{"id":4474,"date":"2017-10-05T11:23:18","date_gmt":"2017-10-05T09:23:18","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=4474"},"modified":"2017-10-05T11:23:18","modified_gmt":"2017-10-05T09:23:18","slug":"le-mot-securite-arrete-la-communication-des-etres-des-espaces-et-des-experiences","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2017\/10\/05\/le-mot-securite-arrete-la-communication-des-etres-des-espaces-et-des-experiences\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le mot \u201cs\u00e9curit\u00e9\u201d arr\u00eate la\u00a0communication des \u00eatres, des espaces et des exp\u00e9riences\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p><strong>Avec le concours de Thierry Gaubert<\/strong><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Jef Klak<\/em> s&#8217;efforce de faire se c\u00f4toyer des r\u00e9alit\u00e9s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Comme ce <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/gaite-lyrique.net\/soiree-speciale-jef-klak\">11 avril 2017<\/a>, quand le collectif de la revue a invit\u00e9 le philosophe Jacques Ranci\u00e8re \u00e0 s&#8217;exprimer apr\u00e8s une lecture-th\u00e9\u00e2tre parlant du <em>Cort\u00e8ge de t\u00eate<\/em> <span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4474_1('footnote_plugin_reference_4474_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_4474_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_4474_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> durant les manifestations contre la loi Travail de 2016. Au cours de cette soir\u00e9e dans l&#8217;institutionnel lieu culturel de La Ga\u00eet\u00e9 Lyrique \u00e0 Paris, des personnes bloqu\u00e9es \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e par les vigiles et l&#8217;administration du lieu ont interrompu les discussions. Celles et ceux \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur sont intervenu.es pour faire rentrer une partie du public rest\u00e9e aux portes. Non sans esclandre. Voici donc les paroles de Jacques Ranci\u00e8re ce soir-l\u00e0, r\u00e9pondant aux questions pr\u00e9par\u00e9es par Jef Klak, et improvisant face \u00e0 celles pos\u00e9es par la situation.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Ranciere_Site_JK.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Votre pens\u00e9e s\u2019articule autour d\u2019images que vous nommez \u00ab\u00a0sc\u00e8nes\u00a0\u00bb\u00a0; pourriez-vous d\u00e9finir ce que vous entendez par l\u00e0\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00ab\u00a0sc\u00e8ne politique\u00a0\u00bb, que vous appelez aussi \u00ab\u00a0sc\u00e8ne du peuple\u00a0\u00bb\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00ab\u00a0sc\u00e8ne esth\u00e9tique\u00a0\u00bb\u00a0? Et selon vous, quelles sc\u00e8nes sont apparues lors du mouvement du printemps dernier \u00ab\u00a0contre la loi Travail et son monde\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Une \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb, c\u2019est un moment qu\u2019on essaie de d\u00e9couper, avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il porte son sens en lui-m\u00eame. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on isole un moment\u00a0: on ne cherche plus \u00e0 expliquer qu\u2019il est arriv\u00e9 ceci parce qu\u2019on est \u00e0 tel moment de l\u2019histoire du capital, de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9tat, etc. On essaie d\u2019isoler des moments significatifs dans lesquels on estime que l\u2019on n\u2019a pas besoin d\u2019aller chercher ailleurs, qu\u2019ils portent en eux-m\u00eames le principe de leur intelligibilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce que j\u2019ai toujours essay\u00e9 de faire, c\u2019est d\u2019isoler des moments. J\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque sur un livre qui s\u2019appelle <em>La Nuit des prol\u00e9taires<\/em>\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4474_1('footnote_plugin_reference_4474_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_4474_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">2<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_4474_1_2\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. Normalement, on explique que l\u2019\u00e9mancipation ouvri\u00e8re passe par la grande industrie, telle ou telle forme de d\u00e9veloppement du capital, et ainsi de suite. J\u2019ai essay\u00e9 de dire que cela passe finalement par des moments singuliers. Par exemple quand, au lieu d\u2019alterner normalement travail et repos, des gens ne vont pas dormir et consacrent leur nuit \u00e0 se rencontrer, \u00e0 discuter, \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 tout ce qu\u2019on veut\u2026<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1340155-gf.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4470\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/1340155-gf.jpg\" alt=\"\" width=\"338\" height=\"548\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce que j\u2019ai appel\u00e9 \u00ab\u00a0sc\u00e8ne esth\u00e9tique\u00a0\u00bb, c\u2019est aussi cela\u00a0: tout d\u2019un coup, il y a quelque chose qui change dans ce qu\u2019on d\u00e9finit comme art. Des choses qui n\u2019\u00e9taient pas de l\u2019art le deviennent. Il y a des \u00e9v\u00e9nements qui instituent \u00e0 la fois un moment et une forme d\u2019individualit\u00e9 diff\u00e9rente. C\u2019est un peu la m\u00e9thode Jacotot\u00a0[2. Dans <em>Le Ma\u00eetre ignorant<\/em> (\u00ab\u00a010-18\u00a0\u00bb, Fayard, 2004), Jacques Ranci\u00e8re rappelle l\u2019exp\u00e9rience de Joseph Jacotot (1770-1840), professeur fran\u00e7ais \u00e0 Louvain, dont les \u00e9l\u00e8ves flamands apprennent le fran\u00e7ais tout seuls \u00e0 partir d\u2019une \u00e9dition bilingue de <em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em>, et qui en d\u00e9duit une m\u00e9thode d\u2019enseignement dite du \u00ab\u00a0ma\u00eetre ignorant\u00a0\u00bb.] de l\u2019\u00e9mancipation intellectuelle\u00a0: on part d\u2019un petit point et on essaie de voir ce qui peut se construire \u00e0 partir de l\u00e0. Ce petit point, \u00e7a peut \u00eatre quelque chose de visible, comme un affrontement dans la rue, ou bien des gens qui, au lieu de partir en manif, d\u00e9cident de s\u2019arr\u00eater et d&#8217;occuper une place.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c7a peut partir de presque rien\u2026 Cela peut m\u00eame, en un sens, ne pas \u00eatre une sc\u00e8ne r\u00e9elle\u00a0: \u00e7a peut \u00eatre un ouvrier-menuisier qui correspond avec un intellectuel saint-simonien et lui met un petit mot pour lui dire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le temps ne m\u2019appartient pas, mais demain, si tu te trouvais Place de la Bourse entre deux heures et deux heures et demie, nous nous verrions comme les ombres mis\u00e9rables des bords de l\u2019enfer\u00a0[3. Lettre de Gabriel Gauny \u00e0 Mo\u00efse R\u00e9touret, 12 octobre 1833 .].<\/em>\u00a0\u00bb En un sens, ce n\u2019est rien, mais \u00e7a dit tout. Ceux qui ont le temps, ceux qui n\u2019ont pas le temps\u00a0: comment est-ce qu\u2019au bord de la place de la Bourse, on trouve le temps, non de s\u2019enfermer dans les grandes explications sur la dynamique du capital, mais de voir comment des rencontres sont possibles ou pas. C\u2019est un peu cela dont il est question aujourd\u2019hui. Simplement, ce qui est important, c\u2019est qu\u2019une sc\u00e8ne, ce n\u2019est pas quelque chose d\u2019instantan\u00e9, il ne suffit pas de prendre un clich\u00e9. Pour illustrer Mai-68, on voit toujours la <em>passionaria<\/em> sur les \u00e9paules d\u2019un copain. Mais qu\u2019est-ce que cette photo dit au juste\u00a0? Qu\u2019est-ce qu&#8217;on dit de Mai-68 en montrant cet instantan\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans la lecture de <em>Cort\u00e8ge de t\u00eate<\/em> qui vient d\u2019\u00eatre faite, il y a cette histoire du gars qui se construit un bouclier pour se prot\u00e9ger des policiers pendant les manifs. \u00ab\u00a0<em>Les flics en portent bien, eux aussi. Donc, pourquoi pas moi\u00a0? Je me bricole mon bouclier. Et ce bouclier<\/em>, dit le manifestant,<em> \u00e7a m\u2019a servi \u00e0 faire des rencontres.<\/em>\u00a0\u00bb On n\u2019a pas l\u2019impression que le bouclier ait jamais servi \u00e0 quelque action militaire. \u00c7a, \u00e7a peut \u00eatre une sc\u00e8ne. Ce qui est tent\u00e9 dans <em>Cort\u00e8ge de t\u00eate<\/em>, c\u2019est de construire des sc\u00e8nes pour montrer r\u00e9trospectivement ce qui s\u2019est pass\u00e9 pendant le mouvement social, et qu\u2019on n\u2019avait pas forc\u00e9ment vu.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Le mouvement contre la loi Travail a montr\u00e9 la difficult\u00e9 des centrales syndicales \u00e0 contr\u00f4ler les manifestations comme elles l\u2019entendaient. Elles \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9bord\u00e9es, \u00e0 l&#8217;avant, par ce qu\u2019on appelait les \u00ab\u00a0cort\u00e8ges de t\u00eate\u00a0\u00bb. Pour autant, ces m\u00eames institutions ont continu\u00e9 \u00e0 donner le tempo de la mobilisation. Ainsi, le fait qu\u2019elles ne convoquent pas de nouvelles manifestations apr\u00e8s celles du 15 septembre 2016 a pour ainsi dire sonn\u00e9 la fin du mouvement. Dans un entretien \u00e0 Mediapart.fr\u00a0[4. \u00ab\u00a0La transformation d\u2019une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte\u00a0\u00bb, 30 avril 2016, Propos recueillis par Joseph Confavreux.] \u00e0 propos de Nuit Debout, vous disiez\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le fond du probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il faut imaginer des formes de vie politiques qui \u00e0 la fois soient enti\u00e8rement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes par rapport \u00e0 cette vie politique officielle, enti\u00e8rement confisqu\u00e9e par une classe de professionnels qui se reproduit ind\u00e9finiment, et pourtant \u00eatre capable de l\u2019affronter selon leurs propres formes et leur agenda propre.<\/em>\u00a0\u00bb Un an apr\u00e8s\u00a0; lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, avez-vous rep\u00e9r\u00e9 des initiatives qui pourraient ressembler \u00e0 ce que vous appelez de vos v\u0153ux\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Je n\u2019aime pas \u00eatre mis dans la position de dire ce qui est bien, ce qui n\u2019est pas bien, ce qu\u2019il aurait fallu faire ou ne pas faire. Donc, je ne vais pas commencer maintenant. Je pr\u00e9f\u00e8re prendre les choses d\u2019un peu loin. La loi Travail, c\u2019est quoi\u00a0? C\u2019est une loi qui dit\u00a0: le travail, d\u00e9sormais, ce sera un truc que chacun g\u00e9rera \u00e0 sa fa\u00e7on. C\u2019est-\u00e0-dire que le travail ne sera au fond qu\u2019une forme d\u2019existence individuelle. Jusqu\u2019ici, le travail \u00e9tait une chose collective et non individuelle, et cela pesait dans l\u2019existence d\u2019un mouvement r\u00e9volutionnaire. Les syndicats sont en quelque sorte les h\u00e9ritiers de cette histoire-l\u00e0.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En m\u00eame temps, une tension appara\u00eet, il y a un cort\u00e8ge qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0On en a marre, on ne veut plus d\u00e9filer derri\u00e8re les syndicats, derri\u00e8re les sonos, c\u2019est pas beau, \u00e7a sert \u00e0 rien.\u00a0\u00bb Et ce cort\u00e8ge de t\u00eate s\u2019impose en brisant la tradition des services d\u2019ordre. Ce n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 dans l&#8217;absolu, parce qu\u2019apr\u00e8s tout, des bagarres pour savoir qui va marcher en t\u00eate dans les manifs, il y en avait d\u00e9j\u00e0 en 1968. La nouveaut\u00e9, c\u2019est que \u00e7a s\u2019est nomm\u00e9 \u00ab\u00a0cort\u00e8ge de t\u00eate\u00a0\u00bb. Je ne pense pas que cette id\u00e9e existait avant. Tout d\u2019un coup, il y a quelque chose comme une bascule\u00a0: sur un terrain de lutte qui normalement \u00e9tait le terrain des syndicats, il y a un groupe qui se d\u00e9signe par le fait qu\u2019il est l\u00e0, qu\u2019il se place en t\u00eate, qu\u2019il met ses gestes et son action en t\u00eate.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il y a comme une bipolarit\u00e9\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des gens qui ont une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 \u2013\u00a0en quelque sorte historique, institutionnelle\u00a0\u2013, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, des gens qui passent devant, qui leur marchent sur les pieds. \u00c7a veut dire aussi qu\u2019on est dans une sorte de rapport, qu\u2019on conna\u00eet bien, de parasitisme. Les syndicats m\u00e8nent toujours la danse, mais ne sont plus en t\u00eate de cort\u00e8ge.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4468\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak2.jpg\" alt=\"\" width=\"4961\" height=\"3508\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"textbody\">Depuis qu\u2019il n\u2019y a plus ce gros sujet collectif qu\u2019\u00e9tait le mouvement ouvrier, on est toujours \u00e0 la recherche des mani\u00e8res de constituer une force autonome qui ne soit plus une force sociale constitu\u00e9e, mais qui se constitue \u00e0 partir d\u2019une s\u00e9rie de gestes, de mani\u00e8res de se mettre ensemble\u00a0: une assembl\u00e9e sur une place, des gens qui d\u00e9cident qu\u2019on va taper sur quelques vitrines ou bien sur la police. Il y a toujours ce r\u00eave que le mouvement soit autonome, qu\u2019il ne soit pas une sorte de parasite ou d\u2019avant-garde de terrain, et qu\u2019il puisse d\u00e9finir ses objectifs propres. Ainsi du rapport entre le mouvement contre la loi Travail et Nuit Debout\u00a0: est-ce qu\u2019on va constituer autre chose qu\u2019un parti politique destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9colter 1,5\u00a0% de suffrages aux \u00e9lections\u00a0; r\u00e9ussira-t-on \u00e0 cr\u00e9er un mouvement de s\u00e9cession\u00a0? Peut-on consid\u00e9rer le camp de la r\u00e9volte comme un camp s\u00e9cessionniste\u00a0: est-ce qu\u2019on va cr\u00e9er des communes autog\u00e9r\u00e9es ou bien un parti de type Podemos et compagnie\u00a0? Cette question n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue, et ce n\u2019est pas moi qui la r\u00e9soudrai.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce qui aurait \u00e9t\u00e9 amusant, c\u2019est que le mouvement Nuit Debout devienne un mouvement anti-\u00e9lections. \u00c7a n\u2019a pas eu lieu, et il y a m\u00eame un certain nombre de th\u00e8mes dans l\u2019air du printemps dernier qui deviennent des \u00e9l\u00e9ments de programme. On voit bien que dans l\u2019effervescence \u00e9lectorale il y a une forme d\u2019appropriation de choses un peu radicales\u00a0: VI<sup>e<\/sup>\u00a0R\u00e9publique, Constituante, disparition de la fonction pr\u00e9sidentielle\u2026 Mais si cela peut \u00eatre repris dans une logique interne au syst\u00e8me, c&#8217;est parce qu\u2019on manque de logique d\u2019affrontement autour de ces th\u00e8mes.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Dans <em>La Haine de la d\u00e9mocratie\u00a0[5. La fabrique, 2005.],<\/em> vous \u00e9crivez\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La d\u00e9mocratie n\u2019est ni une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 gouverner, ni un gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9, elle est proprement cet ingouvernable sur quoi tout gouvernement doit en d\u00e9finitive se d\u00e9couvrir fond\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb Un des slogans du mouvement contre la loi Travail a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0Soyons ingouvernables\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019\u00e9tait une des banderoles du cort\u00e8ge de t\u00eate parisien, et elle a m\u00eame \u00e9t\u00e9 traduite dans les manifestations aux \u00c9tats-Unis suite \u00e0 l\u2019\u00e9lection de Donald Trump. Est-ce que cela fait de ceux qui se reconnaissent dans ce mot d\u2019ordre des d\u00e9mocrates types\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Ce qui m\u2019int\u00e9ressait, c\u2019\u00e9tait de red\u00e9finir ce qu&#8217;est la d\u00e9mocratie\u00a0: ce n\u2019est pas le fait que tout le monde vote, ce n\u2019est pas le fait qu\u2019il y ait une majorit\u00e9 de votants qui d\u00e9cide. \u00c0 l\u2019origine, ce n\u2019est m\u00eame pas une forme sp\u00e9ciale de gouvernement ou bien, comme certains disent, une forme de soci\u00e9t\u00e9 permissive dans laquelle tout le monde fait ce qu\u2019il veut. \u00c0 l\u2019origine, la d\u00e9mocratie est quelque chose d\u2019\u00e9trange\u00a0: le gouvernement de ceux qui ne sont pas qualifi\u00e9s pour gouverner. Normalement, on doit gouverner si on est plus savant que les autres, plus riche, plus vieux, plus fort, plus pr\u00e8s de la parole divine que les autres, ou que sais-je encore\u00a0? La d\u00e9mocratie s\u2019est invent\u00e9e comme une esp\u00e8ce de gouvernement paradoxal, o\u00f9 ceux qui n\u2019ont pas de sup\u00e9riorit\u00e9 d\u00e9finie ont v\u00e9ritablement le pouvoir. La d\u00e9mocratie, ce n\u2019est pas des gens qui vous disent\u00a0: \u00ab\u00a0Il vaut mieux voter Macron pour battre Le Pen ou M\u00e9lenchon pour battre Macron, etc.\u00a0\u00bb Voici quelque chose qu\u2019il faut sans cesse rappeler. La question n\u2019est donc pas tant d\u2019\u00eatre ingouvernable, mais de gouverner en tant que ceux qui n\u2019ont pas de capacit\u00e9 \u00e0 gouverner, et qui ne sont pas n\u00e9s pour gouverner.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le slogan \u00ab\u00a0Soyons ingouvernables\u00a0\u00bb, il y a quelque chose qui ne me pla\u00eet pas trop, c\u2019est une esp\u00e8ce d\u2019autod\u00e9signation\u00a0: \u00ab\u00a0On est les ingouvernables, on ne se laisse pas avoir.\u00a0\u00bb Cela renvoie \u00e0 une certaine id\u00e9e de la politique, o\u00f9 l\u2019on met le pouvoir d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et la r\u00e9sistance de l\u2019autre. On enferme la lutte politique dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019il y a le pouvoir et la gouvernementalit\u00e9 \u00e0 abattre et, en face, ceux qui r\u00e9sistent en se d\u00e9clarant comme inatteignables par le pouvoir. \u00c0 la limite, cela rejoint certaines positions qui ne sont pas vraiment r\u00e9volutionnaires, comme celles des libertariens am\u00e9ricains qui se d\u00e9clarent aussi ingouvernables. \u00c7a peut donc relever d\u2019une d\u00e9claration forte, mais en m\u00eame temps, je consid\u00e8re qu\u2019il y a quelque chose l\u00e0-dedans qui s\u2019apparente plut\u00f4t \u00e0 une esquive.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/61pGBDkgSQL.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4471\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/61pGBDkgSQL.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"1176\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"question\">Ce soir \u00e0 La Ga\u00eet\u00e9 Lyrique, des gens voulaient entrer, mais la jauge de la salle \u00e9tait atteinte, d\u2019autres voulaient sortir pour fumer, et il y a des vigiles au milieu qui suivaient des ordres et ne laissaient entrer ni sortir personne, avec une fonction qui leur \u00e9tait assign\u00e9e. Au dessus, il y a des responsables, un \u00c9tat normatif en termes de s\u00e9curit\u00e9 incendie, etc. C\u2019est parti en esclandre.<br \/>\nDans <em>Malaise dans l\u2019esth\u00e9tique<\/em>\u00a0[6. Galil\u00e9e, 2004.], vous \u00e9crivez\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La politique advient lorsque ceux qui n\u2019ont pas le temps, prennent le temps n\u00e9cessaire pour se poser en habitant d\u2019un espace commun, pour d\u00e9montrer que leur bouche \u00e9met bien une parole qui \u00e9nonce du commun et non seulement une voix qui signale la douleur. Cette distribution et cette redistribution des places et des identit\u00e9s, ce d\u00e9coupage et ce re-d\u00e9coupage des espaces et des temps, du visible et de l\u2019invisible, du bruit et de la parole, est ce que j\u2019appelle le partage du sensible. La politique consiste \u00e0 reconfigurer le partage du sensible qui d\u00e9finit le commun d\u2019une communaut\u00e9, \u00e0 y introduire des objets et des sujets nouveaux, \u00e0 rendre visible ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas et \u00e0 faire entendre comme parleurs, ceux qui n\u2019\u00e9taient per\u00e7us que comme animaux bruyants.<\/em>\u00a0\u00bb En m\u00ealant la pi\u00e8ce Cort\u00e8ge de t\u00eate, avec les textes publi\u00e9s dans <em>Jef Klak<\/em> au sujet du mouvement de la loi Travail, on a essay\u00e9 de faire cela, de dire ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 en termes de conqu\u00eates d\u2019espaces, m\u00eame si elles \u00e9taient temporaires. On est comme dans un red\u00e9coupage de la politique qu\u2019on fabrique. Selon vous, est-ce qu\u2019il y a une s\u00e9paration entre l\u2019action qui vient de se passer \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle, et ce moment o\u00f9 nous discutons, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0? Est-ce qu\u2019il y a une s\u00e9paration entre le moment politique et la parole qui cherche \u00e0 ressaisir le politique\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Je ne peux pas trop vous r\u00e9pondre sur ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 ce soir, car je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin que des r\u00e9sultats et non pas de la chose elle-m\u00eame. \u00c7a m\u2019a rappel\u00e9 une chose qui est arriv\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es dans un centre culturel \u00e0 Santiago du Chili, o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venu faire une conf\u00e9rence sur l\u2019\u00e9mancipation. Au m\u00eame moment, il y avait un mouvement lyc\u00e9en tr\u00e8s fort dans la rue, et tout d\u2019un coup (j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 parler depuis un quart d\u2019heure), on a entendu des grands coups \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Deux cents lyc\u00e9ens frappaient sur la porte et criaient <em>\u00ab\u00a0\u00a1 Emancipac\u00edon\u00a0! \u00a1\u00a0Emancipac\u00edon\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> La police est arriv\u00e9e, et il y a eu une quasi-\u00e9meute. Finalement, on a sonoris\u00e9 le d\u00e9bat, et les gens qui \u00e9taient dehors ont pu \u00e9couter ce que nous racontions sur l\u2019<em>eman<\/em>c<em>ipac\u00edon<\/em>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour en revenir \u00e0 ce qui s\u2019est jou\u00e9 ici ce soir, il y a quelque chose d&#8217;important dans le rapport entre ce qu\u2019on essaie de construire \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019actes, et ce qu\u2019on essaie de ressaisir par des mots. Au fond, <em>Jef Klak<\/em> tente de briser la s\u00e9paration entre le domaine de la parole \u2013\u00a0\u00e9ventuellement de \u00ab\u00a0la parlote\u00a0\u00bb\u00a0\u2013, et celui de l\u2019action concr\u00e8te. On a bien vu au printemps dernier qu\u2019il y a une tension entre ceux qui se retrouvent en assembl\u00e9e sur une grande place pour parler, et ceux qui disent qu\u2019il faut partir de cette assembl\u00e9e, viser des cibles r\u00e9elles, casser et revendiquer le fait qu\u2019on casse. Mais on ne peut pas simplement opposer ces domaines, c\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 puisque, par exemple, parmi les personnes qui assumaient le slogan \u00ab\u00a0Nous sommes tous des casseurs\u00a0\u00bb, on en retrouvait qui animaient <em>Radio Debout<\/em> sur la place de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au fond, on essaie \u00e0 chaque fois de constituer le commun\u00a0: \u00e0 travers des gestes, des initiatives, des violences gestuelles, mais aussi des mani\u00e8res de se mettre ensemble\u2026 Le moment d\u2019apr\u00e8s est important\u00a0: comme une reprise, une traduction. Le temps est fini o\u00f9 les partis pouvaient synth\u00e9tiser le cours de l\u2019histoire. La synth\u00e8se se fait au jour le jour, et plut\u00f4t comme une traduction, comme une exp\u00e9rience de transmission.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Par ailleurs, la situation dans laquelle on s\u2019est trouv\u00e9 ce soir se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 chaque fois que l\u2019on est dans un lieu o\u00f9 il y a des contraintes de s\u00e9curit\u00e9. Cela finit par donner raison \u00e0 ceux pour qui l\u2019\u00e9tat d\u2019exception est permanent . Cela dit, ce qui a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 ce soir, c\u2019est de casser les contraintes de s\u00e9curit\u00e9. Et cela a du sens de faire se d\u00e9rouler la soir\u00e9e dans des conditions contradictoires. Apr\u00e8s tout, pr\u00e9senter le num\u00e9ro d\u2019une revue, cela se fait en g\u00e9n\u00e9ral dans des conditions assez paisibles, o\u00f9 il y a 20-30 personnes qui viennent pointer le bout de leur nez. Comme on sait que ce sont des librairies sympathisantes avec les libertaires ou les anarchistes, on sait qu\u2019il n\u2019y aura pas de probl\u00e8me. On parlera entre nous. Ce soir s\u2019est pos\u00e9e la question du moment o\u00f9 l\u2019on sort de l\u2019entre-soi. Et cela rend toujours les choses plus compliqu\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Encore une fois, le point de rupture n\u2019est pas entre monde de l\u2019art ou du spectacle et monde de la politique, mais disons plut\u00f4t entre des lieux administr\u00e9s et des lieux non administr\u00e9s. Par exemple, il y a ceux qui ob\u00e9issent \u00e0 des contraintes strictes en mati\u00e8re de jauge et ceux qui n\u2019y ob\u00e9issent pas. Cette r\u00e9union-l\u00e0 aurait pu avoir lieu \u00e0 La Parole errante \u00e0 Montreuil, et on ne se serait pas occup\u00e9s de savoir s\u2019il y avait trop de monde. Un rassemblement comme le n\u00f4tre convoque un peuple qui n\u2019est pas vraiment d\u00e9nombrable, o\u00f9 le dehors et le dedans ne se distinguent pas. Et l\u2019espace o\u00f9 nous sommes n\u2019a pas vraiment de jauge. Finalement, les gens auraient pu rentrer physiquement, mais il y a des normes de s\u00e9curit\u00e9. Une exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 faite du rapport entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, qui a sa logique, qui en soi-m\u00eame fait partie de la structure du monde o\u00f9 l\u2019on vit avec le fait que, quelques fois, on se heurte \u00e0 un mur. Le mot \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb est un mot central de notre monde, et qui pr\u00e9cis\u00e9ment arr\u00eate la communication des \u00eatres, des espaces et des exp\u00e9riences.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/9781781680896_Aisthesis-127f59491ed03e8fde075ecd231fb676.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4472\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/9781781680896_Aisthesis-127f59491ed03e8fde075ecd231fb676.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1197\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"question\">\u00c0 l\u2019origine de la revue <em>Jef Klak<\/em>, il y a des envies communes\u00a0: aller chercher la politique l\u00e0 o\u00f9 elle se terre plut\u00f4t que l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend, r\u00e9voquer le partage entre revue politique et revue culturelle, vulgarisation et recherche, faire se c\u00f4toyer le reportage, la fiction et les sons sans les hi\u00e9rarchiser \u00e0 travers des logiques trop causales. Pourriez-vous nous rappeler l\u2019histoire de la distinction ch\u00e8re \u00e0 certains sociologues entre \u00ab\u00a0critique sociale\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0critique artiste\u00a0\u00bb que vous faites remonter \u00e0 la s\u00e9paration entre deux cultures\u00a0: celle de la tradition ouvri\u00e8re marxiste et celle des romantiques attach\u00e9s \u00e0 critiquer l\u2019utilitarisme\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">On sait que cette histoire de s\u00e9paration entre la critique sociale et la critique artiste a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par cet \u00e9norme pav\u00e9 qui s\u2019appelle <em>Le Nouvel esprit du capitalisme<\/em>\u00a0[7. <span class=\"bold-body\">Luc Boltanski et \u00c8ve Chiapello, Gallimard, 1999.<\/span>]<em>. <\/em>On y lit qu\u2019il y a eu une tradition de la \u00ab\u00a0critique sociale\u00a0\u00bb donn\u00e9e par le mouvement ouvrier, par un groupe solidaire qui pense les choses en termes de lutte organis\u00e9e et de mouvement global. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, dit-on, il y a la \u00ab\u00a0critique artiste\u00a0\u00bb, n\u00e9e de 1968 et de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, avec une revendication d\u2019autonomie o\u00f9 chacun veut se r\u00e9aliser soi-m\u00eame, o\u00f9 l\u2019on pense la lib\u00e9ration sous la forme d\u2019une culture de l\u2019autonomie, de cr\u00e9ativit\u00e9. \u00ab\u00a0Critique artiste\u00a0\u00bb veut dire aussi qu\u2019il y a une esp\u00e8ce d\u2019esth\u00e9tisation de la lutte, dans un mode de pens\u00e9e du collectif qui serait au fond individualiste et chercherait l\u2019autovalorisation.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je ne rentre pas dans tous les d\u00e9tails des complexit\u00e9s de l\u2019affaire, mais je dirais premi\u00e8rement que \u00e7a recouvre quelque chose de plus ancien. Ce qu\u2019on appelle critique artiste, c\u2019est ce qu\u2019on appelait anciennement mouvement petit-bourgeois. Il y a une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on disait\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a la classe ouvri\u00e8re qui conna\u00eet vraiment l\u2019exploitation, les raisons de la lutte, et puis il y a les petits-bourgeois qui trouvent \u00e7a sympathique et int\u00e9ressant, mais qui ne savent pas du tout de quoi on parle, et qui viennent l\u00e0 avec leurs id\u00e9aux et non avec la conscience de la classe.\u00a0\u00bb On l\u2019a un peu oubli\u00e9, mais je me souviens, \u00e9tant jeune, quand les gros bras du Parti venait d\u00e9fendre le local du mouvement \u00e9tudiant contre les fachos, il y avait des discussions un peu dans ce genre.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est donc pas quelque chose de nouveau, mais \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 un peu syst\u00e9matis\u00e9 sous cette forme critique artiste \/ critique sociale. Cela vient en partie de l\u2019id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 Bourdieu de la \u00ab\u00a0distinction\u00a0\u00bb<em>.<\/em> De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai affirm\u00e9 qu\u2019opposer le bon mouvement social au mouvement artistico-individualiste, c\u2019est toujours pr\u00e9supposer que le mouvement ouvrier n\u2019existe que comme collectif, que les ouvriers ne sont bons en somme qu\u2019\u00e0 faire masse.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans mon travail sur l\u2019\u00e9mancipation ouvri\u00e8re, j\u2019ai essay\u00e9 de dire autre chose\u00a0: le mouvement ouvrier est n\u00e9 aussi de gens qui voulaient exister autrement que comme une esp\u00e8ce de masse. Ils voulaient faire autre chose, entrer dans un monde sensible commun autrement que sur un mode o\u00f9 on se serre les coudes, tous ensemble pour faire bloc. Il y a selon moi une composante esth\u00e9tique absolument fondamentale dans ce qui s\u2019est appel\u00e9 mouvement social. Esth\u00e9tique, \u00e7a veut dire quoi\u00a0? \u00c7a veut dire la volont\u00e9 de participer \u00e0 l\u2019ensemble des jouissances de toutes sortes, aussi bien intellectuelles, esth\u00e9tiques\u2026 qui sont normalement refus\u00e9es au plus grand nombre. On pense \u00e0 la d\u00e9finition du communisme donn\u00e9e par Marx dans les <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1844\/00\/km18440000\/index.htm\"><em>Manuscrits de 1844<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em>: une humanisation des sens humains. Le mouvement ouvrier, c\u2019\u00e9tait cela aussi\u00a0: ne pas \u00eatre simplement un mouvement du travail qui se bat, mais un mouvement de gens qui participent \u00e0 part enti\u00e8re \u00e0 un monde commun.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je ne crois pas qu\u2019il y ait eu cette s\u00e9paration nette\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les romantiques, et de l\u2019autre, un mouvement ouvrier. Il faut se souvenir que l\u2019un des militants les plus actifs du mouvement ouvrier anglais, William Morris, \u00e9tait par ailleurs connu pour avoir incarn\u00e9 ce mouvement de r\u00e9forme artistique. Fondamentalement, je crois que cela veut dire qu\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 opposer des formes qui seraient antagoniques avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le commun et de l\u2019autre l\u2019intellectuel ou l\u2019esth\u00e9tique. Au fond, tous les combats sont esth\u00e9tiques\u00a0: il s\u2019agit de savoir comment on reconstruit et on reconfigure un monde commun. \u00ab\u00a0Critique sociale et exp\u00e9rimentation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb pour <em>Jef Klak<\/em>, c\u2019est une fa\u00e7on de mettre les deux ensemble. Il y a un travail de recherche n\u00e9cessaire pour construire un monde commun qui passe aussi par les mots, les pens\u00e9es, les formes artistiques.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On voit bien qu\u2019il y a de plus en plus de porosit\u00e9 entre les diff\u00e9rents mondes\u00a0: le monde politique n\u2019est plus un monde donn\u00e9 avec des r\u00e9f\u00e9rences bien constitu\u00e9es. Au fond, on est dans une \u00e8re o\u00f9 le monde de l\u2019art essaie de bricoler un peu autrement des formes communes, tente de r\u00e9fl\u00e9chir sur ce que font les mots et les formes quand on les met ensemble. C\u2019est pour moi significatif qu\u2019il y ait cette composante esth\u00e9tique dans les mouvements actuels, dans les organes r\u00e9volutionnaires r\u00e9cents. Faire une revue comme <em>Jef Klak,<\/em> avec une attention \u00e0 la mise en page (et il y a beaucoup d\u2019\u00e9diteurs de la gauche radicale qui partagent ce souci), ce n\u2019est pas une coquetterie, mais une question riche de sens\u00a0: comment on met ensemble du blanc et du noir, des mots et des images\u00a0? La valeur des images existe-t-elle comme illustration ou bien propose-t-elle une \u00e9nigme, un probl\u00e8me\u00a0? Il y a l\u00e0 comme une sorte d\u2019\u00e9ducation esth\u00e9tique. Il \u00e9tait dit tout \u00e0 l\u2019heure dans la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019aime pas les s\u00e9parations<\/em>\u00a0\u00bb, et on voit bien l\u00e0 qu\u2019on vit un moment o\u00f9 l\u2019on essaie de briser les s\u00e9parations.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4469\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak3.jpg\" alt=\"\" width=\"2480\" height=\"1754\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"question\">Il y a une question r\u00e9currente au sein du collectif Jef Klak\u00a0: celle de l\u2019accessibilit\u00e9. Ce n\u2019est pas qu\u2019une question \u00e9conomique\u00a0: le prix de la revue est \u00e9videmment un souci, mais il y a aussi la question du contenu. Que dit-on de l\u2019actualit\u00e9, des pratiques populaires ou des exp\u00e9riences quotidiennes\u00a0? On retrouve l\u00e0 le souci un peu na\u00eff de pouvoir s\u2019adresser au plus grand nombre. Pourriez-vous revenir sur la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0: face \u00e0 une \u0153uvre, \u00e0 un \u00e9nonc\u00e9, ou dans les prises de d\u00e9cision collective\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Il y a toujours eu une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res de consid\u00e9rer la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9. On regarde \u00e0 qui on s\u2019adresse, et il va y avoir 10\u00a0% de tel niveau d\u2019\u00e9tudes, 10\u00a0% de tel autre niveau d\u2019\u00e9tudes. Donc, il va falloir se mettre au niveau des gens, voil\u00e0 la mani\u00e8re classique de penser l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais c\u2019est celle des in\u00e9galitaires. Dans cette logique, on va consid\u00e9rer qu\u2019il y a des gens qui sont incapables, et qu\u2019il faut petit \u00e0 petit descendre jusqu\u2019\u00e0 eux. Avec une telle m\u00e9thode, on n\u2019arrive jamais qu\u2019\u00e0 des catastrophes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Selon moi, l\u2019\u00e9galit\u00e9 est un principe qui inspire d\u2019abord ce qu\u2019on dit, ce qu\u2019on fait et ce qu\u2019on essaie de mettre en forme. Je me souviens d\u2019avoir parl\u00e9 en \u00ab\u00a0province\u00a0\u00bb \u2013\u00a0et les gens y int\u00e9riorisent en quelque sorte leur inf\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u2013 dans une petite ville Front national, et quelqu\u2019un m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Ohlala, est-ce que vous allez vous mettre \u00e0 la port\u00e9e du public d\u2019ici\u00a0?\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb Ce \u00e0 quoi j\u2019ai r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Je ne me mets jamais \u00e0 la port\u00e9e de qui que ce soit, j\u2019essaie de dire le mieux possible ce que j\u2019ai \u00e0 dire, pas pour me mettre en valeur, mais pour faire en sorte que ce que j\u2019ai \u00e0 dire soit dit le mieux possible.\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est pareil pour une revue. \u00ab\u00a0<em>\u00a0Ohlala, est-ce que \u00e7a va pas \u00eatre \u00e9litiste\u00a0? Est-ce que \u00e7a va pas co\u00fbter cher\u00a0?\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb Le papier est beau. Le travail iconographique ou typographique est soign\u00e9. M\u00eame s&#8217;il y a beaucoup de b\u00e9n\u00e9volat, \u00e7a co\u00fbte quand m\u00eame cher \u00e0 fabriquer. Si on pense qu\u2019il faut le faire, on pense que \u00e7a doit trouver ses lecteurs, son adresse. L\u2019\u00e9galit\u00e9, c\u2019est aussi \u00e7a\u00a0: on ne sait jamais tr\u00e8s bien \u00e0 qui on s\u2019adresse. Si on d\u00e9termine la cible, on est fichu. Aussi bien dans le monde du commerce ordinaire que dans le monde dit intellectuel ou artistique, on nous demande de concevoir les choses en termes de cibles, \u00e0 savoir\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut faire pour que les gens bougent\u00a0?\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je pense qu\u2019il faut avoir une logique compl\u00e8tement diff\u00e9rente\u00a0: chacun est aussi intelligent que moi. Chacun peut lire ce que j\u2019\u00e9cris, chacun peut avoir la sensibilit\u00e9 que j\u2019ai en face des images. Il y en a certains qui ne l\u2019auront pas, mais on sait tr\u00e8s bien que ce n\u2019est pas une question d\u2019origine sociale. Le go\u00fbt des livres, par exemple, est un go\u00fbt minoritaire partout, y compris dans la classe des gens qui en vivent.<\/p>\n<h4 class=\"question\">La pi\u00e8ce <em>Cort\u00e8ge de t\u00eate<\/em> ne se veut ni une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, ni une performance, ni une lecture, ni de l\u2019art, ni de la politique \u2013\u00a0ou un peu tout de cela. Celles et ceux qui ont dit leur texte ne sont pas \u00e0 proprement parler des acteurs, des actrices ou des militants. Pourtant, chaque fois que ce texte a \u00e9t\u00e9 lu, c\u2019\u00e9tait volontairement dans des th\u00e9\u00e2tres institutionnels. Organiser cette rencontre dans un haut lieu de l\u2019institution culturelle n\u2019\u00e9tait pas une \u00e9vidence pour le collectif Jef Klak. En venant ici, nous quittons nos lieux habituels. Vous rappelez dans Aisthesis\u00a0[8. <em>Aisth\u00e9sis, sc\u00e8nes du r\u00e9gime esth\u00e9tique de l\u2019art<\/em>, Galil\u00e9e, 2011.] \u00e0 quel point le tissu de l\u2019exp\u00e9rience sensible d\u00e9pend aussi des conditions mat\u00e9rielles de production et de diffusion\u00a0: de quelles mani\u00e8res les lieux et les modes de production et de diffusion infl\u00e9chissent-ils l\u2019exp\u00e9rience sensible\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Il y a une porosit\u00e9 des espaces et des formes. On l\u2019entend y compris chez les membres les plus violents du cort\u00e8ge de t\u00eate, \u00e0 savoir\u00a0: on ne veut plus \u00eatre derri\u00e8re ces sonos moches, ces ballons moches. D\u2019une certaine fa\u00e7on, on veut du beau, on veut \u00eatre respect\u00e9.e.s. On veut vivre dans un monde sensible\u00a0: on ne veut pas d\u00e9filer derri\u00e8re des slogans qui sont aussi moches que ceux de chez Carrefour, comme il est dit dans un des fragments rassembl\u00e9s par <em>Jef Klak\u00a0[9. \u00ab\u00a0Une pens\u00e9e pour les familles des vitrines. Paroles de manifestant.e.s masqu\u00e9.e.s\u00a0\u00bb, Jef Klak n\u00ba 4 \u00ab\u00a0Ch&#8217;val de Course\u00a0\u00bb.]<\/em>. \u00c7a fait le lien entre une certaine id\u00e9e de la lutte de classes et une certaine id\u00e9e de l\u2019esth\u00e9tique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il y a trois jours, je parlais dans un colloque sur le conflit politique organis\u00e9 par le Coll\u00e8ge international de philosophie\u00a0: \u00e7a avait lieu au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00c9changeur, \u00e0 Bagnolet. Beaucoup de choses se passent aujourd\u2019hui dans des th\u00e9\u00e2tres, souvent aussi dans des mus\u00e9es, parce qu\u2019un certain type d\u2019espaces critiques traditionnels n\u2019existent plus. Ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale qu\u2019on parle politique, ce n\u2019est pas non plus dans les organisations dites politiques. \u00c7a se fait dans des lieux un peu kidnapp\u00e9s\u00a0: la rue, une place, des agences P\u00f4le emploi, que sais-je\u00a0? ou tout autre forme de b\u00e2timent public occup\u00e9. \u00c7a se passe aussi beaucoup dans des lieux de l\u2019art qui sont souvent devenus des sortes d\u2019espaces transitionnels. C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4467\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Gaiete-klak1.jpg\" alt=\"\" width=\"2480\" height=\"1755\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_4474_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_4474_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_4474_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_4474_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_4474_1('footnote_plugin_tooltip_4474_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_4474_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> <strong><em>CORT\u00c8GE DE T\u00caTE<\/em> \/ une conf\u00e9rence imaginaire contre le r\u00e9el. De et avec, Lisemarie, Reda, Abdel, Karim, Nicolas.<\/strong> Comment dans le brouillard des lacrymos, tout au fond de la nasse, se nouent les amiti\u00e9s. Le r\u00e9el s&#8217;ing\u00e9niait \u00e0 ce que nos trajectoires jamais ne se croisent. Pourtant, chacun de notre c\u00f4t\u00e9, nous fabriquions l&#8217;instrument qui allait permettre nos rencontres : ce cort\u00e8ge b\u00e2tard qui d\u00e9borde les syndicats, qui n&#8217;a pas de service d&#8217;ordre, que les flics nassent, qu&#8217;ils tabassent ; celui du black-block, celui qui part en manif sauvage, \u00ab Ahou ! \u00bb dans lequel tu ne peux pas marcher sans tes lunettes de piscine et qui prend l&#8217;ap\u00e9ro chez Valls. \u00c0 base de textes \u00e9crits sur le vif, de souvenirs, de sons, nous raconterons cette f\u00eate. \u00c0 l&#8217;instar de nos rencontres et de la bataille, qu&#8217;ensemble, encore, nous menons, notre geste sera inachev\u00e9. Nous chanterons la geste de ce cort\u00e8ge o\u00f9 se m\u00e9langent syndicalistes sinc\u00e8res, \u00e9tudiants, ch\u00f4meurs, lyc\u00e9ens&#8230; ce ph\u00e9nix sur lequel le pouvoir jette des grenades, non pas tant parce qu&#8217;il p\u00e8te les banques qu&#8217;il est la brume o\u00f9 ceux qui ne devraient jamais se rencontrer se rencontrent.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_4474_1('footnote_plugin_tooltip_4474_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_4474_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>2<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> <em>La Nuit des prol\u00e9taires<\/em>, \u00ab\u00a0Pluriel\u00a0\u00bb, Hachette, 2012.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_4474_1() { jQuery('#footnote_references_container_4474_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4474_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_4474_1() { jQuery('#footnote_references_container_4474_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4474_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_4474_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_4474_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_4474_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_4474_1(); } } function footnote_moveToAnchor_4474_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_4474_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>* Avec le concours de Thierry Gaubert * Jef Klak s&#8217;efforce de faire se c\u00f4toyer des r\u00e9alit\u00e9s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. 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