{"id":3336,"date":"2016-11-17T01:53:57","date_gmt":"2016-11-17T00:53:57","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=3336"},"modified":"2016-11-17T01:53:57","modified_gmt":"2016-11-17T00:53:57","slug":"la-police-tire-au-flash-ball-pour-punir-et-terroriser","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2016\/11\/17\/la-police-tire-au-flash-ball-pour-punir-et-terroriser\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0\u00a0La police tire au flash-ball pour punir et terroriser\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Avec le concours de Claire Feasson et Alexane Brochard<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Le 8 juillet 2009, \u00e0 Montreuil (93), ville en pleine gentrification o\u00f9 perdurent des pratiques de solidarit\u00e9 (notamment avec les sans-papiers), les forces arm\u00e9es de la police expulsent au petit matin \u00ab\u00a0la Clinique\u00a0\u00bb, un immeuble occup\u00e9 en plein centre, qui accueille des activite\u0301s collectives ouvertes sur la ville.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le soir-m\u00eame, des habitant.e.s et personnes solidaires descendent dans la rue pour d\u00e9noncer publiquement cette expulsion. Ils organisent un repas de rue qui se termine en d\u00e9ambulation jusqu\u2019au b\u00e2timent expuls\u00e9. La police r\u00e9prime sauvagement ce sursaut de r\u00e9sistance en tirant au flash-ball dans la foule. Des tirs au-dessus des \u00e9paules, contrairement \u00e0 l\u2019obligation l\u00e9gale cens\u00e9e encadrer l\u2019utilisation de cette arme. Bilan\u00a0: six bless\u00e9s, dont une personne \u00e9borgn\u00e9e. Quatre des bless\u00e9s portent plainte aupr\u00e8s de la police des polices.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Depuis, le <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/\">collectif 8 juillet<\/a> s\u2019est cr\u00e9\u00e9 pour pr\u00e9parer le proc\u00e8s qui aura lieu du 21 au 25 novembre 2016, soit sept ans plus tard, au Tribunal correctionnel de Bobigny. Fait rarissime, trois policiers seront dans le box des accus\u00e9s. Pour comprendre les enjeux de cette affaire, <em>Jef Klak<\/em> revient sur le contexte qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les faits en demandant \u00e0 cinq participant.e.s du collectif 8 juillet de raconter leur histoire commune et les perspectives de r\u00e9sistance \u00e0 la police. En cinq actes.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n<p class=\"textbody\">*<\/p>\n<p class=\"textbody\">1. Le contexte montreuillois\u00a0:<br \/>\nchasse aux sans-papiers, rencontres et assembl\u00e9es (2002-2008)<\/p>\n<p class=\"textbody\">2. La Clinique, un lieu ouvert sur la ville (2009)<\/p>\n<p class=\"textbody\">3. L\u2019expulsion de la Clinique et la charge polici\u00e8re (8 juillet 2009)<\/p>\n<p class=\"textbody\">4. La proc\u00e9dure au long cours et le collectif 8 juillet (2009-2016)<\/p>\n<p class=\"textbody\">5. Le proc\u00e8s contre la police (21-25 novembre 2016)<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/8juillet_siteBAT.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<h3 class=\"section\"><span class=\"bold-body\">1.<br \/>\nLe contexte montreuillois\u00a0:<br \/>\nchasse aux sans-papiers, rencontres et assembl\u00e9es (2002-2008)<\/span><\/h3>\n<h4 class=\"question\">Pourriez-vous faire le r\u00e9cit collectif de l\u2019ambiance de lutte \u00e0 Montreuil avant ce 8 juillet 2009\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0: <\/span>Dans les ann\u00e9es 2000, les r\u00e9sistances \u00e0 la chasse aux sans-papiers avait r\u00e9uni beaucoup de monde. L\u2019importance de la communaut\u00e9 malienne et le grand nombre de foyers de travailleurs immigr\u00e9s sur Montreuil avaient fait de la ville un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation pour les policiers. Leur question \u00e9tait\u00a0: comment organiser le territoire pour en choper un maximum\u00a0? En face, les gens \u00e9taient assez bien organis\u00e9s pour r\u00e9sister, sans forc\u00e9ment appartenir au m\u00eame groupe ou \u00e0 la m\u00eame tendance politiques. Ils partageaient le m\u00eame territoire, la m\u00eame r\u00e9pression. Juste apr\u00e8s que Sarkozy a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, en 2002-2003, les contr\u00f4les massifs ont commenc\u00e9 dans le m\u00e9tro, puis \u00e7a s\u2019est intensifi\u00e9. La multiplication des r\u00e9quisitions du procureur, autorisant des contr\u00f4les massifs sur une zone sans raison particuli\u00e8re, a effectivement fait exploser le nombre de contr\u00f4les et d&#8217;arrestations.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Montreuil, de telles rafles avaient lieu toutes les semaines, voire tous les jours, selon les p\u00e9riodes. Souvent, \u00e7a se passait le matin, vers 6\u00a0h\u00a030. Ils fermaient quasiment un quartier et contr\u00f4laient les gens sans raison. Au bout d&#8217;un moment, on \u00e9tait finalement toujours les m\u00eames personnes \u00e0 se d\u00e9placer. Du coup, les flics nous connaissaient, on se c\u00f4toyait dans la rue, on se croisait r\u00e9guli\u00e8rement. Quand ils nous voyaient arriver, \u00e7a leur arrivait de nous appeler par nos pr\u00e9noms, de nous d\u00e9signer du doigt, ou de nous foutre la pression. Ils collaboraient beaucoup avec les agents municipaux, sous la mairie communiste de Jean-Pierre Brard puis sous les Verts avec Dominique Voynet, pour mettre en place une surveillance serr\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Victor\u00a0:<\/span> Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, diff\u00e9rents r\u00e9seaux se m\u00ealent sur Montreuil. Le collectif pour les droits des sans-papiers de Montreuil, qui existait d\u00e9j\u00e0, mais aussi des gens venant du mouvement anti-CPE de 2006, avec une dynamique d\u2019ouverture de squats dans la ville. Il y avait \u00e9galement des gens issus des luttes d\u2019intermittents, de ch\u00f4meurs, de pr\u00e9caires. Et puis un tissu ancien, avec des habitant.e.s qui se mobilisaient depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es. Toutes ces r\u00e9alit\u00e9s se croisaient \u00e0 Montreuil.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La tension montait avec la police, autour des arrestations de sans-papiers et les squats, et tout cela a abouti \u00e0 l&#8217;\u00ab\u00a0Assembl\u00e9e contre les expulsions\u00a0\u00bb qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et non en marge, du collectif de sans-papiers de Montreuil. Avec cette hypoth\u00e8se\u00a0: s\u2019organiser le plus concr\u00e8tement possible autour des arrestations de sans-papiers et des expulsions de squats.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019id\u00e9e \u00e9tait simple\u00a0: d\u00e8s qu\u2019on entend parler d\u2019une arrestation, il faut intervenir le plus vite possible, et faire le plus de bordel possible. On en avait marre de l\u2019occupation polici\u00e8re de la rue, en bas de chez nous. C\u2019est sur la base des r\u00e9seaux d\u00e9j\u00e0 existants que nous avons repris une id\u00e9e d\u00e9j\u00e0 mise en pratique \u00e0 Paris\u00a0: le \u00ab\u00a0num\u00e9ro anti-rafle\u00a0\u00bb. Nous, on l\u2019avait appel\u00e9 le \u00ab\u00a0num\u00e9ro d\u2019urgence\u00a0\u00bb\u00a0: une cha\u00eene de SMS pour se pr\u00e9venir en cas d\u2019arrestations ou de pr\u00e9sence polici\u00e8re anormale, et pour pouvoir rameuter du monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En plus de cela, l\u2019Assembl\u00e9e s\u2019est r\u00e9unie une fois par mois pendant plus d\u2019un an. Par rapport au contexte de r\u00e9quisitions, aux alentours de 2008, les foyers \u00e9taient ostensiblement cibl\u00e9s par les flics, pas seulement en banlieue, mais aussi \u00e0 Paris. On a alors commenc\u00e9 \u00e0 organiser des manifs de quartier, notamment autour des foyers, des esp\u00e8ces de rondes, pour informer et rencontrer les voisin.e.s de ces foyers, avec des distributions de tracts dans les cit\u00e9s environnantes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Bref, entre 2002 et 2008, des gens se coordonnaient sur la ville, avec beaucoup de r\u00e9gularit\u00e9. En 2008, on collait au bitume, jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er une pr\u00e9sence vraiment importante et bruyante dans la ville. Avec une certaine efficacit\u00e9 locale\u00a0: la pression autour des foyers a fini par reculer \u2013\u00a0ou plut\u00f4t par se d\u00e9placer \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 la mobilisation et \u00e0 ce qui est arriv\u00e9 le 4 juin.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Le 4 juin 2008 au matin, un sans-papier s\u2019est fait arr\u00eater \u00e0 quelques m\u00e8tres du foyer de Rochebrune, o\u00f9 \u00e9tait pr\u00e9vu le jour m\u00eame un d\u00e9part pour une manifestation de quartier. Nous avons donc d\u00e9cid\u00e9 de descendre nombreux jusqu\u2019au commissariat pour pousser \u00e0 la lib\u00e9ration de la personne arr\u00eat\u00e9e. L\u00e0, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, il y avait un pot de d\u00e9part, ils nous ont vu arriver, et je ne sais pas, ils ont d\u00fb croire qu\u2019on allait rentrer. De l\u2019ext\u00e9rieur, on ne les voyait pas, mais assez rapidement, ils ont mis leurs tenues anti-\u00e9meute et sont sortis. Ils ont charg\u00e9 en frappant et tirant sur tout le monde. Un gar\u00e7on s\u2019est pris un coup de flash-ball dans les testicules, et certaines personnes se sont fait arr\u00eater. Une cha\u00eene t\u00e9l\u00e9phonique s\u2019est constitu\u00e9e, et on s\u2019est vite retrouv\u00e9s trois cents devant le commissariat. Toute la nuit, il y a eu \u00e9norm\u00e9ment de monde dans les rues de Montreuil. Ils ont ramen\u00e9 des cars anti-\u00e9meute, et une chasse \u00e0 l\u2019homme a commenc\u00e9. M\u00eame les jeunes des tours qui habitaient juste en face se sont fait courser.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> Ce jour-l\u00e0, ils ont arr\u00eat\u00e9 huit personnes, qu\u2019ils ont plac\u00e9es tout de suite en garde \u00e0 vue. Ils ont lib\u00e9r\u00e9 le soir-m\u00eame tous ceux qui avaient des papiers, et ont gard\u00e9 les trois sans-papiers, dont celui qui \u00e9tait bless\u00e9. Ces derniers ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s un an apr\u00e8s le 12 juin 2009, et ont tous \u00e9t\u00e9 relax\u00e9s des violences dont on les accusait. Suite \u00e0 cette charge polici\u00e8re et \u00e0 la nuit d\u2019\u00e9meute, Voynet avait saisi la Commission nationale de d\u00e9ontologie de la s\u00e9curit\u00e9 (CNDS<strong><sup><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_3336_1('footnote_plugin_reference_3336_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_3336_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_3336_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span><\/sup><\/strong>), qui a conclu que la brutalit\u00e9 des policiers \u00e9tait disproportionn\u00e9e, et qu\u2019arr\u00eater des sans-papiers aux abords des foyers cr\u00e9ait une trop grosse pression sur les habitants des foyers, qu\u2019ils aient ou non des papiers, ainsi que sur l\u2019ensemble de la population de Montreuil<strong><sup>[2. <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/cnds.defenseurdesdroits.fr\/rapports\/ra_pdf\/police_nationale\/avis_2008-60.pdf\">http:\/\/cnds.defenseurdesdroits.fr\/rapports\/ra_pdf\/Police_nationale\/Avis_2008-60.pdf<\/a>]<\/sup><\/strong>. Cela a conduit \u00e0 l\u2019abandon de cette m\u00e9thode \u2013 et \u00e0 passablement \u00e9nerver les policiers locaux.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0:<\/span> \u00c0 cette \u00e9poque, on avait rencontr\u00e9 des gens participant au collectif de sans-papiers de Montreuil et qui vivaient dans les foyers. Certains dormaient dans les couloirs du foyer Rochebrune, et ont ouvert un squat d\u2019habitation qui a tenu tr\u00e8s longtemps. C\u2019\u00e9tait devenu des amis, et cela a reconfigur\u00e9 les r\u00e9seaux\u00a0: c\u2019\u00e9tait autre chose que de la simple solidarit\u00e9. L\u2019Assembl\u00e9e contre les expulsions s\u2019appelait comme \u00e7a, car elle \u00e9tait cens\u00e9e r\u00e9pondre aux expulsions de sans-papiers et aux expulsions de squats.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Victor\u00a0:<\/span> La question de l\u2019ouverture des squats g\u00e9n\u00e9rait une tension r\u00e9guli\u00e8re avec la police, et \u00e7a compte dans l\u2019histoire qui am\u00e8ne aux tirs du 8 juillet.<\/p>\n<h3 class=\"section\">2.<br \/>\nLa Clinique, un lieu ouvert sur la ville (2009)<\/h3>\n<h4 class=\"question\">Comment d\u00e9cririez-vous ce lieu qu\u2019\u00e9tait la Clinique\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0:<\/span> Le mot tournait depuis longtemps\u00a0: \u00ab\u00a0Il nous faut un grand lieu\u00a0\u00bb. Il y avait des squats d\u2019habitation, mais il manquait un espace assez grand pour qu\u2019on puisse s\u2019organiser \u00e0 nombreux. La Clinique s\u2019est ouverte avec plein de gens diff\u00e9rents. C\u2019\u00e9tait une ancienne clinique radiologique, un grand b\u00e2timent en plein centre-ville, sur la place du march\u00e9, en face du m\u00e9tro Croix de Chavaux. Un lieu tr\u00e8s visible, avec des banderoles donnant sur la rue.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> Il y avait une radio de rue, un <em>freeshop<\/em> o\u00f9 l\u2019on pouvait trouver des v\u00eatements gratuits, un cin\u00e9-club, etc. Un journal mural hebdomadaire aussi, <em>L\u2019ordonnance<\/em>, qui racontait ce qui se passait dans la ville. Le lieu \u00e9tait attentif aux questions quotidiennes et pragmatiques, et \u00e7a passait entre autres par l\u2019autod\u00e9fense par rapport aux droits sociaux, avec par exemple un \u00ab\u00a0cercle collectif de recherche de logements\u00a0\u00bb, o\u00f9 se rencontraient des gens en gal\u00e8re de logement et d\u2019o\u00f9 certaines occupations sont sorties. Le collectif des CAFards de Montreuil<strong><sup>[3. Collectif de pr\u00e9caires, ch\u00f4meurs, et allocataires du RSA qui s\u2019entraident face \u00e0 l\u2019administration de la CAF et P\u00f4le Emploi, produisent des enqu\u00eates, organisent des actions, et tiennent des permanences d&#8217;auto-d\u00e9fense social\u00a0; <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/cafard93.wordpress.com\/\">https:\/\/cafard93.wordpress.com\/<\/a>.]<\/sup><\/strong> a aussi organis\u00e9 ses premi\u00e8res r\u00e9unions et permanences \u00e0 la Clinique.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> On est dans un contexte o\u00f9 la ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Mich\u00e8le Alliot-Marie, vient de cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces le concept d\u2019\u00ab\u00a0anarcho-autonomie\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer un nouvel ennemi int\u00e9rieur. Certains territoires, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Nantes, Grenoble, Rennes, Tarnac, sont d\u00e9crits par la police comme des viviers de l\u2019anarcho-autonomie. Montreuil en fait partie.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Une semaine ou deux avant l\u2019expulsion, une banderole avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9roul\u00e9e sur la fa\u00e7ade, tr\u00e8s visible depuis le march\u00e9, o\u00f9 \u00e9tait \u00e9crit \u00ab\u00a0Poulets grill\u00e9s\u00a0\u00bb avec quatre plaques d\u2019immatriculation de voitures banalis\u00e9es qui nous surveillaient et qu\u2019on avait rep\u00e9r\u00e9es. Le genre de choses que les flics n\u2019appr\u00e9cient pas du tout.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0:<\/span> \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2009, deux lieux occup\u00e9s se retrouvent expulsables en m\u00eame temps\u00a0: la Clinique, et les Demi-Lunes<strong><sup>[4. Les Demi-Lunes \u00e9taient deux maisons mitoyennes dans le quartier de La Boissi\u00e8re dans le Haut-Montreuil, o\u00f9 se sont install\u00e9s \u00e0 l\u2019automne 2008 une trentaine de personnes, enfants et adultes. Expulsables le m\u00eame jour que la Clinique, ces maisons seront expuls\u00e9es par la police un matin d\u2019octobre 2010. Dans la foul\u00e9e, la police tire au flash-ball sur Geoffrey, un gar\u00e7on de 16 ans, alors qu\u2019il manifeste contre la r\u00e9forme des retraites devant un lyc\u00e9e de Montreuil. Geoffrey perd un \u0153il. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te.]<\/sup><\/strong> dans le haut Montreuil. La Clinique est expuls\u00e9e le matin du 8 juillet. Environ 150 policiers et le RAID pour 15 personnes \u00e0 d\u00e9loger, avec tout le quartier de Croix de Chavaux boucl\u00e9. L\u2019op\u00e9ration ne dure qu\u2019une heure. \u00c7a se termine avec le RAID sur le toit, qui braque les gens au fusil d\u2019assaut et enl\u00e8ve le drapeau pirate qui orne le b\u00e2timent.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans la foul\u00e9e, une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale est organis\u00e9e, qui d\u00e9cide d\u2019appeler \u00e0 un repas de rue le soir, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la rue pi\u00e9tonne voisine. On se retrouve pour le pr\u00e9parer et cuisiner des gnocchis tout l\u2019apr\u00e8s-midi. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de rendre visible le d\u00e9lire de cette expulsion. On avait appel\u00e9 cette assembl\u00e9e, \u00ab\u00a0l\u2019Assembl\u00e9e de la Clinique exil\u00e9e\u00a0\u00bb. Elle a continu\u00e9 les jours suivants \u00e0 differ des tracts. Il fallait s\u2019organiser. Sachant qu\u2019en plus, les habitants se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la rue, sans maison.<\/p>\n<h3 class=\"section\">3.<br \/>\nL\u2019expulsion de la Clinique et la charge polici\u00e8re (8 juillet 2009)<\/h3>\n<h4 class=\"question\">Avec plus de pr\u00e9cision, comment s\u2019est pass\u00e9e cette soir\u00e9e du 8\u00a0juillet o\u00f9 la police a tir\u00e9 dans le tas\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Le soir, il y a donc des tables remplies de gnocchis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la rue pi\u00e9tonne. On est nombreux.ses. Un gros dispositif policier a \u00e9t\u00e9 mis en place toute la journ\u00e9e, pour \u00eatre lev\u00e9 \u00e0 22\u00a0h. Une vingtaine de minutes apr\u00e8s, un feu d\u2019artifice est tir\u00e9 vers le ciel, depuis la place, annon\u00e7ant qu\u2019une d\u00e9ambulation va commencer. Nous marchons calmement vers la Clinique, \u00e0 quelque 200 m\u00e8tres de l\u00e0. La porte est ouverte, gard\u00e9e par un vigile et son chien, avec qui on se met \u00e0 discuter, pas forc\u00e9ment poliment. Le mot tourne que les flics arrivent, donc on repart vers l\u2019autre cot\u00e9 de la place. Des voitures de police sont arriv\u00e9es, d\u2019o\u00f9 ont surgi des flics en civil de la BAC (Brigade anti-criminalit\u00e9) et des flics en uniformes (Unit\u00e9 mobile de s\u00e9curit\u00e9), qui s\u2019\u00e9quipent tr\u00e8s rapidement de boucliers, tonfas, flash-balls, lance-lacrymos. Une personne rest\u00e9e pr\u00e8s du b\u00e2timent est interpell\u00e9e, puis les flics tirent dans le tas.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0: <\/span>Une premi\u00e8re personne est touch\u00e9e au front, et le mot tourne tr\u00e8s rapidement\u00a0: \u00ab\u00a0Ils tirent \u00e0 la t\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb Joachim est touch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153il et s\u2019\u00e9croule, moi je me fais toucher \u00e0 la clavicule. \u00c7a se transforme en panique. On revient naturellement vers les gnocchis au pas de course, vers l\u2019autre place, mais dans la confusion et la peur. Les flics continuent \u00e0 poursuivre les gens dans la rue, alors que Joachim est gri\u00e8vement bless\u00e9, au sol. Il va \u00eatre pris en charge par les camarades et part avec les pompiers, vers un h\u00f4pital. Plus loin, les flics tirent \u00e0 nouveau, trois fois, dans le dos. Une copine se fait toucher \u00e0 la main, alors qu&#8217;elle \u00e9tait en train de se prot\u00e9ger la nuque en courant. Un autre se fait toucher \u00e0 l\u2019\u00e9paule, et une \u00e0 la jambe. Six tirs au total dont cinq qui ont touch\u00e9 des personnes au-dessus du torse.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> En tout, \u00e7a a dur\u00e9 une douzaine de minutes entre le feu d\u2019artifice, c\u2019est-\u00e0-dire le d\u00e9part du rassemblement, et ce que les flics appellent la dispersion. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rapide. Je me rappelle d\u2019un m\u00e9lange de stup\u00e9faction, de panique, et de col\u00e8re. Apr\u00e8s la dispersion, les flics qui avaient tir\u00e9 ont continu\u00e9 \u00e0 patrouiller pour faire des arrestations, afin de justifier leur violence. Leur but, c\u2019\u00e9tait d\u2019essayer de transformer les choses en violence urbaine, de dire qu\u2019ils se faisaient assaillir de centaines de projectiles, qu\u2019ils n\u2019avaient pas d\u2019autre choix que tirer, que c\u2019\u00e9tait de la l\u00e9gitime d\u00e9fense.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Nous n\u2019avons pas envie de tomber dans un discours \u00ab\u00a0innocentiste\u00a0\u00bb qui dirait qu\u2019ils ont tir\u00e9 sur des personnes qui ne faisaient rien. On s\u2019en moque au final de ce qu\u2019il se passait \u00e0 ce moment-l\u00e0 en face des policiers, puisque de toute fa\u00e7on, ils ne se sont pas pos\u00e9 la question. Ils avaient l\u2019intention de tirer.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Comment vous \u00eates-vous organis\u00e9.e.s les jours suivants\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0: <\/span>Une fois qu\u2019on s\u2019est ressaisis, on fait le compte des copains arr\u00eat\u00e9s, et des bless\u00e9.e.s, avec Joachim \u00e0 l\u2019hosto. Le lendemain, les gens essaient de se remettre de la soir\u00e9e, et tout le monde ressent le besoin de se voir pour parler de ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9. On est choqu\u00e9s par le communiqu\u00e9 mensonger de la pr\u00e9fecture repris par la presse, qui qualifie Joachim de \u00ab\u00a0jeune squatteur\u00a0\u00bb, parle de \u00ab\u00a0heurts\u00a0\u00bb avec la police, et met en doute l\u2019origine de sa blessure. St\u00e9phane, le p\u00e8re de Joachim lance rapidement un contre-communiqu\u00e9 sur le fait que c\u2019est la pr\u00e9fecture qui parle \u00e0 travers l\u2019AFP. Comme il a un petit r\u00e9seau gr\u00e2ce au milieu du th\u00e9\u00e2tre et d\u2019Armand Gatti, l\u2019affaire gagne en m\u00e9diatisation.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0:<\/span> De notre c\u00f4t\u00e9, on distribue des tracts qui racontent les faits. Un appel \u00e0 manifester cinq jours apr\u00e8s est lanc\u00e9. Parall\u00e8lement, Joachim porte plainte, puis trois autres bless\u00e9.e.s. Des assembl\u00e9es \u00ab\u00a0Clinique en exil\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent, pour d\u00e9cider quoi faire. Apr\u00e8s l\u2019expulsion, les tirs, et avec le pote \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, tout le monde est tendu, traumatis\u00e9, triste ou \u00e9nerv\u00e9, donc c\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9\u00a0: les assembl\u00e9es sont un peu dures, mais on d\u00e9cide d\u2019agir, de tenir la rue, en essayant d\u2019\u00e9viter la victimisation. Comme avec le repas de gnocchis apr\u00e8s l\u2019expulsion, l\u2019envie est de montrer qu\u2019ils ne nous feront pas rentrer chez nous \u2013 d\u2019autant plus que les habitant.e.s de la Clinique n\u2019ont plus de chez eux \u2013, m\u00eame en nous tirant dessus comme des pigeons.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Pour la manif, on appelle publiquement les gens \u00e0 venir avec des casques, des lunettes de protection. Des banderoles renforc\u00e9es sont fabriqu\u00e9es pour prot\u00e9ger la manif devant et derri\u00e8re. Pour le coup, il y a vraiment du monde qui r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel, venant d\u2019horizons tr\u00e8s diff\u00e9rents. Un texte \u00e9crit par Joachim \u00e0 l\u2019h\u00f4pital est lu, et la manif va vers la mairie, en passant par la rue pi\u00e9tonne, puis revient jusqu\u2019\u00e0 Croix de Chavaux. Et l\u00e0, au m\u00eame endroit o\u00f9 ils ont tir\u00e9 quelques jours avant, les flics chargent la queue de manif. Quarante mecs de la BAC, arm\u00e9s et cagoul\u00e9s, pour la plupart sans brassard, cach\u00e9s sous la halle du march\u00e9 pour sauter sur nous par surprise en courant, avec le commissaire devant et le pr\u00e9fet pr\u00e9sent derri\u00e8re eux.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Du c\u00f4t\u00e9 des manifestants, il y a une r\u00e9ponse \u2013 la banderole de t\u00eate arrive \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019assaut policier \u2013, parce que les gens ont d\u00e9cid\u00e9 de ne plus se laisser faire. Celles et ceux qui sont le plus remont\u00e9.e.s prot\u00e8gent les gens qui ne sont pas casqu\u00e9s \u2013 et heureusement, parce que sinon, les flics auraient fait un carnage. Il n\u2019y a pas eu de bless\u00e9s graves dans cette manif, quelques arrestations, dont un journaliste du <em>Monde<\/em>, mais tout le monde a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 sans suite.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> Certaines personnes pr\u00e9sentes \u00e9taient choqu\u00e9es par de telles pratiques, elles n\u2019en revenaient pas. On n\u2019\u00e9tait plus la nuit comme le 8 juillet, mais en pleine journ\u00e9e, avec la vie de quartier de Montreuil et les gens autour qui hallucinaient. D\u2019habitude, les violences polici\u00e8res, \u00e7a se passe dans certains quartiers, loin du centre, \u00e7a ne se voit pas. Dans cette manifestation, il n\u2019y avait pas seulement les groupes de Montreuil qui s\u2019organisent, et qui \u00e9taient devenus une cible banale pour les flics. Du coup, \u00e7a a cr\u00e9\u00e9 un peu de scandale dans la presse\u00a0: quand on tape sur les journalistes, ils s\u2019int\u00e9ressent un peu plus aux faits, et reprennent moins les communiqu\u00e9s de la pr\u00e9fecture. \u00c0 tel point que le directeur de la s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9partementale s\u2019est fait muter quelques jours apr\u00e8s pour mauvaise gestion de cette manif.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les flash-balls sont utilis\u00e9s sur des cibles tr\u00e8s pr\u00e9cises, dans certains quartiers, dans les prisons, sur les migrants et sur certains types de manifestations radicales. Ce qui fait malheureusement scandale, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas touch\u00e9 un migrant, un Noir dans une cit\u00e9, ou un squatteur anarchiste, mais un homme de 30 ans, cin\u00e9aste et petit-fils d\u2019un po\u00e8te reconnu. Ils n\u2019ont pas touch\u00e9 la bonne personne \u2013 selon les cat\u00e9gories qu\u2019ils ont fabriqu\u00e9es pour faire r\u00e9gner l\u2019ordre.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dimitri\u00a0:<\/span> Tr\u00e8s rapidement, le commissaire lui-m\u00eame demande \u00e0 ce que l\u2019Inspection g\u00e9n\u00e9rale de la Police nationale<strong><sup><strong><sup>[5. En abr\u00e9g\u00e9 l\u2019IGPN \u2014 couramment surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0 police des polices \u00a0\u00bb \u2014 d\u00e9signe le service d\u2019inspection de la Police nationale fran\u00e7aise et de la pr\u00e9fecture de police de Paris.]<\/sup><\/strong><\/sup><\/strong> soit saisie, on est quatre \u00e0 porter plainte pour s\u2019\u00eatre fait tirer dessus. On se fait entendre \u00e0 l\u2019IGS, et la proc\u00e9dure est lanc\u00e9e.<\/p>\n<h4 class=\"question\"><span class=\"bold-body\">Comment s\u2019est prise la d\u00e9cision de porter plainte et de se constituer en collectif\u00a0?<\/span><\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Il y a quelque chose de sp\u00e9cifique aux personnes bless\u00e9es, mutil\u00e9es, et aux proches de personnes tu\u00e9es par la police, c\u2019est qu\u2019elles sont d\u00e9munies. Ce n\u2019est pas n\u2019importe quelle violence. C\u2019est une violence d\u2019\u00c9tat. Sur le coup, il ne te reste que \u00e7a\u00a0: porter plainte. Tu aurais plut\u00f4t envie d\u2019attaquer un comissariat, mais tu ne le feras pas. Certaines personnes d\u00e9cident de ne pas porter plainte, c\u2019est une d\u00e9cision qui appartient \u00e0 chacun.e. Avec ces morts ou ces mutilations, on ne parle pas d\u2019accident de voiture ou d\u2019engueulades entre voisins, mais de morts et de blessures \u00e0 vie inflig\u00e9es par la police, ce qui n\u2019est pas d\u00fb au hasard ou \u00e0 la mauvaise humeur\u00a0: c\u2019est structurel. Ainsi, quand Joachim a d\u00e9cid\u00e9 de porter plainte et que d&#8217;autres ont suivi, ce qui \u00e9tait important, c\u2019\u00e9tait que ce soit collectif, et que nous voulions faire autre chose de cette d\u00e9marche. Nous voulions dire que ces personnes bless\u00e9es, \u00e7a aurait pu \u00eatre n\u2019importe qui. Quand on essaie de s\u2019organiser dans les quartiers ou dans les manifs face \u00e0 la police, ce n\u2019est pas nous en tant qu\u2019individus qui sommes vis\u00e9s, c\u2019est ce qu\u2019on repr\u00e9sente. Cette nuit-l\u00e0, la police a tir\u00e9 sur ce qu\u2019on repr\u00e9sentait.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 assez vite, inconsciemment je pense, c\u2019est que \u00e7a ne pouvait pas \u00eatre individuel. Pour faire front face \u00e0 la machine judiciaire et polici\u00e8re. M\u00e9dicale aussi, parce que l\u2019h\u00f4pital est une administration comme une autre dans ces cas-l\u00e0, elle te culpabilise aussi. Lorsque tu arrives bless\u00e9.e par les flics \u00e0 l\u2019hosto, tu n\u2019es pas reconnu comme personne qui a \u00e9t\u00e9 mutil\u00e9e, mais comme quelqu\u2019un qui a sans doute fait une connerie, et donc qui aura un autre traitement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s les d\u00e9p\u00f4ts de plainte, nous avons fait une demande d\u2019indemnisation aupr\u00e8s de la Commission d\u2019indemnisation des victimes d\u2019infraction (Civi), qui sert \u00e0 recevoir un peu d\u2019argent quand tu es dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019en gagner apr\u00e8s un accident ou une agression. Mais nous nous sommes heurt\u00e9.e.s aux m\u00eames d\u00e9fiances\u00a0: \u00ab\u00a0\u00cates-vous vraiment victimes\u00a0? Qu\u2019est-ce que vous aviez bien pu faire pour m\u00e9riter \u00e7a\u00a0?\u00a0\u00bb Quand tu as \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par la police, la Civi bloque toute indemnisation avant le proc\u00e8s, au cas o\u00f9 la victime serait en fait\u2026 coupable.<\/p>\n<h3 class=\"section\">4.<br \/>\nLa proc\u00e9dure au long cours et le collectif 8\u00a0juillet (2009-2016)<\/h3>\n<h4 class=\"question\">Entre le d\u00e9p\u00f4t des plaintes contre les policiers et le proc\u00e8s, sept ans ont pass\u00e9. Comment avez-vous occup\u00e9 ce temps\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> \u00c0 partir de l\u00e0, notre question a \u00e9t\u00e9\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019on fait du temps de la justice\u00a0? Que fait-on en attendant un proc\u00e8s qui aura lieu dans des plombes\u00a0? Et s\u2019il arrive, comment utiliser le proc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres fins que celles de l\u2019institution judiciaire\u00a0?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> D\u00e8s le tout d\u00e9but du collectif, on s\u2019est dit qu\u2019on allait en justice pour en faire aussi autre chose. Surtout qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du collectif, il y a diff\u00e9rentes visions de la justice. La plupart des comit\u00e9s V\u00e9rit\u00e9 et Justice qui se forment quand quelqu\u2019un est tu\u00e9 ou mutil\u00e9 par la police se heurtent \u00e0 des classements sans suite de leurs affaires, ou perdent leurs proc\u00e8s. Parce que l\u2019enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 foireuse, parce que des preuves ont disparu, des t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 tronqu\u00e9s, bref tout un tas de magouilles pour disculper les flics.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Sur l\u2019histoire du 8 juillet, on a vite vu que l\u2019enqu\u00eate n\u2019allait pas pouvoir escamoter tous les t\u00e9moignages ext\u00e9rieurs qui contredisaient les mensonges des policiers. Pour une fois dans une histoire de violence polici\u00e8re, on avait des billes pour pousser \u00e0 une condamnation devant les tribunaux. On b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une certaine focale m\u00e9diatique, et on s\u2019est aussi dit que \u00e7a devait \u00eatre une occasion d\u2019en faire profiter les autres histoires, celles qui sont g\u00e9n\u00e9ralement pass\u00e9es sous silence.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Contrairement \u00e0 plein d\u2019histoires qui p\u00e8tent \u00e0 la gueule de gens qui ne sont pas organis\u00e9s, l\u00e0, c\u2019est arriv\u00e9 dans un cadre o\u00f9 les gens avaient l\u2019habitude d&#8217;agir ensemble dans des rapports de force politiques\u2026<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Victor\u00a0:<\/span> Oui, c\u2019est arriv\u00e9 en plein milieu d\u2019un moment collectif, apr\u00e8s l\u2019expulsion d\u2019un lieu occup\u00e9. D\u2019o\u00f9 le nom du collectif \u00ab\u00a08 juillet\u00a0\u00bb\u00a0: ce qui rassemble les gens, c\u2019est \u00e0 la fois une histoire et un \u00e9v\u00e9nement partag\u00e9s. Toute personne pr\u00e9sente ce soir-l\u00e0 aurait pu \u00eatre bless\u00e9e par les tirs de flash-ball, \u00e7a aurait pu arriver \u00e0 n\u2019importe qui. Mais se r\u00e9approprier collectivement cet \u00e9v\u00e9nement, c\u2019\u00e9tait aussi aller au-del\u00e0 de notre propre cas, la relier \u00e0 d\u2019autres histoires o\u00f9 la violence d\u2019\u00c9tat s\u2019exerce. D\u2019o\u00f9, d\u00e8s le d\u00e9part, l\u2019id\u00e9e d\u2019enqu\u00eater sur divers moments et lieux o\u00f9 les flics avaient bless\u00e9 et mutil\u00e9 au flash-ball, et donc d\u2019aller rencontrer des gens qui avaient v\u00e9cu la m\u00eame chose que nous, dans des contextes compl\u00e8tement diff\u00e9rents. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de ne pas nous laisser enfermer dans les cat\u00e9gories qui nous sont tomb\u00e9es dessus avec la m\u00e9diatisation de l\u2019affaire. Et cela a donn\u00e9 des rencontres extr\u00eamement fortes, par exemple avec les proches d\u2019Ayoub Bouthara, mutil\u00e9 \u00e0 Audincourt pr\u00e8s de Montb\u00e9liard, ou la s\u0153ur de Lamine Dieng, tu\u00e9 dans un fourgon de police dans le <span class=\"small-caps\">xx<\/span><sup>e<\/sup> arrondissement de Paris \u2013 et tant d\u2019autres..<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0: <\/span>On n\u2019avait pas non plus attendu que ce genre de trucs nous arrive pour se pencher sur la question des violences polici\u00e8res. On savait d\u00e9j\u00e0 que la violence est inh\u00e9rente \u00e0 la police. Mais c\u2019est vrai que quand tu perds un \u0153il, tu rencontres diff\u00e9remment les gens qui ont v\u00e9cu la m\u00eame chose dans une banlieue anonyme.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En novembre 2014, on a donc organis\u00e9 une rencontre de deux jours avec une quinzaine de personnes touch\u00e9es par des tirs de flash-ball, dont certaines ont perdu un \u0153il, et on a aussi invit\u00e9 des gens proches de personnes tu\u00e9es par la police. Cela a permis de cr\u00e9er du r\u00e9seau, de partager nos exp\u00e9riences, nos outils, les expertises, ce qu\u2019on savait d\u00e9j\u00e0 de la justice, des avocats, des contacts de m\u00e9dias, comment garder l\u2019\u0153il sur son dossier pour qu\u2019il ne disparaisse pas par magie comme c\u2019est souvent le cas dans les affaires de violences polici\u00e8res\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> C\u2019\u00e9tait pile au moment des manifestations suite \u00e0 la mort de R\u00e9mi Fraisse, qu\u2019on a rejoint avec des pancartes fabriqu\u00e9es lors de cette premi\u00e8re \u00ab\u00a0assembl\u00e9e des bless\u00e9es, des familles, et des collectifs contre les violences polici\u00e8res\u00a0\u00bb. On a pu aussi parler de ce que c\u2019\u00e9tait d\u2019\u00eatre bless\u00e9 dans sa chair par la police, de perdre un \u0153il, avec des moments o\u00f9 les premier.e.s concern\u00e9.e.s pouvaient \u00e9changer entre eux seuls, comme une communaut\u00e9 des bless\u00e9s, et d\u2019autres moments pour s\u2019organiser avec tout le monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Cette assembl\u00e9e est un outil pour celles et ceux qui viendraient d\u2019\u00eatre bless\u00e9.e.s, mais aussi pour partager et rendre publiques l\u2019exp\u00e9rience et la parole de ces bless\u00e9s. En juin 2015, des bless\u00e9s et proches de bless\u00e9s participant \u00e0 cette assembl\u00e9e ont ainsi \u00e9t\u00e9 entendus par une commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire sur le \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb, qui a eu lieu apr\u00e8s la mort de R\u00e9mi Fraisse. Nous savions bien que cette commission n\u2019\u00e9tait que de la poudre aux yeux. Elle a m\u00eame aggrav\u00e9 les probl\u00e8mes li\u00e9s au \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb, notamment en ouvrant la voie aux assignations \u00e0 r\u00e9sidence pr\u00e9ventives qui ont un peu plus d\u00e9truit le droit de manifester lors de la COP21 ou du mouvement contre la loi Travail. Mais ce moment nous a permis d\u2019\u00e9laborer un discours commun entre personnes touch\u00e9es par les violences polici\u00e8res et de le rendre public<strong><sup>[6. Cette intervention collective est disponible en ligne\u00a0: <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/2015\/06\/01\/intervention-de-lassemblee-des-blesses-lors-de-la-mission-denquete-parlementaire-sur-le-maintien-de-lordre\/\">https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/2015\/06\/01\/intervention-de-lassemblee-des-blesses-lors-de-la-mission-denquete-parlementaire-sur-le-maintien-de-lordre\/<\/a>]<\/sup><\/strong>.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> Au fil des rencontres avec d\u2019autres bless\u00e9s, on a pu v\u00e9rifier que les armes dites non l\u00e9tales, au lieu de r\u00e9duire les violences comme elles ont \u00e9t\u00e9 vendues dans l\u2019opinion publique, ont rajout\u00e9 une strate suppl\u00e9mentaire \u00e0 l\u2019arsenal de r\u00e9pression et de terreur utilis\u00e9 par les policiers, entre la matraque et l\u2019arme de service. On s\u2019est rendu compte en discutant avec des bless\u00e9s \u00e0 quel point le flash-ball n\u2019est absolument pas une arme utilis\u00e9e pour se d\u00e9fendre, mais plut\u00f4t pour punir et terroriser. Beaucoup de tirs de flash-ball ont lieu apr\u00e8s les faits, pour punir un groupe, et non pour se d\u00e9fendre. C\u2019est le cas par exemple avec Pierre Doulliard \u00e0 Nantes, qui se fait tirer dessus apr\u00e8s une expulsion, alors qu\u2019il est s\u00e9par\u00e9 des policiers par une grille et sans arme. C\u2019est une punition extrajudiciaire\u00a0: les policiers s\u2019\u00e9rigent en juges, et d\u00e9cident de la culpabilit\u00e9 d\u2019un groupe en mutilant certains de ses membres pour l\u2019exemple. Malgr\u00e9 le fait que les prisons n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi pleines, les policiers pr\u00e9tendent que les juges ne condamnent pas assez, alors ils s\u2019arrogent le droit de punir eux-m\u00eames.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma<\/span>: Aujourd\u2019hui les flics manifestent pour faire valoir leur droit \u00e0 la \u00ab\u00a0pr\u00e9somption de l\u00e9gitime d\u00e9fense\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le droit de blesser ou tuer sans raison. Droit qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0, au vu du nombre de personnes bless\u00e9es, mutil\u00e9es ou tu\u00e9es par la police. Ils cherchent \u00e0 obtenir un cadre l\u00e9gal pour des pratiques qui existent de fait, et sont couvertes par la justice. Beaucoup de gens en ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins pendant le mouvement contre la loi Travail. L\u2019utilisation massive d\u2019armes dites non l\u00e9tales comme le flash-ball, les grenades de d\u00e9sencerclement, les gaz lacrymog\u00e8nes, les grenades assourdissantes\u2026 a non seulement pour but d\u2019en blesser un.e pour terroriser tout le monde, mais aussi de menacer celles et ceux qui veulent manifester qu\u2019elles\/ils risquent de perdre un \u0153il ou d\u2019\u00eatre gravement bless\u00e9.e.s. Et cela dissuade effectivement beaucoup de gens.<\/p>\n<h3 class=\"section\">5.<br \/>\nLe proc\u00e8s contre la police (21-25 novembre 2016)<\/h3>\n<h4 class=\"question\"><span class=\"bold-body\">Comment va se d\u00e9rouler le proc\u00e8s et comment peut-on soutenir le collectif 8\u00a0juillet\u00a0?<\/span><\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> Dans le collectif, on a toujours march\u00e9 sur deux pieds, l\u2019un politique, l\u2019autre juridique. Travailler sur l\u2019histoire et les effets du flash-ball et rencontrer les gens bless\u00e9s par la police. On voudrait que le proc\u00e8s ressemble \u00e0 toutes ces rencontres, en donnant la parole \u00e0 diff\u00e9rentes personnes crois\u00e9es durant ces ann\u00e9es, avec des gens de l\u2019assembl\u00e9e des bless\u00e9s qui vont venir parler de leurs histoires, et du savoir commun qui s\u2019est constitu\u00e9 depuis. Pourquoi ces armes sont utilis\u00e9es, comment les policiers cherchent \u00e0 nous terroriser, en quoi ce sont des armes punitives. On veut aussi parler de notre exp\u00e9rience commune face \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 polici\u00e8re, comment elle se fabrique, par exemple avec le premier communiqu\u00e9 de la pr\u00e9fecture qui retourne l\u2019accusation en faisant de toute personne bless\u00e9e ou tu\u00e9e par la police un coupable.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un des atouts de ce proc\u00e8s, c\u2019est d\u2019\u00eatre parvenu \u00e0 ce que trois policiers soient mis en accusation, et non un seul. Cela montre qu\u2019on ne parle pas de bavure, ni de ce flic-l\u00e0 qui serait mal form\u00e9, ou qui aurait p\u00e9t\u00e9 les plombs. Trois policiers doivent justifier leurs actes de ce soir-l\u00e0, et cela va nous permettre de mettre en cause la police et son fonctionnement. Tuer et mutiler font partie des pratiques ordinaires de la police.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0:<\/span> Il n\u2019y a pas de solution miracle, pas un truc qui va tout changer \u00e0 la situation actuelle. Dans ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nements, l\u2019institution pousse \u00e0 l\u2019isolement, et ce qu\u2019on peut faire, c\u2019est se regrouper pour visibiliser l\u2019ampleur de cette violence institutionnelle. Le proc\u00e8s va avoir lieu une semaine apr\u00e8s la comm\u00e9moration des attentats du 13 novembre 2015, et en plein mouvement de rue de certains policiers qui demandent \u00e0 pouvoir tirer sur les gens plus librement encore. Malgr\u00e9 un \u00e9norme effort des flics, des politiques et des m\u00e9dias pour instrumentaliser des attentats suicidaires afin de construire une image de la police comme protectrice du peuple, l\u2019adh\u00e9sion populaire \u00e0 un gouvernement par la police n\u2019est pas totale. Avec le mouvement contre la loi Travail, les violences polici\u00e8res sont apparues aux yeux de beaucoup de monde, il y a de plus en plus d\u2019affaires qui les mettent en cause. On a l\u2019impression d\u2019un mouvement schizophr\u00e9nique dans les m\u00e9dias o\u00f9 d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, on saute de reportages qui disent\u00a0: \u00ab\u00a0Les policiers sont l\u00e0 pour nous sauver\u00a0\u00bb \u00e0 des sujets qui affirment\u00a0: \u00ab\u00a0Les policiers sont des fous qui nous tirent dessus et tapent nos enfants<em>\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb. Sans que jamais les deux choses ne soient reli\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Salma\u00a0:<\/span> Un autre enjeu du proc\u00e8s est de pouvoir habiter l\u2019espace et le temps hors de la salle d\u2019audience, en organisant des d\u00e9bats, des actions, des rassemblements pour r\u00e9fl\u00e9chir au r\u00f4le de la police.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alice\u00a0:<\/span> Il y aura plusieurs \u00e9v\u00e9nements en amont, pour informer et pour r\u00e9colter de l\u2019argent\u00a0: une r\u00e9union publique \u00e0 Montreuil, une discussion au R\u00e9mouleur, une autre avec Pierre Douillard sur son livre <em>L\u2019Arme \u00e0 l\u2019\u0153il<\/em> au caf\u00e9-librairie Mich\u00e8le Firk, une cantine&#8230;[7. L&#8217;agenda d\u00e9taill\u00e9 de la mobilisation avant le proc\u00e8s est en ligne ici\u00a0: <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/2016\/11\/08\/programme-de-la-mobilisation\/\">https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/2016\/11\/08\/programme-de-la-mobilisation\/<\/a>] On a vraiment besoin d\u2019argent, entre autres parce qu\u2019on fait venir plein de gens pour t\u00e9moigner au tribunal, et que cela co\u00fbte cher en frais d\u2019huissier. On appelle aussi \u00e0 venir nombreux.ses lors du proc\u00e8s\u00a0: ne nous laissez pas seul.e.s avec la police et la justice\u00a0! On organise \u00e9galement un rassemblement \u00e0 Montreuil le mercredi 22 au soir, au milieu du proc\u00e8s, pour parler publiquement du 8\u00a0juillet, mais aussi des luttes locales actuelles comme celles des Rroms expuls\u00e9s cet \u00e9t\u00e9 du lieu o\u00f9 ils habitaient, ou le \u00ab\u00a0collectif Baras\u00a0\u00bb, collectif de migrants occupant un immeuble de Bagnolet expulsable depuis septembre. Il y aura aussi beaucoup de moments de discussion avec les autres luttes en cours autour des violences polici\u00e8res, par exemple autour de la mort d\u2019Adama Traor\u00e9. Le but, c\u2019est de faire entrer le monde dans le tribunal, pour montrer que cette affaire, comme toutes les autres, n\u2019est pas anecdotique\u00a0: elle parle de la violence structurelle de la police.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Serge\u00a0: <\/span>Oui, il s\u2019agira de parler de sur qui et sur quoi tire la police. Le soir du 8 juillet, ils savaient sur qui ils tiraient\u00a0: sur une histoire et des pratiques politiques. Des pratiques locales, offensives, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, auxquelles ils sont r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s dans la rue, et qu\u2019ils estiment anormales. C\u2019est \u00e7a que fait la police au quotidien\u00a0: fabriquer la norme en s\u2019attaquant \u00e0 tout ce qui d\u00e9borde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"textbody\">Plus d&#8217;infos\u00a0:<\/p>\n<p>Le site du <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/collectif8juillet.wordpress.com\/\">collectif 8 juillet<\/a> .<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3336_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3336_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_3336_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_3336_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_3336_1('footnote_plugin_tooltip_3336_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_3336_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> La Commission nationale de d\u00e9ontologie de la s\u00e9curit\u00e9 (CNDS) \u00e9tait une autorit\u00e9 administrative ind\u00e9pendante cr\u00e9\u00e9e par le gouvernement Jospin. Depuis mai 2011, ses missions sont d\u00e9sormais d\u00e9volues au D\u00e9fenseur des droits.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_3336_1() { jQuery('#footnote_references_container_3336_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3336_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_3336_1() { jQuery('#footnote_references_container_3336_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3336_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3336_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_3336_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3336_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_3336_1(); } } function footnote_moveToAnchor_3336_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3336_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec le concours de Claire Feasson et Alexane Brochard Le 8 juillet 2009, \u00e0 Montreuil (93), ville en pleine gentrification o\u00f9 perdurent des pratiques de solidarit\u00e9 (notamment avec les sans-papiers), les forces arm\u00e9es de la police expulsent au petit matin \u00ab\u00a0la Clinique\u00a0\u00bb, un immeuble occup\u00e9 en plein centre, qui accueille des activite\u0301s collectives ouvertes sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3334,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[32],"tags":[121,201,122,44,46],"class_list":["post-3336","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-controle-continu","tag-collectif-8-juillet","tag-flashball","tag-montreuil","tag-police","tag-violences-policieres"],"wps_subtitle":"Histoire en cinq actes du proc\u00e8s des forces de l\u2019ordre Montreuil\u00a0: 8 juillet 2009 \u2013 21 novembre 2016","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3336","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3336"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3336\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}