{"id":342,"date":"2014-08-25T09:00:12","date_gmt":"2014-08-25T07:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/?p=342"},"modified":"2014-08-25T09:00:12","modified_gmt":"2014-08-25T07:00:12","slug":"la-laicite-est-une-technique-de-discipline","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2014\/08\/25\/la-laicite-est-une-technique-de-discipline\/","title":{"rendered":"\u00ab La &#8220;nouvelle la\u00efcit\u00e9&#8221; est une technique disciplinaire \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Des premi\u00e8res \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb m\u00e9diatis\u00e9es de lyc\u00e9ennes portant le hijab en 1989 \u00e0 la loi de 2004 interdisant le voile \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u2013 alors pudiquement qualifi\u00e9 de signe religieux ostensible \u2013, la peur de l\u2019islam a gagn\u00e9 l\u2019\u00c9tat et les m\u00e9dias. Au cours de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la France a lentement mais s\u00fbrement impos\u00e9 un r\u00e9gime d\u2019exception \u00e0 toute une partie de sa population. Entretien avec Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, auteurs d&#8217;<em>Islamophobie \u2013 Comment les \u00e9lites fran\u00e7aises fabriquent le \u00ab\u00a0probl\u00e8me musulman\u00a0\u00bb<\/em>, aux \u00e9ditions de La D\u00e9couverte, 2013.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/islamophobie-Jef-klak.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en PDF<\/a><\/p>\n<p><strong>Votre livre a pour sous-titre\u00a0: <em>Comment les \u00e9lites fran\u00e7aises fabriquent le \u00ab\u00a0probl\u00e8me musulman\u00a0\u00bb<\/em>. N\u2019\u00eates-vous pas, de votre c\u00f4t\u00e9, en train de fabriquer l\u2019id\u00e9e d\u2019une islamophobie\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Vous commencez fort\u00a0! En adoptant une approche constructiviste de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, notre livre participe peut-\u00eatre \u00e0 la construction du \u00ab\u00a0probl\u00e8me islamophobe\u00a0\u00bb, via la production de connaissances sur le ph\u00e9nom\u00e8ne social qu\u2019est l\u2019islamophobie. Mais mettre le doigt sur un \u00ab\u00a0probl\u00e8me islamophobe\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas le cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces, c\u2019est simplement lui donner la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9battu dans l\u2019espace public.<\/p>\n<p><strong>La peur de l\u2019islam et des musulmans est donc un ph\u00e9nom\u00e8ne social r\u00e9el en France\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, et nous participons \u00e0 l\u2019objectiver. L\u2019enjeu central du d\u00e9bat actuel, c\u2019est la question de la reconnaissance de l\u2019existence m\u00eame de l\u2019islamophobie, comme ph\u00e9nom\u00e8ne id\u00e9ologique et comme pratique, pr\u00e9jug\u00e9, ou ph\u00e9nom\u00e8ne discriminatoire. D\u2019un point de vue juridique, nous voulons insister sur la \u00ab\u00a0discrimination l\u00e9gale par capillarit\u00e9\u00a0\u00bb, que nous avions d\u00e9finie dans un article en 2011\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La logique d\u2019exclusion se diss\u00e9mine petit \u00e0 petit dans plusieurs espaces sociaux et une nouvelle \u00e9tape s\u2019appuie sur les arguments juridiques \u201cporteurs\u201d de l\u2019\u00e9tape ant\u00e9rieure, condition essentielle pour \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9e juridiquement<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_342_1('footnote_plugin_reference_342_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_342_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_342_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La France se distingue de pays comme les \u00c9tats-Unis, la Grande-Bretagne, l\u2019Allemagne, etc., o\u00f9 le terme m\u00eame d\u2019islamophobie a depuis longtemps fait l\u2019objet de d\u00e9bats. La reconnaissance du ph\u00e9nom\u00e8ne a m\u00eame conduit \u00e0 l\u2019adoption de politiques publiques en tant que telles, notamment en Grande-Bretagne. En France, au contraire, c\u2019est comme si on ne voulait m\u00eame pas en entendre parler. D\u00e8s 2003, plusieurs tribunes, comme celles de Pascal Bruckner[2. Pascal Bruckner, \u00ab\u00a0L\u2019invention de \u201cl\u2019islamophobie\u201d\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 23 novembre 2010.] et de Caroline Fourest[3. Caroline Fourest et Fiammette Venner, \u00ab\u00a0Islamophobie\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>ProChoix<\/em>, n\u00b0 26-27, 2003.], ont cherch\u00e9 \u00e0 disqualifier ce vocable, le renvoyant \u00e0 une invention des mollahs iraniens en 1979 pour emp\u00eacher toute critique de la religion musulmane. Or loin d\u2019\u00eatre une invention \u00ab\u00a0orientale\u00a0\u00bb, il s\u2019agit en fait d\u2019une invention&#8230; fran\u00e7aise, due \u00e0 un groupe d\u2019\u00ab\u00a0administrateurs-ethnologues\u00a0\u00bb sp\u00e9cialis\u00e9s dans les \u00e9tudes de l\u2019islam ouest-africain ou s\u00e9n\u00e9galais au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle[4. Voir le chapitre 4 du livre.].<\/p>\n<p>Mais ces tribunes ont eu un effet performatif impressionnant\u00a0: le terme d\u2019 <em>islamophobie<\/em> est depuis devenu g\u00eanant et, jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 dans la presse fran\u00e7aise qu\u2019entre guillemets. Il a fallu attendre que le champ m\u00e9diatique se renouvelle un peu, avec des titres comme <em>Mediapart<\/em>, et sa journaliste Carine Fouteau qui est all\u00e9e \u00e0 la rencontre de femmes portant le hijab pour raconter leur quotidien. Les conclusions de ses enqu\u00eates ont d\u00e9bouch\u00e9 sur la description de ce qu\u2019elle a appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019islamophobie ordinaire[5. Voir notamment ses articles\u00a0: \u00ab\u00a0Cinq femmes racontent l&#8217;islamophobie ordinaire\u00a0\u00bb, <em>Mediapart<\/em>, 24 janvier 2013\u00a0; \u00ab&amp;nsbsp;Islamophobie, racisme anti-musulman\u00a0: le sens cach\u00e9 des mots\u00a0\u00bb, <em>Mediapart<\/em>, 26 juillet 2013.]\u00a0\u00bb. Auparavant, il a pu exister des \u00e9crits sur l\u2019islamophobie ordinaire, comme le livre <em>Les filles voil\u00e9es parlent<\/em>[6. Ismahane Chouder, Malika Latr\u00e8che et Pierre Tevanian, <em>Les filles voil\u00e9es parlent<\/em>, La Fabrique, 2008] publi\u00e9 en 2008, mais ils \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 un <em>black out<\/em> m\u00e9diatique sid\u00e9rant.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents espaces sociaux, les champs m\u00e9diatique, intellectuel ou politique ont \u00e9t\u00e9 travers\u00e9s soit par une r\u00e9ticence, soit par une volont\u00e9 de bannir le terme. La structure du champ m\u00e9diatique fait que ceux qui occupent des positions de pouvoir, notamment au <em>Monde<\/em>, \u00e0 <em>Lib\u00e9ration<\/em>, au <em>Figaro<\/em>, \u00e0 <em>France Culture<\/em>, etc., donnent le <em>la<\/em> d\u2019un point de vue id\u00e9ologique. En 2003 et 2004, dans la foul\u00e9e de prises de position on ne peut plus claires, comme celles d\u2019Alain Finkielkraut ou de Caroline Fourest, la quasi-totalit\u00e9 des journalistes ont ainsi soutenu le projet de loi visant \u00e0 interdire le port du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mis \u00e0 part quelques journalistes courageux comme Alain Gresh, S\u00e9bastien Fontenelle, Olivier Cyran, etc., un v\u00e9ritable consensus m\u00e9diatique sur l\u2019inexistence de l\u2019islamophobie a \u00e9merg\u00e9, qui s\u2019articule avec la production d\u2019un consensus m\u00e9diatique islamophobe. L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre, dans la mesure o\u00f9 la reconnaissance de l\u2019islamophobie, notamment sa version violente, met en lumi\u00e8re la responsabilit\u00e9 des \u00e9lites m\u00e9diatiques dans la l\u00e9gitimation du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>Pour analyser la construction de ce consensus, vous utilisez la distinction entre \u00e9tablis et marginaux[7. Distinction \u00e9tablie par le sociologue Norbert Elias.], ce qui laisse penser que le terme d\u2019 <em>islamophobie<\/em> serait un moyen pour les \u00e9tablis d\u2019affermir leur pouvoir\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons voulu essayer de comprendre sociologiquement l\u2019islamophobie, et de ne pas la r\u00e9duire \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement id\u00e9ologique. Certains chercheurs qui travaillent sur le sujet font un lien trop rapide entre les croisades, les Lumi\u00e8res, l\u2019orientalisme, la p\u00e9riode actuelle, comme s\u2019il s\u2019agissait \u00e0 chaque fois de la m\u00eame id\u00e9ologie. Certains disent m\u00eame que tout commence en 1492 avec la <em>Reconquista<\/em> espagnole.<\/p>\n<p>Contre ces simplifications, nous avons plut\u00f4t d\u00e9cid\u00e9 de mener une sociologie des \u00e9lites dans une perspective historique, notamment en comparant la situation entre 1989 et 2003. En 1987 d\u00e9j\u00e0, avec la commission pr\u00e9sid\u00e9e par Marceau Long sur la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise[8. Commission sur la nationalit\u00e9 instaur\u00e9e en juillet 1987 par Jacques Chirac, alors premier ministre, proposant de remettre en cause le principe du droit du sol instaur\u00e9 en 1889, en introduisant l\u2019id\u00e9e que les enfants n\u00e9s en France de parents \u00e9trangers devaient manifester \u00e0 leur majorit\u00e9 leur volont\u00e9 d\u2019\u00eatre de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.], appara\u00eet l\u2019id\u00e9e que l\u2019islam pose probl\u00e8me <em>en soi.<\/em> Cependant, on veut encore croire \u00e0 la bonne marche de l\u2019int\u00e9gration\u00a0: un processus d\u2019assimilation serait capable d\u2019aboutir \u00e0 l\u2019extinction de la pratique musulmane chez les enfants d\u2019immigr\u00e9s, pratique per\u00e7ue comme incompatible avec les \u00ab\u00a0coutumes\u00a0\u00bb fran\u00e7aises. Ainsi, avant 1989, m\u00eame si la majorit\u00e9 des \u00e9lites administratives, m\u00e9diatiques et politiques voient l\u2019islam d\u2019un mauvais \u0153il, elles restent divis\u00e9es sur la question de l\u2019interdiction du port du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique.<\/p>\n<p>Or 1989 correspond \u00e0 une remise en cause de la croyance dans l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 nationale et le processus d\u2019assimilation. R\u00e9gis Debray, \u00c9lisabeth Badinter, Catherine Kintzler et Alain Finkielkraut sont les pionniers de ce basculement, lorsqu\u2019ils d\u00e9noncent un \u00ab\u00a0Munich de l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb[9. R\u00e9gis Debray, \u00c9lisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, \u00c9lisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler, \u00ab&amp;nbspProfs, ne capitulons pas\u00a0!\u00a0\u00bb, <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, 2-9 novembre 1989.]. M\u00eame si ce point de vue est dans un premier temps minoritaire, l\u2019id\u00e9e selon laquelle les jeunes filles ont trahi l\u2019esp\u00e9rance int\u00e9gratrice des \u00ab\u00a0r\u00e9publicains\u00a0\u00bb s\u2019installe peu \u00e0 peu, et elles incarnent d\u00e9sormais la mont\u00e9e en puissance des mouvements \u00ab\u00a0islamistes\u00a0\u00bb dans les quartiers populaires fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Dans le champ politique, les divisions sur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une interdiction du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole se creusent, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche. Lionel Jospin, alors ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale, consid\u00e8re qu\u2019une nouvelle loi n\u2019est pas n\u00e9cessaire et qu\u2019on peut se contenter de la position du Conseil d\u2019\u00c9tat. Cette instance, la plus haute juridiction administrative, avait \u00e9labor\u00e9 d\u00e8s son avis du 27 novembre 1989 une jurisprudence reconnaissant le droit des jeunes femmes \u00e0 porter le hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole si cela n\u2019avait pas de caract\u00e8re pros\u00e9lyte. Cette position faisait consensus et, pour beaucoup, la r\u00e9daction d\u2019une nouvelle loi pouvait \u00eatre \u00e9vit\u00e9e[10. Par une d\u00e9cision du 2 novembre 1992 (n\u00b0 130394), le Conseil d\u2019\u00c9tat avait annul\u00e9 l\u2019article du r\u00e8glement int\u00e9rieur du coll\u00e8ge Jean Jaur\u00e8s de Montfermeil qui interdisait \u00ab\u00a0le port de tout signe distinctif, vestimentaire ou autre, d&#8217;ordre religieux, politique ou philosophique\u00a0\u00bb, sur le fondement duquel deux coll\u00e9giennes portant le hijab avaient \u00e9t\u00e9 exclues. Le Conseil d\u2019\u00c9tat avait alors pos\u00e9 comme principe que \u00ab\u00a0dans les \u00e9tablissements scolaires, le port par les \u00e9l\u00e8ves de signes par lesquels ils entendent manifester leur appartenance \u00e0 une religion n&#8217;est pas par lui-m\u00eame incompatible avec le principe de la\u00efcit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 il constitue l&#8217;exercice de la libert\u00e9 d&#8217;expression et de manifestation de croyances religieuses, mais que cette libert\u00e9 ne saurait permettre aux \u00e9l\u00e8ves d&#8217;arborer des signes d&#8217;appartenance religieuse qui, par leur nature, par les conditions dans lesquelles ils seraient port\u00e9s individuellement ou collectivement, ou par leur caract\u00e8re ostentatoire ou revendicatif, constitueraient un acte de pression, de provocation, de pros\u00e9lytisme ou de propagande, porteraient atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 ou \u00e0 la libert\u00e9 de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve ou \u00e0 d&#8217;autres membres de la communaut\u00e9 \u00e9ducative, compromettraient leur sant\u00e9 ou leur s\u00e9curit\u00e9, perturberaient le d\u00e9roulement des activit\u00e9s d&#8217;enseignement et le r\u00f4le \u00e9ducatif des enseignants, enfin troubleraient l&#8217;ordre dans l&#8217;\u00e9tablissement ou le fonctionnement normal du service public\u00a0\u00bb.]. En 1989, donc, m\u00eame les plus r\u00e9formistes des mouvements antiracistes comme SOS Racisme s\u2019opposent \u00e0 changer la l\u00e9gislation en cours. Malek Boutih ou Harlem D\u00e9sir prononcent en ce sens des discours qui d\u00e9noncent le caract\u00e8re discriminatoire qu\u2019aurait une radicalisation de l\u2019interdiction du port du hijab.<\/p>\n<p>En 2003, le rapport de forces s\u2019est boulevers\u00e9, de mani\u00e8re progressive mais radicale. Le Haut Conseil \u00e0 l\u2019int\u00e9gration[11. Julien Beaug\u00e9 et Abdellali Hajjat, \u00ab\u00a0\u00c9lites fran\u00e7aises et construction du &#8220;probl\u00e8me musulman&#8221;. Le cas du Haut Conseil \u00e0 l\u2019int\u00e9gration (1989-2012)\u00a0\u00bb, <em>Sociologie<\/em>, vol. 5, n\u00b01, 2014, p.\u00a031-59.] (HCI), cr\u00e9\u00e9 en 1989 et <em>de facto<\/em> dissous en 2012, r\u00e9unissant des personnalit\u00e9s nomm\u00e9es par le gouvernement et charg\u00e9es de r\u00e9diger des rapports et propositions sur les questions d\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb, a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la construction du \u00ab\u00a0probl\u00e8me musulman\u00a0\u00bb. L\u2019analyse de ses rapports de 1989 \u00e0 2012 et de la composition sociale de toutes les diff\u00e9rentes versions du HCI, sur le plan des discours comme sur celui des positions dans l\u2019espace social, attestent de la marginalisation progressive des sciences sociales dans l\u2019\u00e9laboration des discours sur l\u2019islam et les musulmans. Ainsi, en 2000, le rapport <em>L\u2019islam dans la R\u00e9publique<\/em> est globalement oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019interdiction du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique, parce qu\u2019il s\u2019appuie sur les connaissances produites par des sociologues et des politistes sp\u00e9cialistes de l\u2019islam. Seules la d\u00e9mographe Mich\u00e8le Tribalat et la militante associative Gaye Petek contestent l\u2019avis du HCI, au point que la premi\u00e8re d\u00e9missionne avec fracas. Tribalat devient par la suite la \u00ab\u00a0proph\u00e9tesse\u00a0\u00bb et la caution \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb du mythe de l\u2019islamisation.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 2002, apr\u00e8s le duel Chirac-Le Pen aux pr\u00e9sidentielles, on assiste \u00e0 un remaniement presque complet du HCI, avec un p\u00f4le politique fortement ancr\u00e9 dans la \u00ab\u00a0droite d\u00e9complex\u00e9e\u00a0\u00bb et un p\u00f4le m\u00e9diatique repr\u00e9sentatif de la \u00ab\u00a0droite complex\u00e9e\u00a0\u00bb, pour reprendre les heureuses expressions de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon (des personnalit\u00e9s de \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb comme Yamina Bengigui ou des journalistes comme Claude Imbert ou Jean Daniel). On a alors affaire \u00e0 un tout autre r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9, fond\u00e9 sur les repr\u00e9sentations m\u00e9diatiques de l\u2019islam et des musulmans.<\/p>\n<p>Loin des recherches en sciences sociales, deux cadres de r\u00e9f\u00e9rence s\u2019imposent peu \u00e0 peu\u00a0: les sources polici\u00e8res tout d\u2019abord, qui demeurent la cl\u00e9 de compr\u00e9hension favorite des m\u00e9dias pour tout ce qui concerne les classes populaires en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019islam en particulier. La deuxi\u00e8me source est plus originale \u2013 c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que sont popularis\u00e9s les \u00ab\u00a0t\u00e9moignages \u00e9difiants\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 partir du livre <em>Jamais sans ma fille<\/em> de Betty Mahmoody, paru en 1987, tout un genre litt\u00e9raire a \u00e9merg\u00e9, celui de la femme opprim\u00e9e par l\u2019homme musulman, qu\u2019elle soit occidentale ou musulmane, comme dans <em> Mari\u00e9e de force<\/em>[12. Le\u00efla, <em>Mari\u00e9e de force<\/em>, Paris, J\u2019ai lu, 2005.]. Ces jeunes femmes (qui ont incontestablement v\u00e9cu des choses tr\u00e8s dures) deviennent la source par excellence pour dire la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu\u2019est l\u2019islam. Lors de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2012, m\u00eame le candidat du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou, s\u2019\u00e9tait r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au livre de Chahdortt Djavann, <em>Bas les voiles<\/em>, pour discuter de l\u2019islam de France. La multiplication de best-sellers sur ce th\u00e8me renvoie pourtant \u00e0 la r\u00e9volution conservatrice qui s\u2019op\u00e8re dans le milieu \u00e9ditorial, mise en lumi\u00e8re par Pierre Bourdieu[13. Pierre Bourdieu, \u00ab\u00a0Une r\u00e9volution conservatrice dans l&#8217;\u00e9dition\u00a0\u00bb, <em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, vol.\u00a0126-127, mars 1999.]. \u00c0 ces livres s\u2019ajoutent des reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s \u2013 et des millions de personnes se retrouvent ainsi avec une connaissance partielle, fond\u00e9e sur le spectaculaire, de la religion musulmane.<\/p>\n<p>Ce qui est remarquable, c\u2019est qu\u2019une telle mani\u00e8re de voir les choses ait pu s\u2019imposer parmi les \u00ab\u00a0\u00e9lites\u00a0\u00bb\u00a0: les hauts fonctionnaires, les conseillers d\u2019\u00c9tat, certains universitaires, juristes, politistes et sociologues. En 2003, la \u00ab\u00a0Commission de r\u00e9flexion sur l\u2019application du principe de la\u00efcit\u00e9 dans la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, dite commission \u00ab\u00a0Stasi\u00a0\u00bb, cr\u00e9\u00e9e par Jacques Chirac, rend un rapport pr\u00e9conisant l\u2019adoption d\u2019une loi interdisant le hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole, laquelle sera finalement vot\u00e9e en 2004. Par le choix des personnes auditionn\u00e9es reposant sur les sources dont je viens de parler, le rapporteur de la commission Stasi, R\u00e9mi Schwartz (ex-rapporteur au HCI), a r\u00e9ussi \u00e0 donner l\u2019impression d\u2019une offensive islamiste \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans les arm\u00e9es, etc.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce qui se joue \u00e0 ce moment-l\u00e0, on peut citer le sociologue Alain Touraine, lorsqu\u2019il se justifiera plus tard d\u2019avoir vot\u00e9 pour l\u2019interdiction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il n\u2019est pas juste de dire que j\u2019ai chang\u00e9 d\u2019avis, c\u2019est profond\u00e9ment la France qui a chang\u00e9<\/em>[14. Philippe Bernard, \u00ab\u00a0Membre de la commission Stasi, Alain Touraine raconte sa conversion au principe d\u2019une loi\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 18 d\u00e9cembre 2003.].\u00a0\u00bb Ainsi, entre 1989 et 2003, la marginalisation des sciences sociales et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du discours m\u00e9diatique et policier sur l\u2019islam se sont-elles conjugu\u00e9es pour imposer une nouvelle \u00e9vidence sociale\u00a0: non seulement l\u2019islam pose \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb en soi, mais il faut trouver rapidement une solution au \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Pourrait-on alors dire que l\u2019islamophobie s\u2019est peu \u00e0 peu substitu\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019immigration, habituellement brandie par les \u00e9lites pour asseoir leur pouvoir sur les classes populaires\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Elle ne s\u2019est pas substitu\u00e9e, elle s\u2019est articul\u00e9e. Aujourd\u2019hui, quand on parle de musulmans, on sous-entend \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb. C\u2019est essentiellement la religion de l\u2019autre, de celui qui n\u2019est pas fran\u00e7ais. Le moment inaugural de la construction du \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb musulman en France, apr\u00e8s la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, ce sont les fameuses gr\u00e8ves ouvri\u00e8res des ann\u00e9es 1980, avec la constitution <em>concomitante<\/em> d\u2019un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de l\u2019immigration ou des clandestins et d\u2019un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb musulman. Cette co\u00efncidence r\u00e9v\u00e8le un enjeu central\u00a0: la question de la \u00ab\u00a0l\u00e9gitimit\u00e9 pr\u00e9sentielle\u00a0\u00bb de l\u2019immigration postcoloniale en France.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, lors du fameux tournant de la rigueur, le gouvernement socialiste prend ses distances par rapport aux classes populaires, et notamment immigr\u00e9es\u00a0: l\u2019\u00e9tranger qui est licenci\u00e9 n\u2019a plus de raison d\u2019\u00eatre en France. Abdelmalek Sayad a bien analys\u00e9 cette l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger en France conditionn\u00e9e \u00e0 la question du travail[15. Abdelmalek Sayad, <em>La double absence<\/em>, Paris, Seuil, 1999.]. \u00c9tranger-ch\u00f4meur, \u00e7a n\u2019a pas de sens. Ainsi, au moment m\u00eame o\u00f9 il y a des licenciements massifs qui touchent principalement les immigr\u00e9s, on leur dit ouvertement qu\u2019ils ne doivent plus \u00eatre pr\u00e9sents, qu\u2019ils doivent partir, car ils n\u2019ont plus de travail\u00a0: l\u2019argument int\u00e9griste vient justifier les logiques d\u2019expulsion et de disqualification.<\/p>\n<p>Il faut se rappeler qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, les gr\u00e8ves des ann\u00e9es 1980 ne sont pas d\u00e9crites par les \u00ab\u00a0socialistes\u00a0\u00bb comme des gr\u00e8ves ouvri\u00e8res, mais comme des gr\u00e8ves \u00ab\u00a0saintes\u00a0\u00bb, des gr\u00e8ves \u00ab\u00a0chiites\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0int\u00e9gristes\u00a0\u00bb, noyaut\u00e9es par des fondamentalistes[16. Voir Vincent Gay, \u00ab\u00a0Marche ou gr\u00e8ve \u2013 Cons\u00e9cration du \u201cmouvement beur\u201d et stigmatisation des travailleurs arabes\u00a0\u00bb, Revue <em>Z<\/em>, n\u00b0\u00a08, \u00e9t\u00e9 2014.]. Pourtant, les revendications sont classiques\u00a0: contre les licenciements, pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail, etc. Il y avait seulement en plus la revendication d\u2019un lieu de culte, souvent port\u00e9e par les syndicats. La construction d\u2019une des premi\u00e8res mosqu\u00e9es, \u00e0 Renault-Billancourt en 1976, a \u00e9t\u00e9 soutenue par la CGT \u2013 et m\u00eame par une partie du patronat, qui consid\u00e9rait que si les travailleurs immigr\u00e9s allaient \u00e0 la mosqu\u00e9e, cela faisait du temps en moins pass\u00e9 au local syndical\u00a0!<\/p>\n<p>Mais les choses changent lorsque l\u2019islamophobie vise les enfants d\u2019immigr\u00e9s postcoloniaux qui ont la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb musulman se d\u00e9tache en partie du \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb immigr\u00e9 sans en \u00eatre totalement d\u00e9connect\u00e9. On peut m\u00eame dire qu\u2019il se radicalise puisque, selon l\u2019id\u00e9ologie islamophobe, il est \u00e0 la limite \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb que des travailleurs immigr\u00e9s restent musulmans, puisqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 socialis\u00e9s dans un pays musulman. En revanche, il est tout \u00e0 fait \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb que leurs enfants, pour la plupart n\u00e9s et \u00e9lev\u00e9s en France, persistent dans leur religiosit\u00e9 musulmane. Si, pour les premiers, la \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb est l\u2019expulsion physique du territoire, il en va tout autrement pour les immigr\u00e9s postcoloniaux ayant la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0: l\u2019expulsion[17. Sur ce point, voir le dernier ouvrage de Saskia Sassen, <em>Expulsions<\/em>, Harvard University Press, 2014.] est int\u00e9rieure, sociale, comme si l\u2019on voulait inconsciemment rendre la vie impossible pour favoriser l\u2019auto-expulsion, le d\u00e9part \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou le double exil. Les digues juridiques qui encadraient les diverses volont\u00e9s d\u2019expulser commencent \u00e0 sauter peu \u00e0 peu\u00a0: la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise pour un type sp\u00e9cifique de population est d\u00e8s lors r\u00e9guli\u00e8rement sap\u00e9e par la remise en cause de la double nationalit\u00e9, du droit au travail, du droit \u00e0 \u00eatre \u00e9ligible, du droit de porter un v\u00eatement religieux dans l\u2019espace public, etc.<\/p>\n<p><strong>On voit donc \u00e9merger la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de la pr\u00e9sence en France d\u2019\u00e9trangers, cat\u00e9goris\u00e9s comme de potentiels \u00ab\u00a0int\u00e9gristes\u00a0\u00bb. Quels en sont les effets aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est plut\u00f4t l\u2019inverse. C\u2019est parce qu\u2019on les per\u00e7oit comme ill\u00e9gitimes qu\u2019ils sont qualifi\u00e9s d\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gristes\u00a0\u00bb \u2013 ce qui est de nos jours la forme de disqualification supr\u00eame. Or l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 pr\u00e9sentielle est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la position dans l\u2019appareil de production\u00a0: en ces temps de transformations du capitalisme, l\u2019immigration postcoloniale est consid\u00e9r\u00e9e comme surnum\u00e9raire, r\u00e9siduelle, et c\u2019est en ce sens que l\u2019\u00c9tat expulse certains citoyens comme une entreprise licencie les salari\u00e9s dont elle n\u2019a plus besoin. Les pr\u00e9sum\u00e9s musulmans doivent en quelque sorte chercher une citoyennet\u00e9 ailleurs, pointer au \u00ab\u00a0P\u00f4le emploi\u00a0\u00bb des nations, c\u2019est-\u00e0-dire bien souvent retourner dans leur \u00ab\u00a0pays d\u2019origine\u00a0\u00bb \u2013 qui n\u2019est pas ou plus v\u00e9ritablement le leur.<\/p>\n<p>Or la construction du \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb musulman aurait pu \u00eatre formul\u00e9e de mani\u00e8re tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. On aurait pu dire qu\u2019il existait un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb musulman relevant de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des droits et de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019exercer sa libert\u00e9 de culte. On aurait pu favoriser la cr\u00e9ation de lieux de culte, faire en sorte que les rites respectent des exigences l\u00e9gislatives, sanitaires, etc. Selon Bourdieu, la question patente du d\u00e9bat de 1989, \u00ab\u00a0Peut-on accepter les filles qui portent le hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique\u00a0?\u00a0\u00bb, cachait une question latente \u00ab\u00a0Peut-on accepter ou non l\u2019immigration nord-africaine en France\u00a0?\u00a0\u00bb[18. Pierre Bourdieu, <em>Interventions, 1961-2001, Science sociale et action politique<\/em>, Marseille, Agone, 2002.]. Cette question-l\u00e0 est rest\u00e9e la m\u00eame aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Pour le dire en des termes plus crus, cela veut-il dire que c\u2019est la simple pr\u00e9sence de l\u2019islam sur le territoire fran\u00e7ais qui pose probl\u00e8me\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Une fois que la loi de 2004 a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e, on aurait pu penser que c\u2019\u00e9tait r\u00e9gl\u00e9, que c\u2019\u00e9tait la solution pour atteindre deux objectifs\u00a0: 1) emp\u00eacher que les filles qui ne portent pas le hijab subissent la pression de celles qui le portent, et 2) endiguer la mont\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0islamisme\u00a0\u00bb en France. Et accessoirement que les filles qui le portent l\u2019enl\u00e8vent. Mais cela n\u2019a fait au contraire qu\u2019exacerber les tensions sociales sur cette question\u00a0: d\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 2004, les pionniers de la prohibition ont commenc\u00e9 \u00e0 dire que ce n\u2019\u00e9tait pas suffisant. La pr\u00e9sence des femmes qui portent le hijab, ou de gens qui s\u2019affirment musulmans de mani\u00e8re visible ne pose plus d\u00e9sormais seulement probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00ab\u00a0la\u00efque\u00a0\u00bb, mais \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que l\u2019\u00c9tat et les instances juridiques instituent ce que vous appelez \u00ab\u00a0<em>un r\u00e9gime juridique d\u2019exception<\/em>\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 l\u2019islam. Vous d\u00e9crivez l\u2019islamophobie comme \u00ab\u00a0<em>une persistance contemporaine des modes de gouvernance d\u2019inspiration coloniale<\/em>\u00a0\u00bb. La France aurait-elle encore aujourd\u2019hui, avec ses propres citoyens de confession musulmane, le m\u00eame rapport qu\u2019elle avait avec les indig\u00e8nes colonis\u00e9s en Alg\u00e9rie, ou ailleurs\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pas tout \u00e0 fait. Le lien entre pass\u00e9 colonial et pr\u00e9sent postcolonial ne peut se r\u00e9sumer dans un <em>continuum<\/em>. Il y a plut\u00f4t une logique de continuit\u00e9s\/ruptures\u00a0: les rapports sociaux se reproduisent d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre, mais en se transformant. \u00c0 l\u2019\u00e9poque coloniale, la question du d\u00e9voilement, le fait d\u2019obliger les femmes \u00e0 se d\u00e9voiler[19. <em>Cf.<\/em> Frantz Fanon, \u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie se d\u00e9voile\u00a0\u00bb, <em>L\u2019an V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em>, Paris, Maspero, 1959, r\u00e9\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2011.] s\u2019ins\u00e8re dans une lutte entre nationalistes alg\u00e9riens et colonialistes. Transformer les femmes, c\u2019est asseoir une domination coloniale et maintenir un pouvoir au plus pr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e.<\/p>\n<p>Or la logique territoriale des anciennes colonies n\u2019est plus d\u2019actualit\u00e9. La question du d\u00e9voilement est d\u00e9sormais devenue une technologie de pouvoir pour \u00ab\u00a0g\u00e9rer\u00a0\u00bb la subjectivit\u00e9 musulmane, pour reprendre le vocabulaire de Michel Foucault. La \u00ab\u00a0nouvelle la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression de Fran\u00e7ois Baroin[20. Ancien ministre de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac, Fran\u00e7ois Baroin a r\u00e9dig\u00e9 en 2003 un rapport intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Pour une nouvelle la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb.], est une technique disciplinaire\u00a0: pour \u00eatre pleinement Fran\u00e7ais, et donc citoyen \u00e0 part enti\u00e8re, il ne faut plus \u00eatre un musulman \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb, il faut retirer le hijab. S\u2019obstiner \u00e0 le porter doit se payer\u00a0: cela vous exclut des espaces sociaux \u2013 dans le monde du travail, \u00e0 l\u2019universit\u00e9, dans la fonction publique, etc. Aujourd\u2019hui, c\u2019est devenu l\u2019un des signes de distinction entre les bons et les mauvais Fran\u00e7ais, et c\u2019est en ce sens qu\u2019on peut comprendre le rapport entre le pass\u00e9 colonial et le pr\u00e9sent postcolonial. Dans <em>Les fronti\u00e8res de l\u2019\u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb<\/em>[21. <em>Les fronti\u00e8res de l&#8217;\u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. L&#8217;injonction \u00e0 l&#8217;assimilation en France m\u00e9tropolitaine et coloniale<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2012.], j\u2019ai propos\u00e9 une d\u00e9finition du concept d\u2019h\u00e9ritage colonial et analys\u00e9 comment il a jou\u00e9, et joue encore en partie, dans les proc\u00e9dures d\u2019acquisition du droit de la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais il faut aussi analyser la disciplinarisation \u00ab\u00a0la\u00efque\u00a0\u00bb de la subjectivit\u00e9 musulmane dans le cadre plus large de la construction de l\u2019\u00c9tat la\u00efque, de la formation du \u00ab\u00a0s\u00e9culier\u00a0\u00bb selon l\u2019acception de l\u2019anthropologue Talal Asad[22. Voir Talal Asad, <em>Formations of the Secular : Christianity, Islam, Modernity<\/em>, Stanford University Press, 2003.]. On peut dire que l\u2019\u00c9tat la\u00efque \u00e0 la fois se distingue et prolonge l\u2019\u00c9tat religieux dans la mesure o\u00f9, tout en instaurant une s\u00e9paration juridique entre l\u2019\u00c9tat, les \u00e9glises et les libert\u00e9s de conscience et de culte, il perp\u00e9tue le mod\u00e8le eccl\u00e9sial en produisant ses propres doctrines, institutions, rituels et clercs la\u00efques, formant une sorte de religion civile. Autrement dit, il y a du sacr\u00e9 m\u00eame dans l\u2019\u00c9tat la\u00efque, dont les contours sont d\u00e9termin\u00e9s par les luttes entre \u00ab\u00a0orthodoxes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0h\u00e9t\u00e9rodoxes\u00a0\u00bb, notamment autour de la d\u00e9finition du concept de la\u00efcit\u00e9.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0nouvelle la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb est devenue la nouvelle orthodoxie, et ce basculement de l\u2019id\u00e9ologie dominante de l\u2019\u00c9tat la\u00efque illustre \u00e0 la fois une sorte d\u2019\u00e9paississement de l\u2019\u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb et sa r\u00e9duction \u00e0 la condition des nationaux blancs. Tout ceci se traduit par une logique disciplinaire avou\u00e9e\u00a0: sous couvert de la\u00efcit\u00e9, la parole raciste est compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9e, les injonctions \u00e0 l\u2019assimilation se font de plus en plus violentes et le contr\u00f4le des corps musulmans est quasiment devenu un secteur d\u2019action publique. La construction du \u00ab\u00a0probl\u00e8me musulman\u00a0\u00bb a eu des effets disciplinaires directs puisque les institutions la\u00efques (\u00e9cole, prison, h\u00f4pital, arm\u00e9e, etc.) s\u2019inqui\u00e8tent de \u00ab\u00a0leurs\u00a0\u00bb musulman-e-s, lancent des appels d\u2019offres aux universitaires pour \u00e9valuer le niveau de leur \u00ab\u00a0probl\u00e8me musulman\u00a0\u00bb et suivent les recommandations de ces experts en menant une politique publique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Le cas le plus embl\u00e9matique est bien s\u00fbr l\u2019\u00e9cole publique la\u00efque avec l\u2019interdiction g\u00e9n\u00e9rale du port du hijab et la suspicion \u00e0 l\u2019encontre des personnels suppos\u00e9s musulmans (surveillants et professeurs). Depuis quelques ann\u00e9es, les \u00ab\u00a0craintes\u00a0\u00bb se multiplient aussi dans l\u2019administration p\u00e9nitentiaire autour de la question de la \u00ab\u00a0radicalisation musulmane\u00a0\u00bb, au point qu\u2019un v\u00e9ritable racisme institutionnel s\u2019est mis en place[23. Voir Claire de Galembert, \u00ab&amp;nbs;La gestion de l&#8217;islam en prison\u00a0: un racisme institutionnel\u00a0?\u00a0\u00bb, s\u00e9minaire \u00ab\u00a0Islamophobie\u00a0\u00bb, EHESS, 19 avril 2013, <a href=\"http:\/\/islamophobie.hypotheses.org\/308\">http:\/\/islamophobie.hypotheses.org\/308<\/a>.]. Malheureusement, certains sociologues-experts participent \u00e0 la logique disciplinaire, en adoptant le point de vue institutionnel et, parfois, en th\u00e9orisant la racialisation des musulmans (par exemple au travers de l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0prisonniers la\u00efques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0prisonniers musulmans\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><strong>De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il y a eu une r\u00e9sistance des colonis\u00e9s \u00e0 l\u2019oppression des colons, de quel ordre sont les r\u00e9actions des personnes vis\u00e9es aujourd\u2019hui en France par ce r\u00e9gime juridique d\u2019exception\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9sistance des colonis\u00e9s est tr\u00e8s diff\u00e9rente. Attention \u00e0 ne pas \u00e9dulcorer la violence coloniale en faisant des comparaisons h\u00e2tives. En situation postcoloniale, elles sont vari\u00e9es. On peut parfois observer une sorte de \u00ab\u00a0n\u00e9o-marranisme\u00a0\u00bb, du nom des juifs marranes qui, lors de l\u2019Inquisition, se sont convertis au christianisme. Tout en maintenant secr\u00e8tement leurs habitudes religieuses, certains musulmans choisissent d\u2019invisibiliser leurs pratiques dans l\u2019espace public comme le je\u00fbne du ramadan, le port de la barbe ou du hijab, etc. C\u2019est une sorte de strat\u00e9gie de r\u00e9sistance par la dissimulation. D\u2019autres strat\u00e9gies consistent plut\u00f4t \u00e0 se maintenir dans un entre-soi\u00a0: on est tellement disqualifi\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019on va rester entre nous. Certains d\u00e9cident en revanche de se mobiliser politiquement en affirmant une identit\u00e9 musulmane assum\u00e9e \u00ab\u00a0compatible\u00a0\u00bb avec la \u00ab\u00a0R\u00e9publique\u00a0\u00bb. On observe aussi de plus en plus de d\u00e9cisions d\u2019auto-expulsion ou d\u2019\u00e9migration pure et simple, notamment vers les pays anglo-saxons, mais le recours au droit constitue l\u2019un des principaux ressorts de la lutte contre l\u2019islamophobie, dans une dimension collective et publique.<\/p>\n<p><strong>Comment se manifeste cette mobilisation par le droit\u00a0? Et surtout, comment l\u2019outil juridique peut-il \u00eatre r\u00e9ellement efficace alors m\u00eame que la loi fran\u00e7aise, selon votre \u00e9tude, est discriminatoire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des musulmans\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les rapports entre droit et islamophobie sont complexes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la l\u00e9gislation fran\u00e7aise l\u00e9gitime la volont\u00e9 d\u2019expulsion int\u00e9rieure de certains musulmans, mais il ne s\u2019agit pas d\u2019une l\u00e9gislation raciste <em>stricto sensu<\/em> comme la France l\u2019a connue durant la p\u00e9riode coloniale et vichyste, puisque l\u2019on a affaire \u00e0 une autre formulation du stigmate religieux. Comme le soulignait Hannah Arendt, on peut \u00ab\u00a0\u00e9chapper\u00a0\u00bb au juda\u00efsme par la conversion, mais on ne peut pas \u00ab\u00a0\u00e9chapper\u00a0\u00bb \u00e0 la jud\u00e9it\u00e9. L\u2019islamit\u00e9 comme attribut racial existait durant la p\u00e9riode coloniale, comme l\u2019illustre la s\u00e9gr\u00e9gation sociale et politique qui en a r\u00e9sult\u00e9. M\u00eame converti au christianisme, l\u2019indig\u00e8ne musulman d\u2019Alg\u00e9rie ne sort pas de sa condition de musulman.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019islamit\u00e9 coloniale est diff\u00e9rente de l\u2019islamit\u00e9 postcoloniale. La jud\u00e9it\u00e9 issue de l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamit\u00e9 coloniale ont un fond racial beaucoup plus fort que l\u2019islamit\u00e9 postcoloniale. De nos jours, m\u00eame si l\u2019islamophobie contemporaine tend \u00e0 faire de l\u2019islamit\u00e9 un attribut permanent et d\u00e9finitif, les musulmans en France ne sont pas dans la m\u00eame situation politique et juridique. Ce ne sont pas tous les musulmans qui sont vis\u00e9s par le droit, mais une partie d\u2019entre eux, et plus sp\u00e9cifiquement certaines femmes, qui portent le hijab ou le niqab, qui sont des signes religieux r\u00e9versibles. C\u2019est justement sa diff\u00e9rence avec le droit colonial qui rend le r\u00e9gime postcolonial d\u2019exception plus puissant\u00a0: il ne s\u2019agit pas d\u2019un droit raciste brut, auquel on pourrait s\u2019opposer frontalement, mais d\u2019un droit mouvant qui s\u2019ins\u00e8re dans la marge d\u2019interpr\u00e9tation des juges et dans le pouvoir discr\u00e9tionnaire de l\u2019administration, lesquels interpr\u00e8tent les textes constitutionnels et les conventions internationales selon un pr\u00e9jug\u00e9 islamophobe.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le droit est une ressource tr\u00e8s puissante pour lutter contre ce r\u00e9gime juridique d\u2019exception, voire le dernier rempart lorsque la bataille politique semble perdue. Des mouvements associatifs comme le Collectif contre l\u2019islamophobie en France (CCIF) collaborent avec des avocats, avec l\u2019objectif de provoquer des jurisprudences favorables aux droits des victimes de l\u2019islamophobie. Dans la mesure o\u00f9, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les juridictions supr\u00eames fran\u00e7aises, Conseil constitutionnel, Cour de cassation et Conseil d\u2019\u00c9tat, tendent \u00e0 suivre le mouvement de l\u2019islamophobie politique, il faut plut\u00f4t compter sur les cours europ\u00e9ennes (Cour europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme \u2013 CEDH \u2013 et Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne \u2013 CJUE).<\/p>\n<p>L\u2019objectif des associations est de marginaliser la France, gr\u00e2ce \u00e0 une jurisprudence europ\u00e9enne plus favorable aux droits fondamentaux. Mais les rares affaires qui ont su \u00ab\u00a0monter\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 la CEDH ont suscit\u00e9 beaucoup de d\u00e9ception, puisque la Cour a l\u00e9gitim\u00e9 la loi du 15 mars 2004 sur le port du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique, au nom de la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise de la la\u00efcit\u00e9[24. CEDH, Aktas c. France, 30 juin 2009, 43563\/08, <a href=\"http:\/\/hudoc.echr.coe.int\/sites\/eng\/pages\/search.aspx?i=001-93697\">http:\/\/hudoc.echr.coe.int\/sites\/eng\/pages\/search.aspx?i=001-93697<\/a>.], et la loi du 11 octobre 2010 sur la dissimulation du visage, au nom du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb[25. CEDH, Grande Chambre, S.A.S. c. France, 1er juillet 2014, 43835\/11, <a href=\"http:\/\/hudoc.echr.coe.int\/sites\/eng\/pages\/search.aspx?i=001-145240\">http:\/\/hudoc.echr.coe.int\/sites\/eng\/pages\/search.aspx?i=001-145240<\/a>.]. Ces d\u00e9faites juridiques conduisent les associations \u00e0 se demander\u00a0: si le droit europ\u00e9en n\u2019est pas avec nous, que nous reste-t-il pour emp\u00eacher l\u2019extension du r\u00e9gime d\u2019exception\u00a0?<\/p>\n<hr \/>\n<p>\u2022 <a href=\"http:\/\/www.islamophobie.net\/sites\/default\/files\/GUIDE-PRATIQUE-CCIF.pdf\">T\u00e9l\u00e9chargez le guide pratique du CCIF.<\/a><\/p>\n<p>\u2022 Sur le m\u00eame sujet, on pourra consulter le dossier \u00ab\u00a0Croisades phrygiennes\u00a0\u00bb pr\u00e9par\u00e9 par la revue Z pour son dernier num\u00e9ro paru en juin 2014 : <a href=\"http:\/\/zite.fr\/-Numero-8Venissieux-2014208-pages-2-\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>V\u00e9nissieux, la rouge et la r\u00e9volte, Z n\u00b08<\/em><\/a> disponible en librairie.<\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_342_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_342_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_342_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_342_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_342_1('footnote_plugin_tooltip_342_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_342_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, \u00ab\u00a0L\u2019extension de la &#8220;fonction publique&#8221;\u00a0: argument juridique d\u2019une discrimination l\u00e9gale\u00a0\u00bb, d\u00e9cembre 2011, <a href=\"http:\/\/islamophobie.hypotheses.org\/66\"><span class=\"footnote_url_wrap\">http:\/\/islamophobie.hypotheses.org\/66<\/span><\/a>.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_342_1() { jQuery('#footnote_references_container_342_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_342_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_342_1() { jQuery('#footnote_references_container_342_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_342_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_342_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_342_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_342_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_342_1(); } } function footnote_moveToAnchor_342_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_342_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des premi\u00e8res \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb m\u00e9diatis\u00e9es de lyc\u00e9ennes portant le hijab en 1989 \u00e0 la loi de 2004 interdisant le voile \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u2013 alors pudiquement qualifi\u00e9 de signe religieux ostensible \u2013, la peur de l\u2019islam a gagn\u00e9 l\u2019\u00c9tat et les m\u00e9dias. 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