{"id":6608,"date":"2018-05-27T13:44:35","date_gmt":"2018-05-27T11:44:35","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=6608"},"modified":"2018-05-27T13:44:35","modified_gmt":"2018-05-27T11:44:35","slug":"chants-darbres-a-defendre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2018\/05\/27\/chants-darbres-a-defendre\/","title":{"rendered":"Chants d\u2019Arbres \u00e0 D\u00e9fendre"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Nom&#160;: Forest. Pr\u00e9nom&#160;: Olga. Profession&#160;: chanteuse hippie oubli\u00e9e. Hobbies&#160;: les fleurs, l\u2019insurrection des arbres, les \u00e9treintes sous l\u2019orage. Post\u00e9rit\u00e9&#160;: nulle. But de ce billet&#160;: y rem\u00e9dier.<!--more--><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"entry-translator\">Le Cri du gonze<\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;Un frisson parcourt les arbres, comme un battoir vert&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"epigraphsignature\">Ossip Mandelstam<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Qu\u2019il le d\u00e9plore ou s\u2019en r\u00e9jouisse, le m\u00e9lomane contemporain d\u00e9barque rarement en territoire totalement inconnu. Il est en effet rare de s\u2019enticher d\u2019un ou d\u2019une artiste sans disposer du moindre renseignement sur son compte. Et encore plus de faire chou blanc quand on se met en qu\u00eate de plus amples informations. En ces temps de rouleau-compresseur Internet, o\u00f9 d\u00e9nicher le nom de jeune fille de la troisi\u00e8me femme du bassiste des Kinks, ou les pr\u00e9f\u00e9rences de Rihanna en mati\u00e8re de salades au quinoa prend environ 10&#160;secondes, satisfaire sa curiosit\u00e9 concernant le cr\u00e9ateur d\u2019un morceau appr\u00e9ci\u00e9 appara\u00eet comme une d\u00e9marche tout ce qu\u2019il y a plus naturelle. Le XXI<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle, <em>baby<\/em>, est terre d\u2019abondance (overdose&#160;?) culturelle. <\/p>\n<p class=\"textbody\">De l\u00e0 \u00e0 en d\u00e9duire que l\u2019\u00e9coute est forc\u00e9ment pollu\u00e9e par ces informations, jamais \u00ab&#160;gratuite&#160;\u00bb, il y a un foss\u00e9 qu\u2019il serait aventureux de franchir d\u2019un bond p\u00e9remptoire. Reste qu\u2019il est parfois plaisant de tomber sur un contre-exemple, quelqu\u2019un \u00e9chappant \u00e0 cette dictature du <em>je sais tout de toi en deux clics<\/em>, quelqu\u2019un qu\u2019on rencontre uniquement par les oreilles. C\u2019est le cas d\u2019une certaine Olga Forest, d\u00e9couverte tout \u00e0 fait par hasard par votre serviteur, un jour o\u00f9 pour des raisons obscures il tapa \u00ab&#160;R\u00e9volte des arbres&#160;\u00bb dans son navigateur (chacun ses probl\u00e8mes). <\/p>\n<p class=\"textbody\">Si Miss Forest connut a priori un certain succ\u00e8s dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, au point d\u2019enregistrer plusieurs disques \u2013&#160;<em>Je vis, Une petite voix, Miel et Granit<\/em>, etc.&#160;\u2013, elle est quasiment absente de la toile. Il y a bien un <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/la-colporteuse-d-histoires.over-blog.com\/\">blog moche<\/a> qu\u2019elle alimenta de textes platounets \u00e0 destination de mioches fureteurs jusqu\u2019en 2010, mais il n\u2019y est rien dit sur elle, hormis sa reconversion dans les contes enfantins. Pour le reste, pas la moindre ligne \u00e0 se mettre sous la dent. Rien sur <em>Wikip\u00e9dia<\/em>, rien ailleurs. Le grand blanc. Date de naissance&#160;? Je ne sais pas. Pr\u00e9f\u00e9rences culinaires&#160;? Inconnues au bataillon. Est-elle encore en vie&#160;? <em>No lo se<\/em>. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/olga1_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"700\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6625\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Question musique, on ne trouve d\u2019Olga Forest que quatre morceaux, exclusivement sur le principal diffuseur mondial de vid\u00e9os de mignons chatons batifoleurs (et donc de vid\u00e9os tout court), lesquels oscillent entre 499&#160;vues pour le <em>top of the charts<\/em>, \u00ab&#160;Les M\u00e9t\u00e9ores&#160;\u00bb, et 190 pour le d\u00e9laiss\u00e9 \u00ab&#160;Nous avons fait l\u2019amour&#160;\u00bb (dont une bonne moiti\u00e9 des visites par ma pomme). Autant dire que dalle. \u00ab&#160;<em>Anesth\u00e9sie, oubli<\/em>&#160;\u00bb, susurrait-elle dans \u00ab&#160;Je vis&#160;\u00bb, proph\u00e9tisant sa post\u00e9rit\u00e9 inexistante.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Olga Forest - Je vis\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Y8SY_7oPX0w?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Je le dis tout de go, mes petits poings rageurs tendus vers le ciel&#160;: c\u2019est injuste. Car si la musique d\u2019Olga Forest est incontestablement dat\u00e9e et souffre d\u2019un surplus de patchouli, elle n\u2019en reste pas moins magn\u00e9tique. Ainsi du susnomm\u00e9 \u00ab&#160;Nous avons fait l\u2019amour&#160;\u00bb, arrang\u00e9 par un certain Roger Pouly, par ailleurs compositeur du g\u00e9n\u00e9rique de <em>L\u2019\u00cele aux enfants<\/em> (eh ouais, gros\u00b7se&#160;: la classe). Un morceau certes kitscho-babos \u2013&#160;\u00ab&#160;<em>Nus comme aux premiers \u00e2ges [&#8230;] \/ Sous l\u2019orage nous avons fait l\u2019ammmmmooooouuuur<\/em>&#160;\u00bb&#160;\u2013, mais au demeurant tout \u00e0 fait honorable. Y r\u00f4de d\u2019ailleurs en arri\u00e8re-fond le fant\u00f4me vocal de Barbara (qui aurait abus\u00e9 du LSD un soir de d\u00e9bauche au Larzac). J\u2019avoue m\u00eame avoir frissonn\u00e9 en \u00e9coutant ces envol\u00e9es lyriques sur la beaut\u00e9 des \u00e9treintes sous l\u2019orage.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Olga Forest - Nous Avons Fait L&#039;amour\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/QfsW5mV4Avo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Bref, Olga m\u00e9riterait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence davantage de consid\u00e9ration. Apr\u00e8s tout, d\u2019autres ont arpent\u00e9 des territoires musicaux d\u00e9goulinants de sauce <em>seventies<\/em> sans finir jet\u00e9\u00b7es aux orties des esgourdes. Mais contrairement \u00e0 d\u2019autres artistes hippies plus ou moins lysergiques, comme sa quasi-homonyme <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=WixscRuFVQU\">Marie <\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=WixscRuFVQU\">La<\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=WixscRuFVQU\">f<\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=WixscRuFVQU\">or\u00eat<\/a>, Brigitte Fontaine \u00e9poque <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S4AXfseoF1g\">\u00ab&#160;Il pleut&#160;\u00bb<\/a>, ou l\u2019immortelle <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=R_raXzIRgsA\">Grace Slick des Jefferson Airplanes<\/a>, il ne reste presque rien d\u2019elle, pas la moindre r\u00e9miniscence tra\u00eenant aux entournures. L\u2019arbre qui cache la Forest&#160;? Un baobab envahissant. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Olga Forest - Les m\u00e9t\u00e9ores\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YCfreEPg4bQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est pas seulement sa biographie qui a disparu, ses \u0153uvres \u00e9galement. Effac\u00e9e des tablettes \u00ab&#160;Les m\u00e9t\u00e9ores&#160;\u00bb et sa nostalgie des ann\u00e9es d\u2019\u00e9tincelles (\u00ab&#160;<em>Oh je voudrais prendre la fuite \/ Et retourner en 68&#160;<\/em>&#160;\u00bb). Aux oubliettes, \u00ab&#160;Je vis&#160;\u00bb, \u00ab&#160;La Rivi\u00e8re est pollu\u00e9e&#160;\u00bb, \u00ab&#160;L\u2019Or en berne&#160;\u00bb, petites p\u00e9pites de douceur \u00e9colo-chthonienne servies par une voix enfantine. Enterr\u00e9, surtout, son titre \u00e0 mes yeux le plus embl\u00e9matique&#160;: \u00ab&#160;La R\u00e9volte des arbres&#160;\u00bb, ode \u00e0 la for\u00eat vengeresse et \u00e0 ses pouvoirs r\u00e9dempteurs.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/olga2_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"700\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6626\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Celui-l\u00e0, impossible de le d\u00e9gotter sur Internet. Et donc de le faire \u00e9couter en accompagnement de la pr\u00e9sente chronique. Il m\u2019a fallu commander <em>online<\/em> le 45&#160;tours pour pouvoir le d\u00e9guster, et me d\u00e9lecter de ses paroles \u00e9minemment proph\u00e9tiques. Les arrangements ont beau s\u2019av\u00e9rer un peu relou, au point de rendre certains passages un brin herm\u00e9tiques, le propos tenu s\u2019av\u00e8re r\u00e9jouissant \u00e0 souhait dans sa dimension boute-flammes. Presque \u00e9coterroriste \u2013&#160;un mix entre le <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.gallmeister.fr\/livres\/fiche\/58\/abbey-edward-le-gang-de-la-clef-a-molette\"><em>Gang de la clef \u00e0 molettes<\/em><\/a><em> <\/em>et l\u2019Apocalypse selon Saint Jean. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le morceau commence sur une note pathos&#160;: \u00ab&#160;<em>Dans le bois ce matin on a coup\u00e9 les arbres&#160;\/&#160;Dans le bois ce matin j\u2019entends pleurer les arbres<\/em>&#160;\u00bb. La chanteuse continue en \u00e9voquant \u00ab&#160;<em>les coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s<\/em>&#160;\u00bb des b\u00fbcherons, les \u00ab&#160;<em>plaintes<\/em>&#160;\u00bb des martyrs, avant de poser ce constat&#160;: \u00ab&#160;<em>Un jour il n\u2019y aura plus un arbre debout&#160;\/&#160;et l\u2019horizon sera soudain trop pr\u00e8s de nous<\/em>&#160;\u00bb. En r\u00e9action \u00e0 ce gris horizon, Miss Forest n\u2019y va pas par quatre chemins, annon\u00e7ant tout de go le Grand Jugement arboricole&#160;: \u00ab&#160;<em>Les arbres tu\u00e9s sortiront des cimeti\u00e8res [\u2026].<\/em>&#160;<em>Il y aura des for\u00eats en marche et du sang sur nos doigts qui ont port\u00e9 les haches. [\u2026] Les arbres en col\u00e8re \u00e9craseront les cit\u00e9s [\u2026]. Ce jour il n\u2019y aura que verdure et qui\u00e9tude&#160;\/&#160;Et la paix reviendra comme une vieille habitude.<\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Vivement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En attendant ce jour b\u00e9ni, gageons que l\u2019esprit dudit morceau flotte d\u00e9j\u00e0 sur un certain bocage nantais et sa Zone que d\u2019aucuns voudraient d\u00e9forester, tel un envahissant mais balistique nuage de patchouli (un chou\u00efa \u00e9c\u0153urant, ok, mais toujours mieux que les lacrymos). De quoi donner du c\u0153ur \u00e0 l\u2019ouvrage aux tritons cr\u00eat\u00e9s et \u00e0 leurs valeureux affid\u00e9s forestiers. Entre ici, Olga Forest, et nique les bulldozers \u2013&#160;<em>comme un battoir vert<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/R-2656085-1309943087.gif.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/R-2656085-1309943087.gif.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6621\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nom&#160;: Forest. Pr\u00e9nom&#160;: Olga. Profession&#160;: chanteuse hippie oubli\u00e9e. Hobbies&#160;: les fleurs, l\u2019insurrection des arbres, les \u00e9treintes sous l\u2019orage. Post\u00e9rit\u00e9&#160;: nulle. 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