{"id":6073,"date":"2018-02-26T18:11:46","date_gmt":"2018-02-26T17:11:46","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=6073"},"modified":"2018-02-26T18:11:46","modified_gmt":"2018-02-26T17:11:46","slug":"route-de-marisa-anderson","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2018\/02\/26\/route-de-marisa-anderson\/","title":{"rendered":"Sur la route de Marisa Anderson"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Cr\u00e9dits photo\u00a0: Caroline Dossche<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Marisa Anderson a grandi en Californie du Nord dans les ann\u00e9es 1970. Chez elle, la musique est omnipr\u00e9sente. \u00c0 l\u2019\u00e9glise, le dimanche, Marisa est transport\u00e9e par des chants religieux, ces \u00ab\u00a0<em>hymnes protestants passionn\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb qui, aujourd\u2019hui encore, r\u00e9sonnent dans sa t\u00eate. En voiture, elle \u00e9coute de la musique classique avec sa m\u00e8re qui l\u2019entra\u00eene \u00e0 \u00ab\u00a0<em>reconna\u00eetre les diff\u00e9rents instruments et les lignes m\u00e9lodiques<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; avec son p\u00e8re, elle \u00e9coute de la country et de la new folk \u2013\u00a0Peter Paul &amp; Mary, Paul Watson\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_6073_1('footnote_plugin_reference_6073_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_6073_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_6073_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 14\u00a0ans, son fr\u00e8re l\u2019invite \u00e0 un concert qui changera sa vie\u00a0: les Grateful Dead. Elle tombe instantan\u00e9ment amoureuse de ce groupe dont la d\u00e9marche influencera toute sa cr\u00e9ation\u00a0: une musique improvis\u00e9e, inspir\u00e9e par un r\u00e9pertoire d\u2019histoires et de contes traditionnels. \u00ab\u00a0<em>Je me suis toujours int\u00e9ress\u00e9e, sans savoir d\u2019o\u00f9 \u00e7a venait, \u00e0 la v\u00e9ritable musique folk et \u00e0 la fa\u00e7on dont les chansons, les r\u00e9cits et l\u2019histoire se rencontrent\u00a0[2. \u00ab\u00a0La longue marche\u00a0\u00bb, <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.demainlesflammes.lautre.net\/\"><em>Demain les flammes<\/em><\/a>, n<sup>o<\/sup>\u00a02, mars 2017.]\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, explique-t-elle. Mais c\u2019est \u00e0 l\u2019universit\u00e9, o\u00f9 elle apprend la guitare classique, que tout va v\u00e9ritablement basculer.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet article est issu du quatri\u00e8me num\u00e9ro de la version papier de <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/revue-papier\"><em>Jef Klak<\/em><\/a>, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/chval-de-course-numero-4\/\">Ch\u2019val de course<\/a>\u00a0\u00bb, encore disponible en librairie.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Marisa_SiteJK.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">La vie est un voyage dans l\u2019hiver et dans la nuit, dit-on. Les souvenirs que nous en ramenons reluisent et s\u2019ancrent dans nos corps. La musique a certes le pouvoir de les ranimer, mais aussi celui de nous faire naviguer l\u00e0 o\u00f9 nous n\u2019avons jamais mis les pieds. Les disques de Marisa Anderson, guitariste bas\u00e9e \u00e0 Portland aux \u00c9tats-Unis, sont remplis de v\u00e9cus et de luttes. Ils ont ce pouvoir de nous transposer dans un monde parall\u00e8le, o\u00f9 marcher sur des milliers de kilom\u00e8tres pour protester contre des projets nuisibles se fait sur une bande son improvis\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"section-center\">***<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6111\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Marisa-Anderson_home-concert-in-Paonia-Colorado-USA_2-Aug.-14_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Marisa Anderson en concert priv\u00e9 \u00e0 Paonia, Colorado, USA, 2 Ao\u00fbt 2014<\/p>\n<h3 class=\"section\">Sur la route<\/h3>\n<p class=\"textbody\">En 1990, un militant antinucl\u00e9aire fait de la propagande sur le campus pour encourager les \u00e9tudiants \u00e0 rejoindre une marche \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis\u00a0: la Global Walk for a Liveable World contre le d\u00e9sastre \u00e9cologique caus\u00e9 par l\u2019industrie. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai imm\u00e9diatement su que c\u2019\u00e9tait ce que je voulais faire\u00a0[3. \u00ab\u00a0The Journey Changes You\u00a0\u00bb, <em>Leaf Litter<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a03, d\u00e9cembre 2012.]\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, se souvient Marisa. D\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas s\u2019emp\u00eatrer dans un apprentissage acad\u00e9mique et soporifique de la guitare classique, elle l\u00e2che tout et s\u2019embarque pour cette marche qui d\u00e9marre \u00e0 Los Angeles. Apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019efforts, elle arrive \u00e0 New York\u00a0: le \u00ab\u00a0<em>paradis<\/em>\u00a0\u00bb. Dans le Lower East Side, quartier populaire de Manhattan, elle d\u00e9couvre une faune dont elle se sent proche\u00a0: squatteurs, punks et sans-abri qui m\u00e8nent <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/en-tant-quartiste-allions-nous-prendre-part-a-la-gentrification-en-cours\/\">une lutte acharn\u00e9e<\/a> contre les politiques des ann\u00e9es Reagan\u00a0[4. Voir Seth Tobocman, <em>Quartier en guerre<\/em>, CMDE, 2017.]. \u00ab\u00a0<em>La culture punk a \u00e9t\u00e9 le premier endroit o\u00f9 j\u2019ai pu vivre autrement que cach\u00e9e\u00a0[5. \u00ab\u00a0La longue marche\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6102\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/WWA-8_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette idylle urbaine prend bient\u00f4t fin et elle rentre un temps en Californie avec sa copine afin de renflouer les caisses et se pr\u00e9parer pour la marche suivante. Le 15 janvier 1992, elle part de New York avec la Walk Across America for Mother Earth en direction du site d\u2019essais nucl\u00e9aires de l\u2019\u00c9tat du Nevada \u2013\u00a0\u00ab\u00a0<em>l\u2019endroit le plus bombard\u00e9 au monde<\/em>\u00a0\u00bb, o\u00f9 le gouvernement et son arm\u00e9e ont fait exploser, de 1951 \u00e0 1991, 928\u00a0bombes nucl\u00e9aires\u00a0[6. D\u00e8s 1986, de grandes mobilisations d\u00e9noncent les cons\u00e9quences mortif\u00e8res de cette industrie, et, jusqu\u2019en 1994, les 536\u00a0manifestations qui ont lieu et qui regroupent plus de 40\u00a0000\u00a0personnes d\u00e9bouchent sur plus de 15\u00a0000\u00a0arrestations. Brian Terrel, \u00ab\u00a0Building a Future in the Nevada Desert\u00a0\u00bb, <em>Counterpunch,<\/em> 23 avril 2015.]. Le but est \u00e0 la fois d\u2019emp\u00eacher la prolongation des essais nucl\u00e9aires et de d\u00e9noncer la colonisation des terres indiennes sur lesquelles cette industrie a fait main basse. Une occasion \u00e9galement de comm\u00e9morer les 500\u00a0ans de r\u00e9sistance face aux colonisateurs europ\u00e9ens. \u00ab\u00a0<em>L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de relier les questions des autochtones avec le mouvement nucl\u00e9aire, dans la mesure o\u00f9 tous les essais et les autres aspects de l\u2019industrie nucl\u00e9aire se passent sur leurs terres. L\u2019excavation d\u2019uranium a lieu dans les r\u00e9serves navajos, les essais nucl\u00e9aires sur les terres shoshones\u00a0[7. \u00ab\u00a0La longue marche\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Marisa Anderson &quot;Hesitation Theme and Variation Blues&quot; Live at KDHX 5\/21\/14\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/1olVJ5LM268?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">En neuf mois, Marisa parcourt 5\u00a0000\u00a0kilom\u00e8tres en compagnie d\u2019une centaine de personnes et int\u00e8gre un groupe affinitaire non mixte qui se sp\u00e9cialise dans l\u2019intendance et la logistique\u00a0: conduire le camion de mat\u00e9riel, trouver des lieux de couchage le long du trajet, organiser l\u2019approvisionnement\u2026 \u00ab\u00a0<em>Dans une marche, tu t\u2019en remets \u00e0 un collectif de personnes que tu n\u2019as jamais rencontr\u00e9es. Tu es \u00e0 la merci du temps et tu te reposes sur tes limites physiques et tes forces morales\u00a0[8. \u00ab\u00a0The Journey Changes You\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb Cette exp\u00e9rience hors du commun la pousse \u00e0 parcourir le pays entier pendant encore une d\u00e9cennie, \u00e0 dormir sous la tente ou dans des voitures pour mettre son savoir-faire militant au service de diverses luttes \u2013\u00a0marches environnementales, contre-sommets\u2026 \u00ab\u00a0<em>Si je devais r\u00e9sumer une d\u00e9cennie de voyage, je dirais que les gens sont les m\u00eames partout. Nous avons tous les m\u00eames besoins\u00a0: manger, dormir, faire l\u2019amour, prot\u00e9ger nos enfants, nos terres et nos modes de vie\u00a0[9. Ibid.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6106\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/WWA-9_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Pendant toutes ces ann\u00e9es, Marisa n\u2019a pourtant pas abandonn\u00e9 la musique. \u00ab\u00a0<em>Quand tu es au milieu du d\u00e9sert, il faut trouver quelque chose pour t\u2019occuper tous les soirs \u2013 \u00e9crire des chansons, chanter en cuisinant\u2026 Pendant la marche, je prenais ma guitare, et tout le monde suivait \u2013 morceaux acoustiques, chansons antimilitaristes, n\u2019importe quoi\u00a0[10. \u00ab\u00a0La longue marche\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb Elle se souvient d\u2019une bande son qui, \u00e0 l\u2019instar de la musique religieuse de son enfance, continue de la hanter. \u00ab\u00a0<em>Il existe un ordre de moines bouddhistes, les Nipponzan-My\u00f2h\u00f2ji, qui marchent en jouant du tambour et en chantant, pour promouvoir la non-violence. Ils nous accompagnaient dans toutes les marches et chantaient tous les jours, tout le temps\u00a0[11. \u00ab\u00a0The Journey Changes You\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6105\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/WWA-4_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais le v\u00e9ritable tournant pour Marisa survient au Chiapas. En 1997, elle est engag\u00e9e avec son groupe affinitaire (exclusivement compos\u00e9 de femmes) par Wise Fool, une troupe de cirque, pour une tourn\u00e9e de trois mois dans les villages des montagnes mexicaines. Elles g\u00e8rent l\u2019intendance et sont capables de nourrir jusqu\u2019\u00e0 300\u00a0personnes. Marisa, en plus de cela, accompagne le spectacle avec sa guitare. Le 22 d\u00e9cembre 1997, le cirque se trouve \u00e0 Actael, hameau tzotzil du Chiapas, quand une soixantaine de paramilitaires attaque Las Abejas, une organisation sympathisante de l\u2019Ejercito Zapatista de Liberaci\u00f3n Nacional (EZLN). Les assassins tirent \u00e0 l\u2019arme automatique alors que les victimes prient dans une chapelle, apr\u00e8s deux jours de je\u00fbne, pour exiger la paix. Cet assaut, r\u00e9ponse de l\u2019\u00c9tat \u00e0 la r\u00e9volution zapatiste de 1994, fait 46\u00a0morts et 35\u00a0bless\u00e9s, pour la plupart des femmes, des nourrissons et des vieillards. Un massacre qui marque profond\u00e9ment Marisa. \u00ab\u00a0<em>Les gens autour de moi se faisaient tuer<\/em>, <em>[leur vie]<\/em> <em>tournait au cauchemar, et moi, je pouvais partir si je le voulais \u2014 et je suis partie\u00a0[12. \u00ab\u00a0La longue marche\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb Elle prend conscience du privil\u00e8ge des Blancs et r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 son engagement politique. \u00ab\u00a0<em>Mon exp\u00e9rience au Chiapas repr\u00e9sente un moment cl\u00e9 pour moi, entre mon engagement politique et ma prise de conscience croissante de ces r\u00e9alit\u00e9s. Il est facile d\u2019identifier une cause et de s\u2019y greffer, mais un autre chemin pourrait \u00eatre\u00a0: \u201cComment vivre sa vie?\u201d<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"&quot;House of the Setting Sun&quot;, Marisa Anderson - Paris, Novembre 2017\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/bzOkZZEEEhs?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h3 class=\"section\">Sur les planches<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Marisa construit sa r\u00e9ponse \u00e0 cette question \u00e0 l\u2019aide de la musique et de ce qu\u2019elle a appris sur la route. Affronter l\u2019inconnu, se mettre en danger pour rencontrer l\u2019inattendu, autant de territoires que l\u2019improvisation musicale lui permet de continuer \u00e0 explorer. Elle d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 Portland et rejoint l\u2019Evolutionary Jass Band, un sextet de free jazz improvis\u00e9. Durant six ans, ce groupe lui enseigne une le\u00e7on essentielle\u00a0: comment avoir peur devant un public et s\u2019en accommoder. \u00ab\u00a0<em>Si tu fais face \u00e0 des gens avec un instrument dans tes mains sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue de ce qu\u2019il va se passer, et que tu n\u2019as pas peur, c\u2019est que tu es d\u00e9sillusionn\u00e9e, ou que tu d\u00e9compenses\u00a0[13. <em>\u00ab\u00a0<\/em>Foxy Digitalis\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb Comme au cours des marches politiques, elle y apprend l\u2019humilit\u00e9, la prise de risque, l\u2019autod\u00e9rision, \u00e0 jouer sans regarder en arri\u00e8re et \u00e0 communiquer par la musique. \u00ab\u00a0<em>L\u2019improvisation c\u2019est comme une conversation. Il y a un sujet et chaque musicien y r\u00e9pond, \u00e9coute ce que les autres ont \u00e0 dire dessus et r\u00e9agissent \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la conversation. Si c\u2019est une bonne conversation, de nouvelles id\u00e9es \u00e9mergent, des id\u00e9es famili\u00e8res d\u00e9voilent de nouvelles facettes, et peut-\u00eatre que cela change ton regard sur les choses\u00a0[14. Ibid.].<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6104\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/WWA-3_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">En 2005, elle d\u00e9cide d\u2019explorer une autre facette de ce dialogue improvis\u00e9 et se lance dans un projet solo\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si je joue seule, c\u2019est une exploration plus personnelle, mais le dialogue se fait avec la salle dans laquelle je suis, le public et le moment que l\u2019on partage\u00a0[15. Ibid.]<\/em>.\u00a0\u00bb Avec sa guitare et sa <em>lap steel<\/em>, seule, Marisa construit un univers instrumental conjuguant musique folk, guitare est-africaine et blues du Delta, empreint d\u2019une intention cin\u00e9matographique frappante. Quand sa musique se d\u00e9ploie, ce sont des paysages entiers qui apparaissent. De grands espaces o\u00f9 se frayer un chemin devient un jeu de l\u2019esprit \u2013 la bande son sans partition d\u2019un film imaginaire.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CxhgKySHnMo<\/p>\n<p class=\"textbody\">Son premier album, <em>The Golden Hour<\/em>, est le fruit d\u2019une demande du label de Portland Mississippi Records\u00a0[16. Label cr\u00e9\u00e9 en 2005, Mississippi \u00e9dite des disques vinyles d\u2019artistes autodidactes allant du blues aux <em>field recordings<\/em> du monde entier, en passant par le punk.], pour qui \u00ab\u00a0<em>le blues est la plus belle cr\u00e9ation des \u00eatres humains<\/em>\u00a0[17. \u00ab\u00a0Mississippi Records\u00a0: \u00e0 travers l\u2019espace, les genres et le temps\u00a0\u00bb, <em>La Voix des sir\u00e8nes<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a08, 2016.]\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pass\u00e9 un an \u00e0 le pr\u00e9parer, \u00e0 penser \u00e0 cette id\u00e9e de blues sous tous ses angles et \u00e0 construire mon approche\u00a0[18. \u00ab\u00a0Foxy Digitalis\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.]<\/em>.\u00a0\u00bb Elle se lance dans l\u2019enregistrement avec un processus bien \u00e0 elle\u00a0: enferm\u00e9e dans une pi\u00e8ce plusieurs jours de suite, elle s\u2019enregistre, jouant \u00e0 n\u2019en plus finir. Elle laisse passer un mois et recommence. \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ai \u00e9cout\u00e9 aucune bande pendant un an, puis on s\u2019est mis autour de la table pour faire un mix. Nous n\u2019avons fait aucun d\u00e9coupage ou collage \u2013 chaque morceau sur le disque est tel que je l\u2019ai jou\u00e9\u00a0[19. Ibid.]<\/em>.\u00a0\u00bb Ses disques suivants, <em>Mercury<\/em> et <em>Into the Light<\/em>, sont improvis\u00e9s pendant des heures et des heures, pour, au final, ne garder que quelques passages\u00a0: des concentr\u00e9s lumineux de finesse et de beaut\u00e9. Nous cherchons notre passage dans le ciel o\u00f9 rien ne luit, dit-on. Sauf, peut-\u00eatre, la musique de Marisa Anderson qui, telle une \u00e9toile scintillante, nous ouvre une voie \u00e9tonnante, pleine de libert\u00e9s et de possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Marisa Anderson: NPR Music Tiny Desk Concert\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/2JiLsYfbWD8?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h3 class=\"section\">Pour aller plus loin<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>\u2022 <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/marisaanderson.bandcamp.com\/\">Toute la musique de Marisa Anderson<\/a><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>\u2022 <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.demainlesflammes.lautre.net\/\">Le site de la revue <em>Demain les flammes<\/em><\/a><\/h5>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6110\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Marisa-Anderson_concert-in-R\u00e9cyclart-Bruxelles-Belgium_7-Oct.-16_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Marisa Anderson en concert au R\u00e9cyclart, Bruxelles, 7 oct. 2016<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_6073_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_6073_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_6073_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_6073_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_6073_1('footnote_plugin_tooltip_6073_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_6073_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> <em>\u00ab\u00a0<\/em>Foxy Digitalis\u00a0\u00bb, <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/marisaandersonmusic.com\/\">marisaandersonmusic.com<\/a>, novembre 2011.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_6073_1() { jQuery('#footnote_references_container_6073_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6073_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_6073_1() { jQuery('#footnote_references_container_6073_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_6073_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_6073_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_6073_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_6073_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_6073_1(); } } function footnote_moveToAnchor_6073_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_6073_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9dits photo\u00a0: Caroline Dossche Marisa Anderson a grandi en Californie du Nord dans les ann\u00e9es 1970. 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