{"id":3980,"date":"2017-06-22T18:33:59","date_gmt":"2017-06-22T16:33:59","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=3980"},"modified":"2017-06-22T18:33:59","modified_gmt":"2017-06-22T16:33:59","slug":"nuclear-history-x","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2017\/06\/22\/nuclear-history-x\/","title":{"rendered":"Nuclear History X"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">D\u00e9but mai 2017, un tunnel rempli de d\u00e9chets radioactifs s\u2019est effondr\u00e9 sur le site de Hanford, dans l\u2019\u00c9tat de Washington, \u00e0 275&#160;km de Seattle. Depuis 1943, les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires et les usines de retraitement de ce complexe ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 soixante tonnes de plutonium, \u00e9quipant les deux tiers de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire am\u00e9ricain. Cette production, extr\u00eamement polluante, a cr\u00e9\u00e9 d\u2019immenses quantit\u00e9s de d\u00e9chets chimiques et radiologiques qui empoisonnent encore aujourd\u2019hui les rives du majestueux fleuve Columbia, si bien que ce gigantesque combinat, seize fois plus grand que Paris, o\u00f9 s\u2019agitent aujourd\u2019hui 9&#160;000 d\u00e9contaminateurs, est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus grand d\u00e9potoir nucl\u00e9aire du continent am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/HanfordBAT.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mardi 9 mai, un trou de six&#160;m\u00e8tres de large est d\u00e9couvert dans une tranch\u00e9e couverte de Hanford. Les alarmes du site r\u00e9sonnent et poussent la plupart des employ\u00e9s \u00e0 \u00e9vacuer le complexe nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1965, on avait \u00ab&#160;gar\u00e9&#160;\u00bb dans ce tunnel huit wagons t\u00e9l\u00e9command\u00e9s remplis de 600&#160;m<sup>3<\/sup> de d\u00e9chets nucl\u00e9aires issus de l&#8217;usine de retraitement attenante, avant de recouvrir le tout de sable et de graviers. Ce moyen de stockage devait \u00eatre temporaire&#160;: les ing\u00e9nieurs finiraient bien par trouver une solution aux d\u00e9chets de forte activit\u00e9&#160;! Probl\u00e8me&#160;: avec le temps, les rayons gamma ont attaqu\u00e9 le bois de sout\u00e8nement qui a fini par c\u00e9der. Heureusement, les trois m\u00e8tres de poussi\u00e8res et de sables, tomb\u00e9s sur les wagons lors de l\u2019effondrement semblent avoir fix\u00e9 la contamination au sol. Dans les jours qui ont suivi, les ing\u00e9nieurs du site ont recouvert d\u2019une b\u00e2che toute la longueur du tunnel et ont parl\u00e9 de combler la cavit\u00e9 b\u00e9ante avec des gravats. Moins d\u2019un mois plus tard, le 8 juin, les alarmes se sont affol\u00e9es \u00e0 nouveau \u00e0 Hanford. Cette fois, c&#8217;est la destruction d\u2019une usine de retraitement de plutonium datant de la fin des ann\u00e9es 1940 qui a dispers\u00e9 des contaminants et forc\u00e9 les ouvriers \u00e0 se calfeutrer pendant plusieurs heures. Ces accidents r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ont expos\u00e9 m\u00e9diatiquement Hanford et ses activit\u00e9s, mais le site est depuis retourn\u00e9 \u00e0 l\u2019anonymat. Pourtant, malgr\u00e9 leur c\u00f4t\u00e9 spectaculaire, les deux incidents n\u2019ont mis en jeu que de faibles quantit\u00e9s de polluants radioactifs. Le site a connu, sur son histoire, des contaminations beaucoup plus s\u00e9rieuses et le pire est peut-\u00eatre \u00e0 venir, avec le chantier de \u00ab&#160;remise en \u00e9tat&#160;\u00bb cens\u00e9 durer plusieurs d\u00e9cennies\u2026 Voici l\u2019histoire terrible de cette catastrophe rampante\u2026 <\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_010.jpg\" alt=\"\" width=\"1386\" height=\"1109\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3993\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Naissance du site<\/h3>\n<p class=\"textbody\">En 1942, Leslie Groves, le riant directeur militaire du projet Manhattan&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_3980_1('footnote_plugin_reference_3980_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_3980_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_3980_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, veut obtenir quelques dizaines de kilogrammes de plutonium avant la fin de la guerre, de quoi assembler deux bombes atomiques. Son probl\u00e8me est que le plutonium, inexistant dans la nature, ne se fabrique qu\u2019en laboratoire, dans des quantit\u00e9s de l\u2019ordre du microgramme. Sous ses ordres, les scientifiques du MetLab de Chicago et de Los Alamos au Nouveau-Mexique sont charg\u00e9s de concevoir un proc\u00e9d\u00e9 capable de fournir les quantit\u00e9s requises de plutonium. Sur le papier, rien de trop complexe&#160;: on irradie de l\u2019uranium dans une pile nucl\u00e9aire \u2013&#160;ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui un r\u00e9acteur. Une partie de cet uranium se transmute par capture neutronique en plutonium. On r\u00e9cup\u00e8re ensuite ce m\u00e9lange uranium\/plutonium qu\u2019on s\u00e9pare par des proc\u00e9d\u00e9s chimiques. Mais Groves, lui-m\u00eame ing\u00e9nieur de formation, sait que les th\u00e9oriciens du projet Manhattan, aussi brillants soient-ils, ne s\u2019y connaissent pas suffisamment en ing\u00e9nierie et en chimie, et que le passage du laboratoire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle n&#8217;est pas dans leurs cordes. Aussi confie-t-il la construction du site de production de plutonium \u00e0 l\u2019entreprise chimique DuPont, seule capable, selon lui, d\u2019assurer la faisabilit\u00e9 du projet&#160;[2. Sur DuPont et son implication dans le projet Manhattan, lire l\u2019excellent livre de Pap Ndiaye. <em>Du nylon et des bombes&#160;: Du Pont de Nemours, le march\u00e9 et l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain, 1900-1970<\/em>. Belin, 2001.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Fin 1942, le colonel Matthias, factotum de Groves, et des ing\u00e9nieurs de DuPont cherchent un lieu o\u00f9 b\u00e2tir le complexe nucl\u00e9aire. On imagine d\u00e9j\u00e0, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, qu\u2019un r\u00e9acteur au syst\u00e8me de refroidissement compromis puisse exploser et r\u00e9pandre des radionucl\u00e9ides des dizaines de kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde. On sait aussi que l\u2019usine de retraitement envisag\u00e9e d\u00e9gagera des effluents gazeux tr\u00e8s radioactifs \u00e0 chaque \u00e9tape de la cha\u00eene de production. Groves insiste pour que le futur complexe soit b\u00e2ti loin de la c\u00f4te Est et du Midwest et envisage la construction dans les zones faiblement habit\u00e9es de l\u2019Ouest am\u00e9ricain. Matthias et les ing\u00e9nieurs de DuPont survolent six sites en quelques jours, et c\u2019est celui de Hanford qui retient leur attention. Situ\u00e9 sur les rives du fleuve Columbia, au sud-est de l\u2019\u00c9tat de Washington, il est \u00e0 plus de 250&#160;kilom\u00e8tres des centres urbains les plus proches, Spokane et Seattle. Par ailleurs, le d\u00e9bit du fleuve est suffisant pour refroidir les r\u00e9acteurs&#160;; et le barrage de Grand Coulee, en amont peut assurer un apport d\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique au site.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En mars 1943, le site \u00e9tant choisi, le projet Manhattan ach\u00e8te 1&#160;600&#160;km\u00b2 de terres et donne trois mois aux quelques milliers d\u2019habitants qui y vivent pour d\u00e9camper, en \u00e9change d\u2019une indemnisation, sans leur expliquer pourquoi ils sont expropri\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_007.jpg\" alt=\"\" width=\"879\" height=\"1144\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3990\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Malgr\u00e9 la p\u00e9nurie de main d\u2019\u0153uvre, courante en temps de guerre, on attire jusqu\u2019\u00e0 cinquante mille ouvriers venant de tout le pays avec des prospectus vantant des salaires mirifiques et un cadre de vie en pleine nature. Mais ceux-ci ne d\u00e9couvrent qu\u2019un pays aride, soumis \u00e0 des temp\u00eates de sable continuelles, avec pour seuls lieux de loisir les <em>saloons<\/em> sordides install\u00e9s par DuPont pr\u00e8s des baraquements d\u2019habitation. Les nombreux d\u00e9parts sont compens\u00e9s par du sang neuf et, en mois de deux ans, on construit trois r\u00e9acteurs s\u2019\u00e9grainant tous les huit kilom\u00e8tres le long du Columbia, plus deux usines de retraitement quinze kilom\u00e8tres plus au sud. Une fois les b\u00e2tisseurs partis, arrivent ing\u00e9nieurs et techniciens, responsables de la production de plutonium. \u00c0 la fin de la guerre, le travail \u00e0 Hanford s\u2019effectue dans le secret le plus absolu, par peur de l\u2019espionnage nazi et sovi\u00e9tique. Les mots uranium et plutonium sont proscrits et remplac\u00e9s, dans les rapports internes, par des noms chiffr\u00e9s. Les ing\u00e9nieurs de DuPont se voient interdire les prises de note et jusqu\u2019\u00e0 la possession d&#8217;un journal intime. Le travail est tellement compartiment\u00e9 qu\u2019\u00e0 part les hauts grad\u00e9s et les huiles de DuPont, les employ\u00e9s du site ne connaissent pas la finalit\u00e9 de leur travail. M\u00eame Truman, alors vice-pr\u00e9sident, n\u2019est pas au courant de ce qui se passe \u00e0 Hanford, et il devra attendre d\u2019arriver \u00e0 la magistrature supr\u00eame pour conna\u00eetre l\u2019existence du complexe et son but.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_005.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3988\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Apr\u00e8s la guerre, encore la guerre<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s la destruction de Nagasaki, le 9 ao\u00fbt 1945, Hanford et Richland, la ville attenante qui h\u00e9berge les ing\u00e9nieurs, se retrouvent sous les projecteurs. La presse am\u00e9ricaine salue les ing\u00e9nieurs et leur \u0153uvre \u00e9patante, la bombe. Dans l&#8217;euphorie patriotique qui gagne le pays suite \u00e0 l&#8217;\u00e9crasement du Japon, la ville de Richland se pare de symboles guerriers&#160;: l\u2019\u00e9quipe de football locale choisit pour nom The Bombers et pour logo, un champignon nucl\u00e9aire\u2026 Le job accompli, DuPont peut partir la t\u00eate haute, et laisse la gestion du site \u00e0 General Electric.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Jusqu\u2019en 1949, la production de plutonium baisse, ce qui ne manque pas d\u2019inqui\u00e9ter les employ\u00e9s qui ont peur de perdre leur gagne-pain. Mais le 29 ao\u00fbt de cette ann\u00e9e, l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe nucl\u00e9aire sovi\u00e9tique \u2013&#160;que l\u2019on n&#8217;attendait que dix ou quinze ans plus tard&#160;\u2013 et les tensions relatives \u00e0 la guerre de Cor\u00e9e relancent le complexe. En une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, on y construit six r\u00e9acteurs suppl\u00e9mentaires, ainsi que deux nouvelles usines de s\u00e9paration du plutonium. Le site atteint alors sur la p\u00e9riode 1960-1965 son pic de productivit\u00e9&#160;: 5&#160;tonnes de plutonium par an \u2013&#160;de quoi \u00e9quiper trois bombes de Nagasaki par jour&#160;! Au cours des ann\u00e9es 1970, l\u2019activit\u00e9 du complexe de Hanford diminue sensiblement, au gr\u00e9 des accords de d\u00e9sarmement sign\u00e9s avec les Sovi\u00e9tiques, avant de conna\u00eetre un bref regain sous la pr\u00e9sidence du cow-boy en chef Reagan. Le dernier r\u00e9acteur est arr\u00eat\u00e9 en 1987. Quant \u00e0 la seule usine de retraitement alors encore en activit\u00e9, elle fermera ses portes en 1990.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_003.jpg\" alt=\"\" width=\"2834\" height=\"2042\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3986\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Un secret qui fuite<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Au cours des quatre d\u00e9cennies de son fonctionnement, Hanford a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 d&#8217;innombrables pollutions chimiques et radiologiques sous formes solide, liquide et gazeuse. Le sentiment d\u2019urgence inh\u00e9rent \u00e0 la Seconde Guerre, puis \u00e0 la Guerre froide, ainsi que l\u2019atmosph\u00e8re de secret qui entourait les activit\u00e9s du site ont augment\u00e9 dramatiquement ces contaminations.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Entre 1944 et 1988, les usines de retraitement de Hanford ont produit des millions de m\u00e8tres cubes de d\u00e9chets liquides radioactifs, sous-produits de l\u2019extraction du plutonium. Les moins actifs furent dispos\u00e9s dans 1&#160;200 tranch\u00e9es, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des usines de s\u00e9paration. Comme le raconte en 1948 le principal expert en radioprotection de Hanford&#160;: \u00ab&#160;<em>Cette m\u00e9thode est un exp\u00e9dient temporaire, mais n\u00e9cessaire [\u2026] permettant d\u2019\u00e9viter des co\u00fbts absurdes de mise en cuve de ces d\u00e9chets&#160;[3. H. Parker, <em>Speculations on Long-Range Waste Disposal<\/em> Hazards, HW 8674 (RL&#160;: HEW, January 26), <em>1948<\/em>.].<\/em>&#160;\u00bb Depuis le d\u00e9but des activit\u00e9s, pas moins de 500&#160;milliards de litres de d\u00e9chets de faible activit\u00e9 ont ainsi \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s dans le sol, dans des fosses ou en tranch\u00e9es couvertes\u2026 <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_001.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3984\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Les d\u00e9chets les plus radioactifs \u2013&#160;dits de haute activit\u00e9&#160;\u2013 ne pouvant \u00eatre simplement d\u00e9pos\u00e9s, on a construit, entre 1944 et 1964, 149&#160;cuves d\u2019aciers entour\u00e9es de b\u00e9ton pour les stocker. Initialement con\u00e7ues avec une esp\u00e9rance de vie de vingt ans, ces cuves ont \u00e9t\u00e9 rapidement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es par la corrosivit\u00e9 des d\u00e9chets. Les premi\u00e8res fuites ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9es en 1956. On estime aujourd\u2019hui que 70 de ces cuves ont fuit, lib\u00e9rant dans le sol un cocktail d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de produits de fission fortement radioactifs (c\u00e9sium&#160;137, strontium&#160;90, etc.). Dans les ann\u00e9es 1970, on a install\u00e9 28&#160;cuves \u00e0 double coque, d\u2019une capacit\u00e9 de trois&#160;millions de litres chacune pour y transf\u00e9rer les liquides des r\u00e9servoirs qui fuyaient. Cens\u00e9e r\u00e9gler le probl\u00e8me des d\u00e9chets de haute activit\u00e9, une de ces nouvelles cuves, elle aussi corrod\u00e9e, fuit d\u00e8s 2012. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Les radionucl\u00e9ides issus de ces fuites migrent lentement \u2013&#160;mais s\u00fbrement&#160;\u2013 vers le fleuve Columbia par le sol et la nappe phr\u00e9atique et 105&#160;km<sup>2<\/sup> d\u2019aquif\u00e8re sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 contamin\u00e9s \u00e0 Hanford&#160;[4. Goswami, D. D. A Sitewide Approach to Clean up the Groundwater at the Hanford Nuclear Facility, Washington State. In&#160;<em>2015 NGWA Groundwater Summit<\/em>. Ngwa.].<\/p>\n<h3 class=\"section\">Le <em>Green Run<\/em><\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9chets liquides, les usines de retraitement de Hanford sont aussi responsables de contaminations atmosph\u00e9riques, majoritairement lib\u00e9r\u00e9es entre 1944 et 1965, sous formes de gaz, de vapeurs et de particules. Le combustible us\u00e9 qui arrivait dans l\u2019usine \u00e9tait plac\u00e9 dans des bains acides pour dissoudre la gaine d\u2019aluminium qui l\u2019entourait et atteindre le plutonium. Cette r\u00e9action rel\u00e2chait dans l\u2019atmosph\u00e8re de l\u2019iode radioactif, mais aussi des particules fines de plutonium, de strontium&#160;90, etc. Au cours de la phase de production de Hanford, environ 800&#160;000 curies&#160;[5. Le curie est une unit\u00e9 de mesure de la radioactivit\u00e9. Un curie correspond \u00e0 la radioactivit\u00e9 d\u2019un gramme de radium. Aujourd\u2019hui, le curie a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 officiellement par une autre unit\u00e9 de mesure, le becquerel, mais il continue d\u2019\u00eatre utilis\u00e9, car il est adapt\u00e9 \u00e0 la mesure des fortes radioactivit\u00e9s. ] d\u2019iode&#160;131 ont ainsi \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9s par les chemin\u00e9es des usines de retraitement. La majorit\u00e9 de la contamination atmosph\u00e9rique date des trois premi\u00e8res ann\u00e9es, quand les chemin\u00e9es de ces usines n\u2019avaient pas encore de filtres. Ainsi, pour la seule ann\u00e9e 1945, on rejeta 340&#160;000 curies d\u2019iode&#160;131 \u00e0 Hanford&#160;[6. Ces chiffres sont \u00e0 mettre en balance avec les 14&#160;curies d\u2019iode&#160;131 ayant fuit lors de l\u2019accident nucl\u00e9aire de Three Mile Island\u2026]. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_006.jpg\" alt=\"\" width=\"654\" height=\"668\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3989\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Un de ces d\u00e9gazages radioactifs d\u2019iode&#160;131 m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re, tant par son ampleur que par l\u2019intentionnalit\u00e9 \u00e9cervel\u00e9e de la contamination&#160;: il s\u2019agit du test dit <em>Green Run<\/em>, effectu\u00e9 la nuit du 2 d\u00e9cembre 1949. \u00c0 Hanford, en fonctionnement normal, avant de retraiter le combustible issu des r\u00e9acteurs \u00e0 l\u2019usine, on le laissait refroidir en piscine pendant trois mois, de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019il perde la plupart de ses \u00e9l\u00e9ments radioactifs \u00e0 vie courte, comme l\u2019iode&#160;131. Au cours du test <em>Green Run<\/em>, le combustible n\u2019a \u00e9t\u00e9 refroidi que trois semaines&#160;: il \u00e9tait donc des centaines de fois plus radioactif que d\u2019habitude, encore \u00ab&#160;vert&#160;\u00bb. Selon les responsables de la radioprotection \u00e0 Hanford, ce test a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 la demande de l\u2019arm\u00e9e. Les militaires pensaient que les Sovi\u00e9tiques, qui venaient de faire leur premier essai nucl\u00e9aire, devaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 produire du plutonium \u00e0 plein r\u00e9gime pour se constituer un arsenal. Il \u00e9tait donc probable qu\u2019ils r\u00e9duisaient eux-m\u00eames le temps de refroidissement en piscine pour acc\u00e9l\u00e9rer la production, et qu\u2019ainsi leurs usines de retraitement \u00e9mettaient beaucoup d\u2019iode radioactif. C\u2019est seulement pour pouvoir \u00e9talonner leurs appareils de d\u00e9tection avant un futur survol de l\u2019URSS que l\u2019US Air Force a demand\u00e9 aux ing\u00e9nieurs de Hanford d\u2019utiliser du combustible \u00ab&#160;vert&#160;\u00bb et d\u2019enlever les filtres. Les m\u00e9t\u00e9orologues, qui sont des gens pr\u00e9voyants, avaient pr\u00e9dit que l\u2019iode&#160;131 se disperserait au-dessus du Pacifique. Mais voil\u00e0, une temp\u00eate surprit tout le monde, et dissipa les effluents gazeux sur les villages ou fermes des environs, contaminant l\u2019\u00c9tat de Washington et l\u2019Oregon, sans que les habitants en soient inform\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_009.jpg\" alt=\"\" width=\"1025\" height=\"808\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3992\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Qui va nettoyer tout \u00e7a maintenant&#160;?<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est qu\u2019en 1986 que les activit\u00e9s de Hanford et les contaminations qu\u2019elles ont entra\u00een\u00e9es sont connues du public. Des \u00e9cologistes et des journalistes se saisissent alors du <em>Freedom of Information Act<\/em>, une loi de 1967 qui permet \u00e0 chaque citoyen de demander \u00e0 n\u2019importe quelle agence gouvernementale la publication de ses archives. Ainsi, le <em>Department of Energy <\/em>(DOE), administrateur du site, se voit forcer de rendre public 19&#160;000 rapports internes sur Hanford qui racontent sans fard les tr\u00e8s importantes contaminations des ann\u00e9es 1945-1965.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1990, le DOE stoppe la production de plutonium et signe un accord tripartite avec l\u2019Agence am\u00e9ricaine de protection de l\u2019environnement et le secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019\u00c9cologie de l\u2019\u00c9tat de Washington. Cet accord pr\u00e9voit le nettoyage du site de Hanford et l\u2019am\u00e9lioration du stockage des d\u00e9chets. Le calendrier fix\u00e9 est tr\u00e8s optimiste&#160;: il imagine la fin des travaux vers 2010. Mais avec les ann\u00e9es, les incidents et accidents se sont multipli\u00e9s&#160;: fuites r\u00e9centes de cuves \u00e0 simple et double enveloppes, ou effondrement du toit d\u2019un tunnel renfermant des d\u00e9chets ce 9 mai 2017\u2026 <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le DOE a promis de r\u00e9gler le probl\u00e8me des cuves et s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 les vider, \u00e0 en \u00ab&#160;vitrifier&#160;\u00bb le contenu avant de le d\u00e9placer dans un site de stockage permanent de l\u2019\u00c9tat du Nevada. Aujourd\u2019hui, l&#8217;usine de vitrification n&#8217;est toujours pas fonctionnelle, quant au projet de site d&#8217;enfouissement \u00e0 Yucca Moutain (Nevada), il a \u00e9t\u00e9 totalement abandonn\u00e9 en 2009. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Entre le d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9acteurs, la gestion des sols et des nappes phr\u00e9atiques contamin\u00e9s et la vidange des cuves, la fin du chantier de rem\u00e9diation \u00e0 Hanford \u00e0 \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9e aux calendes grecques. Les plus chagrins parlent des ann\u00e9es 2080 et d\u2019un co\u00fbt de 110 milliards de dollars&#160;! <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_002.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3985\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ainsi, pour construire leur arsenal nucl\u00e9aire, les \u00c9tats-Unis ont-ils sacrifi\u00e9 une large portion de leur territoire, et les bombes destin\u00e9es \u00e0 l\u2019URSS auront au final empoisonn\u00e9 des citoyens am\u00e9ricains. Les Russes, de leur c\u00f4t\u00e9, ne sont pas en reste. Construit en 1948 par des esclaves du goulag, le complexe nucl\u00e9aire de Mayak, dans l\u2019Oural, \u00e9quivalent parfait de Hanford, est encore plus l\u00e9tal&#160;: au-del\u00e0 des contaminations de fonctionnement, trois accidents nucl\u00e9aires majeurs s\u2019y sont produits&#160;[7. \u00c0 Mayak, de 1948 \u00e0 1951, les autorit\u00e9s rel\u00e2chaient les d\u00e9chets liquides dans la rivi\u00e8re Techa, contaminant les riverains qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus ni emp\u00each\u00e9s d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019eau. En 1957, une cuve \u00e0 d\u00e9chets de haute activit\u00e9 a explos\u00e9, r\u00e9pendant 18&#160;millions de curies de sous-produits de fission sur le site et 2&#160;millions sur la r\u00e9gion environnante. Enfin, en 1967, des d\u00e9chets inject\u00e9s dans un lac ont fait monter la temp\u00e9rature de l\u2019eau et baisser son niveau. Des s\u00e9diments radioactifs ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour et dispers\u00e9 par une temp\u00eate.]&#160;! Pire, les autorit\u00e9s russes, actant la destruction \u00e9cologique engag\u00e9e \u00e0 Mayak, ont d\u00e9cid\u00e9 de faire du lieu une poubelle nucl\u00e9aire accueillant des d\u00e9chets radioactifs du monde entier\u2026 <\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Hanford_008.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3988\" \/><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3980_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3980_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_3980_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_3980_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_3980_1('footnote_plugin_tooltip_3980_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_3980_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Nom de code du projet am\u00e9ricain de construction d&#8217;une bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale. Le projet Manhattan employa plus de 120&#160;000 personnes sur une trentaine de sites.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_3980_1() { jQuery('#footnote_references_container_3980_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3980_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_3980_1() { jQuery('#footnote_references_container_3980_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3980_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3980_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_3980_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3980_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_3980_1(); } } function footnote_moveToAnchor_3980_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3980_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9but mai 2017, un tunnel rempli de d\u00e9chets radioactifs s\u2019est effondr\u00e9 sur le site de Hanford, dans l\u2019\u00c9tat de Washington, \u00e0 275&#160;km de Seattle. Depuis 1943, les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires et les usines de retraitement de ce complexe ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 soixante tonnes de plutonium, \u00e9quipant les deux tiers de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire am\u00e9ricain. 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