{"id":5496,"date":"2018-01-16T16:46:07","date_gmt":"2018-01-16T15:46:07","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=5496"},"modified":"2018-01-16T16:46:07","modified_gmt":"2018-01-16T15:46:07","slug":"faire-cinema-on-occupe-zones-a-defendre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2018\/01\/16\/faire-cinema-on-occupe-zones-a-defendre\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Faire du cin\u00e9ma comme on occupe des zones \u00e0 d\u00e9fendre\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, y compris celle du cin\u00e9ma militant, on trouve peu de films r\u00e9alis\u00e9s collectivement, c\u2019est-\u00e0-dire des productions o\u00f9 chacun prend part \u00e0 la r\u00e9alisation, de mani\u00e8re horizontale et non hi\u00e9rarchique. En France, il y a les exemples c\u00e9l\u00e8bres des diff\u00e9rents groupes de la fin des ann\u00e9es 1960 et des ann\u00e9es 1970, groupes Medvedkine\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_5496_1('footnote_plugin_reference_5496_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_5496_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_5496_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> ou Dziga Vertov\u00a0[2. Le groupe Dziga Vertov, autour de Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin, a produit une s\u00e9rie de longs-m\u00e9trages marxistes-l\u00e9ninistes entre 1968 et 1972. ] en t\u00eate. \u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, on peut aussi citer Cinema Action au Royaume-Uni, le Kasseler Filmkollektiv en RFA, des collectifs participant au mouvement des Newsreels aux \u00c9tats-Unis, d\u2019autres en Am\u00e9rique du Sud. Sans oublier les collectifs f\u00e9minins comme le Collettivo Femminista di Cinema di Roma, London Women\u2019s Film Group, le Frauenfilmteam de Berlin, et en France, autour de Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig et Ioana Wieder\u00a0[3. Voir par exemple la r\u00e9trospective \u00ab\u00a0United we stand, divided we fall\u00a0\u00bb au festival Doclisboa en 2012 (<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/doclisboa.org\/2012\/pt\/edicao\/seccoes\/1590\">doclisboa.org<\/a>) et celle toute r\u00e9cente des films distribu\u00e9s par la Hamburger Filmmacher Cooperative au cin\u00e9ma Kino im Sprengel de Hanovre (<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/kino-im-sprengel.de\/\">kino-im-sprengel.de<\/a>). Voir \u00e9galement les sites du <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/centre-simone-de-beauvoir.com\/\">Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir<\/a> et de l\u2019association <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/carole-roussopoulos.fr\/\">Carole Roussopoulos<\/a>.]\u2026 Aujourd\u2019hui, les exemples de cr\u00e9ations collectives dans le champ du cin\u00e9ma se font plus rares. C\u2019est pourtant le choix fait par les Scotcheuses, un groupe mouvant, fabriquant des films en Super 8, form\u00e9 en 2013, et qui a d\u00e9j\u00e0 finalis\u00e9 quatre films. Les trois premiers ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s dans des temps tr\u00e8s courts, tourn\u00e9s, d\u00e9velopp\u00e9s et mont\u00e9s sur le lieu m\u00eame du tournage et montr\u00e9s sous une forme performative avec un accompagnement sonore en direct. <em>No Ouestern<\/em>, leur derni\u00e8re production, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en un an sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, avec un temps d\u2019\u00e9criture pr\u00e9alable, pour aboutir \u00e0 une forme fix\u00e9e, accompagn\u00e9 d\u2019un son synchronis\u00e9 \u00e0 la projection.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet entretien est issu du troisi\u00e8me num\u00e9ro de la revue papier <em>Jef Klak<\/em>, \u00ab&#160;<a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?page_id=2936\">Selle de ch\u2019val<\/a>&#160;\u00bb, toujours disponible en librairie ou par abonnement.<\/p>\n<h3 class=\"section\"><a href=\"#bonus\">++ Bonus son et vid\u00e9o en fin de texte ++<\/a><\/h3>\n<h5>\u22c5 <em>Anomalies<\/em>, un cin\u00e9-tract contre le pu\u00e7age des animaux<\/h5>\n<h5>\u22c5 Une carte postale contre le projet d\u2019enfouissement de Bure<\/h5>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Scotcheuses_Site_JK.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Pour commencer, est-ce que vous pourriez donner la g\u00e9n\u00e9alogie et d\u00e9crire l\u2019\u00e9volution de la m\u00e9thode des Scotcheuses jusqu\u2019\u00e0 la bascule que repr\u00e9sente cette derni\u00e8re exp\u00e9rience de <em>No Ouestern<\/em>\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0:<\/span> Le premier film, qui s\u2019appelait <em>Le Bal des absent.es<\/em>, nous l\u2019avons fait pendant une \u00ab\u00a0f\u00eate des morts\u00a0\u00bb dans les Landes. C\u2019\u00e9tait une invitation \u00e0 se retrouver autour de spectacles, de concerts, de films, \u00e0 prendre un temps collectif pour \u00e9changer autour de la mort \u2013 apr\u00e8s s\u2019\u00eatre dit qu\u2019on \u00e9tait souvent assez seuls par rapport \u00e0 cette question. L\u2019id\u00e9e de faire un film pendant la f\u00eate et de le projeter, c\u2019\u00e9tait pour certaines des Scotcheuses inventer comme une forme de rituel qui permettait de se retrouver le dernier soir autour de ce qu\u2019on venait de vivre, pour rassembler quelque chose. L\u2019id\u00e9e s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e de faire des films ensemble et de t\u00e9moigner des fa\u00e7ons dont on vit, qu\u2019on pourrait appeler \u00ab\u00a0autonomes\u00a0\u00bb au sens large\u00a0: des mani\u00e8res collectives, o\u00f9 l\u2019on essaie de r\u00e9interroger les questions de savoir, de hi\u00e9rarchie, d\u2019autorit\u00e9, d\u2019\u00e9change, de partage. Comme il y a peu de films qui parlent de \u00e7a, l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019en t\u00e9moigner en proc\u00e9dant de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019on fait tout le reste, c\u2019est-\u00e0-dire en s\u2019organisant collectivement de mani\u00e8re horizontale.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/126620368?color=ffffff&amp;title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0\" width=\"640\" height=\"480\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> \u00c0 l\u2019issue de la projection, un copain nous a tout de suite propos\u00e9 de reproduire l\u2019exp\u00e9rience lors d\u2019une f\u00eate organis\u00e9e tous les ans par des \u00e9leveurs sur un causse du Tarn. Beaucoup parmi nous avaient envie de s\u2019attaquer \u00e0 la question de la fiction, en Super 8, et d\u2019exp\u00e9rimenter \u00e7a en faisant un film collectif, c\u2019est-\u00e0-dire o\u00f9 tout se d\u00e9cide avec tout le monde. Ceux qui organisaient cette f\u00eate \u00e9taient engag\u00e9s dans une lutte\u00a0: l\u2019Union europ\u00e9enne et les gros syndicats agricoles cherchent \u00e0 imposer aux \u00e9leveurs le pu\u00e7age \u00e9lectronique des brebis\u00a0[4. Depuis 2005, l\u2019Union europ\u00e9enne a initi\u00e9 une r\u00e9forme de l\u2019identification des moutons et des ch\u00e8vres. En France, tous les ovins et caprins sont d\u00e9sormais oblig\u00e9s d\u2019\u00eatre puc\u00e9s \u00e9lectroniquement depuis juillet 2014. La puce implant\u00e9e dans l\u2019oreille des animaux permettrait une gestion informatis\u00e9e des troupeaux et limiterait les risques sanitaires.], avec chantage aux subventions et compagnie. De nombreux petits \u00e9leveurs dans cette r\u00e9gion refusaient ce pu\u00e7age. Des gens solidaires venaient assister aux contr\u00f4les des institutions v\u00e9t\u00e9rinaires pour expliquer leur refus et \u00e0 quel point cette surveillance \u00e9tait invasive et agressive.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette action ressemble \u00e0 celles men\u00e9es par les collectifs de ch\u00f4meurs et pr\u00e9caires, qui font des accompagnements collectifs dans les P\u00f4le Emploi ou lors de contr\u00f4les \u00e0 domicile de la CAF. Avec ceux qui avaient particip\u00e9 \u00e0 ces actions, on a \u00e9labor\u00e9 un sc\u00e9nario de fiction qu\u2019on a tourn\u00e9 pendant cette f\u00eate. On a aussi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 un reportage vid\u00e9o film\u00e9 au moment de ces actions et, plus tard, une \u00e9mission radio o\u00f9 des \u00e9leveurs t\u00e9moignaient de leurs pratiques et de leurs luttes. Avec de la musique jou\u00e9e en direct lors de la f\u00eate et r\u00e9enregistr\u00e9e ensuite, le montage de l\u2019ensemble a donn\u00e9 un petit film assez simple qui m\u00e9lange \u00e0 la fois le vrai contr\u00f4le et sa version fictive et burlesque.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0: <\/span>Sur les films suivants, il y avait une envie \u00e0 la fois de s\u2019inscrire dans une dur\u00e9e plus longue, d\u2019\u00e9largir le groupe des Scotcheuses et, pour quelques-unes d\u2019entre nous, d\u2019aller \u00e0 la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ne pas \u00ab\u00a0arriver, filmer puis repartir en \u00e9tant contentes d\u2019\u00eatre venues\u00a0\u00bb. On s\u2019est associ\u00e9es avec un atelier du Transfo\u00a0[5. Un squat ouvert en 2012 \u00e0 Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, expuls\u00e9 en 2014.] qui \u00e9tait issu du collectif de soutien de Notre-Dame-des-Landes et qui avait construit une cabane sur la ZAD. \u00c0 partir de l\u00e0, il y a eu l\u2019envie d\u2019une premi\u00e8re phase d\u2019ateliers communs o\u00f9 serait mise en jeu la circulation des savoirs pour la prise de vue avec la cam\u00e9ra, le d\u00e9veloppement des Super 8 et le montage.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour aller \u00e0 la rencontre des gens sur place, nous sommes all\u00e9es \u00e0 la Ch\u00e2taigne, un espace qui a pour vocation l\u2019accueil des collectifs, mais qui, \u00e0 ce moment-l\u00e0, \u00e9tait au point mort par rapport \u00e0 la dynamique de la ZAD. Pour que le lieu puisse \u00eatre praticable, nous avons d\u2019abord pr\u00e9vu une semaine de chantier de \u00ab\u00a0r\u00e9habilitation\u00a0\u00bb. La semaine d\u2019ateliers qui a suivi a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vivante\u00a0: \u00ab\u00a0On a quatre jours, on va faire tourner la cam\u00e9ra\u00a0!\u00a0\u00bb Plein d\u2019id\u00e9es ont fus\u00e9 sur le papier, qu\u2019on n\u2019a pas voulu hi\u00e9rarchiser pour rester dans la spontan\u00e9it\u00e9 et l\u2019envie de faire. Ensuite, dans un autre lieu de la ZAD, la Wardine, un labo a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 pour qu\u2019on puisse d\u00e9velopper les films sur place.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019issue de cette semaine, on a finalement projet\u00e9 le tout. Ce qui \u00e9tait assez chouette par rapport \u00e0 ce lieu, c\u2019est que beaucoup de personnes de la ZAD qui n\u2019avaient pas forc\u00e9ment particip\u00e9 aux ateliers ont remis les pieds \u00e0 la Ch\u00e2taigne. \u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, l\u2019ambiance \u00e9tait tr\u00e8s festive, au-del\u00e0 d\u2019une simple projection. On a cette \u00e9nergie-l\u00e0, et le d\u00e9sir d\u2019\u00e9tendre la fonction d\u2019accueil de la projection, avec une bouffe collective et une attention particuli\u00e8re pour am\u00e9nager l\u2019endroit. Nous avions dispos\u00e9 dans l\u2019espace les masques utilis\u00e9s pour le film, qui avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une grande manif de soutien \u00e0 Notre-Dame-des-Landes le 22 f\u00e9vrier 2014 \u00e0 Nantes. On les avait dispos\u00e9s comme des esp\u00e8ces de totems. Cet ensemble de petites attentions \u00e0 ce qui va se jouer pour une repr\u00e9sentation a donn\u00e9 naissance \u00e0 <em>S\u00e8me ton western<\/em>. Tout en se disant que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9tape vers un film plus cons\u00e9quent, avec un processus collectif d\u2019\u00e9criture en plusieurs phases, qui allait prendre plus de temps et appeler d\u2019autres enjeux que cette spontan\u00e9it\u00e9 et cette urgence qui sont notre marque de fabrique.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> Contrairement aux exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes, qui \u00e9taient plut\u00f4t de l\u2019ordre de la performance, puisqu\u2019on accompagnait en direct la projection, il y avait l\u2019envie de prendre le temps de fabriquer un film autonome, c\u2019est-\u00e0-dire qui puisse \u00eatre diffus\u00e9 en tant que tel, avec sa bande-son associ\u00e9e. Pour les autres films, on avait bien fini par faire des DVD, d\u2019autant qu\u2019avec le Super 8, le film s\u2019alt\u00e8re peu \u00e0 peu au gr\u00e9 des projections, mais comme la forme avait \u00e9t\u00e9 produite pour \u00eatre montr\u00e9e avec un accompagnement musical, la version DVD \u00e9tait beaucoup moins forte que le <em>live<\/em>.<\/p>\n<h4 class=\"question\">\u00c9tait-ce \u00e0 cause d\u2019une frustration par rapport \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente, ou bien simplement la volont\u00e9 d\u2019engager une autre forme d\u2019exp\u00e9rience\u00a0? Maintenant que vous avez fait les deux, est-ce que vous envisageriez de revenir \u00e0 la forme \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb pour un futur projet ou bien vous pensez que c\u2019est un passage plus d\u00e9finitif\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> \u00c7a venait de l\u2019envie de faire aussi autre chose, m\u00eame si \u00e7a a donn\u00e9 lieu \u00e0 pas mal de discussions.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0: <\/span>Je pense qu\u2019il n\u2019y a pas une seule r\u00e9ponse \u00e0 cette question, chacun peut avoir la sienne. Ce qu\u2019on tente de faire, c\u2019est de mettre en place une m\u00e9thode et une forme, de construire un film ou un cin\u00e9-concert sans qu\u2019il y ait de d\u00e9cision au d\u00e9part\u00a0: c\u2019est un processus o\u00f9 l\u2019on con\u00e7oit le film en le fabriquant. Nous d\u00e9battons aussi de la question du temps, avec l\u2019id\u00e9e que la contrainte peut aider. M\u00eame pour <em>No Ouestern,<\/em> en l\u2019espace d\u2019un an, il y a eu deux sessions d\u2019\u00e9criture de dix jours, une session de tournage de quinze jours, et deux sessions de montage de dix jours, ce qui est plut\u00f4t court pour un film fait \u00e0 vingt personnes et qui dure vingt-cinq minutes\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> Mis bout \u00e0 bout, \u00e7a fait un mois et cinq jours\u00a0!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Cela dit, le temps de digestion est \u00e0 chaque fois important. Comme \u00e7a se passait \u00e0 la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, o\u00f9 certaines d\u2019entre nous n\u2019\u00e9taient jamais venues, il fallait construire des liens sur place, ce qui n\u2019est pas quelque chose qu\u2019on peut prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Venir une premi\u00e8re fois, puis une seconde, etc., a permis que le film s\u2019int\u00e8gre dans la logique du lieu. \u00c7a n\u2019aurait pas du tout \u00e9t\u00e9 pareil si on \u00e9tait parties l\u00e0-bas un \u00e9t\u00e9 pour faire le film en un mois.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019\u00e9criture a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e de fa\u00e7on suffisamment large, comme un canevas, pour int\u00e9grer \u00e0 chaque fois l\u2019obligation du pr\u00e9sent, avec une fa\u00e7on de s\u2019organiser qui permettait d\u2019int\u00e9grer des gens qui n\u2019avaient pas particip\u00e9 \u00e0 toutes les \u00e9tapes. Les cons\u00e9quences de cette r\u00e9\u00e9criture permanente ont pu \u00eatre un peu douloureuses, parce qu\u2019il a fallu que chacun puisse trouver sa place \u00e0 chaque \u00e9tape, mais globalement \u00e7a a fonctionn\u00e9. Le collectif a pu rester ouvert ou fluctuant, avec certaines personnes qui assuraient la continuit\u00e9.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Vous avez parl\u00e9 de rituel, et je pense que c\u2019est quelque chose de central dans le travail des Scotcheuses \u2013\u00a0dans la fabrication et au moment de la projection, comme vous l\u2019avez soulign\u00e9. Qui dit rituel, dit croyance, et je voulais vous interroger sur le choix de travailler avec le Super 8, avec le support film.<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Marc\u00a0: <\/span>Il y a la question de la raret\u00e9 du mat\u00e9riau, qui rend tout geste de tournage important et qui impose une r\u00e9flexion en amont. Nous sommes tr\u00e8s nombreuses \u00e0 prendre les d\u00e9cisions, et ce temps pr\u00e9alable au d\u00e9clenchement de la cam\u00e9ra nous permet de penser ensemble et de nous mettre d\u2019accord. Si on n\u2019est pas d\u2019accord, on ne le fait pas, parce qu\u2019on ne va pas d\u00e9clencher des tournages sans avoir une envie commune. Par ailleurs, le temps de montage s\u2019en trouve raccourci parce qu\u2019on a peu de rushes. C\u2019est vrai \u00e0 la fois sur le dernier film, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre avec un d\u00e9coupage pr\u00e9cis, et sur les autres qui ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9s sans structure pr\u00e9\u00e9tablie comme <em>S\u00e8me ton western,<\/em> qui \u00e9tait comme un grand puzzle assembl\u00e9 \u00e0 l\u2019intuition. Ce sont des outils finalement assez simples, qui permettent de transmettre un savoir technique par rapport \u00e0 l\u2019image et au son\u00a0: c\u2019est une bonne mani\u00e8re d\u2019apprendre \u00e0 faire un film. Enfin, bien s\u00fbr, il y a une question esth\u00e9tique\u2026 Filmer en Super 8 permet de s\u2019\u00e9chapper du r\u00e9el, et on peut plus facilement cr\u00e9er un monde \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> C\u2019est comme si on d\u00e9fendait une zone en faisant ce type de cin\u00e9ma. C\u2019est en lien avec tout un mouvement, avec toute une croyance, comme tu disais. Mais la croyance en un collectif sans hi\u00e9rarchie contient sa part de fantasme, et \u00e0 un moment ou l\u2019autre, des rapports de force apparaissent et sont toujours tr\u00e8s difficiles \u00e0 r\u00e9soudre. On croit au possible, et on se retrouve confront\u00e9 \u00e0 un r\u00e9el qui est autre, un r\u00e9el o\u00f9 il y a toujours des hommes, avec leurs probl\u00e8mes de subjectivit\u00e9, de repr\u00e9sentation de ce qu\u2019ils sont.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0: <\/span>Il y a des femmes aussi\u00a0!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> Je voulais dire des \u00eatres\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Je d\u00e9conne\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0: <\/span>On est aussi extr\u00eamement attach\u00e9es \u00e0 projeter en Super 8. C\u2019est tout le processus de la prise de vue jusqu\u2019\u00e0 la projection qu\u2019on essaie de tenir. Je ne sais pas si on peut parler de rituel, mais c\u2019est s\u00fbr qu\u2019on accorde beaucoup d\u2019importance au moment o\u00f9 l\u2019on donne \u00e0 voir le film, quelque chose qui se pense et o\u00f9 l\u2019accueil est important. \u00c0 cet endroit, ce n\u2019est pas la m\u00eame chose de projeter en Super 8 ou en vid\u00e9o. Est-ce que cela tient \u00e0 un rapport sensible avec l\u2019image qui est projet\u00e9e\u00a0? \u00c0 l\u2019objet projecteur qui tr\u00f4ne au milieu, avec sa singularit\u00e9\u00a0? D\u00e9j\u00e0, le fait de devoir monter les pellicules au Scotch \u2013\u00a0c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on s\u2019appelle les Scotcheuses\u00a0\u2013, c\u2019est un autre rapport au montage. L\u2019approche est beaucoup plus intuitive que devant un logiciel de montage\u00a0; cela permet de se saisir tr\u00e8s vite de ce qu\u2019est le montage sans passer par tout un apprentissage technique r\u00e9barbatif. Cela fabrique du commun, peut-\u00eatre plus facilement qu\u2019avec la vid\u00e9o num\u00e9rique\u00a0: il est plus facile de se retrouver autour d\u2019images qu\u2019on vient de d\u00e9velopper et qui s\u00e8chent sur un fil \u00e0 linge que devant des piles de disques durs. Et \u00e0 la fin, il y a une plus grande \u00e9vidence \u00e0 se dire\u00a0: \u00ab\u00a0On a fait \u00e7a toutes ensemble\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/seme_ton_western_02-3fa26_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"374\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6033\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">Peut-\u00eatre parce qu\u2019il y a un objet\u2026<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0:<\/span> Un objet palpable, visible, avec lequel on a un rapport\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Charnel\u00a0!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0: <\/span>Quand j\u2019\u00e9tais plus jeune, je faisais de la musique \u00e9lectro-acoustique avec de la bande magn\u00e9tique. Lorsque les bandes magn\u00e9tiques ont disparu, \u00e7a a rompu quelque chose et je n\u2019ai jamais pu m\u2019y remettre.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> \u00c0 cette question du Super 8, il y a aussi une r\u00e9ponse pragmatique\u00a0: on pouvait le faire parce que certaines bossaient avec un lieu, L\u2019Abominable\u00a0[6. Laboratoire cin\u00e9matographique partag\u00e9 situ\u00e9 \u00e0 La Courneuve. <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.l-abominable.org\/\">www.l-abominable.org<\/a>], qui est organis\u00e9 autour des formats argentiques. Nous voulions sortir cette technique-l\u00e0 d\u2019une structure un peu lourde, trouver des formes plus l\u00e9g\u00e8res pour pouvoir le faire dehors, mais c\u2019est l\u2019acc\u00e8s aux mat\u00e9rialit\u00e9s du L\u2019Abo qui l\u2019a rendu possible. Pour moi, la croyance intervenait plut\u00f4t dans la possibilit\u00e9 du collectif, et le choix du Super 8 dans la volont\u00e9 de casser un certain rapport aux images\u00a0: contrairement aux exp\u00e9riences d\u2019il y a trente ans, aujourd\u2019hui, tout le monde a d\u00e9j\u00e0 un petit peu film\u00e9, et le choix du Super 8 permet de remettre un peu d\u2019\u00e9tranget\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 cette technique un peu \u00e9trange, on apporte de l\u2019\u00e9galit\u00e9, parce que m\u00eame celles d\u2019entre nous qui ont d\u00e9j\u00e0 une pratique du cin\u00e9ma doivent faire face \u00e0 quelque chose de nouveau.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Est-ce que vous pourriez d\u00e9velopper un peu la question de la circulation des connaissances, et du d\u00e9minage des effets d\u2019autorit\u00e9 que les connaissances techniques procurent\u00a0? C\u2019est assez impressionnant de voir comment, chez les Scotcheuses, il y a la fabrication du film, mais aussi de tout un ensemble de choses en parall\u00e8le, comme de multiples ateliers o\u00f9 des groupes s\u2019affairent\u00a0: faire la cuisine pour vingt personnes, r\u00e9p\u00e9ter la musique, faire une affiche, fabriquer des livrets pour accompagner le DVD, etc. Ce n\u2019est \u00e9videmment pas sans rappeler un espace militant o\u00f9, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un mouvement, ce type de composition peut-\u00eatre tr\u00e8s fort. Mais quelles sont les parts de r\u00e9alit\u00e9 et de fantasme dans la circulation et le partage des connaissances\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">St\u00e9phanie\u00a0: <\/span>Comment d\u00e9jouer le fait que, dans les moments d\u2019urgence, ce soient les personnes qui ont le savoir qui prennent la main\u00a0? Quand il faut installer la projection, comment \u00e9viter qu\u2019invariablement ce soient celles qui savent faire le c\u00e2blage qui s\u2019y collent, que celles qui savent manipuler le projecteur projettent et que celles qui savent couper les g\u00e2teaux coupent les g\u00e2teaux\u00a0? C\u2019est ce qu\u2019on tente de bouger, m\u00eame si parfois on se fait rattraper. Nos rapports au savoir \u00e9voluent, on se transmet des pratiques, c\u2019est sans cesse en mouvement. D\u2019ailleurs, d\u2019ici peu on va se retrouver pendant une semaine, sans rien d\u2019autre de pr\u00e9vu que faire \u00e0 manger et manger, toutes ensemble. Pour prendre le temps, justement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/lesscotcheuses_big_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6030\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">La question a-t-elle \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente pour les trois premiers films que pour <em>No Ouestern<\/em>\u00a0? Ce n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame temporalit\u00e9, pas la m\u00eame \u00e9nergie, pas la m\u00eame volont\u00e9 de fabriquer un objet aussi \u00ab\u00a0fini\u00a0\u00bb\u2026<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> Oui, mais par exemple, d\u00e8s le deuxi\u00e8me film, <em>Anomalies<\/em>, il y avait une s\u00e9quence d\u2019animation. Cela venait du fait que certaines tripaient sur l\u2019animation, mais aussi que \u00e7a permettait de faire quelque chose d\u2019autre. Sur le montage de <em>No Ouestern,<\/em> nous \u00e9tions vraiment tr\u00e8s nombreuses, et nous n\u2019aurions pas toutes pu \u00eatre, huit heures par jour, autour de l\u2019ordinateur. La fabrique du livret qui accompagne le DVD s\u2019est faite en parall\u00e8le, ce qui permettait \u00e0 chacune de trouver sa place sans \u00eatre contrainte de glander pendant que d\u2019autres travaillaient. Une place trouv\u00e9e en fonction de ses affinit\u00e9s, de ses envies de faire, y compris de ses n\u00e9vroses. Qu\u2019il y ait plusieurs ateliers en m\u00eame temps, \u00e7a peut aussi parfois servir de zone de fuite\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> \u00c7a a pu se passer avec la musique dans certains cas. \u00c0 un moment, on s\u2019est retrouv\u00e9es \u00e0 seulement deux pour faire la musique au fond d\u2019un jardin, coinc\u00e9es l\u00e0-dedans, sans trouver la possibilit\u00e9 de le d\u00e9velopper avec d\u2019autres. C\u2019\u00e9tait difficile. Dans la musique aussi, il y a tout un savoir, qui vient d\u2019une pratique. Apr\u00e8s, il y a ceux qui disent savoir et qui deviennent des professeurs, et inversement ceux qui sont toujours en qu\u00eate de savoir. Du coup, le rapport est difficile dans la restitution, et cela tombait parfois dans des rapports un peu n\u00e9vrotiques.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Si on est conscient de son savoir et qu\u2019on ne le manipule pas \u00e0 des fins de domination, il y a quelque chose d\u2019autre qui se joue dans cette restitution \u2013\u00a0m\u00eame si des fois, il y a ce que vous appelez des n\u00e9vroses. Nous sommes toutes des puissances d\u00e9sirantes qui formons un collectif\u00a0; on a fait un film \u00e0 vingt, et on pourrait faire vingt films, mais on a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en faire un ensemble. Et parfois, \u00e7a bascule parce qu\u2019il y a des affects narcissiques qui ne l\u00e2chent pas, ou des enjeux interpersonnels qui viennent se m\u00ealer \u00e0 tout \u00e7a\u00a0: c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il peut y avoir une fragilisation du collectif. Ou alors, il arrive que des rapports de domination qu\u2019on ne voudrait pas voir appara\u00eetre interviennent, mais je ne crois pas que ce soit exclusivement li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9tention d\u2019un savoir.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il y a aussi le rapport \u00e0 l\u2019ego, \u00e0 l\u2019humilit\u00e9, \u00e0 cette cr\u00e9ativit\u00e9 que chacune a, et qui nous rend compl\u00e9mentaires. Parce que si certaines savent faire du cin\u00e9ma, d\u2019autres savent faire du th\u00e9\u00e2tre ou autre chose. M\u00eame aujourd\u2019hui o\u00f9 l\u2019on est en train de faire des livrets, \u00e7a joue, parce qu\u2019on fait tout \u00e0 la main, et que faire des pochoirs aussi, \u00e7a s\u2019apprend. Si le collectif n\u2019est pas attentif, il peut broyer celles et ceux qui le composent. Les individus y restent des individus s\u2019ils ne jouent pas le jeu du \u00ab\u00a0Et si je laissais les autres faire, m\u00eame si ce n\u2019est pas mon id\u00e9e\u00a0? Tiens, essayons\u00a0\u00bb. \u00c7a n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas, et ce serait un v\u0153u pieux de dire que, demain, on aura toutes une v\u00e9ritable humilit\u00e9 et une vraie \u00e9coute&#8230;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/scotcheuse2_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"526\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6032\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">Est-ce que vous trouvez tout de m\u00eame les moyens de d\u00e9jouer ces choses-l\u00e0\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> Quelque part, on a r\u00e9ussi \u00e0 les d\u00e9jouer, puisque les films existent\u00a0! Apr\u00e8s, pour chacun dans son ch\u00e2teau d\u2019ego, il y a des d\u00e9faites. Il y a des affrontements, des souffrances, c\u2019est pas le monde des Bisounours, mais ce qui nous importe, c\u2019est que \u00ab\u00a0l\u2019outil Scotcheuses\u00a0\u00bb se d\u00e9veloppe. Ce n\u2019est pas une id\u00e9ologie, peut-\u00eatre m\u00eame pas tant une croyance, c\u2019est avant tout un outil qui est en train de s\u2019affiner. On commence \u00e0 se conna\u00eetre et \u00e0 conna\u00eetre nos d\u00e9fauts par rapport au savoir. Notre rapport au savoir est un rapport de d\u00e9sir, ce qui est normal, mais l\u2019un peut instrumentaliser l\u2019autre\u00a0: on veut avoir le savoir pour pouvoir faire advenir son d\u00e9sir.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0:<\/span> Il y a aussi la tension entre l\u2019ambition et les attentes qu\u2019on peut mettre dans les choses qu\u2019on fait et l\u2019attention au processus qu\u2019on vit ensemble. Il peut y avoir des conflits autour de \u00e7a, qui peuvent se loger aussi bien sur la bouffe que sur le film ou la musique. Ce ne sont pas que des histoires de savoir ou d\u2019ego, \u00e7a peut \u00eatre aussi des formes d\u2019ambition ou d\u2019exigence, ou la peur de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, qui fait qu\u2019on ne fait plus attention aux autres. Comment on s\u2019en sort\u00a0? Quand il y a des crises, on se r\u00e9unit, et c\u2019est par la parole que \u00e7a passe, puis on se remet au travail\u2026 C\u2019est tellement des histoires d\u2019enjeux imbriqu\u00e9s les uns dans les autres qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9thode miracle. Comme dans tous les espaces collectifs, c\u2019est une attention \u00e0 avoir, en ayant pour la plupart eu l\u2019occasion de d\u00e9miner les rapports de domination, le tout combin\u00e9 \u00e0 une pens\u00e9e f\u00e9ministe assez pr\u00e9sente dans les Scotcheuses.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0: <\/span>Toute activit\u00e9 collective, et m\u00eame solitaire, g\u00e9n\u00e8re des souffrances et du plaisir. Comme l\u2019envisage la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, quand il y a un collectif, il faut aussi le soigner en tant que tel, pour qu\u2019il ne cr\u00e9e pas trop de pathologies. Mais en plus de cette difficult\u00e9 du collectif, quand on fabrique un film et qu\u2019on le montre \u00e0 d\u2019autres, c\u2019est important d\u2019aboutir, parce que sinon c\u2019est tr\u00e8s d\u00e9cevant, et il y a de grandes chances que l\u2019exp\u00e9rience ne puisse pas se poursuivre. Chez les Scotcheuses, \u00e0 chaque fois, nous avons utilis\u00e9 l\u2019urgence, la date butoir, le fait de se fixer des objectifs dans le temps pour nous obliger \u00e0 finir un objet.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Marc\u00a0: <\/span>Toute cette discussion, \u00e7a me chamboule un peu. Quand on me demande ce que je retiens de cette exp\u00e9rience, je suis tr\u00e8s enthousiaste, et au final, les films eux-m\u00eames en tant que r\u00e9sultats importent moins que l\u2019exp\u00e9rience de vie. Aujourd\u2019hui, on parle beaucoup de choses n\u00e9gatives, mais personnellement, j\u2019ai ressenti une grande \u00e9vidence \u00e0 beaucoup de moments, et j\u2019ai connu tr\u00e8s peu de souffrance. Aucune, en fait. M\u00eame s\u2019il y a des concessions, qu\u2019on ne va pas forc\u00e9ment au bout de ses id\u00e9es ou de son ressenti, on l\u2019accepte sans que ce soit forc\u00e9ment une souffrance. \u00c7a peut aussi \u00eatre agr\u00e9able de se dire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019arrive \u00e0 d\u00e9passer mon ego, j\u2019arrive \u00e0 apprendre\u00a0\u00bb, et c\u2019est ultra important dans ce collectif-l\u00e0, parce qu\u2019on est tout le temps en recherche. On cherche une forme de fabrication d\u2019objets filmiques que personne ne nous a apprise. C\u2019est \u00e7a qui est hyper vivant et excitant\u00a0: remettre en question les fa\u00e7ons de faire, tout en cr\u00e9ant et en vivant ensemble.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Cela vient aussi d\u2019une forme d\u2019amiti\u00e9 entre nous qui se d\u00e9veloppe. M\u00eame s\u2019il y a des formes de vexations ou de frustrations, c\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un collectif uni par du commun. Je me souviens, \u00e0 la fin de la premi\u00e8re session de montage sur la ZAD, o\u00f9 c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame assez tendu, on a eu une discussion\u00a0: certaines choses ont \u00e9merg\u00e9, d\u2019autres se sont r\u00e9gl\u00e9es de mani\u00e8re interpersonnelle, d\u2019autres ne se sont pas r\u00e9gl\u00e9es, mais il n\u2019emp\u00eache que le soir m\u00eame, on pr\u00e9sentait un \u00ab\u00a0ours polaire\u00a0\u00a0[7. En argot de cin\u00e9ma, un \u00ab\u00a0ours\u00a0\u00bb est une forme inachev\u00e9e d\u2019un montage.]\u2009\u00a0\u00bb comme on l\u2019avait appel\u00e9, et on \u00e9tait toutes l\u00e0. C\u2019\u00e9tait quand m\u00eame une tr\u00e8s belle soir\u00e9e. Je crois que savoir \u00eatre dans une forme de festivit\u00e9 nous a toujours tenues ensemble.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0: <\/span>La restitution nous r\u00e9unit \u00e0 chaque fois, nous ressoude, et dans ce sens-l\u00e0, le mot rituel n\u2019est pas faux. Comme si on gagnait du terrain sur ce qui s\u2019impose constamment dans le quotidien de l\u2019existence. Comme les copains et copines qui d\u00e9frichent la terre, et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019\u00e0 la ZAD, ils nous ont dit qu\u2019on apportait une certaine fra\u00eecheur, dans le sens o\u00f9 ils s\u2019apercevaient qu\u2019on peut aussi faire du cin\u00e9ma de la mani\u00e8re dont on occupe des Zones \u00e0 d\u00e9fendre. C\u2019est cette position qui m\u2019int\u00e9resse dans ce collectif.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> Et r\u00e9ciproquement, je ne suis pas s\u00fbr qu\u2019on aurait r\u00e9ussi \u00e0 faire un film \u00ab\u00a0toutes seules\u00a0\u00bb, \u00e0 trente, dans une zone autarcique, si on n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 si bien accueillies par la ZAD. C\u2019\u00e9tait sans doute parce qu\u2019on amenait du dehors \u00e0 un moment o\u00f9 les gens de la ZAD en avaient besoin, mais pour nous, ils cr\u00e9aient aussi un rapport \u00e0 un ext\u00e9rieur qui nous aidait beaucoup dans les probl\u00e8mes du groupe.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">St\u00e9phanie\u00a0:<\/span> Je peux parler\u00a0? C\u2019est \u00e7a aussi, les Scotcheuses. Il faut se battre pour prendre la parole\u00a0!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0:<\/span> Avec soi-m\u00eame\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">St\u00e9phanie\u00a0:<\/span> Oui, avec soi-m\u00eame, mais aussi avec les temps morts qui n\u2019existent pas entre les gens qui parlent, et c\u2019est difficile aussi parfois. Pour moi, ce qui est chouette dans les Scotcheuses, c\u2019est une capacit\u00e9 d\u2019accueil, m\u00eame quand tu ne vas pas bien. \u00catre toujours dans le faire, dans le faire des choses ensemble, \u00e7a permet d\u2019\u00eatre avec d\u2019autres, et m\u00eame si tu ne fais rien, \u00e7a bouge des trucs. Cette capacit\u00e9 d\u2019accueil, elle n\u2019est pas l\u00e0 seulement quand tu ne vas pas bien, c\u2019est une ouverture \u00e0 la rencontre et une capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans des dynamiques qui sont l\u00e0 o\u00f9 nous sommes en \u00e9tant v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0dedans\u00a0\u00bb, en n\u2019\u00e9tant pas simplement en regard de quelque chose qui se passe.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/no_ouestern_1-cb1b9_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"374\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6031\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">Quel a \u00e9t\u00e9 votre rapport aux r\u00e9alit\u00e9s politiques dans la fabrication et la diffusion des films\u00a0? Dans les deux films qui ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s \u00e0 Notre-Dame-des-Landes, un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments sont facilement reconnaissables par ceux qui connaissent ces endroits-l\u00e0, et pour les autres, une tr\u00e8s forte sensation d\u2019\u00e9tranget\u00e9 peut faire penser \u00e0 des films hors-sol comme <em>Week-end\u00a0[8. Week-end est un film de Jean-Luc Godard de 1967, le dernier avant la p\u00e9riode du groupe Dziga Vertov, qui met en sc\u00e8ne un week-end chaotique d\u2019un couple de petits bourgeois perdus dans une Seine-et-Oise insurrectionnelle et sanglante.]<\/em> ou <em>Tr\u00e0s-os-Montes\u00a0[9. Tr\u00e0s-os-Montes est un film portugais de Margarida Cordeiro et Antonio Reis de 1976 tourn\u00e9 dans la r\u00e9gion \u00e9ponyme, \u00e0 mi-chemin entre documentaire et merveilleux.]<\/em>. Avec le risque que ceux qui sont plus du c\u00f4t\u00e9 militant trouvent \u00e7a trop mou, que les documentaristes trouvent \u00e7a trop \u00e9nigmatique, que ceux de la fiction trouvent \u00e7a trop contingent\u00e9 par le r\u00e9el, tout en trouvant la bonne distance par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, celle qui vous va en tant que Scotcheuses.<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Laurence\u00a0:<\/span> Bien s\u00fbr, la question \u00ab\u00a0\u00c0 qui s\u2019adresse-t-on\u00a0?\u00a0\u00bb s\u2019est pos\u00e9e. D\u2019embl\u00e9e, l\u2019id\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas de faire un film didactique pour expliquer ce qu\u2019\u00e9tait la ZAD, mais plut\u00f4t de faire quelque chose qui nous ressemble, car la plupart d\u2019entre nous sont engag\u00e9es dans des luttes. De fait, nous avions un langage commun et il n\u2019\u00e9tait pas question de le nier. Qu\u2019il y ait des choses qui puissent para\u00eetre de l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence, nous en avions conscience, mais nous ne voulions pas nous autocensurer.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il faut assumer d\u2019\u00eatre situ\u00e9. On ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 son propre langage, \u00e0 ses propres codes, \u00e0 ses propres imaginaires, sous pr\u00e9texte qu\u2019on l\u2019a d\u00e9cid\u00e9. \u00c0 la fois on en avait conscience, et \u00e0 la fois on s\u2019est interrog\u00e9es l\u00e0-dessus. Je me souviens d\u2019une conversation\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que \u00e7a ne fait pas un film qui ne parle qu\u2019aux potes\u00a0?\u00a0\u00bb Et en m\u00eame temps, que <em>No Ouestern<\/em> soit sans paroles fait qu\u2019il est regardable par des gens qui ne parlent pas fran\u00e7ais, c\u2019est une d\u00e9cision qui a \u00e9t\u00e9 prise consciemment. Des choses dans le film peuvent para\u00eetre myst\u00e9rieuses, mais l\u2019objet film n\u2019est pas compl\u00e8tement d\u00e9contextualis\u00e9, il y a le livret qui l\u2019accompagne. Nous, lors d\u2019une projection, on est l\u00e0 pour que des questions \u00e9mergent et que \u00e7a donne lieu \u00e0 un voyage pour aller rencontrer la r\u00e9alit\u00e9 de la ZAD. Pour les militants, c\u2019est vrai que le film ne refl\u00e8te pas totalement la conflictualit\u00e9, qu\u2019il peut contribuer \u00e0 une forme de mythification de la ZAD, sans \u00eatre pour autant dans la carte postale.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Beno\u00eet\u00a0:<\/span> Il faut avoir confiance dans le fait qu\u2019en ne s\u00e9parant pas la mani\u00e8re dont on vit, ce qu\u2019on vit avec les gens et le fait de fabriquer un film, \u00e7a peut toucher plein de personnes. Il faut dire aussi que la ZAD est un endroit extr\u00eamement puissant, et qu\u2019une cam\u00e9ra enregistre le r\u00e9el\u00a0: \u00e7a parle directement, parce que rien que les constructions qu\u2019on y voit sont d\u00e9j\u00e0 riches d\u2019imaginaire.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Est-ce que vous vous posez la question du rapport \u00e0 la convention, dans le sens o\u00f9, dans une fabrication collective, il y a un \u00e9cueil qui serait que le consensus aille vers le plus commun, mais dans le mauvais sens du terme, c\u2019est-\u00e0-dire le plus convenu\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Lionel\u00a0:<\/span> J\u2019ai l\u2019impression que ce n\u2019est pas un \u00e9cueil dans lequel on est tomb\u00e9es, sans doute parce qu\u2019il y avait beaucoup de gens dans le collectif qui avaient une vraie confiance dans la possibilit\u00e9 qu\u2019une d\u00e9cision collective ne soit pas un consensus mou, m\u00eame si cela nous obligeait \u00e0 pousser les discussions assez loin et \u00e0 atteindre parfois de hauts niveaux de fatigue ou de conflit. Nous avons aussi tent\u00e9 de l\u2019\u00e9viter par les m\u00e9thodes de travail. Aucune Scotcheuse n\u2019a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture de toutes les sc\u00e8nes, et on s\u2019est toutes individuellement impliqu\u00e9es dans certaines sc\u00e8nes plus que d\u2019autres. Cette tentative de composer des imaginaires tr\u00e8s diff\u00e9rents a peut-\u00eatre un peu desservi l\u2019unit\u00e9 du film, mais en tous cas, \u00e7a n\u2019a pas produit de consensus mou.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Jean\u00a0: <\/span>Comme c\u2019est le non-savoir qui est commun, ce serait difficile de tomber dans un consensus idiot et plat. Je le sais par rapport \u00e0 la musique. La musique peut \u00eatre int\u00e9ressante \u00e0 partir du moment o\u00f9 il y a du non-savoir organis\u00e9 qui produit quelque chose qui, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, est aussi int\u00e9ressant que s\u2019il y avait du savoir.<\/p>\n<hr \/>\n<h3 id=\"bonus\" class=\"section\">Bonus 1 : <em>Anomalies<\/em><\/h3>\n<p><em>Anomalies<\/em> est un cin\u00e9tract tourn\u00e9 en super 8 par le collectif des Scotcheuses, un docu-fiction sur les \u00e9leveurs de moutons qui refusent le pu\u00e7age de leurs b\u00eates, r\u00e9alis\u00e9 lors d&#8217;une f\u00eate sur un causse du Tarn, m\u00ealant r\u00e9cits de luttes, discussions, banquets, musiques, danses, spectacles\u2026 Nos h\u00f4tes, \u00e9leveurs de brebis, \u00e9tant en lutte contre les contraintes et les contr\u00f4les impos\u00e9s par les r\u00e9glementations europ\u00e9ennes et fran\u00e7aises, nous leur avons propos\u00e9 de faire ce film et de le montrer le dernier jour de la f\u00eate. Au d\u00e9part, il y a ce qu\u2019ils vivent et ce qu\u2019ils d\u00e9fendent dans leur refus, et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e un conte burlesque des temps modernes, projet\u00e9 avec ou sans accompagnement musical suivant les forces en pr\u00e9sence\u2026<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/121775893?color=ffffff&amp;title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<h4>Pour aller plus loin&#160;:<\/h4>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=1457\">L\u2019Autre c\u00f4t\u00e9 de la terre. Transhumance contre le pu\u00e7age \u00e9lectronique des brebis&#160;: photoreportage au Testet.<\/a><\/p>\n<h3 class=\"section\">Bonus 2 : Carte postale de Radio Scotcheuses dans la Meuse<\/h3>\n<p>Les Scotcheuses travaillent aujourd\u2019hui \u00e0 la de fabrication d&#8217;un film d\u2019anticipation post-apocalyptique, une fiction avec des personnages en prise avec la catastrophe, autour de Bure et du projet de site d\u2019enfouissement de d\u00e9chets nucl\u00e9aire Cig\u00e9o.<\/p>\n<p>Plusieurs sessions d&#8217;\u00e9criture, d\u2019atelier Super 8, de prise de son, d\u2019invention de sayn\u00e8tes th\u00e9\u00e2trales, ou de fabrication musicale, ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu avec celles et ceux qui luttent contre la m\u00e9ga-poubelle nucl\u00e9aire meusienne.<\/p>\n<p>Pour cette republication, elles nous ont envoy\u00e9 cette carte postale sonore, r\u00e9alis\u00e9e lors du premier temps de tournage du film \u00e0 venir.<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-5496-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/wav\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/archives\/carte_postale-v1.wav?_=1\" \/><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/archives\/carte_postale-v1.wav\">http:\/\/jefklak.org\/archives\/carte_postale-v1.wav<\/a><\/audio>\n<h4 style=\"margin-top:1em;\">Pour aller plus loin&#160;:<\/h4>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=3178\">\u00ab Il faut avoir cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9sert agricole pour b\u00e2tir un cimeti\u00e8re du nucl\u00e9aire \u00bb. Discussion crois\u00e9e avec des opposant.e.s au nucl\u00e9aire et au projet d\u2019enfouissement des d\u00e9chets nucl\u00e9aires \u00e0 Bure.<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_5496_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_5496_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_5496_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_5496_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_5496_1('footnote_plugin_tooltip_5496_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_5496_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Les groupes Medvedkine, actifs entre 1967 et 1974, ont regroup\u00e9 des ouvriers de l\u2019usine Rhodia de Besan\u00e7on et de celle de Peugeot \u00e0 Sochaux pour faire des films en collaboration avec des cin\u00e9astes et des techniciens connus, dont Chris Marker.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_5496_1() { jQuery('#footnote_references_container_5496_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5496_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_5496_1() { jQuery('#footnote_references_container_5496_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_5496_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_5496_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_5496_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_5496_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_5496_1(); } } function footnote_moveToAnchor_5496_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_5496_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, y compris celle du cin\u00e9ma militant, on trouve peu de films r\u00e9alis\u00e9s collectivement, c\u2019est-\u00e0-dire des productions o\u00f9 chacun prend part \u00e0 la r\u00e9alisation, de mani\u00e8re horizontale et non hi\u00e9rarchique. 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