;\">\u00ab\u00a0Reduce, Reuse, Recycle<br \/>\nBecause three it\u2019s a magic number<br \/>\nYes it is, it\u2019s a magic number<br \/>\n3, 3, 3.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\" style=\"text-align: right; font-weight: bold;\">Jack Johnson, \u00ab\u00a0The 3 R\u2019s\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">8h30. Gare de B\u00e9thune. Un vent glacial balaie le quai, d\u2019o\u00f9 je vois l\u2019arri\u00e8re du train s\u2019\u00e9loigner dans les herbes folles du ballast et la g\u00e9om\u00e9trie d\u2019acier des voies ferr\u00e9es. \u00c0 la sortie du hall, un utilitaire blanc flanqu\u00e9 du logo du Relais, entreprise d\u2019\u00c9conomie sociale et solidaire (ESS)<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_2839_1('footnote_plugin_reference_2839_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2839_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2839_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> pour le recyclage de v\u00eatements, m\u2019attend sur le parking d\u00e9sert. Au volant, un retrait\u00e9, b\u00e9n\u00e9vole depuis vingt ans, m\u2019accueille avec courtoisie. On \u00e9change des banalit\u00e9s, tandis que dehors d\u00e9filent \u00e0 perte de vue des champs plats et boueux, des alignements de maisonnettes en briques et des hangars de zones commerciales dont les enseignes, plant\u00e9es sur les parkings comme des \u00e9tendards, ne parviennent pas \u00e0 briser l\u2019horizontalit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9rante du paysage. Le type me dit qu\u2019\u00ab\u00a0<em>ici les corbeaux volent sur le dos tellement y\u2019a rien \u00e0 voir. C\u2019est devenu une terre de mis\u00e8re. Heureusement qu\u2019y a Le Relais \u00e0 Bruay pour embaucher les gens. Parce qu\u2019ici, y a plus de boulot.\u2009<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette phrase, je l\u2019entends depuis deux mois, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 et sur toutes les modulations possibles \u2013 d\u00e9sespoir, r\u00e9signation, col\u00e8re, d\u00e9tachement, constat amer. J\u2019ai parcouru une bonne partie de la France, celle des zones p\u00e9riurbaines, l\u00e0 o\u00f9, en grande majorit\u00e9, agissent les structures des r\u00e9seaux membres de l\u2019Inter-r\u00e9seaux de la fibre solidaire (IRFS, avec notamment Emma\u00fcs, Relais, Tissons La Solidarit\u00e9). Je termine mon enqu\u00eate par une semaine d\u2019immersion au Relais Nord-Pas-de-Calais, implant\u00e9 \u00e0 Bruay-la-Buissi\u00e8re, Chemin de l\u2019esp\u00e9rance, sur un ancien site des houill\u00e8res, achet\u00e9 en 1984 pour\u00a0\u00e9tablir la communaut\u00e9 Emma\u00fcs de Bruay-la-Buissi\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une longue all\u00e9e traverse les vingt hectares de la zone d\u2019activit\u00e9 du Possible. Des b\u00e2timents en enfilade\u00a0: une boutique Ding Fring, o\u00f9 sont vendues les fripes de \u00ab\u00a0premier choix\u00a0\u00bb sortant directement de l\u2019atelier de tri\u00a0; plus haut, dans un b\u00e2timent en brique, un espace de vente de v\u00eatements de second choix auxquels l\u2019usure et la moindre qualit\u00e9 valent d\u2019\u00eatre entass\u00e9s dans de vulgaires bacs en plastique. On passe devant un centre administratif, une cantine, la communaut\u00e9 Emma\u00fcs\u00a0et des conteneurs blancs estampill\u00e9s \u00ab\u00a0Relais\u00a0\u00bb qui m\u00e8nent au centre de tri. L\u2019atelier-hangar est immense\u00a0: 2500\u00a0m<sup>2<\/sup>, abritant une centaine de personnes, sur les 430 salari\u00e9s du site. Le centre de tri est le c\u0153ur du complexe\u00a0; c\u2019est le moteur du groupe coop\u00e9ratif. Toute l\u2019organisation industrielle de l\u2019entreprise est pens\u00e9e autour de lui\u00a0: il absorbe un d\u00e9chet textile et en recrache un produit fini. L\u2019ensemble est semi-automatis\u00e9. La main et l\u2019\u0153il des salari\u00e9s y demeurent indispensables.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Trier les d\u00e9chets textiles pour les valoriser<\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019entr\u00e9e, les \u00ab\u00a0craqueurs\u00a0\u00bb d\u00e9chirent les sacs plastiques remplis d\u2019habits \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des camions. Ils jettent tout ce qui est mouill\u00e9, moisi, ab\u00eem\u00e9, tach\u00e9 ou irr\u00e9cup\u00e9rable. Une trieuse-boutique rep\u00e8re les v\u00eatements de meilleure qualit\u00e9, \u00ab\u00a0la cr\u00e8me\u00a0\u00bb, qui part directement \u00e0 la vente dans les friperies du r\u00e9seau. Ils repr\u00e9sentent 6% des collectes, mais 25% du chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Debout derri\u00e8re le tapis roulant, une dizaine de femmes trient par cat\u00e9gorie les v\u00eatements qui d\u00e9filent en paquets. Elles envoient les pi\u00e8ces r\u00e9cup\u00e9rables dans d\u2019\u00e9normes conteneurs grillag\u00e9s install\u00e9s en contrebas. Chacun conteneur correspond \u00e0 une cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique\u00a0: ici les jeans, l\u00e0 les v\u00eatements en laine card\u00e9e ou les manteaux d\u2019hiver. Quand ils sont pleins, les manutentionnaires les remplacent par des conteneurs vides, se frayant un chemin dans le hangar bond\u00e9. La t\u00e2che est physique\u00a0: ils d\u00e9placent \u00e0 bout de bras des tonnes de textile et tassent r\u00e9guli\u00e8rement les v\u00eatements dans les conteneurs \u00e0 l\u2019aide d\u2019une gaffe.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une partie des v\u00eatements compos\u00e9s de laine ou d\u2019acrylique sont envoy\u00e9s en Inde, o\u00f9 des filatures isolent les fils de laine et les tissent \u00e0 d\u2019autres mati\u00e8res pour fabriquer de nouvelles pi\u00e8ces textiles, avant de les renvoyer en Europe. M\u00eame topo pour les chiffons d\u2019essuyage dont la coupe se fait en Tunisie. Les vieux jeans sont transform\u00e9s en isolants thermiques pour les logements, en futons ou en isolants acoustiques pour les salles de spectacle. C\u2019est le travail de la filiale M\u00e9tisse \u00e0 Billy-Berclau (Pas-de-Calais) cr\u00e9\u00e9e par Le Relais.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au bout de la cha\u00eene de tri sort en vrac le m\u00eal\u00e9 (T-shirts, pantalons en tissu, pull-overs l\u00e9gers etc.), un produit destin\u00e9 aux trois Relais implant\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 Madagascar et au Burkina Faso. Vers\u00e9 dans la fosse de la presse, le m\u00eal\u00e9 est compact\u00e9, puis transform\u00e9 en balles, pr\u00eates \u00e0 \u00eatre charg\u00e9es dans des containers maritimes. Prochaine \u00e9tape\u00a0: Dunkerque, puis les Relais africains, o\u00f9 ils seront tri\u00e9s \u00e0 nouveau pour \u00eatre vendus sur les march\u00e9s de Dakar, Yaound\u00e9, Antananarivo.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Environ 50 tonnes de vieux habits sont ainsi tri\u00e9es chaque jour. Leur destination\u00a0: des fripes de deuxi\u00e8me choix pour les march\u00e9s europ\u00e9ens et africains, des chiffons d\u2019essuyage pour l\u2019industrie et de la mati\u00e8re pour des usines d\u2019effilochage qui revalorisent la fibre textile en mati\u00e8re premi\u00e8re nouvelle (ces produits sont destin\u00e9s \u00e0 l\u2019industrie du non-tiss\u00e9 \u2013 isolant pour automobile, isolant pour b\u00e2timent \u2013 et aux filatures). On compte au total plus de 300 cat\u00e9gories de tri selon la qualit\u00e9, la mati\u00e8re, le type de v\u00eatement, chacune r\u00e9pondant \u00e0 la demande d\u2019un client.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Suivant leurs particularit\u00e9s ou leur degr\u00e9 de conservation, les textiles prennent donc des chemins divers\u00a0: 60% sont r\u00e9utilis\u00e9s (dont la moiti\u00e9 part \u00e0 l\u2019export), 9% servent \u00e0 la fabrication de chiffons d\u2019essuyage, 9% sont d\u00e9finitivement \u00e9limin\u00e9s. Les 22% restant sont effiloch\u00e9s pour la matelasserie et l\u2019isolation, dont une partie est recycl\u00e9e par la filiale M\u00e9tisse.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Mis au rebut<\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 mon tour derri\u00e8re le tapis roulant, les fringues me passent entre les mains. Post\u00e9 entre Myriam, trieuse depuis 20 ans, et Sabine, r\u00e9cemment arriv\u00e9e, j\u2019essaie de prendre le rythme. \u00c7a d\u00e9file vite. \u00ab\u00a0<em>Les personnes qui effectuent le tri sont pr\u00e9cises, rapides, <\/em>m\u2019a pr\u00e9venu Marie Christine, cheffe de l\u2019atelier et figure incontournable du Relais. <em>Sans regarder un linge, rien qu\u2019au toucher, elles savent qu\u2019elles doivent le d\u00e9poser dans tel ou tel bac\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Un amas de v\u00eatements d\u00e9boule, j\u2019ai \u00e0 peine le temps d\u2019en extirper un jean et un pull en laine, que d\u00e9j\u00e0 le reste est pass\u00e9. Dans le fatras de tissus j\u2019aper\u00e7ois le coton d\u00e9lav\u00e9 d\u2019un chemisier ou d\u2019une petite culotte. J\u2019aurais d\u00fb le lancer dans l\u2019un des trois conteneurs devant moi. Je regarde ma voisine, elle sourit \u00e0 mon air d\u00e9sol\u00e9 et rattrape le coup. Chouchou, en bas, au craquage, demande \u00e0 ce qu\u2019on monte le son de la radio. La vingtaine bien tass\u00e9e, il a appris \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire ici, au Relais. \u00c0 la pause de 10h, il me dit en retirant ses gants\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Alors, elle est pas belle notre usine\u00a0? Le boulot est physique, et parfois, quand on ouvre les sacs, on tombe sur des rats ou d\u2019autres trucs d\u00e9gueulasses, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on porte des gants, pour l\u2019hygi\u00e8ne.\u00a0Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, l\u2019ambiance est super. On rigole, on d\u00e9conne tout le temps.<\/em>\u00a0\u00bb Les horaires de l\u2019atelier\u00a0? \u00ab\u00a0<em>8h-midi, 13h-16h30 et les week-ends tranquilles.\u2009<\/em>\u00a0\u00bb, soit 35\u00a0heures, pay\u00e9es au Smic, quelle que soit l\u2019anciennet\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au bout de ses deux ans de contrat, un employ\u00e9 du Relais a le choix entre\u00a0aller chercher du boulot ailleurs ou accepter un poste en CDI. Au bout de cinq ans, on lui propose d\u2019\u00eatre soci\u00e9taire de la Scop[2. Soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative et participative.]. Aujourd\u2019hui, pr\u00e8s de 60% des salari\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un CDI et 40% de contrats d\u2019insertion. Une opportunit\u00e9 inesp\u00e9r\u00e9e pour beaucoup. Un d\u00e9fi social et \u00e9conomique pour Le Relais qui se distingue sur ce point des entreprises d\u2019insertion plus modestes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ici, la plupart des gens ont connu de longues p\u00e9riodes de ch\u00f4mage et travers\u00e9 des gal\u00e8res diverses\u00a0; ils sont ceux que le syst\u00e8me ne veut plus ou n\u2019a jamais voulus, parce que trop vieux, inadapt\u00e9s, pas assez ou mal form\u00e9s, alcooliques, d\u00e9pressifs, ex-taulards, trop longtemps rest\u00e9s sans emploi, accident\u00e9s de la vie ou malchanceux, ils sont toujours trop ceci ou pas assez cela\u2026 Ils ont la gueule us\u00e9e. La voix grav\u00e9e par la cigarette. Ils sont, comme les v\u00eatements qu\u2019ils trient, mis au rebut. Le Relais les r\u00e9cup\u00e8re, les r\u00e9emploie et les \u00ab\u00a0valorise\u00a0\u00bb pour qu\u2019ils aient droit \u00e0 une seconde vie professionnelle. Ils font aux v\u00eatements ce que Le Relais tente de faire pour eux.<\/p>\n<h3 class=\"section\">L\u2019insertion par l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique<br \/>\net ses paradoxes<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Pour les r\u00e9seaux membres de l\u2019Inter-r\u00e9seaux de la fibre solidaire, la lutte contre l\u2019exclusion et la mis\u00e8re passe pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 \u00e9conomique. C\u2019est le fondement m\u00eame de l\u2019IAE (Insertion par l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique), une des branches de l\u2019\u00c9conomie sociale et solidaire \u00e0 laquelle appartient Le Relais. Qu\u2019elles soient chantiers ou entreprises d\u2019insertion, ces structures sont cens\u00e9es \u00eatre des \u00ab\u00a0sas\u00a0\u00bb permettant \u00e0 \u00ab\u00a0des personnes \u00e9loign\u00e9es de l\u2019emploi\u00a0\u00bb, autrement dit des ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e, d\u2019acqu\u00e9rir des comp\u00e9tences qu\u2019elles pourront, au terme de leurs deux ann\u00e9es de contrat, valoriser sur le march\u00e9 du travail classique. Selon les indicateurs de suivi d\u00e9finis par l\u2019\u00c9tat, seront alors consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0sorties dynamiques\u00a0\u00bb celles vers l\u2019emploi durable, celles vers un emploi de transition\u2009 ou les sorties positives\u2009[3. Sorties vers l\u2019emploi durable\u00a0: CDI, CDD ou missions d\u2019int\u00e9rim de 6 mois et plus, stage ou titularisation dans la fonction publique et cr\u00e9ation d\u2019entreprises. Sorties vers un emploi de transition\u00a0: CDD ou p\u00e9riode d\u2019int\u00e9rim de moins de 6 mois, contrats aid\u00e9s chez un employeur de droit commun. Sorties positives\u00a0: formations pr\u00e9-qualifiantes ou qualifiantes, embauches dans une autre Structures d\u2019insertion par l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e2pres acronymes du secteur (IAE, ACI, EI, ETTI, ESS, IRFS et j\u2019en passe), cette terminologie un tantinet carc\u00e9rale ferait passer ses auteurs pour d\u2019authentiques po\u00e8tes de la chose bureaucratique. Les mots sont l\u00e0 pour d\u00e9guiser une r\u00e9alit\u00e9\u00a0qu\u2019il n\u2019est pas bon de voir dans son plus simple appareil\u00a0: pr\u00e9senter comme une \u00ab\u00a0sortie positive\u00a0\u00bb le fait de d\u00e9goter une formation au bout de deux ans de contrat en insertion frise l\u2019abus de langage\u00a0; consid\u00e9rer un stage comme \u00ab\u00a0une sortie vers l\u2019emploi durable\u00a0\u00bb ou accepter \u00ab\u00a0un emploi de transition\u00a0\u00bb alors m\u00eame que la personne en insertion vient de passer deux ans dans une structure cens\u00e9e lui assurer cette transition, c\u2019est se moquer du monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019activit\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration textile, lorsqu\u2019elle est d\u00e9pli\u00e9e sur toute la cha\u00eene de valorisation, n\u2019en demeure pas moins un outil d\u2019insertion efficace. Elle offre une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019activit\u00e9s et donc de nombreux d\u00e9bouch\u00e9s possibles\u00a0: trieuse ou vendeuse pour les femmes, chauffeur-livreur pour les hommes qui font de la collecte, ou encore manutentionnaire, cariste, etc.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malgr\u00e9 sa carrure et sa gueule de boxeur, David trouve le boulot ardu\u00a0: descendre du v\u00e9hicule, sortir les sacs du conteneur, les jeter au cul du camion puis remonter pour s\u2019arr\u00eater quelques kilom\u00e8tres plus loin et recommencer. \u00c0 midi, apr\u00e8s un sandwich et une cigarette, on s\u2019assoupit, engourdi par les timides rayons du soleil derri\u00e8re le pare-brise. Puis on repart et ainsi de suite, jusqu\u2019\u00e0 16h30. David me dit qu\u2019il est au Smic depuis plus de dix ans, qu\u2019il pourrait aller \u00e0 la concurrence pour travailler comme chauffeur-livreur, qu\u2019il y serait mieux pay\u00e9, mais qu\u2019il a eu tellement de gal\u00e8res dans sa vie professionnelle qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re rester au chaud, au Relais. Ici, il conna\u00eet tout le monde, il a ses habitudes. Et puis, les gens s\u2019entraident. Sa copine ne bosse pas. De temps \u00e0 autres il fait DJ pour des copains de copains, cultive un petit potager, \u00e9l\u00e8ve des lapins qu\u2019il fait cuire quand ils sont \u00e0 point. Son fils ne manque de rien, m\u00eame si c\u2019est pas Byzance \u2013 et lui, sur son temps libre, bichonne sa moto. Son plaisir ultime\u00a0: une vir\u00e9e sur les plages de la Manche avec ses potos, pour manger des moules et boire des bi\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Quand il m\u2019a parl\u00e9 des salaires de la concurrence, j\u2019ai senti dans sa voix un m\u00e9lange d\u2019envie et de d\u00e9pit. Comme si ces camions d\u2019entreprises concurrentes qu\u2019on croisait sur la route, c\u2019\u00e9tait le \u00ab\u00a0dehors\u00a0\u00bb. Un autre monde inaccessible, non par manque de comp\u00e9tences, mais par peur de voir revenir la gal\u00e8re. Ajoutez \u00e0 cela une forme de paternalisme cultiv\u00e9e au Relais, un brin autocratique malgr\u00e9 le statut de Scop de l\u2019entreprise, et on obtient une sorte de galaxie ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, peu \u00e0 m\u00eame de permettre \u00e0 ceux qui y travaillent, souvent fragilis\u00e9s, de retrouver de l\u2019autonomie et de la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider par eux-m\u00eames.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le Relais tend \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019emploi pour l\u2019emploi, alors que d\u2019autres, comme le r\u00e9seau Tissons la Solidarit\u00e9 (TLS), attache aussi beaucoup d\u2019attention \u00e0 la qualit\u00e9 des emplois et des t\u00e2ches confi\u00e9s aux personnes en insertion. Les activit\u00e9s propos\u00e9es par TLS, notamment dans la confection textile, visent davantage \u00e0 redonner le sentiment de satisfaction d\u2019un travail bien fait, et r\u00e9tablissent ainsi plus de confiance en soi. Beaucoup sont fiers de me montrer sur les mannequins en vitrine les pi\u00e8ces qu\u2019ils ont customis\u00e9es \u00e0 partir de v\u00eatements usag\u00e9s. Une dizaine de structures du r\u00e9seau Tissons la Solidarit\u00e9 participent m\u00eame \u00e0 la confection de tenues port\u00e9es par les femmes de l\u2019atelier, lors d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 parrain\u00e9 par Christian Lacroix. Une mani\u00e8re de se sentir valoris\u00e9es et de s\u2019\u00e9manciper des repr\u00e9sentations n\u00e9gatives qu\u2019elles ont souvent d\u2019elles-m\u00eames.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces approches diff\u00e9rentes entre Le Relais et TLS r\u00e9v\u00e8lent la diversit\u00e9 des projets et des philosophies qui peuvent exister au sein de l\u2019IAE. Seul point commun \u00e0 toutes les organisations du secteur\u00a0: la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier une mission d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (r\u00e9ins\u00e9rer des personnes en difficult\u00e9) avec une pr\u00e9sence sur des march\u00e9s ouverts \u00e0 la concurrence de l\u2019\u00e9conomie classique, car il faut g\u00e9n\u00e9rer suffisamment de revenus pour assurer une activit\u00e9 \u00e9conomique p\u00e9renne et continuer \u00e0 embaucher. Un jeu d\u2019\u00e9quilibriste souvent p\u00e9rilleux, surtout qu\u2019avec la baisse des financements publics, la mission d\u2019insertion est de plus en plus financ\u00e9e par les marges d\u2019exploitation\u00a0: la contrainte \u00e9conomique tend \u00e0 s\u2019imposer au d\u00e9triment du r\u00f4le social.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La trajectoire du Relais, depuis sa cr\u00e9ation en 1984 jusqu\u2019\u00e0 sa situation actuelle, illustre cette tension et l\u2019inexorable basculement d\u2019une partie de l\u2019ESS vers la reproduction effr\u00e9n\u00e9e du mod\u00e8le capitaliste et de ses logiques propres\u00a0: recherche de productivit\u00e9 \u00e0 tout crin, d\u00e9localisations, pr\u00e9dation et agressivit\u00e9 commerciale, organisation centralis\u00e9e, hi\u00e9rarchique et peu d\u00e9mocratique. Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui, d\u2019ailleurs, ont souvent caus\u00e9 le licenciement ou l\u2019\u00e9puisement de ceux que ces structures accueillent en leur sein\u2026 Un comble.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Le Relais, au c\u0153ur de la fili\u00e8re textile<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Le Relais compte aujourd\u2019hui 28 antennes locales, 14 centres de tri avec en moyenne une cinquantaine de personnes, 70 boutiques Ding Fring, 1\u00a0000\u00a0conteneurs et 600 v\u00e9hicules. Les 90\u00a0000\u00a0tonnes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es assurent 55% de la collecte textile en France, en partenariat avec plus de 1000 associations et op\u00e9rateurs priv\u00e9s. En 30 ans, Le Relais a chang\u00e9 de dimension de fa\u00e7on spectaculaire\u00a0: il est pass\u00e9 d\u2019un centre de tri local revendant la production tri\u00e9e dans un r\u00e9seau de boutiques, exclusivement implant\u00e9es dans le Nord-Pas-de-Calais, \u00e0 un groupe d\u2019envergure internationale, exportant dans le monde entier.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1984, une poign\u00e9e de compagnons d\u2019Emma\u00fcs ramassaient quelques sacs de v\u00eatements en faisant de la collecte au porte-\u00e0-porte et triaient sur table pour revendre les meilleures pi\u00e8ces dans une petite boutique \u00e0 B\u00e9thune. L\u2019\u00e2ge de pierre compar\u00e9 \u00e0 l\u2019efficace tri m\u00e9canis\u00e9 pratiqu\u00e9 aujourd\u2019hui. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, lorsque le march\u00e9 de la fripe s\u2019est effondr\u00e9 une premi\u00e8re fois, le site comptait pr\u00e8s de 200 salari\u00e9s. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Le Relais a d\u00e9cid\u00e9 de se diversifier en d\u00e9veloppant les m\u00e9tiers de valorisation du textile pour p\u00e9renniser les emplois cr\u00e9\u00e9s. Pendant les ann\u00e9es qui suivent, le groupe grandit et commence \u00e0 conqu\u00e9rir des march\u00e9s \u00e0 l\u2019international. Mais les ann\u00e9es 2000 voient le cours de la fripe s\u2019effondrer \u00e0 nouveau, suite \u00e0 une baisse importante et inexorable de la qualit\u00e9 du neuf. Principalement fabriqu\u00e9s en Asie, peu chers, les textiles sont constitu\u00e9s de mati\u00e8res souvent synth\u00e9tiques, rapidement us\u00e9es, qui rendent la valorisation difficile. La proportion d\u2019habits vendables est ainsi pass\u00e9e de 60% \u00e0 40%.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 cela s\u2019ajoutent des d\u00e9bouch\u00e9s pour les pi\u00e8ces textile destin\u00e9es au r\u00e9emploi en forte baisse \u00e0 cause d\u2019un march\u00e9 cyclique tr\u00e8s d\u00e9pendant de la situation g\u00e9opolitique en Afrique de l\u2019Ouest, et un euro fort par rapport au dollar. En parall\u00e8le, le co\u00fbt d\u2019\u00e9limination des d\u00e9chets\u00a0ne cesse d\u2019augmenter\u00a0: que ce soit par incin\u00e9ration ou par mise en d\u00e9charge, le co\u00fbt moyen atteint 100\u2009\u20ac la tonne. Enfin, la rentabilit\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res issues des textiles usag\u00e9s (la laine par exemple) baisse sensiblement\u00a0: certaines cat\u00e9gories de v\u00eatement sont vendues \u00e0 moins de 100\u00a0\u20ac la tonne alors qu\u2019il faut compter entre 300 et 450\u00a0\u20ac pour les collecter et les trier. Beaucoup d\u2019op\u00e9rateurs mettent la cl\u00e9 sous la porte.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour essayer de sauver son activit\u00e9, Le Relais a donc d\u00e9cid\u00e9 de mettre en place un tapis de tri rapide et d\u2019optimiser le processus industriel pour d\u00e9gager des gains de productivit\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque, toujours, qu\u2019il choisit de d\u00e9localiser une partie de son activit\u00e9 de tri en Afrique en cr\u00e9ant trois usines au S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 Madagascar, et au Burkina-Faso. Sous couvert de cr\u00e9er de l\u2019emploi en Afrique, Le Relais a surtout cherch\u00e9 un moyen de baisser le co\u00fbt du tri, dans une logique de concurrence mondialis\u00e9e. Par ailleurs, si ces solutions lui permettent de limiter la casse, aucune n\u2019est en mesure de s\u2019attaquer \u00e0 la raison structurelle de la crise\u00a0: la baisse tendancielle de la qualit\u00e9 des textiles collect\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 2006, les op\u00e9rateurs \u00e0 bout de souffle se tournent vers les pouvoirs publics. Emma\u00fcs France, dont le pr\u00e9sident est \u00e0 l\u2019\u00e9poque le tr\u00e8s m\u00e9diatique Martin Hirsch, et Le Relais interpellent l\u2019\u00c9tat pour leur venir en aide. Avec Tissons la Solidarit\u00e9, ils proposent la mise en place de la Contribution environnementale textile (CET) fond\u00e9e sur le principe de Responsabilit\u00e9 \u00e9largie du producteur (REP). Inspir\u00e9e du principe pollueur-payeur, la REP a vocation \u00e0 transf\u00e9rer aux producteurs et importateurs de pi\u00e8ces textiles (Carrefour, D\u00e9cathlon, etc.) la responsabilit\u00e9 collective de la fili\u00e8re de traitement et d\u2019\u00e9limination des d\u00e9chets, que deviennent \u00e0 terme leur marchandise[4. Responsabilit\u00e9 \u00e9largie du producteur (REP) Il existe aujourd\u2019hui 11 fili\u00e8res REP en France dans des secteurs vari\u00e9s\u00a0: des voitures aux papiers en passant par les piles et les m\u00e9dicaments. Pour les textiles, linge de maison et chaussures (TLC), les metteurs sur le march\u00e9 adh\u00e8rent et versent des contributions financi\u00e8res \u00e0 Eco-TLC, l\u2019\u00e9co-organisme de la fili\u00e8re textile. Ainsi, pour chaque pi\u00e8ce de TLC vendue, une \u00e9co-contribution allant de 0,10 euro \u00e0 0,50 euro selon la taille de la pi\u00e8ce, est pay\u00e9e par le metteur sur le march\u00e9 et vers\u00e9e \u00e0 Eco-TLC. Jusqu\u2019en 2014, date de la ren\u00e9gociation du bar\u00e8me, Eco-TLC redistribue les fonds collect\u00e9s aux op\u00e9rateurs \u00e0 hauteur de 69 euros la tonne tri\u00e9e, selon les conditions suivantes\u00a0:<br \/>\n\u2013 Ils doivent trier plus de 70% des TLC qu\u2019ils traitent hors valorisation \u00e9nerg\u00e9tique, ce qui met hors-jeu les simples n\u00e9gociants de fripes, qui se contentent de collecter des TLC usag\u00e9s et de les revendre tels quels, ou avec un tri partiel. Le but \u00e9tant de ne pas g\u00e9n\u00e9rer un dispositif qui conduise \u00e0 financer une collecte majoritairement destin\u00e9e \u00e0 la destruction, incin\u00e9ration ou enfouissement.<br \/>\n\u2013 La masse salariale des structures \u00e9ligibles doit \u00eatre compos\u00e9e d\u2019au moins 15% de personnes en insertion.La contribution s\u2019applique aux TLC mis sur le march\u00e9 fran\u00e7ais uniquement. Autrement dit, un op\u00e9rateur, m\u00eame fran\u00e7ais, triant du textile usag\u00e9 collect\u00e9 dans d\u2019autres pays ne touchera pas l\u2019\u00e9co-contribution. En revanche, des tonnes de textile sont collect\u00e9es en France puis tri\u00e9es par des op\u00e9rateurs slov\u00e8nes ou lituaniens qui touchent l\u2019\u00e9co-contribution, alors que les co\u00fbts de la main-d\u2019\u0153uvre y sont beaucoup plus faibles qu\u2019en France.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Parall\u00e8lement \u00e0 la cr\u00e9ation de la REP, Le Relais commence \u00e0 structurer une fili\u00e8re de r\u00e9cup\u00e9ration textile dans l\u2019ESS. Les d\u00e9buts se font \u00ab\u00a0en famille\u00a0\u00bb, entre Le Relais et les communaut\u00e9s Emma\u00fcs. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ces derni\u00e8res gardaient la cr\u00e8me (15% du stock collect\u00e9) et jetaient le reste, quand ils ne le br\u00fblaient pas au fond du champ pour s\u2019\u00e9viter le co\u00fbt de la d\u00e9chetterie. Le Relais propose alors aux communaut\u00e9s Emma\u00fcs de cr\u00e9er des plateformes de tri sur le principe suivant\u00a0: au lieu de d\u00e9truire ou de jeter le textile restant apr\u00e8s la s\u00e9lection de la cr\u00e8me (c\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019appoint), les communaut\u00e9s Emma\u00fcs situ\u00e9es dans un p\u00e9rim\u00e8tre proche unissent leurs efforts pour cr\u00e9er une structure <em>ad hoc<\/em>, une plateforme de tri, \u00e0 laquelle elles vont donner leur appoint. \u00c0 la sortie de la plateforme, le textile tri\u00e9, du m\u00eal\u00e9, est revendu au Relais, leur client unique, qui l\u2019exporte pour son propre compte sur les march\u00e9s internationaux. L\u2019objectif\u00a0: valoriser le textile qui jusque-l\u00e0 partait \u00e0 la poubelle, limiter toujours plus la cr\u00e9ation de d\u00e9chets, et surtout cr\u00e9er de nouveaux emplois d\u2019insertion sur des activit\u00e9s de tri et de collecte. Une op\u00e9ration loin d\u2019\u00eatre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e pour Le Relais, qui peut ainsi revendre \u00e0 l\u2019export un produit dont il n\u2019a pas \u00e0 supporter les co\u00fbts de tri. De 2007 \u00e0 2012, neuf plateformes de tri d\u2019appoint Emma\u00fcs voient le jour un peu partout en France, essentiellement en zones rurales.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour Emma\u00fcs, qui en assume la gestion, ces plateformes de tri demeurent un v\u00e9ritable d\u00e9fi \u00e9conomique car l\u2019appoint, de moins bonne qualit\u00e9, a une faible rentabilit\u00e9. Les \u00e9quilibres sont donc fragiles, d\u2019autant que l\u2019approvisionnement en mati\u00e8res pour faire tourner les tapis de tri d\u00e9pend directement de la solidarit\u00e9 des communaut\u00e9s Emma\u00fcs.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Cons\u00e9quences de la concurrence<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Entre 2007 et 2013, le prix de la tonne tri\u00e9e s\u2019envole, passant de 80 \u00e0 400 euros. La cr\u00e9ation de la REP avec une \u00e9co-contribution revers\u00e9e par tonne tri\u00e9e[5. Voir note pr\u00e9c\u00e9dente.] et le retour en gr\u00e2ce du vintage en Europe boostent la fili\u00e8re. Attir\u00e9s par l\u2019odeur du fric, de nombreux op\u00e9rateurs, la plupart du temps simples n\u00e9gociants, r\u00e9apparaissent comme \u00e0 chaque embellie du march\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour la premi\u00e8re fois, des multinationales comme Veolia, avec sa filiale sp\u00e9cialis\u00e9e dans la gestion et la valorisation des d\u00e9chets, Veolia Propret\u00e9, ou Suez Environnement, avec sa filiale Sita, s\u2019int\u00e9ressent au d\u00e9chet textile. Leur force de frappe financi\u00e8re et commerciale est sans commune mesure avec celle des op\u00e9rateurs de l\u2019ESS. Le chiffre d\u2019affaires de Veolia Propret\u00e9 en France \u00e9tait de 3,5 milliards d\u2019euros en 2011[6. <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.veolia-proprete.fr\/chiffres-cles-2011.html\">veolia-proprete.fr\/chiffres-cles-2011.html<\/a>], et pour Sita France de 5 milliards d\u2019euros en 2013. Ils ont des contacts privil\u00e9gi\u00e9s avec les collectivit\u00e9s locales \u2013 pour qui ils g\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 d\u2019autres types de d\u00e9chets (ordures m\u00e9nag\u00e8res, d\u00e9chets industriels, d\u00e9chets \u00e9lectriques et \u00e9lectroniques, papiers\/cartons, bois, etc.) \u2013 et dont l\u2019accord est indispensable pour poser des conteneurs de collecte textile.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le cauchemar du Relais se pr\u00e9cise\u00a0: se laisser doubler par l\u2019\u00e9conomie classique et perdre la bataille des conteneurs textile. Car sans conteneur, pas de textile collect\u00e9, donc pas de tri,\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire pas d\u2019activit\u00e9 et donc pas d\u2019emploi cr\u00e9\u00e9. M\u00eame si, <em>a priori<\/em>, il y a de la place pour tout le monde sur le march\u00e9 de la collecte \u2013 les Fran\u00e7ais jettent 12kg de textile par an et par habitant \u2013 l\u2019app\u00e9tit et la puissance des concurrents inqui\u00e8tent \u00e0 juste titre\u00a0: ils n\u2019ont pas les m\u00eames priorit\u00e9s en termes de cr\u00e9ation d\u2019emplois que les acteurs de l\u2019ESS. Le plus gros trieur europ\u00e9en, l\u2019allemand Soex, a par exemple mis en place un tri ultramoderne, presque enti\u00e8rement robotis\u00e9 avec reconnaissance automatique des mati\u00e8res, r\u00e9duisant \u00e0 peau de chagrin la place des individus dans le syst\u00e8me.<\/p>\n<h3 class=\"section\">La guerre des chiffonniers<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Face \u00e0 l\u2019offensive de l\u2019\u00e9conomie classique, les Relais se restructurent et continuent de s\u2019approprier, r\u00e8gles du jeu obligent, les outils et pratiques de l\u2019ennemi. R\u00e9ponse aux appels d\u2019offre lanc\u00e9s par les collectivit\u00e9s locales pour la collecte textile, cr\u00e9ation d\u2019\u00e9quipes de commerciaux pour d\u00e9marcher les communes fran\u00e7aises et les grands centres commerciaux, recherche de subventions, etc. Le Relais se d\u00e9veloppe vite. En 2009, il re\u00e7oit m\u00eame le Prix de l\u2019Entrepreneur Social par la fondation Schwab[7. Klaus Schwab est le fondateur du World Economic Forum de Davos, rencontre annuelle des plus grandes puissances \u00e9conomiques et financi\u00e8res du monde (grands patrons et hommes politiques essentiellement), celles-l\u00e0 m\u00eame qui promeuvent un mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral socialement et \u00e9cologiquement d\u00e9vastateur. ] et le Boston Consulting Group\u2009[8. Fond\u00e9 en 1963 par un ancien vendeur de bibles, Bruce D. Henderson, le BCG est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019analyse concurrentielle, les fusions acquisitions et la restructuration d\u2019entreprises.], un cabinet international de conseil en strat\u00e9gie tr\u00e8s influent dans le monde des affaires, et qui contribue largement \u00e0 diffuser l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale et sa novlangue manag\u00e9riale. Avec ce prix, Le Relais b\u00e9n\u00e9ficie gratuitement d\u2019une mission de conseil pour\u00a0\u00ab\u00a0<em>faire grandir son projet, tout en renfor\u00e7ant son impact \u00e9conomique et social<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Sur le terrain des op\u00e9rations, tous les coups sont permis\u00a0: les concurrents posent des conteneurs textiles sans l\u2019accord des collectivit\u00e9s locales, poussant parfois le vice en les installant juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux du Relais. D\u2019autres sont carr\u00e9ment vol\u00e9s\u00a0: gr\u00e2ce aux balises de g\u00e9olocalisation install\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la police fran\u00e7aise en aurait ainsi saisi 78 en chemin vers le Portugal[9. Les immigr\u00e9s venus d\u2019Asie y sont l\u00e9gion et offrent une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 et corv\u00e9able \u00e0 merci. Rien n\u2019indique que Nord-Sud Export ait recours \u00e0 ces pratiques, mais l\u2019absence de transparence entretient les soup\u00e7ons.]. Les acteurs de l\u2019\u00e9conomie classique remportent des victoires\u00a0; pas fracassantes, mais symboliques. Ils parviennent \u00e0 faire vaciller l\u2019ESS sur ses propres fondements. En p\u00e9riode de crise, quand le cours du textile \u00e9tait au plus bas, les plateformes de tri Emma\u00fcs \u00e9taient approvisionn\u00e9es gratuitement par les communaut\u00e9s Emma\u00fcs voisines. Mais en p\u00e9riode de forte croissance, comme c\u2019est le cas depuis quelques ann\u00e9es, certaines communaut\u00e9s succombent aux sir\u00e8nes des concurrents qui leur proposent de leur racheter l\u2019appoint une centaine d\u2019euros la tonne. Entre donner gratuitement du textile aux copains pour qu\u2019ils puissent faire tourner leur structure et le vendre \u00e0 des acteurs de l\u2019\u00e9conomie classique, certains n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 longtemps et opt\u00e9 pour la seconde solution, quitte \u00e0 mettre la plateforme, dont ils sont souvent administrateurs, en difficult\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour autant, l\u2019ESS riposte en consolidant et en \u00e9largissant \u00e0 d\u2019autres r\u00e9seaux l\u2019\u00e9bauche de fili\u00e8re construite par Le Relais\u00a0: en 2008, Le Relais, Emma\u00fcs et Tissons la Solidarit\u00e9, rejoints en 2010 par le Secours Catholique, se rassemblent au sein de l\u2019IRFS. Le Relais s\u2019impose naturellement comme le grand ordonnateur de la fili\u00e8re. Il en ma\u00eetrise toutes les \u00e9tapes\u00a0\u2013 collecte, tri, r\u00e9emploi et recyclage \u2013 et conna\u00eet le march\u00e9 sur le bout des doigts. Face au chacun pour soi de la concurrence, l\u2019IFRS fait le pari de la coop\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malheureusement, un horizon commun n\u2019a jamais cr\u00e9\u00e9 spontan\u00e9ment et m\u00e9caniquement de la coop\u00e9ration, surtout entre des centaines de structures tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans leurs pratiques, leurs cultures et leurs niveaux de d\u00e9veloppement. Il faut se doter d\u2019instances de d\u00e9cision, s\u2019organiser, communiquer sans rel\u00e2che, cr\u00e9er du lien, accepter la controverse. Beaucoup de structures vont s\u2019y employer. En Bretagne, en Alsace, en r\u00e9gion Centre ou en Mayenne, des r\u00e9unions se multiplient et f\u00e9d\u00e8rent des associations locales, membres de l\u2019IRFS, qui jusque-l\u00e0 ne s\u2019\u00e9taient jamais parl\u00e9. \u00c0 \u00e9ch\u00e9ance r\u00e9guli\u00e8re, on s\u2019\u00e9change des informations sur l\u2019avanc\u00e9e des concurrents dans la r\u00e9gion, sur la pose de conteneurs textile, sur des bonnes pratiques en mati\u00e8re de tri ou du suivi des personnes en insertion. Les ponts \u00e0 cr\u00e9er entre les structures des diff\u00e9rents r\u00e9seaux sont innombrables.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais Le Relais France, press\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie classique, n\u2019a pas envie de perdre plus de temps \u00e0 discuter avec des petites associations g\u00e9r\u00e9es par des b\u00e9n\u00e9voles qui ne comprennent souvent pas grand-chose aux contraintes du march\u00e9 et dont les processus de d\u00e9cisions sont longs et complexes. Soit elles rentrent dans l\u2019IRFS, soit elles sont contre Le Relais.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Aux 80 structures de Tissons La Solidarit\u00e9 et aux centaines de petits ateliers de tri du Secours Catholique, Le Relais propose alors de racheter leur appoint \u2013 qu\u2019elles ne sont pas en capacit\u00e9 de trier. Le syst\u00e8me tient un temps, puis commence \u00e0 s\u2019effriter\u00a0sous la pression exerc\u00e9e par l\u2019\u00e9conomie classique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Et les associations constatent que les prix \u00e0 la tonne fix\u00e9s par Le Relais diff\u00e8rent sensiblement de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre\u2026 Somm\u00e9 de s\u2019expliquer devant les membres de l\u2019IRFS sur ces variations, Le Relais reste vague\u00a0: il \u00e9voque les distances \u00e0 parcourir, la qualit\u00e9 du textile collect\u00e9 (chez les riches le textile r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 est de meilleure qualit\u00e9 que chez les pauvres), mais se refuse \u00e0 toute clarification pr\u00e9cise. Comme pour tout march\u00e9, se d\u00e9fend-il, un fournisseur ne pr\u00e9sente jamais \u00e0 ses clients la structure de ses prix.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet exemple, loin d\u2019\u00eatre anecdotique, illustre \u00e0 quel point la logique de march\u00e9 s\u2019est insidieusement impos\u00e9e dans les esprits et les pratiques du Relais ou des autres associations de recyclage du textile. Pour les petites associations, le cours de la fripe, fix\u00e9 par la loi de l\u2019offre et de la demande, fait office d\u2019\u00e9talon, tandis que pour Le Relais il n\u2019y a que des clients. La notion de \u00ab\u00a0partenaire\u00a0\u00bb, avec qui on cherche des modes de relation moins brutaux que ceux du march\u00e9, lui est \u00e9trang\u00e8re. Une red\u00e9finition bien singuli\u00e8re de l\u2019\u00c9conomie sociale et solidaire, qui finit par se r\u00e9sumer \u00e0 ses statuts juridiques (associations, coop\u00e9ratives, mutuelles)\u2026 Par cons\u00e9quent, quand Le Relais, en chevalier blanc, en appelle \u00e0 la solidarit\u00e9 entre acteurs de l\u2019ESS, les associations le renvoient \u00e0 ses propres contradictions\u00a0: ses r\u00e9sultats, son mode de d\u00e9veloppement et son fonctionnement fortement centralis\u00e9 ne sont-ils pas comparables \u00e0 ceux d\u2019une entreprise classique\u00a0?<\/p>\n<p class=\"textbody\">De 2007 \u00e0 2011, le chiffre d\u2019affaires du Relais a augment\u00e9 de 143% pour atteindre plus de 80 millions d\u2019euros en 2011 \u2013 des r\u00e9sultats qui propulsent le groupe coop\u00e9ratif \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re des petites associations locales pour qui il est de plus en plus difficile de boucler un budget annuel \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre. Mais l\u2019argent gagn\u00e9 sert \u00e0 cr\u00e9er de l\u2019activit\u00e9 et \u00e0 d\u00e9tourner toujours plus de textile des poubelles\u00a0: sur la m\u00eame p\u00e9riode, les investissements se sont accrus de 454%, les collectes de 53%, les emplois de 45% (Le Relais embauchait 1812 personnes en 2011). Un accord de participation permet de distribuer, les ann\u00e9es fastes, une partie des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 parts \u00e9gales aux salari\u00e9s\u2009[10. Comme dans toute Scop, seule une partie des b\u00e9n\u00e9fices, 50% au Relais, sont r\u00e9partis entre les salari\u00e9s. Les 50% restant sont r\u00e9investis dans le groupe pour promouvoir son d\u00e9veloppement et la cr\u00e9ation d\u2019emplois.] et le rapport entre le plus haut et le plus bas salaire ne d\u00e9passe pas 1 \u00e0 3.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Beau tableau que malheureusement vient \u00e9corner une r\u00e9v\u00e9lation du <em>Point<\/em> en juillet 2013. Le patron fondateur du Relais, Pierre Duponchel a mont\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef une soci\u00e9t\u00e9 de tri textile, Nord-Sud Expert,\u00a0dont il d\u00e9tient en son nom propre 50% des parts. Or, les dirigeants n\u2019y paient aucun imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices. En cette zone franche et paradis fiscal notoire, l\u2019opacit\u00e9 sur les comptes est totale et la l\u00e9gislation du travail inexistante\u20098. Selon Duponchel, cette plateforme de tri a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0<em>cr\u00e9\u00e9e \u00e0 des fins de commercialisation<\/em>\u00a0\u00bb vers l\u2019Asie. Duba\u00ef est en effet devenu le point de passage oblig\u00e9 pour acc\u00e9der aux march\u00e9s asiatiques. De l\u00e0 \u00e0 cr\u00e9er une structure de tri sur place\u2026 Mais, toujours selon l\u2019int\u00e9ress\u00e9, cette plateforme permettrait, en p\u00e9riode de crise, d\u2019assurer des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques stables et, en p\u00e9riode de forte croissance comme aujourd\u2019hui, de trier du textile qu\u2019on ne peut trier en France, faute de capacit\u00e9s logistiques suffisantes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour certaines communaut\u00e9s Emma\u00fcs et associations membres de l\u2019IRFS, la r\u00e9v\u00e9lation de ces pratiques est l\u2019affaire de trop. D\u2019autant qu\u2019en face, les concurrents ne se g\u00eanent pas pour brouiller les fronti\u00e8res et tirer \u00e0 boulet-rouge sur Le Relais. Sita monte une entreprise d\u2019insertion, Rebonds, pour toucher l\u2019\u00e9co-contribution tandis que d\u2019autres op\u00e9rateurs de l\u2019\u00e9conomie classique se targuent de partenariats avec des associations et d\u2019ainsi servir un objectif social\u2026<\/p>\n<h3 class=\"section\">R\u00e9nover le capitalisme<\/h3>\n<p class=\"textbody\">La trajectoire du Relais d\u00e9montre que consid\u00e9rer l\u2019ESS comme une nouvelle alternative au capitalisme rel\u00e8ve d\u2019une vision fausse et id\u00e9alis\u00e9e. Au final, les aides de l\u2019\u00c9tat qui ont contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de cette entreprise n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 amoindrir les risques li\u00e9s \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau march\u00e9 pour le capitalisme\u00a0: la gestion et la r\u00e9injection des d\u00e9chets dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Certes, r\u00e9p\u00e8te Le Relais, la performance \u00e9conomique ne constitue pas une finalit\u00e9, mais un moyen de cr\u00e9er localement des emplois durables et non d\u00e9localisables destin\u00e9s \u00e0 des personnes en situation d\u2019exclusion et peu qualifi\u00e9es. Faut-il pour autant aller jusqu\u2019\u00e0 reproduire ce que le syst\u00e8me \u00e9conomique porte en lui de plus n\u00e9faste\u00a0: centralisation des d\u00e9cisions, forte hi\u00e9rarchie, d\u00e9localisation de la production, productivit\u00e9 \u00e0 outrance, pr\u00e9dation\u00a0?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9sormais, le groupe fait de la Recherche et d\u00e9veloppement pour \u00e9quiper ses conteneurs de dispositifs anti-pillage et anti-intrusion et se pr\u00e9munir ainsi des \u00ab\u00a0vols\u00a0\u00bb perp\u00e9tr\u00e9s par les Roms. \u00ab\u00a0<em>Mettre un policier devant chaque conteneur, c\u2019est impossible. D\u00e9poser plainte, oui, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 fait des dizaines de fois, mais il n\u2019y a pas de suivi. D\u00e9courager ces personnes de vendre, c\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9,<\/em> explique Pierre Duponchel, pr\u00e9sident de l\u2019association Le Relais. <em>[\u2026]<\/em> <em>Aujourd\u2019hui, nous avons besoin que police et justice nous aident[11. \u00ab\u00a0Vols dans les conteneurs de collecte de v\u00eatements\u00a0: un casse-t\u00eate pour Paris\u00a0\u00bb. <em>MetroNews<\/em>, 07\/07\/2014.].<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les pauvres seraient-ils la nouvelle plaie du Relais\u00a0? Pourtant, le textile que le groupe r\u00e9cup\u00e8re dans ses conteneurs n\u2019est-il pas \u00e0 tout le monde, comme n\u2019importe quel d\u00e9chet\u00a0? Suffit-il qu\u2019il soit d\u00e9pos\u00e9 dans un conteneur Relais pour que ce dernier s\u2019en juge le propri\u00e9taire exclusif\u00a0? Les Roms n\u2019en ont-il pas autant besoin que les personnes en insertion\u00a0? Bien s\u00fbr, dira Le Relais, \u00ab\u00a0<em>les gens d\u00e9posent leurs v\u00eatements dans nos conteneurs pour les donner \u00e0 Emma\u00fcs et au Relais<\/em>\u00a0\u00bb. Et faire fructifier les profits.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2839_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2839_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2839_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2839_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2839_1('footnote_plugin_tooltip_2839_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2839_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> L\u2019\u00c9conomie sociale et solidaire d\u00e9signe un ensemble d\u2019entreprises organis\u00e9es sous forme de coop\u00e9ratives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activit\u00e9s sont fond\u00e9s sur un principe de solidarit\u00e9 et d\u2019utilit\u00e9 sociale. Ces entreprises adoptent des modes de gestion cens\u00e9ment d\u00e9mocratiques et participatifs. Elles sont tenues d\u2019encadrer strictement l\u2019utilisation des b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019elles r\u00e9alisent\u00a0: le profit individuel est proscrit et les r\u00e9sultats doivent \u00eatre r\u00e9investis. Leurs ressources financi\u00e8res sont g\u00e9n\u00e9ralement en partie publiques.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2839_1() { jQuery('#footnote_references_container_2839_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2839_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2839_1() { jQuery('#footnote_references_container_2839_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2839_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2839_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2839_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2839_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2839_1(); } } function footnote_moveToAnchor_2839_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2839_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00c9conomie sociale et solidaire (ESS) a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour d\u00e9velopper des mod\u00e8les de fonctionnement fond\u00e9s sur la solidarit\u00e9 et l&#8217;utilit\u00e9 sociale. 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