{"id":2997,"date":"2016-04-12T12:17:16","date_gmt":"2016-04-12T10:17:16","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=2997"},"modified":"2016-04-12T12:17:16","modified_gmt":"2016-04-12T10:17:16","slug":"song-to-woody-demande-a-la-poussiere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2016\/04\/12\/song-to-woody-demande-a-la-poussiere\/","title":{"rendered":"Song to Woody : Demande \u00e0 la poussi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Goguenard, b\u00e9ret de travers, clope au bec, Woody Guthrie se frayait son propre chemin, loin des mondanit\u00e9s et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs m\u00e9faits \u00e0 tous les patrons de ce monde&#8230;\u00a0Cette chronique musicale est publi\u00e9e \u00e0 la fois sur <a href=\"article11.info\"><em>Article11<\/em><\/a> et sur Jef Klak. Comme un passage de flambeau, sachant que les prochains textes de ce type r\u00e9dig\u00e9s par votre serviteur seront publi\u00e9s exclusivement chez l&#8217;ami Jef. Et chose surprenante pour le site de Jef Klak\u00a0: les commentaires sont activ\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>\u00a0Eh, Woody Guthrie, je t&#8217;ai \u00e9crit une chanson \/ Sur un \u00e9trange vieux monde qui poursuit sa course \/<br \/>\nIl semble malade, affam\u00e9, fatigu\u00e9, d\u00e9chir\u00e9 \/ On dirait qu&#8217;il se meurt, mais il vient \u00e0 peine de na\u00eetre.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"epigraphsignature\">Bob Dylan, \u00ab\u00a0Song to Woody\u00a0\u00bb<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_2997_1('footnote_plugin_reference_2997_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2997_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2997_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Les gens m&#8217;aimaient, me d\u00e9testaient, marchaient avec moi, me marchaient dessus, me criaient haro ou bravo, me louaient ou me huaient, et bient\u00f4t j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 et vid\u00e9 par chaque lieu de distraction public qui existe dans ce pays. Mais je d\u00e9cr\u00e9tai que les chansons \u00e9taient une musique et un langage sans fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"epigraphsignature\">Woody Guthrie, <em>En route pour la gloire<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">Lire l&#8217;article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Woody_siteJK.pdf\">PDF<\/a><\/p>\n<p class=\"textbody\">Woody Guthrie, tu aurais aim\u00e9 le rencontrer au bord d&#8217;une route poussi\u00e9reuse \u00e9cras\u00e9e de chaleur, sa chemise \u00e0 carreaux empes\u00e9e de sueur et ses traits tir\u00e9s de fatigue. Il t&#8217;aurait salu\u00e9 de sa voix tra\u00eenante d&#8217;<em>Okie<\/em> et t&#8217;aurait trait\u00e9 en camarade de gal\u00e8re, simplement, sans en faire des tonnes. Vous auriez peut-\u00eatre partag\u00e9 quelques gorg\u00e9es d&#8217;un vin fortifi\u00e9 bon march\u00e9, du Thunderbird par exemple, ou du Cisco, puis quelques tranches de past\u00e8que pour faire passer l&#8217;inf\u00e2me go\u00fbt des assommoirs <em>made in<\/em> <em>USA<\/em>, avant de repartir chacun de votre c\u00f4t\u00e9. Ou bien, l&#8217;humeur s&#8217;y pr\u00eatant, vous auriez taill\u00e9 la route ensemble pendant quelques jours, poussant lentement, \u00e0 pied, en stop ou en wagon de marchandise vers la Californie, les Appalaches, Des Moines ou le Minnesota\u2026 <em>Freewheelin&#8217;.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">Le soir, au coin du feu, vous auriez englouti un frugal repas avec quelques tra\u00eene-savates du m\u00eame acabit, des ivrognes, des pauvres h\u00e8res, des malchanceux, des fugueurs, ceux-l\u00e0 m\u00eames qu&#8217;il d\u00e9crivit si bien dans son autobiographie (partiellement romanc\u00e9e) <em>En route pour la gloire\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Je m&#8217;assis le dos contre le mur, observant ces hommes tourment\u00e9s, enchev\u00eatr\u00e9s, d\u00e9sordonn\u00e9s. Voyageant \u00e0 la dure. Habill\u00e9s \u00e0 la dure. Partis pour une sacr\u00e9e longue solitude. Plus rugueux qu&#8217;un \u00e9pi. Plus sauvages qu&#8217;un b\u00e2ton. [\u2026] Discutant pire qu&#8217;un arbre bourr\u00e9 de pies. En d\u00e9sordre. Des gens d\u00e9sorient\u00e9s, opprim\u00e9s.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb Au vrai\u00a0: son public favori. Si bien qu&#8217;il aurait sorti sa guitare orn\u00e9e de sa c\u00e9l\u00e8bre inscription balistique \u2013 \u00ab\u00a0<em>This guitar kills fascists\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 et entonn\u00e9 quelques classiques de la hobo-sph\u00e8re repris en c\u0153ur par la troupe avin\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un matin, au r\u00e9veil, malheur, il aurait d\u00e9camp\u00e9 sans demander son reste, dans un nuage de poussi\u00e8re. La route ce jour-l\u00e0 aurait \u00e9t\u00e9 plus rude, diminu\u00e9e de sa pr\u00e9sence, orpheline. Un seul Woody vous manque et tout est d\u00e9plum\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/9782264033024.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2981\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2981\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/9782264033024.jpg\" alt=\"9782264033024\" width=\"488\" height=\"800\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"interlude\">* * *<\/p>\n<p class=\"textbody\">Difficile de le nier, surtout au regard de ce qui pr\u00e9c\u00e8de\u00a0: Woody Guthrie invite aux poncifs, aux envol\u00e9es lyriques teint\u00e9es de ce s\u00e9pia nostalgique qu&#8217;arborent tant de grandes figures am\u00e9ricaines du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Yep, il est difficile de trouver quelqu&#8217;un plus solidement arrim\u00e9 \u00e0 l&#8217;imaginaire ricain du vagabond insoumis. Il y a du Huckleberry Finn dans sa trajectoire, du Thoreau, du Agee \u2013 <em>Louons maintenant les grands hommes\u00a0! <\/em>\u2013, du Boxcar Bertha, du Kerouac et du Steinbeck.<\/p>\n<p class=\"textbody\">N\u00e9 en 1912 \u00e0 Okemah, dans l&#8217;Oklahoma \u2013 doublement <em>Okie<\/em> donc \u2013, Woody Guthrie est tr\u00e8s vite jet\u00e9 sur la route par la Grande D\u00e9pression qui ravage sa r\u00e9gion natale, cette catastrophe si puissamment cont\u00e9e dans <em>Les Raisins de la col\u00e8re[2. \u00c9voquant sa chanson \u00ab\u00a0 <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dimhKln0KBg\">Tom Joad<\/a> \u00a0\u00bb, Steinbeck \u00e9crira\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai mis trois ans \u00e0 \u00e9crire ce foutu bouquin, et cet enfant de salaud en a fait autant en dix-sept couplets\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb ]<\/em>. \u00ab\u00a0 <em>Je voulais \u00eatre mon propre patron\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<em>, <\/em>\u00e9crivait-il dans <em>En route pour la gloire. <\/em>\u00ab\u00a0<em>\u00a0Avoir mon propre boulot quel qu&#8217;il soit et me d\u00e9brouiller tout seul.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb Dont acte\u00a0: alors qu&#8217;ils sont des millions \u00e0 vagabonder sur les routes, en qu\u00eate d&#8217;un boulot, d&#8217;un refuge, d&#8217;un salaire, lui se fait tr\u00e8s vite troubadour, chanteur itin\u00e9rant d\u00e9non\u00e7ant la mis\u00e8re, les patrons voyous et leurs milices\u00a0; tout en encensant les syndicats, les luttes sociales, les \u00e9tincelles venues du peuple. Partout o\u00f9 il d\u00e9barque, en Californie ou \u00e0 New York, il a en stock des chansons adapt\u00e9es aux luttes du moment, des ballades remont\u00e9es. Un avion rempli de Mexicains expuls\u00e9s s&#8217;\u00e9crase dans l&#8217;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale\u00a0? Il d\u00e9gaine \u00ab\u00a0Deportee (Plane Wreck at Los Gatos)\u00a0\u00bb, \u00e9grainant les noms des victimes[3. \u00ab\u00a0<em>Goodbye my Juan, goodbye Roselita \/ Adios mis amigos Jesus y Maria \/ You won\u2019t have a name when you ride the big airplane \/ And all they will call you will be \/ <\/em><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=qu-duTWccyI\"><em>Deportee<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb]qu\u2019il n\u2019enregistra jamais, au contraire du grand Cisco Houston.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=zOqjlRsUnBM<\/p>\n<p>Les fascistes gagnent du terrain en Europe\u00a0? Il balance \u00ab\u00a0All You Fascists Bound to Loose\u00a0\u00bb, pour leur annoncer qu&#8217;ils vont se faire marave s\u00e9v\u00e8re[4. \u00ab\u00a0<em>I\u2019m gonna tell you fascists \/ You may be surprised \/ The people in this world \/ Are getting organized \/ You\u2019re bound to lose \/ You fascists bound to lose.<\/em>\u00a0\u00bb]. L&#8217;activiste Tom Mooney est lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s avoir durablement croupi en prison sous de fausses accusations\u00a0? Il compose d&#8217;une traite \u00ab\u00a0Tom Mooney is Free\u00a0\u00bb, pour clamer que \u00ab\u00a0<em>La v\u00e9rit\u00e9 ne peut-\u00eatre entrav\u00e9e par une cha\u00eene\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb. Et quand il participe avec Alan Lomax et Pete Seeger \u00e0 la confection d&#8217;un recueil de chansons sur les luttes populaires, le titre choisi ne prend pas de gants\u00a0: <em>Hard Hitting Songs for Hard Hit People, <\/em>soit, plus ou moins, <em>Des chansons qui frappent fort pour ceux qui en prennent plein la gueule.<\/em><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"All you fascists bound to lose - Woody Guthrie\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/lBE2D6aY8Fg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Bref, un battant cognant fort apr\u00e8s avoir trop encaiss\u00e9. Qui n&#8217;aura de cesse de parcourir le pays, fendant la mis\u00e8re les yeux grand ouverts, vagabond dans l&#8217;\u00e2me. Dans <em>Like a rolling stone\u00a0; Bob Dylan \u00e0 la crois\u00e9e des chemins<\/em>, Greil Marcus le d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0 <em>le troubadour des d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, le po\u00e8te de la Grande D\u00e9pression, le fant\u00f4me de la route am\u00e9ricaine, un homme balay\u00e9 par le vent et fait de poussi\u00e8re\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb. Une \u00ab\u00a0poussi\u00e8re\u00a0\u00bb qui lui colle bigrement \u00e0 la peau d\u00e8s qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;\u00e9voquer. Comme si le sang palpitant dans ses veines avait peu \u00e0 peu \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9 par les d\u00e9bris de la route, charg\u00e9 de scories vagabondes. Le premier chapitre de son autobiographie en regorge d&#8217;ailleurs litt\u00e9ralement, de cette poussi\u00e8re mauvaise piquant les gorges, saturant les poumons, entravant l&#8217;horizon et \u00ab\u00a0<em>volant dans l&#8217;air comme si on \u00e9tait en train de la d\u00e9verser avec des camions<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il faut dire qu&#8217;outre celle de la route, il conna\u00eet tr\u00e8s jeune celle charri\u00e9e par le terrible ph\u00e9nom\u00e8ne du Dust Bowl, ces temp\u00eates de poussi\u00e8re semblables aux plaies d\u2019\u00c9gypte ravageant les Grandes Plaines am\u00e9ricaines et ruinant des milliers de fermiers[5. Sa chanson \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=vvI7BmuUBXU\">Dust Storm Disaster<\/a>\u00a0\u00bb d\u00e9taille ainsi un jour de catastrophe\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le 14<sup>e<\/sup> jour d&#8217;avril 1935 \/ Frappa la pire des temp\u00eates de sable \u00e0 avoir jamais emplies le ciel \/ Vous pouviez voir cette temp\u00eate approcher, les nuages d&#8217;un noir de mort \/ Et \u00e0 travers notre grande nation, elle imprima une piste fun\u00e8bre.<\/em>\u00a0\u00bb ]. Un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9cologico-\u00e9conomique, li\u00e9 autant \u00e0 la s\u00e9cheresse qu&#8217;au surlabourage et l&#8217;\u00e9rosion qu&#8217;il entra\u00eene. Leurs fermes et r\u00e9coltes ensevelies, les familles de fermiers font leurs baluchons avant de rejoindre le ruban gris que Steinbeck appelait la \u00ab\u00a0<em>route m\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 cette <em>Road 66<\/em> ouvrant sur l&#8217;Ouest. Pour l&#8217;Oklahoma natal de Woody, c&#8217;est 15% de la population qui est ainsi jet\u00e9 sur les routes. Adieu veaux, vaches, cocon\u00a0; bonjour exil, mis\u00e8re, rejet. \u00ab\u00a0<em>Ensevelies nos cl\u00f4tures, ensevelies nos granges \/ Ensevelis nos tracteurs, par cette temp\u00eate de poussi\u00e8re sauvage \/ On a charg\u00e9 nos guimbardes et empil\u00e9 nos familles \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, \/ On s&#8217;est jet\u00e9 sur cette autoroute pour ne plus jamais revenir[6. \u00ab\u00a0<em>It covered up our fences, it covered up our barns, \/ It covered up our tractors in this wild and dusty storm. \/ We loaded our jalopies and piled our families in, \/ We rattled down that highway to never come back again.<\/em>\u00a0\u00bb ].\u00a0\u00bb, <\/em>chante-t-il dans \u00ab\u00a0Dust Storm Disaster\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Woody Guthrie - Great Dust Storm Disaster\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vvI7BmuUBXU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Woody Guthrie a consacr\u00e9 un album entier \u00e0 cette catastrophe, <em>Dust Bowl Ballads, <\/em>enregistr\u00e9 \u00e0 New York en 1940. Des chansons simples, touchantes, d\u00e9peignant sans en rajouter le terrible destin des exil\u00e9s \u00e9conomiques\u00a0: \u00ab\u00a0 <em>Je suis un r\u00e9fugi\u00e9 du Dust Bowl, \/ Et je me demande si je resterai toujours \/ Un r\u00e9fugi\u00e9 du Dust Bowl[7. \u00ab\u00a0<em>I&#8217;m a dust bowl refugee, \/ And I wonder will I always \/ Be a dust bowl refugee\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb]\u00a0?\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, geint-il doucement dans \u00ab\u00a0Dust Storm Refugee\u00a0\u00bb, chanson intemporelle qui s&#8217;appliquerait tout aussi bien aux jours actuels et \u00e0 leurs persistants relents d&#8217;exclusion.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Dust Bowl Refugee-- Woody Guthrie\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/N_ehYkr0NhU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"interlude\">* * *<\/p>\n<p class=\"textbody\">Si les compositions de Woody traversent si bien le temps, c&#8217;est parce qu&#8217;elles ne s&#8217;embarrassent pas de chichis. Une guitare, quelques accords, des paroles simples et ac\u00e9r\u00e9es, et les voil\u00e0 lanc\u00e9es. \u00ab\u00a0<em>Par dessus tout, les chansons de Woody ont le g\u00e9nie de la simplicit\u00e9. N&#8217;importe quel imb\u00e9cile peut \u00eatre compliqu\u00e9, mais il faut du g\u00e9nie pour atteindre la simplicit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crivait son ami et camarade de lutte Pete Seeger[8. Dans <em>The incompleat folk singer<\/em>. \u00c0 noter que Seeger avait lui \u00e9crit sur son banjo\u00a0: \u00ab\u00a0<em>This machine surrounds hate and forces it to surrender<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au fond, ce qu&#8217;il y a de plus sympathique dans la figure de Woody Guthrie, c&#8217;est sans doute sa modestie. Ce c\u00f4t\u00e9 rustique mis en avant, assum\u00e9, revendiqu\u00e9 comme un gage d&#8217;honn\u00eatet\u00e9. \u00ab\u00a0<em>On va montrer \u00e0 ces fascistes ce qu&#8217;une bande de p\u00e9quenauds peuvent faire<\/em>\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-il, rigolard, en introduction de \u00ab\u00a0 All You Fascists Bound to Loose\u00a0\u00bb. Comme si la solution n&#8217;allait pas venir d&#8217;une posture th\u00e9orique \u00e9litiste, mais plut\u00f4t d&#8217;un bon sens populaire qui finirait forc\u00e9ment par triompher. Goguenard, b\u00e9ret de travers, clope au bec, le petit barde se frayait son propre chemin, loin des mondanit\u00e9s et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs m\u00e9faits \u00e0 tous les patrons de ce monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">R\u00e9trospectivement, le constat semble un brin na\u00eff (quoique&#8230;). Mais c&#8217;est aussi ce qui fait sa beaut\u00e9. Malgr\u00e9 tout les motifs de d\u00e9ploration, il restait habit\u00e9 par l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un avenir scintillant \u2013 \u00ab\u00a0<em>Je d\u00e9teste quand une chanson vous fait croire que vous \u00eates n\u00e9 pour perdre<\/em>\u00a0\u00bb, martelait-il. La Grande D\u00e9pression avait frapp\u00e9, il avait assist\u00e9 \u2013 de loin, en tant que matelot \u2013 aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale, il avait fr\u00f4l\u00e9 en victime la folie du maccarthysme, mais qu&#8217;importe\u00a0: il ne l\u00e2chait pas l&#8217;esp\u00e9rance. Car les combats de Woody et de ses pairs s&#8217;inscrivaient dans des certitudes in\u00e9branlables, dont celle qu&#8217;ils allaient gagner, vu qu&#8217;ils \u00e9taient du bon c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re. \u00c9voquant les ann\u00e9es 1930 telles que Guthrie les lui avaient cont\u00e9es, le tr\u00e8s jeune Bob Dylan expliquait ceci en 1963\u00a0: \u00ab\u00a0<em> Je ne sais pas comment on en est arriv\u00e9s l\u00e0, mais cela ne semble plus si simple. Il n&#8217;y a plus seulement deux camps, vous voyez\u00a0? Le temps du noir et blanc est fini.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Woody Guthrie - Pretty Boy Floyd\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/JdeTr3lWPnY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">De l&#8217;eau a coul\u00e9 sous les ponts. Des hectolitres bien vaseux. Woody Guthrie n&#8217;est pas totalement entr\u00e9 dans la m\u00e9moire universelle, contrairement \u00e0 la l\u00e9gende Dylan, beaucoup plus sophistiqu\u00e9e, fascinante de g\u00e9nie, et aussi \u2013 il faut bien l&#8217;avouer \u2013 moins r\u00e9p\u00e9titive. Et s&#8217;il est permis de rire jaune devant le constat formul\u00e9 par Dylan en 1963 \u2013 qu&#8217;aurait-il dit s&#8217;il avait eu 20 ans aujourd&#8217;hui plut\u00f4t que dans les <em>sixties<\/em>\u00a0? \u2013, il est aussi permis de saluer bien haut la m\u00e9moire du sieur Woody Guthrie.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On peut d&#8217;ailleurs reprocher beaucoup de choses \u00e0 Dylan, sa suffisance l\u00e9gendaire, son virage chr\u00e9tien, une flop\u00e9e d&#8217;albums hideux, mais il y a un \u00e9l\u00e9ment qu&#8217;on ne pourra jamais lui retirer (outre une myriade de disques d\u00e9bord\u00e9s par la gr\u00e2ce), c&#8217;est sa d\u00e9votion maintes fois confirm\u00e9e envers son ma\u00eetre Guthrie. Alors que ce dernier se mourait dans un h\u00f4pital de la c\u00f4te Est, grignot\u00e9 par une maladie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, un Dylan encore juv\u00e9nile lui rendit de multiples visites. \u00ab\u00a0<em>Woody me demandait toujours de lui rapporter des cigarettes, des Raleigh\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Dylan dans ses <em>Chroniques<\/em>, avant d&#8217;\u00e9voquer sa profonde tristesse \u00e0 voir son h\u00e9ros si diminu\u00e9. Pour \u00e9vacuer cette tristesse, tenter de lui remonter le moral, il lui chantait des chansons. Aussi bien les siennes que celles de l&#8217;homme alit\u00e9. Parmi ses propres compositions, celle qui serait enregistr\u00e9e sur son premier album, \u00ab\u00a0Song To Woody\u00a0\u00bb, magnifique hommage et troublant passage de flambeau\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Je te chante cette chanson, mais je ne la chanterai jamais assez, \/ Car ils sont peu nombreux les hommes, \/ \u00c0 avoir fait ce que tu as fait[9. \u00ab\u00a0<em>I&#8217;m a singing you the song, but I can&#8217;t sing enough, \/ Cause there&#8217;s not many men \/ That done the things that you&#8217;ve done.<\/em>\u00a0\u00bb].<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Better World A Comin&#039; - Woody Guthrie\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/10A0HQPLTJk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Quant \u00e0 la reprise que fait Dylan de \u00ab\u00a0Pastures of Plenty\u00a0\u00bb, entonn\u00e9e d&#8217;une voix douce sur un enregistrement peu connu, alors qu&#8217;il est tr\u00e8s jeune, elle charrie avec elle toute la beaut\u00e9 de l&#8217;univers de Woody. Une tristesse fondamentale, mais \u00e9galement un \u00e9merveillement devant ces \u00ab\u00a0<em>p\u00e2turages d&#8217;abondance<\/em>\u00a0\u00bb, la bont\u00e9 de la terre nourrici\u00e8re et sa beaut\u00e9, la fiert\u00e9 du labeur accompli et des mains crevass\u00e9es d&#8217;ampoules. Toutes choses que Woody avait \u00e9galement chant\u00e9es dans \u00ab\u00a0This Land Is Your Land\u00a0\u00bb, mais de mani\u00e8re moins subtile. Ici, la musique se fait route, fa\u00e7onne des paysages, des montagnes, des ruisseaux insoumis, des for\u00eats de poings lev\u00e9s. L&#8217;essence m\u00eame de Woody Guthrie.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Bob Dylan - Pastures of Plenty.m4v\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pkvf7HcMiLo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Pastures of Plenty - Woody Guthrie\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/BH2DJvgNlMA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Woody Guthrie-This Land Is Your Land\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/XaI5IRuS2aE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Bob Dylan - Song To Woody\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/rrxUQjOHB6E?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Pour aller plus loin :<\/strong><\/p>\n<p>Le site Les Mots Sont Importants a publi\u00e9 un bon article sur Woody Guthrie \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de sa naissance. <a href=\"http:\/\/lmsi.net\/Le-centenaire-d-une-autre-Amerique\">\u00c0 lire ici<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2997_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2997_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2997_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2997_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2997_1('footnote_plugin_tooltip_2997_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2997_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> \u00ab\u00a0<em>Hey, hey Woody Guthrie, I wrote you a song, \/ About a funny old world that\u2019s a coming along, \/ Seems sick and it\u2019s hungry, it&#8217;s tired and it&#8217;s torn \/ It looks like it&#8217;s a dying and it&#8217;s hardly been born.<\/em>\u00a0\u00bb<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2997_1() { jQuery('#footnote_references_container_2997_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2997_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2997_1() { jQuery('#footnote_references_container_2997_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2997_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2997_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2997_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2997_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2997_1(); } } function footnote_moveToAnchor_2997_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2997_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Goguenard, b\u00e9ret de travers, clope au bec, Woody Guthrie se frayait son propre chemin, loin des mondanit\u00e9s et des tentations de reconnaissance, convaincu que ses semblables, un jour, feraient ravaler leurs m\u00e9faits \u00e0 tous les patrons de ce monde&#8230;\u00a0Cette chronique musicale est publi\u00e9e \u00e0 la fois sur Article11 et sur Jef Klak. 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