{"id":2857,"date":"2016-03-23T19:19:28","date_gmt":"2016-03-23T18:19:28","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=2857"},"modified":"2016-03-23T19:19:28","modified_gmt":"2016-03-23T18:19:28","slug":"super-slips-vs-bat-masques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2016\/03\/23\/super-slips-vs-bat-masques\/","title":{"rendered":"Super-slips vs bat-masques"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Consid\u00e9r\u00e9 comme le premier v\u00e9ritable super-h\u00e9ros, Superman appara\u00eet en avril 1938, avec sa cape, ses bottes et son slip rouges, son \u00ab&#160;S&#160;\u00bb frapp\u00e9 sur un \u00e9cu de poitrine jaune, et son justaucorps bleu, en couverture du mensuel <em>Action Comics n&#186;1<\/em> \u2013 \u00e9dit\u00e9 par le futur DC comics<em>. <\/em>Face \u00e0 un succ\u00e8s imm\u00e9diat, le m\u00eame \u00e9diteur publie un an apr\u00e8s un autre personnage en cape et costume, mais sombre et masqu\u00e9&#160;: The Bat-Man&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_2857_1('footnote_plugin_reference_2857_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2857_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2857_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, qui fait la une du n<sup>o<\/sup>\u200927 de <em>Detective Comics<\/em>. Si de nombreux autres super-h\u00e9ros apparaissent dans la foul\u00e9e, Superman et Batman s\u2019imposent comme les plus populaires et les plus embl\u00e9matiques. Contrairement \u00e0 la plupart de leurs cong\u00e9n\u00e8res costum\u00e9s, la publication mensuelle de leurs aventures ne conna\u00eetra quasiment pas de pause. Ils ont cr\u00e9\u00e9 et maintenu une v\u00e9ritable industrie, tout en alimentant r\u00e9guli\u00e8rement de nombreux autres m\u00e9dias de masse&#160;: feuilletons radiophoniques, cartoons, romans, serials, s\u00e9ries TV, jeux vid\u00e9os ou superproductions hollywoodiennes. Depuis plus de 75 ans, et alors que <em>Batman V Superman&#160;: L&#8217;aube de la justice<\/em> est sorti au cin\u00e9ma ce mercredi 23 mars, c&#8217;est aussi deux visions de l&#8217;id\u00e9al am\u00e9ricain de justice, des mesures antiterroristes ou des dispositifs de maintien de l&#8217;ordre qui se confrontent dans les sagas de ces super-h\u00e9ros.<\/p>\n<p class=\"infos-bdf\">Ce texte est issu du deuxi\u00e8me num\u00e9ro de la version papier de <em><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/revue-papier\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">Jef Klak<\/a><\/em>, \u00ab&#160;<a href=\"http:\/\/jefklak.org\/bout-dficelle-numero-2-apercu-et-sommaire\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">Bout d\u2019ficelle<\/a>&#160;\u00bb, paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Superslips_site_JK.pdf\">PDF<\/a><\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>J\u2019ai crois\u00e9 beaucoup d\u2019hommes. Certains \u00e9taient fringants, d\u2019autres montaient un cheval blanc. Certains portaient m\u00eame une couronne. Mais porter une cape sans avoir l\u2019air stupide, voil\u00e0 qui est int\u00e9ressant.<\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"epigraphsignature\">Lois Lane, <em>Superman for all seasons<\/em><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">En septembre 2010, l\u2019exposition \u00ab&#160;Habiter po\u00e9tiquement (le monde)&#160;\u00bb marqua la r\u00e9ouverture du LaM de Villeneuve d\u2019Ascq[2. LaM&#160;: \u00ab&#160;Lille M\u00e9tropole Mus\u00e9e d\u2019art moderne, d\u2019art contemporain et d\u2019art brut&#160;\u00bb, situ\u00e9 \u00e0 Villeneuve-d\u2019Ascq. Sa collection d\u2019art brut est une donation du mus\u00e9e L\u2019Aracine.]. Rapprochant des \u0153uvres de ses collections d\u2019art moderne, d\u2019art contemporain et d\u2019art brut, elle donnait \u00e0 voir les impers que portait le plasticien Willem Van Genk pour se prot\u00e9ger des ondes nuisibles lorsqu\u2019il arpentait la ville, et les robes, capes et tentures cousues et brod\u00e9es dans les ann\u00e9es 1940 par une femme anonyme de l\u2019h\u00f4pital de Bonneval pour rejoindre son \u00e9poux dans la mort. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le catalogue de l\u2019exposition, un article de Fr\u00e9d\u00e9ric Logez[3. Fr\u00e9d\u00e9ric Logez est \u00e9crivain et dessinateur. Il a publi\u00e9 en 2014 <em>La Bataille-Arras 1917<\/em>, aux \u00e9ditions Degeorge, tr\u00e8s bel album de bande dessin\u00e9e sur l\u2019offensive britannique contre les lignes allemandes en Artois, qui mobilisa tunneliers n\u00e9o-z\u00e9landais, soldats australiens, terreneuviens, canadiens, anglais, gallois,&#8230;] intitul\u00e9 \u00ab&#160;Seconde peau&#160;\u00bb d\u00e9crit fait une anatomie compar\u00e9e entre ces v\u00eatements et les costumes collants des super-h\u00e9ros&#160;: \u00ab&#160;<em>Premi\u00e8re ou seconde peau, d\u2019origine terrestre, extraterrestre ou divine, color\u00e9e ou non, de nature physique, technologique ou surnaturelle, le super-h\u00e9ros hors du commun enfile toujours un costume hors du commun.\u2009<\/em>[&#8230;] <em>Pour [Superman et Batman], le processus est exactement invers\u00e9. L\u2019un est lunaire, l\u2019autre est solaire, mais tous deux usent d\u2019un super-costume contre les forces du Mal. L\u2019un, Batman, vient de la rue et utilisera l\u2019ing\u00e9nierie fine et la science pour confectionner son super-costume, sa seconde peau&#160;; l\u2019autre, Superman, vient de l\u2019espace et son super-costume est sa force brute, sa seule et premi\u00e8re peau.<\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<h3 class=\"section\">Habiter po\u00e9tiquement la ville<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Comme le cin\u00e9ma, la bande dessin\u00e9e na\u00eet avec la m\u00e9tropole moderne, et plus que tout autre genre, les <em>comics<\/em> de super-h\u00e9ros inventent un nouveau rapport \u00e0 la ville. Ce n\u2019est pas un hasard si la cit\u00e9 fictive o\u00f9 s\u2019installe Superman s\u2019appelle M\u00e9tropolis, comme la ville \u00e0 deux niveaux du film \u00e9ponyme de Fritz Lang en 1927, vision pessimiste de l\u2019avenir de l\u2019homme. La M\u00e9tropolis de Superman repr\u00e9sente d\u2019ailleurs uniquement la ville haute du film de Lang, baign\u00e9e de lumi\u00e8re et occup\u00e9e par une \u00e9lite de privil\u00e9gi\u00e9s, alors que Gotham City[4. Gotham est un des surnoms de New York, attribu\u00e9 \u00e0 Washington Irving, auteur am\u00e9ricain du d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle. De mai 1939 \u00e0 d\u00e9cembre 1940, Batman rend la justice dans les rues de New York. Il ne devient le protecteur de la ville fictive de Gotham City qu\u2019en janvier 1941. Or Gotham City s\u2019inspire tout autant de Chicago que de New York, et serait situ\u00e9e sur la c\u00f4te Nord-Est des \u00c9tats-Unis, dans le New Jersey, \u00e0 60 miles au nord de M\u00e9tropolis.], territoire du Batman, \u00e9voque la ville basse o\u00f9 sont rel\u00e9gu\u00e9es les masses laborieuses. Son architecture, ses lumi\u00e8res et sa m\u00e9t\u00e9o brumeuse s\u2019inspirent d\u2019ailleurs de l\u2019expressionnisme allemand, quand la ville de Superman rappelle plut\u00f4t les architectures futuristes. Deux faces de la cit\u00e9 moderne, environnement naturel des super-h\u00e9ros \u2013 lesquels cr\u00e9ent des mani\u00e8res d\u00e9sirables de l\u2019habiter&#160;: perch\u00e9 sous la lune en haut des plus hautes tours, ou survolant les gratte-ciel en plein soleil[5. L\u2019\u00e9diteur de <em>comics<\/em> Marvel a utilis\u00e9 \u00e0 fond ces nouvelles mani\u00e8res d\u2019habiter la ville dans les ann\u00e9es 1960, en choisissant comme cadre des aventures de ses nouveaux personnages, non plus des cit\u00e9s imaginaires comme M\u00e9tropolis ou Gotham, mais New York. Et nous sommes nombreux \u00e0 conna\u00eetre intimement la fameuse Grosse Pomme sans y \u00eatre jamais all\u00e9s, gr\u00e2ce aux acrobaties de Spiderman ou Daredevil.].<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/LogezSuperman-719x1024_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"997\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6063\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Slips &#38; freaks<\/h3>\n<p class=\"textbody\">En 1933, Jerry Siegel et Joe Shuster, publiaient dans un fanzine une premi\u00e8re version de Superman&#160;: un personnage malfaisant, ivre de pouvoir et de conqu\u00eates, avec des pouvoirs t\u00e9l\u00e9pathiques n\u00e9s de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un savant fou. Cinq ans plus tard, les deux juifs new-yorkais assistent \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de r\u00e9fugi\u00e9s fuyant la mont\u00e9e du nazisme en Europe. Face aux fantasmes de race pure et de surhommes virils aux chemises brunes et noires, Siegel et Shuster inventent un super-h\u00e9ros <em>alien<\/em> en costume moulant aux couleurs satur\u00e9es. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le justaucorps bleu, l\u2019insigne et la ceinture jaune, les bottes, cape, et slip rouges de Superman s\u2019inspirent aussi directement du costume de \u00ab&#160;L\u2019Homme fort&#160;\u00bb des spectacles de foire. Encore une fois comme le cin\u00e9ma, dont les images muettes des d\u00e9buts sont comment\u00e9es en direct par un bonimenteur, les <em>comics<\/em> entretiennent une filiation directe avec le cirque et les arts forains. Les super-h\u00e9ros jouent sur un m\u00e9lange de fascination et de r\u00e9pulsion envers leur alt\u00e9rit\u00e9 radicale, comme les monstres de foires exhib\u00e9s dans les <em>freak shows <\/em>et autres cirques Barnum au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les couleurs criardes de tant de costumes de super-h\u00e9ros s\u2019expliquent aussi par la qualit\u00e9 m\u00e9diocre des <em>comics<\/em> bon march\u00e9s (<em>Detective comics <\/em>valait 10 <em>cents<\/em>). Les grosses trames bavaient tellement qu\u2019il fallait des couleurs vives pour reconna\u00eetre imm\u00e9diatement les h\u00e9ros. Le blanc fut longtemps \u00e9vit\u00e9 \u2013 ce qui explique peut-\u00eatre que Superman ait remplac\u00e9 le blanc du drapeau am\u00e9ricain par du jaune[6. C\u2019est pour la m\u00eame raison qu\u2019Hulk et Iron Man, qui apparurent tous deux gris et risquaient de finir imprim\u00e9s en gros p\u00e2t\u00e9s noir\u00e2tres, devinrent rapidement vert, et rouge et or.].<\/p>\n<h3 class=\"section\">Big Blue &#38; Red Son<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Depuis plus de 75 ans, des centaines de dessinateurs et \u00e9crivains ont pris en main les aventures de Superman, faisant \u00e9voluer son apparence dans les s\u00e9ries r\u00e9guli\u00e8res, mais aussi dans de nombreuses versions alternatives ou projections futuristes[7. Les aventures de super-h\u00e9ros quasiment invuln\u00e9rables pouvant se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 la longue quelque peu r\u00e9barbatives, les \u00e9diteurs ont vite publi\u00e9 des aventures exceptionnelles se d\u00e9roulant dans le pass\u00e9 des personnages (les <em>untold tales<\/em>, comme les aventures de Superboy, version enfantine puis ado de Superman invent\u00e9e en 1945, ou <em>Batman&#160;: ann\u00e9e Un<\/em> qui narre les premi\u00e8res fois o\u00f9 Bruce Wayne enfile son costume de chiropt\u00e8re), mais aussi des histoires pr\u00e9sentant des versions alternatives de ces h\u00e9ros (les <em>Imaginary stories, <\/em>\u00e9quivalents des <em>What if <\/em>de<em> <\/em>Marvel, qui mettent en sc\u00e8ne ce qui pourrait se passer si certains d\u00e9tails avaient \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rents, comme <em>Superman&#160;: Red Son).<\/em>]. La plupart des super-slips[8. Le terme \u00ab&#160;super-h\u00e9ros&#160;\u00bb est depuis 1979 une propri\u00e9t\u00e9 de marque conjointe des deux plus gros \u00e9diteurs de comics am\u00e9ricains&#160;: Marvel et DC<em>.<\/em> Ce sont donc les seuls \u00e0 pourvoir imprimer le terme sur les couvertures de leurs magazines, ce qui oblige leurs concurrents \u00e0 inventer des synonymes&#160;: ultra-h\u00e9ros pour Malibu, m\u00e9ta-humains chez Wildstorm, \u00ab&#160;H\u00e9ros de la science&#160;\u00bb pour America\u2019s Best Comics<em>,<\/em> la collection d\u2019Alan Moore. Mais dans toutes les publications, ind\u00e9pendantes ou non, les super-h\u00e9ros sont commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9s par des expressions ironiques se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 leurs costumes, telles \u00ab&#160;encap\u00e9s&#160;\u00bb, \u00ab&#160;masques&#160;\u00bb, ou m\u00eame \u00ab&#160;super-slips&#160;\u00bb.] ont fini par abandonner la cape[9. Au moins depuis que Bill Dollar, super-h\u00e9ros d\u2019op\u00e9rette au service d\u2019une banque, est mort abattu par des gangsters parce que sa cape \u00e9tait rest\u00e9e coinc\u00e9e dans un tourniquet, dans <em>The<\/em> <em>Watchmen<\/em> d\u2019Alan Moore et Dave Gibbons, 1987.]&#160;\u2013 pas Superman. Le bleu et le rouge de son costume ont parfois chang\u00e9 de nuance, mais le slip est rest\u00e9 au-dessus du froc. La taille de l\u2019\u00e9cu s\u2019est agrandie pour couvrir l\u2019ensemble de la poitrine muscl\u00e9e. Les cheveux ont subi les effets de la mode (Ah, le \u00ab&#160;mulet&#160;\u00bb des ann\u00e9es 1980, tempes courtes et nuque longue&#160;!), sans perdre la m\u00e8che en \u00ab&#160;S&#160;\u00bb sur le front. L\u2019histoire de la provenance du costume et de la signification du \u00ab&#160;S&#160;\u00bb pectoral ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9es[10. John Byrne et George P\u00e9rez modifi\u00e8rent la provenance du costume et la signification du \u00ab&#160;S&#160;\u00bb pectoral lorsqu\u2019ils \u00ab&#160;modernis\u00e8rent&#160;\u00bb les origines de Superman en 1986 avec la mini-s\u00e9rie <em>Man of Steel.<\/em> \u00c0 l\u2019origine, le costume et la cape ont \u00e9t\u00e9 cousus par sa m\u00e8re adoptive, et le \u00ab&#160;S&#160;\u00bb pectoral dessin\u00e9 par son p\u00e8re adoptif en hommage \u00e0 l\u2019un de ses anc\u00eatres, qui avait tent\u00e9 de sauver des Indiens d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie&#160;: l\u2019image est cens\u00e9e repr\u00e9senter un serpent, symbolisant la gu\u00e9rison. D\u00e9sormais, comme dans la version cin\u00e9ma de Richard Donner en 1978, le costume est une relique de la plan\u00e8te Krypton, dont est originaire Superman, et le \u00ab&#160;S&#160;\u00bb rouge sur fond jaune l\u2019embl\u00e8me de la dynastie El, (c\u2019est-\u00e0-dire de la famille de Kal-El, le vrai nom de Superman), un symbole kryptonien signifiant \u00ab&#160;Espoir&#160;\u00bb. En tous cas, dans aucune version il ne s\u2019agit vraiment d\u2019un \u00ab&#160;S&#160;\u00bb, et dans toutes, c\u2019est l\u2019\u00e9ternelle fianc\u00e9e du boy-scout en bleu, la journaliste arriviste Lois Lane, qui invente le nom de Superman \u00e0 partir de ce malentendu.], mais le costume reste tr\u00e8s proche de ses premi\u00e8res apparitions \u2013 contrairement \u00e0 beaucoup de super-h\u00e9ros aux go\u00fbts plus versatiles, tels les X-men, dont l\u2019accoutrement ne cesse de changer au gr\u00e9 de la mode, passant all\u00e8grement du lycra au latex ou des v\u00eatements civils aux costumes punk, voire aux armures.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Certains dessinateurs ont r\u00e9ussi \u00e0 livrer des images du plus puissant des Supers r\u00e9ellement marquantes. Ainsi Tim Sale avec son \u00e9pur\u00e9 <em>Superman for all seasons, <\/em>o\u00f9 le Grand S se fait pure ligne bleue, rouge et jaune. Ou Alex Ross et ses couvertures peintes inspir\u00e9es de Norman Rockwell, mais aussi sa version de l\u2019avenir, <em>Kingdom come<\/em>, o\u00f9 le passage du jaune au noir suffit \u00e0 sugg\u00e9rer l\u2019aust\u00e8re maturit\u00e9 de l\u2019Homme de Demain. Sans oublier Frank Quitely avec <em>All star Superman<\/em>, dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019une possible mort du Kryptonien, qui r\u00e9ussit \u00e0 rendre cr\u00e9dible la double identit\u00e9 de Clark Kent et Superman, en opposant la puissance contenue du Grand Bleu aux postures exag\u00e9r\u00e9ment maladroites de Kent, inspir\u00e9es de la gestuelle du th\u00e9\u00e2tre yiddish<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Des versions alternatives, il faut aussi retenir le savoureux <em>Superman&#160;: Red Son <\/em>o\u00f9 l\u2019Homme d\u2019Acier, s\u2019\u00e9tant \u00e0 l\u2019origine \u00e9cras\u00e9 dans un kolkhoze en Ukraine au lieu d\u2019un champ au Kansas, devient le super-h\u00e9raut du communisme. Il succ\u00e8de \u00e0 Staline, et convertit au socialisme l\u2019ensemble des \u00c9tats de la Terre, \u00e0 l\u2019exception du Venezuela et des \u00c9tats-Unis. Ici, Superman est tout de gris et de rouge v\u00eatu, la faucille et le marteau rempla\u00e7ant le \u00ab&#160;S&#160;\u00bb sur la poitrine de son uniforme sovi\u00e9tique, tandis que son adversaire Batman, chapka sur les oreilles de sa cagoule, arbore \u00ab&#160;le noir de l\u2019anarchie&#160;\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"section\">La V\u00e9rit\u00e9, la Justice et l\u2019Id\u00e9al am\u00e9ricain<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Superman est souvent qualifi\u00e9 de personnage \u00ab&#160;iconique&#160;\u00bb, ce qui en soit ne veut rien dire. Ou alors pour signifier qu\u2019il est davantage une image qu\u2019un personnage&#160;: son costume n\u2019est pas seulement sa propre peau, il est tout entier une image anim\u00e9e. Une id\u00e9e de l\u2019Am\u00e9rique en technicolor. L\u2019ic\u00f4ne est n\u00e9e durant la mont\u00e9e du nazisme en Europe, et en pleine crise \u00e9conomique aux \u00c9tats-Unis, sous la politique de \u00ab&#160;<em>New deal<\/em>&#160;\u00bb men\u00e9e par le pr\u00e9sident Roosevelt. D\u00e8s la premi\u00e8re page d\u2019<em>Action comics n&#186;1<\/em>, il se pr\u00e9sente comme \u00ab&#160;<em>champion des opprim\u00e9s, la merveille physique qui a jur\u00e9 de vouer son existence \u00e0 aider ceux dans le besoin<\/em>&#160;\u00bb. Justicier progressiste, ap\u00f4tre de l\u2019individu et de l\u2019action, sa premi\u00e8re aventure d\u00e9nonce la peine de mort, et il s\u2019attaque aux maux de la Grande D\u00e9pression&#160;: mafia organis\u00e9e, syndicats marrons, corruption politique, violence conjugale, alcoolisme, etc.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Plus rapide qu\u2019une balle, plus puissant qu\u2019une locomotive, capable de sauter par-dessus des gratte-ciels d\u2019un bond[11. Les pouvoirs de Superman sont \u00e0 l\u2019origine calqu\u00e9s sur ceux de John Carter, le h\u00e9ros d\u2019E. R. Burroughs dans <em>Princess of Mars<\/em> (1917) et ses suites. Mars ayant une gravit\u00e9 moindre par rapport \u00e0 la Terre, lorsque John est t\u00e9l\u00e9port\u00e9 sur cette plan\u00e8te, il se retrouve dot\u00e9 d\u2019une force hercul\u00e9enne qui lui permet de faire des bonds gigantesques. De m\u00eame Superman, qui vient de Krypton \u00e0 la gravit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e, ne vole pas \u00e0 ses d\u00e9buts, mais fait des bonds au dessus des gratte-ciels.]\u2009<\/em>&#160;\u00bb, il repr\u00e9sente la modernit\u00e9, tout en d\u00e9fendant les valeurs rurales de l\u2019Am\u00e9rique aux d\u00e9pens de la ville et de ses dangers. \u00c9lev\u00e9 dans la petite ville de Smallville au Kansas par un couple de vieux paysans tout droit sortis d\u2019un film de John Ford, le bon \u00ab&#160;Supes&#160;\u00bb a grandi au biberon de leur morale manich\u00e9enne&#160;: \u00ab&#160;<em>la V\u00e9rit\u00e9, la Justice et l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain<\/em>&#160;\u00bb qui devient sa devise. Mais en tant qu\u2019<em>alien<\/em> adopt\u00e9 par les \u00c9tats-Unis, il repr\u00e9sente surtout l\u2019Am\u00e9rique des immigrants, et revendique un humanisme multiculturel radical, sorte de politiquement correct avant l\u2019heure.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Le gendarme de l\u2019espace<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Lors de la Seconde Guerre mondiale, Superman se fait \u00ab&#160;porte-drapeau de l\u2019Am\u00e9rique&#160;\u00bb, et d\u00e9laisse les probl\u00e9matiques sociales pour combattre les nazis et les Japonais. D\u00e8s 1940, il s\u2019envole m\u00eame en Allemagne et en Russie, pour attraper Hitler et Staline par le col et les livrer au jugement de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations \u00e0 Gen\u00e8ve. Apr\u00e8s-guerre, l\u2019Homme de Demain reconstruit quelques quartiers v\u00e9tustes, mais passe surtout son temps \u00e0 combattre des super-vilains \u00e0 sa mesure, comme Lex Luthor. <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 cette \u00e9poque, les aventures de super-slips ne font plus recette, et la guerre froide s\u2019accompagne d\u2019une autocensure paralysante. En 1954, le psychiatre Fredric Wertham accuse les <em>comics<\/em> de pousser au crime leurs jeunes lecteurs[12. La campagne de Wertham contre les <em>comics <\/em>concerne tous ceux qui repr\u00e9sentent des sc\u00e8nes de crimes, qu\u2019ils soient consacr\u00e9s \u00e0 des histoires de gangsters et d\u2019affaires de meurtre (un genre tr\u00e8s populaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque), de super-h\u00e9ros ou d\u2019horreur.<em> <\/em>Il insiste notamment sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la relation affective entre Batman et Robin, son Gar\u00e7on prodige.]. Les \u00e9diteurs pr\u00e9f\u00e8rent anticiper sur la censure gouvernementale ou parentale, et cr\u00e9ent eux-m\u00eames un label de biens\u00e9ance, le <em>Comics Code Authority,<\/em> qui prohibe toute repr\u00e9sentation de la violence, de la sexualit\u00e9, de la religion, du racisme, de la drogue, des vampires, loups-garous ou zombies, et impose au Bien de triompher du Mal. Ces r\u00e8gles poussent les encap\u00e9s \u00e0 se tourner vers la science-fiction. Le Kryptonien se fait alors gendarme galactique, porte l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain dans l\u2019espace, et prot\u00e8ge la Terre de menaces venues de lointaines plan\u00e8tes, comme le robot Brainac, collectionneur de villes qu\u2019il miniaturise dans des bouteilles. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans les ann\u00e9es 1970, les super-h\u00e9ros reprennent pied sur Terre, et le <em>Comics Code Authority<\/em> est peu \u00e0 peu abandonn\u00e9. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs, qui a grandi avec ces mythes, porte un regard plus critique sur le genre. Le boy-scout en bleu commence \u00e0 se poser des questions sur sa politique et sa mani\u00e8re manich\u00e9enne de traiter tous les probl\u00e8mes \u00e0 coup de bourre-pifs. Dans un \u00e9pisode de 1972, \u00ab&#160;Superman est-il n\u00e9cessaire&#160;?&#160;\u00bb, les Gardiens de l\u2019Univers \u2013 extraterrestres qui surveillent les cent milliards d\u2019\u00e9toiles de la voie lact\u00e9e \u2013 accusent Superman de contribuer au \u00ab&#160;retard culturel des terriens&#160;\u00bb par son ing\u00e9rence dans leurs affaires. De retour sur Terre, il d\u00e9fend un jeune Mexicain en gr\u00e8ve contre son patron. Alors que les immigrants du bidonville l\u2019acclament et demandent son aide, il commence par la leur refuser avant d\u2019intervenir contre un s\u00e9isme, puis de reconstruire leurs maisons. Mais le doute est en lui.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Iconique ta m\u00e8re patrie<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Dans les ann\u00e9es 1980, le Champion de l\u2019Am\u00e9rique&#160; a de plus en plus de mal \u00e0 assumer son humanisme candide. Toujours fid\u00e8le \u00e0 \u00ab&#160;l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain&#160;\u00bb, il appara\u00eet souvent comme le valet servile de la politique va-t-en guerre de Ronald Reagan, que ce soit dans ses aventures ordinaires ou dans des futurs alternatifs, comme celui imagin\u00e9 par Frank Miller dans <em>The<\/em> <em>Dark Knight returns,<\/em> o\u00f9 s\u2019affrontent Batman et Superman&#160;: dans<em> <\/em>un avenir o\u00f9 les super-h\u00e9ros ont \u00e9t\u00e9 interdits \u00e0 l\u2019exception de Supes, celui-ci attaque les troupes sovi\u00e9tiques pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains (qui lui r\u00e9pondent \u00e0 coup de missile thermonucl\u00e9aire, provoquant un hiver nucl\u00e9aire sur Gotham), et ob\u00e9it \u00e0 l\u2019ordre de Reagan d\u2019arr\u00eater le vieillissant Batman, mort ou vif.<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s lors, Superman, dont les pouvoirs n\u2019ont cess\u00e9 de cro\u00eetre (soulevant des immeubles \u00e0 ses d\u00e9buts, il peut d\u00e9sormais porter des plan\u00e8tes enti\u00e8res sur son dos), est de plus en plus d\u00e9peint comme inhumain plut\u00f4t que surhumain. Nombre d\u2019aventures et de parodies insistent sur la dangerosit\u00e9 d\u2019une telle puissance, tout en raillant son inefficacit\u00e9 devant la violence du monde. Dans les ann\u00e9es 2000, Sentry[13. The Sentry est un personnage cr\u00e9\u00e9 par Paul Jenkins et Jae Lee dans la mini-s\u00e9rie homonyme publi\u00e9e en 2000. D\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9 comme un h\u00e9ros du pass\u00e9 oubli\u00e9 de tous, m\u00eame par son cr\u00e9ateur, Stan Lee, il fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la suite qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une strat\u00e9gie marketing de Marvel Comics.], la version Superman de Marvel<em>,<\/em> a la puissance d\u2019\u00ab&#160;un million de soleils explosant&#160;\u00bb, mais souffre d\u2019un d\u00e9doublement de personnalit\u00e9. Omni-man[14. Omni-Man&#160;: parodie de Superman et p\u00e8re d\u2019Invincible, super-h\u00e9ros et titre de la parution homonyme \u00e9crite par Robert Kirkman, dessin\u00e9e par Cory Walker puis par Ryan Ottley et publi\u00e9e par Image Comics.], celle d\u2019Image comics, est un extraterrestre qui se fait passer pour Protecteur de la Terre dans le seul but de la coloniser. Quant \u00e0 <em>The Authority<\/em>, parodie de la Ligue de Justice[15. <em>The Authority<\/em> est une \u00e9quipe de super-h\u00e9ros cr\u00e9\u00e9e par Warren Ellis pour WildStorm, parodiant la Ligue de Justice d\u2019Am\u00e9rique, \u00e9quipe r\u00e9unissant les plus c\u00e9l\u00e8bres super-slips de l\u2019\u00e9diteur DC comics&#160;: Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash&#8230;] qui r\u00e9unit dans la m\u00eame \u00e9quipe les caricatures de Superman et Batman sous les noms d\u2019Apollo et Midnighter (lesquels se marient et adoptent un enfant), cette s\u00e9rie est souvent qualifi\u00e9e d\u2019anarchiste du fait de son irr\u00e9v\u00e9rence et de l\u2019interventionnisme de l\u2019\u00e9quipe \u00e0 un niveau mondial, ses membres n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 s\u2019opposer aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 l\u2019ONU ou \u00e0 la France[16. Un \u00e9pisode d\u2019<em>Action comics,<\/em> dat\u00e9 de mars 2001, r\u00e9affirme les vieilles valeurs de Superman, en parodiant \u00e0 son tour le discours anarcho-punk de la parodie. Dans cette aventure, intitul\u00e9e \u00ab&#160;Qu\u2019est-ce que la V\u00e9rit\u00e9, la Justice, et l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain ont de si dr\u00f4le&#160;?<em>\u2009<\/em>&#160;\u00bb, <em>The Authority<\/em> devient \u00ab&#160;l\u2019\u00c9lite&#160;\u00bb et voici son manifeste&#160;: \u00ab&#160;<em>Nous ne croyons pas aux Nations. Nous ne croyons pas aux trait\u00e9s. Ni aux fronti\u00e8res, aux classes ou aux programmes\u2026 Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les bons, c\u2019est-\u00e0-dire nous, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les m\u00e9chants, c\u2019est-\u00e0-dire tous ceux qui traitent les autres comme de la merde pour satisfaire leurs petits besoins. Le monde nous attendait. Maintenant, il nous a. Soyez gentils ou nous raserons votre maison avec une bombe anti-connard \u00e0 fragmentation. Gros bisous<\/em>.&#160;\u00bb Supes finira \u00e9videmment par vaincre ces petits pr\u00e9tentieux et r\u00e9affirmer son r\u00eave d\u2019un monde de V\u00e9rit\u00e9 et de Justice.].<\/p>\n<h3 class=\"section\">La f\u00eate est finie<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Face \u00e0 cette inflation de Supers toujours plus brutaux et amoraux, le boy-Scout en bleu continue de d\u00e9fendre ses valeurs, mais en s\u2019\u00e9loignant de sa nation d\u2019adoption. D\u00e9j\u00e0 dans l\u2019adaptation cin\u00e9matographique r\u00e9alis\u00e9e par Richard Donner en 1978, il avait commenc\u00e9 \u00e0 promouvoir \u00ab&#160;la V\u00e9rit\u00e9, la Justice et <em>l\u2019id\u00e9al humain<\/em>&#160;\u00bb, au lieu de \u00ab&#160;l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain&#160;\u00bb. Dans \u00ab&#160;L\u2019incident&#160;\u00bb \u2013 \u00e9pisode anniversaire publi\u00e9 dans <em>Action comics <\/em>n<sup>o&#160;<\/sup>900 en juin 2011 \u2013, il va jusqu\u2019\u00e0 renoncer \u00e0 la citoyennet\u00e9 am\u00e9ricaine quand des agents de la s\u00fbret\u00e9 nationale lui reprochent d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 une manifestation pacifique en Iran&#160;: \u00ab&#160;<em>Je suis las que mes actes soient associ\u00e9s \u00e0 la politique am\u00e9ricaine. \u201cLa V\u00e9rit\u00e9, la Justice et l\u2019id\u00e9al am\u00e9ricain\u201d\u2026 Cela ne suffit plus.<\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">En septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, les \u00e9ditions DC d\u00e9cident de faire repartir \u00e0 z\u00e9ro les aventures de tous ses super-h\u00e9ros, et toutes ses publications au n&#186;1, y compris <em>Action comics <\/em>et <em>DC comics,<\/em> dont la num\u00e9rotation courrait depuis les ann\u00e9es 1930. Ce <em>reboot<\/em> est nomm\u00e9 \u00ab&#160;Renaissance DC&#160;\u00bb, ou \u00ab&#160;New 52&#160;\u00bb, puisque le <em>lifting<\/em> concerne alors 52 s\u00e9ries. Les nouvelles origines de Superman version \u00ab&#160;Renaissance&#160;\u00bb sont r\u00e9\u00e9crites par Grant Morrisson, sc\u00e9nariste \u00e9cossais qui r\u00e9alise un pont entre l\u2019Am\u00e9rique de la Grande D\u00e9pression du Superman originel et celle de la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 2010. Il renoue ainsi avec le concept fondateur&#160;: la d\u00e9fense des opprim\u00e9s contre les \u00e9lites corrompues autant que contre les savants fous, quitte \u00e0 affronter les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le jeune Superman recommence sa carri\u00e8re en jean et T-shirt bleu, et seule sa cape kryptonienne raccorde avec le costume classique. Adulte, il porte un costume bleu, rouge et or, mais bien loin des collants d\u2019avant-guerre&#160;: d\u00e9sormais, il s\u2019agit d\u2019une bio-armure kryptonienne, \u00e0 la texture m\u00e9tallique et aux formes bodybuild\u00e9es, comme dans la pesante adaptation cin\u00e9matographique de Zack Znider en 2013. La r\u00e9f\u00e9rence au cirque se perd et le costume devient uniforme de combat. Fini le slip, m\u00eame si une fine ceinture rouge lui dessine une sorte de tanga autour de la taille.<\/p>\n<h3 class=\"section\">The Dark Knight begins<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Bravant les imp\u00e9ratifs techniques qui pouss\u00e8rent les dessinateurs \u00e0 donner des couleurs vives au costume de Superman, <em>The Bat-man <\/em>est lui aussi v\u00eatu d\u2019une cape et d\u2019un slip port\u00e9 au dessus de collants, mais cette fois dans des couleurs sombres, allant du gris souris au bleu nuit \u2013 \u00e0 l\u2019exception de sa bat-ceinture jaune aux sacoches pleines de gadgets. Alors que Superman se contente d\u2019enlever ses lunettes et de changer de coiffure pour prot\u00e9ger son identit\u00e9 civile, le Batman cache son visage derri\u00e8re une cagoule aux oreilles pointues. Apport essentiel \u00e0 la mythologie du super-h\u00e9ros, le masque permet \u00e0 la fois l\u2019anonymat et la reconnaissance&#160;: il pr\u00e9serve l\u2019identit\u00e9 secr\u00e8te du super-h\u00e9ros, tout en donnant une visibilit\u00e9 \u00e0 ses actions.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Si Superman s\u2019inspire de h\u00e9ros de <em>pulps<\/em> et de <em>comic strips<\/em> comme Tarzan, Doc Savage ou Flash Gordon, l\u2019homme chauve-souris tire du m\u00eame fond populaire des influences plus sombres comme le c\u00e9l\u00e8bre <em>The Shadow <\/em>ou le Dracula des films de Tod Browning&#160;; sans pour autant rompre avec ses origines foraines, notamment \u00e0 travers le costume jaune, vert et rouge de son apprenti, Robin[17. Superman, lui, n\u2019a pas d\u2019apprenti costum\u00e9, mais une cousine kryptonienne, Supergirl, habill\u00e9e quasiment comme lui&#160;: la jupette remplace le slip. Ainsi qu\u2019un super-chien, Krypto, venu de la m\u00eame plan\u00e8te et portant une cape rouge. Steaky et Comet, respectivement le super-chat et le super-cheval de Supergirl, portent eux aussi une cape et volent, tout comme le super-singe en slip Beepo. Batman s\u2019entourera quant \u00e0 lui de toute une Bat-famille amatrice de collants et cagoules \u00e0 cornes&#160;: en sus d\u2019\u00e9puiser plusieurs Robin, <em>Batgirls<\/em>, et <em>Batwomen<\/em>, il se fera \u00e9galement accompagner dans ses aventures d\u2019un Bat-molosse nomm\u00e9 Ace, qui ne porte pas de cape mais un masque, pour ne pas qu\u2019on le reconnaisse \u00e0 partir d\u2019une tache caract\u00e9ristique sur son museau.]. Comme Superman et Batman, Robin le \u00ab&#160;jeune prodige&#160;\u00bb est d\u2019ailleurs un orphelin, dont les parents \u00e9taient acrobates dans un cirque. Son slip \u00e0 grosses mailles vertes, port\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts sans collants, est particuli\u00e8rement os\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Lors de la r\u00e9vision de 2011, \u00ab&#160;Renaissance DC&#160;\u00bb, Batman n\u2019adopte pas d\u2019armure int\u00e9grale comme dans les adaptations pour le cin\u00e9ma de Christopher Nolan. Il conserve sous sa cape un costume gris, d\u00e9sormais en nomex ignifug\u00e9, mais toujours moulant. Cependant, lui aussi abandonne le slip et les collants pour un treillis gris avec une coquille blind\u00e9e prot\u00e9geant ses Bat-organes reproducteurs. <\/p>\n<h3 class=\"section\">Guerre au crime, paix au manoir<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Superman a souvent \u00e9t\u00e9 compar\u00e9 au pr\u00e9sident Roosevelt, tous deux pr\u00e9tendant lutter contre des forces hostiles, pour sortir l\u2019Am\u00e9rique de la crise et cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 plus juste. Batman, lui, renvoie plut\u00f4t au parcours d\u2019Edgar Hoover, qui fonda le FBI cinq ans avant la naissance du justicier masqu\u00e9, et se fit le h\u00e9raut de la \u00ab&#160;guerre au crime&#160;\u00bb, versant policier du New Deal, cens\u00e9e d\u00e9manteler les cartels mafieux au lendemain de l\u2019abolition de la prohibition. Dans les ann\u00e9es 1930, Edgar Hoover s\u2019\u00e9tait fait une r\u00e9putation m\u00e9diatique et politique en mettant fin aux carri\u00e8res de \u00ab&#160;Machine Gun&#160;\u00bb Kelly, Bonnie Parker et Klyde Barrow, John Dillinger, \u00ab&#160;Baby Face&#160;\u00bb Nelson, \u00ab&#160;Ma&#160;\u00bb Barker et Alvin Karpis \u2013 tous des bandits isol\u00e9s, sans lien avec la mafia organis\u00e9e en entreprises int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le Batman s\u2019est quant \u00e0 lui donn\u00e9 pour mission de venger la mort de ses parents, tu\u00e9s par un malfrat sur <em>Crime Alley, <\/em>en menant une lutte sans merci contre le crime. Or d\u00e8s 1940, quand il prend pour partenaire le fringuant Robin et rencontre le Joker, \u00ab&#160;le Clown Prince du Crime&#160;\u00bb, il devient le recours ultime contre les criminels extravagants. V\u00e9ritable auxiliaire de la police (un \u00ab&#160;Bat-signal&#160;\u00bb est install\u00e9 sur le toit du commissariat de Gotham en 1942), Batman m\u00e8ne d\u00e8s lors la m\u00eame politique qu\u2019Edgar Hoover&#160;: s\u2019attaquer aux criminels isol\u00e9s ou regroup\u00e9s en petites bandes, sans jamais vraiment toucher le crime organis\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le \u00ab&#160;plus grand d\u00e9tective&#160;\u00bb participe ensuite \u00e0 l\u2019effort de guerre en combattant nazis et vampires. Alors que les ventes chutent apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, il reste une des rares s\u00e9ries de super-h\u00e9ros publi\u00e9es. Comme celles de Superman, ses aventures se tournent vers la science-fiction, et apr\u00e8s l\u2019instauration du <em>Comics Code Authority<\/em>, le ton vire \u00e0 l\u2019humour et \u00e0 la d\u00e9rision. En 1966, le succ\u00e8s de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 mettant en sc\u00e8ne Batman et Robin renforce encore ce c\u00f4t\u00e9 \u00ab&#160;second degr\u00e9&#160;\u00bb, et il faut attendre les ann\u00e9es 1970 pour que le Chevalier noir revienne \u00e0 des enqu\u00eates plus s\u00e9rieuses&#160;: Robin part \u00e0 la facult\u00e9 et Batman reprend \u00ab&#160;sa guerre au crime&#160;\u00bb en solitaire, notamment dans les aventures gothiques du jeune tandem Dennis O\u2019Neil et Neal Adams.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Terroriser les terroristes<\/h3>\n<p class=\"textbody\">En 1986, Frank Miller et David Mazzuchelli revisitent les origines du personnage dans <em>Batman&#160;: Ann\u00e9e Un. <\/em>Ils<em> <\/em>renouent avec l\u2019influence du roman noir par des dessins sombres et \u00e9pur\u00e9s, et la description minutieuse de Gotham \u00e0 travers les regards crois\u00e9s du Batman et du commissaire Gordon. Sans costume mais grim\u00e9, fausse cicatrice et fond de teint, le justicier \u00e9chappe de peu \u00e0 l\u2019emprisonnement lors de sa premi\u00e8re mission, et rentre en son manoir bless\u00e9. Ruminant son \u00e9chec dans son fauteuil de ma\u00eetre, il h\u00e9site \u00e0 sonner son domestique pour se faire soigner, quand une \u00e9norme chauve-souris brise la vitre de son bureau et se pose sur le buste de son p\u00e8re. Se rappelant la terreur qu\u2019il avait \u00e9prouv\u00e9e enfant en tombant dans une grotte pleine de ces bestioles (qui allait devenir la <em>Batcave<\/em>), il prend la d\u00e9cision de se d\u00e9guiser en chiropt\u00e8re pour insuffler cette terreur enfantine \u00e0 tous les criminels.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Miller r\u00e9affirme ainsi le mythe originel de l\u2019Homme-chauve-souris, sa doctrine politique&#160;: non pas la vengeance, mais la terreur. Pour lutter contre le crime, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9liminer quelques criminels par la force&#160;; il faut inspirer en leur corps une profonde terreur. Ne pas tuer, mais frapper. Mutiler certains pour donner l\u2019exemple \u00e0 tous. Comme dans ses premi\u00e8res aventures, Batman n\u2019affronte pas des bandits bariol\u00e9s, mais des familles mafieuses, des flics pourris et des \u00e9lites corrompues. Cela dit, d\u00e8s son premier combat, ce sont bien les os de jeunes ados qu\u2019il brise, ce qui n\u2019est pas sans rappeler les v\u00e9ritables effets de toute politique s\u00e9curitaire men\u00e9e sous couvert de lutte contre le terrorisme ou le crime organis\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Alors que le costume <em>flashy<\/em> de Superman, sa \u00ab&#160;premi\u00e8re peau&#160;\u00bb, ne fait que signaler son exception, celui de Batman a d\u00e8s le d\u00e9but une toute autre fonction symbolique&#160;: inspirer la peur. C\u2019est dans ce sens que lors de sa cr\u00e9ation, le sc\u00e9nariste Bill Finger convainc le dessinateur Bob Kane de passer au gris les collants de l\u2019Homme-chauve-souris, qu\u2019il avait imagin\u00e9 rouges, et de tracer des ovales blanc en guise d\u2019yeux sur la cagoule \u00e0 pointes. Des choix ouvrant de formidables possibilit\u00e9s graphiques pour les dessinateurs futurs, leur permettant d\u2019abstraire la Cr\u00e9ature de la Nuit dans un travail de l\u2019ombre et de la lumi\u00e8re. Le plus radical dans cette voie reste sans doute Dave McKean avec son m\u00e9lange de peinture, photos et collages, dans le magnifique roman graphique publi\u00e9 en 1989 et \u00e9crit par Grant Morrisson&#160;: <em>Arkham Asylum.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section\">Night symbol<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Au fil des ans, le gris souris des dessous du Chevalier noir et le jaune de sa bat-ceinture \u00e9voluent assez peu, alors que la couleur de sa cape, sa cagoule, son slip, ses bottes et ses gants se nuancent ind\u00e9finiment, du bleu nuit au violet jusqu\u2019au noir profond[18. Un des rares avatars vraiment color\u00e9 du Batman vient de la reprise de la s\u00e9rie par Grant Morrisson entre 2006 et 2011. Lors de ce <em>long run<\/em>, le sc\u00e9nariste \u00e9cossais s\u2019ing\u00e9nia \u00e0 convoquer les histoires pass\u00e9es de l\u2019Homme-chauve-souris comme si elles d\u00e9crivaient une m\u00eame biographie, multipliant les allusions aux histoires les plus extravagantes. Il exhuma par exemple une sc\u00e8ne de 1958&#160;: le \u00ab&#160;Batman de Zur-En-Arrh&#160;\u00bb. De ce personnage issu d\u2019un univers alternatif, la Terre X, Morrisson fait une sorte de personnalit\u00e9 de rechange cr\u00e9\u00e9e par Bruce Wayne par auto-hypnose pour se pr\u00e9munir des attaques psychologiques. S\u2019il perd la m\u00e9moire ou devient fou, l\u2019entit\u00e9 prend le contr\u00f4le le temps que Bruce Wayne reprenne ses esprits. Ce qui finit par arriver&#160;: Wayne devient le Batman de Zur-En-Arrh, se confectionne un costume aux couleurs criardes, rouge, jaune, et violet, et attaque ses ennemis de mani\u00e8re bien plus violente que sa version grise.]. Ce sont surtout la taille de ses fausses oreilles et le dessin de chauve-souris sur sa poitrine qui sont sujettes \u00e0 interpr\u00e9tation. Ainsi Julius Schwartz, \u00e9diteur du Batman, invente en 1964 le logo noir en forme de chauve-souris dans un cercle jaune, repris dans la s\u00e9rie TV \u00e0 succ\u00e8s de la fin des ann\u00e9es 1960. L\u2019ic\u00f4ne, \u00e0 la fois logo et \u00e9cu de chevalier, s\u2019impose plus tard \u00e0 l\u2019ensemble de la plan\u00e8te lors de la colossale campagne marketing pour l\u2019adaptation cin\u00e9ma de Tim Burton mise en musique par Prince en 1989.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le Chevalier de la nuit utilise aussi r\u00e9guli\u00e8rement diff\u00e9rents Bat-costumes sp\u00e9cifiques (aquatique, volant, ignifug\u00e9, blind\u00e9\u2026), plus proches de l\u2019armure que du collant<em>.<\/em> Mais contrairement aux sept derni\u00e8res adaptations cin\u00e9matographiques de ses exploits, o\u00f9 les acteurs qui l\u2019incarnent portent des combinaisons noires aux muscles dessin\u00e9s, il n\u2019abandonne jamais vraiment les collants gris souris dans les <em>comics<\/em>, et encore moins la cape, m\u00e9tonymie du super-h\u00e9ro\u00efsme autant que motif visuel passionnant pour tous les dessinateurs amateurs de drap\u00e9s et de plis. <\/p>\n<h3 class=\"section\">Slip Gadget<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Au-del\u00e0 de sa fonction symbolique, le casque-cagoule prot\u00e8ge identit\u00e9 et cr\u00e2ne, et assure une liaison permanente avec le majordome-\u00e0-tout-faire Alfred. Ses lentilles blanches conf\u00e8rent au Batman une vision nocturne. La cape permet de planer, et dans certaines versions de voler. Les collants deviennent peu \u00e0 peu pare-balles et ignifug\u00e9s. Les gants sont pourvus de trois Bat-lames et divers gadgets de rechange. Surtout, la Bat-ceinture jaune, qui ressemble \u00e0 celle d\u2019un charpentier, contient dans ses sacoches autant d\u2019armes et d\u2019objets insolites que le sac sans fond de Mary Poppins. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le plus c\u00e9l\u00e8bre de ces gadgets est un boomerang en forme de chauve-souris, le Batarang, de divers types&#160;: tranchant, explosif, \u00e9lectrifi\u00e9, sonique, t\u00e9l\u00e9command\u00e9. Mais les sacoches contiennent davantage&#160;: Bat-grappin, Bat-griffe, Bat-bombe, Bat-gel explosif, Bat-tyrolienne, Bat-taser, Bat-filtres \u00e0 airs, Bat-lanceur de bombes collantes, Bat-s\u00e9quenceur cryptographique, Bat-scanner portatif, Bat-brouilleur, Bat-grenade givrante, Bat-capsules de gaz (fumig\u00e8ne, lacrymog\u00e8ne, narcotique), drogues en tous genres, m\u00e9dicaments et antidotes\u2026 Impossible non plus de d\u00e9nombrer tous les joujoux high-tech qui encombrent la Batcave&#160;: les diff\u00e9rentes Bat-armures, le Bat-ordinateur \u00e0 \u00e9metteur holographique, le Bat-gyro (en fait un Bat-h\u00e9licopt\u00e8re), le Bat-plane, la Bat-moto, les innombrables Batmobiles (62 versions entre 1941 et 1990)\u2026 D\u2019abord \u00e9quip\u00e9 de simples gadgets con\u00e7us pour blesser sans tuer, Batman utilise une technologie de plus en plus sophistiqu\u00e9e, d\u00e9veloppant par exemple des drones de combat \u00e0 oreilles de chauve-souris. Il n\u2019est pas seulement millionnaire et ing\u00e9nieux, mais dirige un conglom\u00e9rat d\u2019entreprises lui permettant d\u2019\u00eatre toujours \u00e0 la pointe de l\u2019innovation technologique, et politique[19. Selon un petit manifeste politique \u00e0 la mode sur certains plateaux, <em>\u00c0 nos amis,<\/em> du Comit\u00e9 invisible (La Fabrique), la politique r\u00e9volutionnaire doit r\u00e9unir les qualit\u00e9s du pr\u00eatre, du guerrier et du producteur. Autrement dit, articuler trois dimensions&#160;: l\u2019esprit, la force et la richesse. L\u2019intelligence d\u00e9ductive et l\u2019imaginaire de la peur, l\u2019entra\u00eenement intensif et la violence cathartique, la fortune et la logistique capable de financer une ing\u00e9nierie high-tech&#160;: Batman m\u00e8ne une politique r\u00e9volutionnaire.].<\/p>\n<h3 class=\"section\">Batman Incorporated<\/h3>\n<p class=\"textbody\">En 2011, le passage de Grant Morrisson comme sc\u00e9nariste de la s\u00e9rie r\u00e9guli\u00e8re du Chevalier noir, qui avait d\u00e9but\u00e9 en 2006, s\u2019ach\u00e8ve sur la cr\u00e9ation de Batman, Inc., une entreprise de s\u00e9curit\u00e9 internationale. \u00c0 la mondialisation du crime organis\u00e9, Batman r\u00e9pond par la mondialisation du Batman. Apr\u00e8s avoir orchestr\u00e9 la (fausse) mort de Bruce Wayne et sa succession dans le costume gris souris par Dick Grayson (le premier Robin), Grant Morrisson fait revenir l\u2019original[20. Dans la s\u00e9rie \u00ab&#160;Le retour de Bruce Wayne&#160;\u00bb, Batman, que tout le monde croit mort, mais qui a en fait \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 dans le temps, traverse les si\u00e8cles de la pr\u00e9histoire jusqu\u2019\u00e0 nos jours, en passant par les \u00e9poques de la piraterie, de la chasse aux sorci\u00e8res, du western et de la prohibition.<br \/>\nGrant Morrisson affine le mythe du costume du Batman&#160;: il le fait remonter \u00e0 la pr\u00e9histoire, o\u00f9 Bruce Wayne endosse une peau de chauve-souris g\u00e9ante, qui deviendra une relique sacr\u00e9e veill\u00e9e par une tribu vivant dans la grotte qui abritera la <em>Batcave<\/em> des si\u00e8cles plus tard.], mais dans un autre r\u00f4le que celui de Protecteur de Gotham. Bruce Wayne d\u00e9cide de laisser cette fonction et son uniforme \u00e0 son ancienne pupille, Robin, et d\u2019endosser un nouveau costume, sans slip, afin de se consacrer \u00e0 l\u2019international \u00e0 travers Batman Inc., nouvelle filiale de Wayne Entreprise.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il recrute donc \u00e0 travers la plan\u00e8te de nombreux super-h\u00e9ros et leur fournit logo chauve-souris et logistique. Il engage ainsi toute la<em> Bat-family<\/em> recompos\u00e9e&#160;: Robin, Red Robin, Batgirl, Batwoman, Batwing, Huntress, Oracle, James Gordon, et parcourt le monde pour disposer d\u2019agents dans chaque pays&#160;: Fr\u00e8re Chiropt\u00e8re et Corbeau rouge (r\u00e9serves indiennes), M. Inconnu (Japon), Black Bat (Hong Kong), Wingman (Mtamba, Afrique), Dark Ranger (Australie), El Gaucho (Argentine), Le Chevalier et l\u2019\u00c9cuyer (GB), Nightrunner (Seine-St-Denis)[21. <em>Nightrunner<\/em>, lourdement traduit en \u00ab&#160;Parkoureur&#160;\u00bb est un super-h\u00e9ros fran\u00e7ais cr\u00e9\u00e9 par le sc\u00e9nariste anglais David Hine et le dessinateur Tom Lyle en d\u00e9cembre 2010, et recrut\u00e9 pour <em>Batman, Inc.<\/em> en France. Son identit\u00e9 secr\u00e8te est Bilal Asselah, jeune fran\u00e7ais d\u2019origine alg\u00e9rienne et de confession musulmane, habitant Clichy-sous-Bois et adepte du Parkour (discipline sportive de d\u00e9placements dans l\u2019espace urbain). Son fr\u00e8re est mort tu\u00e9 par la police au cours de violentes \u00e9meutes, et il n\u2019aura alors de cesse de prot\u00e9ger les siens de la police\u2026 et la police des \u00e9meutiers. Ses premi\u00e8res apparitions dans les <em>comics<\/em> d\u00e9clench\u00e8rent une vive pol\u00e9mique chez les conservateurs am\u00e9ricains qui n\u2019appr\u00e9cient pas qu\u2019un musulman repr\u00e9sente Batman. Malgr\u00e9 quelques apparitions furtives dans <em>Batman, Inc.<\/em>, son histoire n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en France.]. Son principal crit\u00e8re de recrutement&#160;: des h\u00e9ros qui n\u2019utilisent pas d\u2019arme \u00e0 feu et ne passent jamais la ligne \u00e9thique qu\u2019il s\u2019est fix\u00e9e&#160;\u2013 ne pas tuer. \u00c0 terme, le but est de d\u00e9velopper des drones domestiques avec fonction de gardes du corps, bon march\u00e9&#160;: \u00ab&#160;<em>Un Batman dans chaque maison<\/em>.&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le Vigilant en noir n\u2019a pas toujours refus\u00e9 les armes \u00e0 feu. Dans ses premi\u00e8res aventures, il menace de mort les criminels, porte parfois un flingue, et ses adversaires meurent souvent au combat (mais toujours par accident). Fin 1941, craignant les associations de parents, le directeur de publication de DC d\u00e9cide que Batman ne doit plus jamais utiliser d\u2019arme. Ceci est annonc\u00e9 clairement dans le quatri\u00e8me num\u00e9ro du magazine <em>Batman<\/em>&#160;: \u00ab&#160;<em>Batman ne tue jamais ni ne porte d\u2019arme \u00e0 feu<\/em>&#160;\u00bb. Bob Kane et Bill Finger obtemp\u00e8rent, et l\u2019adversaire qu\u2019affronte Bats pour la premi\u00e8re fois dans ce num\u00e9ro, le Joker, survit, et reviendra encore et encore.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Gardiens de la paix&#160;: mon \u0153il<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Comme le <em>New Deal<\/em> de Roosevelt et la politique s\u00e9curitaire d\u2019Edgar Hoover, Superman et Batman s\u2019opposent moins qu\u2019ils ne se compl\u00e8tent. Ind\u00e9pendamment de la sensibilit\u00e9 des auteurs qui les animent, ils incarnent chacun \u00e0 leur mani\u00e8re l\u2019\u00e9thique individualiste de l\u2019Am\u00e9rique, l\u2019un en technicolor, l\u2019autre en noir et blanc, ainsi qu\u2019une politique d\u2019exemplarit\u00e9. Le Grand Bleu avec ses grosses valeurs cherche \u00e0 donner l\u2019exemple \u00e0 tous les humains, \u00e0 inspirer les futurs d\u00e9fenseurs du Bien. Le Justicier de la nuit veut insuffler l\u2019effroi aux supp\u00f4ts du Mal. Deux faces de la m\u00eame morale manich\u00e9enne, deux instances compl\u00e9mentaires de jugement et de maintien de l\u2019ordre social.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019<em>alien<\/em> devenu Champion bariol\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique incarne depuis sa cr\u00e9ation un universalisme candide, politiquement aussi correct qu\u2019inoffensif. Ce qui ne l\u2019emp\u00eache jamais d\u2019agir en super-flic&#160;: Superman s\u2019oppose \u00e0 la peine de mort, mais ne rechigne pas \u00e0 condamner r\u00e9guli\u00e8rement ses ennemis \u00e0 l\u2019enfermement \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 dans une \u00ab&#160;dimension de poche&#160;\u00bb&#160;: la \u00ab&#160;Zone fant\u00f4me&#160;\u00bb. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le Batman a, quant \u00e0 lui, \u00ab&#160;invent\u00e9&#160;\u00bb la doctrine de la police moderne&#160;: ne plus tant entretenir une image de respectabilit\u00e9, de proximit\u00e9 avec la population comme Superman ou le gendarme de Saint-Tropez, mais s\u2019imposer par la peur dans la rue. Terroriser pour dissuader. Mutiler pour faire exemple. Certes, les pratiques de la police am\u00e9ricaine, par l\u2019usage banal de l\u2019assassinat par arme \u00e0 feu, semblent d\u00e9mentir cette politique de cruaut\u00e9 raisonn\u00e9e. Dans les faits, le d\u00e9veloppement d\u2019armes dites \u00ab&#160;non l\u00e9tales&#160;\u00bb n\u2019a diminu\u00e9 nulle part le nombre de gens tu\u00e9s par la police, ni le recours aux armes \u00e0 feu. Il ne fait que banaliser et raffiner les \u00ab&#160;violences l\u00e9gitimes&#160;\u00bb exerc\u00e9es par la police. En France, le r\u00e9cent meurtre de R\u00e9mi Fraisse \u00e0 la grenade, apr\u00e8s tant d\u2019\u00e9borgn\u00e9s au <em>flashball<\/em> dans les rues et les manifestations, nous le rappelle brutalement[22. La brutalit\u00e9 assum\u00e9e du Batman (comme celle de la police) n\u2019a cependant rien \u00e0 voir avec le fascisme comme on l\u2019y r\u00e9duit trop souvent. Elle est profond\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie et \u00e0 la r\u00e9publique. Le Justicier masqu\u00e9 est celui qui suspend la loi pour la d\u00e9fendre, la \u00ab&#160;force obscure&#160;\u00bb de la d\u00e9mocratie. Comme le dictateur que convoquaient les citoyens romains pour sauver la r\u00e9publique menac\u00e9e (r\u00e9f\u00e9rence explicite dans le film <em>The Dark Knight rises<\/em>).].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Aucune police au monde ne s\u2019est mise \u00e0 se v\u00eatir de collants aux couleurs primaires. L\u2019\u00e9quipement et les v\u00eatements des forces de l\u2019ordre, de plus en plus con\u00e7us pour l\u2019activit\u00e9 physique sinon militaire, se rapprochent davantage de ceux de Batman, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des versions cin\u00e9ma de la trilogie r\u00e9alis\u00e9e Christopher Nolan. Les costumes des SWAT am\u00e9ricains sont tiss\u00e9s des m\u00eames mati\u00e8res que les costumes du Batman de Nolan&#160;: Nomex r\u00e9sistant aux flammes et Kevlar pare-balles[23. Le site internet &#60;moneysupermarket.com&#62; a calcul\u00e9 le prix de la combinaison et des accessoires de Batman dans <em>The Dark Knight rises<\/em>. Devenir Batman co\u00fbterait 562&#160;millions d\u2019euros, construction du manoir Wayne comprise. Le costume co\u00fbterait 870&#160;000&#160;euros, dont la quasi-totalit\u00e9 pour son masque, qui vaut \u00e0 lui seul 820&#160;000&#160;euros. Le bustier pare-balles en Kevlar vaudrait 2&#160;500&#160;euros, plus 950&#160;euros de renforts en carbone ainsi qu\u2019une coquille \u00e0 850&#160;euros pour prot\u00e9ger le syst\u00e8me reproducteur de l\u2019Homme-chauve-souris. La cape infroissable&#160;: 32&#160;000&#160;euros. Pour les gadgets, 133&#160;000&#160;euros, l\u2019\u00e9quipement le plus cher \u00e9tant le pistolet lance-grappin \u00e0 41&#160;000&#160;euros.&#160; Vu l\u2019\u00e9volution du budget de l\u2019\u00c9tat, m\u00eame avec le d\u00e9veloppement de la politique s\u00e9curitaire, l\u2019\u00e9quipement de la police fran\u00e7aise n\u2019est cependant pas pr\u00eat de suivre. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Heureusement, ce n\u2019est sans doute pas la niaiserie du discours de Superman et le d\u00e9lire s\u00e9curitaire de Batman qui marquent le plus les imaginaires collectifs depuis plus de 75 ans. Comme les western, les histoires mythiques de super-h\u00e9ros sont en d\u00e9finitive moins des apologies du \u00ab&#160;vigilantisme&#160;\u00bb que des r\u00e9flexions sur la puissance, la loi et la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9quisitoires pour l\u2019autod\u00e9fense de Frank Miller, d\u2019autres auteurs, comme Alan Moore et son fameux <em>Killing Joke, <\/em>interrogent la violence abusive et la folie obsessionnelle de Batman, qui le rapprochent tant de ses vilains ennemis. Cette approche r\u00e9currente, au c\u0153ur de la trilogie Nolan<em>,<\/em> rappelle que l\u2019action du premier super-h\u00e9ros de Gotham a entra\u00een\u00e9 l\u2019apparition de super-criminels d\u2019un degr\u00e9 de violence qui n\u2019existait pas avant lui. La violence de la rue d\u00e9pend directement du niveau de la \u00ab&#160;violence l\u00e9gitime&#160;\u00bb, dans les <em>comics<\/em> celle des super-h\u00e9ros, en r\u00e9alit\u00e9 celle de l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais au-del\u00e0 des interpr\u00e9tations contradictoires des m\u00eames mythes, la force politique de ces historiettes tient aussi simplement dans la puissance des images d\u2019envol au dessus des gratte-ciels et de plong\u00e9es dans les ruelles obscures, la force de l\u2019ombre et de l\u2019invisibilit\u00e9, l\u2019impertinence du slip et de la couleur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Logezbatman-768x536_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"489\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6062\" \/><\/p>\n<div class=\"frame\">\n<h6 class=\"framehead\">Occupy Gotham<\/h6>\n<p class=\"textbody\">La derni\u00e8re adaptation cin\u00e9matographique de Batman, <em>The Dark Knight rises<\/em>, qui cl\u00f4t la trilogie r\u00e9alis\u00e9e par Christopher Nolan, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois tax\u00e9e de pro-d\u00e9mocrate par les R\u00e9publicains, et de pro-r\u00e9publicaine par les D\u00e9mocrates. Les R\u00e9publicains consid\u00e8rent que le super-m\u00e9chant Bane fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>Bain Capital<\/em>, le fonds d\u2019investissement dirig\u00e9 par leur candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle, Mitt Romney. <em>The Guardian<\/em> (17 juillet 2012) estime que le film contient au contraire une \u00ab&#160;<em>vision audacieusement capitaliste, radicalement conservatrice, et justici\u00e8re qui propose de fa\u00e7on s\u00e9rieuse, fr\u00e9missante, que les souhaits des riches soient d\u00e9fendus d\u00e8s lors qu\u2019ils \u0153uvrent pour le Bien.<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En tous cas, quand le super-terroriste Bane, hybride entre un g\u00e9ant russe et un arabe voil\u00e9 (toutes les peurs de l\u2019Am\u00e9rique condens\u00e9es) commence par attaquer la Bourse pour la pirater, avant de proclamer (sous la menace d\u2019une arme nucl\u00e9aire) \u00ab&#160;rendre Gotham au peuple&#160;\u00bb, difficile de ne pas voir une charge contre le mouvement <em>Occupy Wall Street. <\/em>Surtout en regard de l\u2019insurrection qui vient ensuite, o\u00f9 les 99% vont all\u00e8grement expulser les riches de leurs manoirs, leur arracher leurs colliers de perles, et acclamer les Tribunaux populaires parodiant la Terreur qui suivit la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Or m\u00eame au c\u0153ur de ce chaos, Batman refuse jusqu\u2019au bout les armes \u00e0 feu. C\u2019est sans doute une raison pour laquelle les R\u00e9publicains am\u00e9ricains, si li\u00e9s aux lobbies des marchands d\u2019armes, ne sauraient s\u2019y reconna\u00eetre.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;The Dark Knight Rises<em> n\u2019est pas politique&#160;\u00bb, <\/em>affirme Christopher Nolan dans <em>Rolling Stones magazine<\/em> en juillet 2012<em>. <\/em>Comme la plupart des productions hollywoodiennes et des <em>comics<\/em> am\u00e9ricains, le film est con\u00e7u pour que tous les publics s\u2019y retrouvent, au moins partiellement. La satire d\u2019<em>Occupy Wall Street<\/em> pour les R\u00e9publicains, le discours de classe de S\u00e9lina Kyle (Catwoman, m\u00eame si son nom de sc\u00e8ne nocturne n\u2019est jamais \u00e9voqu\u00e9) pour les spectateurs marxistes, et la jouissance cathartique des sc\u00e8nes de destruction de la m\u00e9tropole participent de cette identification largement partag\u00e9e. Il n\u2019emp\u00eache, Nolan a beau jeu de proclamer ne pas d\u00e9livrer de message particulier, son apologie de l\u2019alliance des bons capitaliste et de la brave police, coupl\u00e9e \u00e0 son m\u00e9pris de classe pour ces 99% si facilement manipulables par le moindre fanatique, est franchement naus\u00e9abonde. <\/p>\n<\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/PacificationSocialeKlak_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"530\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6064\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Histoire de la pacification, par Guillaume Trouillard pour <em>Jef Klak<\/em>.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2857_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2857_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2857_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2857_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2857_1('footnote_plugin_tooltip_2857_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2857_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> The Bat-man perd son trait d\u2019union apr\u00e8s trois mois de publication, mais conserve souvent sa particule.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2857_1() { jQuery('#footnote_references_container_2857_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2857_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2857_1() { jQuery('#footnote_references_container_2857_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2857_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2857_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2857_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2857_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2857_1(); } } function footnote_moveToAnchor_2857_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2857_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme le premier v\u00e9ritable super-h\u00e9ros, Superman appara\u00eet en avril 1938, avec sa cape, ses bottes et son slip rouges, son \u00ab&#160;S&#160;\u00bb frapp\u00e9 sur un \u00e9cu de poitrine jaune, et son justaucorps bleu, en couverture du mensuel Action Comics n&#186;1 \u2013 \u00e9dit\u00e9 par le futur DC comics. 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