{"id":7204,"date":"2018-10-11T00:00:24","date_gmt":"2018-10-10T22:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=7204"},"modified":"2018-10-11T00:00:24","modified_gmt":"2018-10-10T22:00:24","slug":"ce-qui-fait-une-mort","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2018\/10\/11\/ce-qui-fait-une-mort\/","title":{"rendered":"Ce qui fait une mort"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Non pas se poser la question du \u00ab&#160;on ne peut plus rien dire&#160;\u00bb, mais celles du comment on le dit. Des pol\u00e9miques r\u00e9centes dans le milieu th\u00e9\u00e2tral ont oppos\u00e9 les partisan\u00b7es de la libre cr\u00e9ation qui se doit de tout repr\u00e9senter \u00e0 celles et ceux qui cherchent \u00e0 penser une expression inali\u00e9nable des m\u00e9moires domin\u00e9es. Quelles voix pour des luttes impossibles \u00e0 marchandiser en billets de th\u00e9\u00e2tre&#160;? Actuellement sur les planches de La Colline \u00e0 Paris, le spectacle <em>R\u00e9v\u00e9lation<\/em> \u00e9crit par L\u00e9onora Miano et mis en sc\u00e8ne par Satoshi Miyagi r\u00e9active les \u00e2mes noires prises dans la travers\u00e9e de l\u2019Atlantique, pour s\u2019y perdre, s\u2019y vendre, s\u2019y trahir ou s\u2019en tirer. Une proposition critique et po\u00e9tique pour penser un id\u00e9al d\u2019universel non-blanc se joue alors entre les lignes.<!--more--><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"frame\">\nCr\u00e9dits photos du spectacle : Simon Gosselin \/ Agence Plan Bey.\n<\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Rvlation-Simon-Gosselin-7.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7198\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le monde du spectacle vivant comme en bien d\u2019autres domaines, les pol\u00e9miques autour de la m\u00e9moire, des r\u00e9cits et de l\u2019histoire des peuples colonis\u00e9s font rage. Cet \u00e9t\u00e9, Robert Lepage a \u00e9t\u00e9 \u00e9pingl\u00e9 \u00e0 deux reprises \u00e0 l\u2019occasion de ses derni\u00e8res cr\u00e9ations&#160;: <em>SL\u0100V<\/em>, enti\u00e8rement fond\u00e9 sur des chants d\u2019esclaves, et <em>Kanata<\/em>&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_7204_1('footnote_plugin_reference_7204_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_7204_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_7204_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, \u00e9pop\u00e9e retra\u00e7ant, entre autres, l\u2019histoire des peuples autochtones au Canada. L\u2019accusation des militant\u00b7es antiracistes portaient notamment sur le manque de dialogue entre le metteur en sc\u00e8ne et les communaut\u00e9s concern\u00e9es&#160;[2. Apr\u00e8s l\u2019annulation de <em>SL\u0100V <\/em>au Festival de Jazz de Montr\u00e9al et voyant la pol\u00e9mique prendre de la force autour de <em>Kanata<\/em>, Lepage et Mnouchkine ont organis\u00e9 un moment de dialogue avec les communaut\u00e9s autochtones canadiennes. Cependant, le but \u00e9tait celui de prouver leurs bonnes intentions, plut\u00f4t que d\u2019\u00e9couter les griefs et les demandes formul\u00e9es par les concern\u00e9\u00b7es. \u00c0 ce propos&#160;: T\u2019Cha Dunlevy, <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/montrealgazette.com\/entertainment\/local-arts\/robert-lepages-kanata-indigenous-leaders-hurt-frustrated-after-talks\">\u00ab&#160;Robert Lepage\u2019s <\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/montrealgazette.com\/entertainment\/local-arts\/robert-lepages-kanata-indigenous-leaders-hurt-frustrated-after-talks\"><em>Kanata: <\/em><\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/montrealgazette.com\/entertainment\/local-arts\/robert-lepages-kanata-indigenous-leaders-hurt-frustrated-after-talks\">Indigenous leaders \u201churt\u201d, frustated after talks&#160;\u00bb<\/a>, <em>Montreal Gazette,<\/em> 20 juil. 2018.] et sur l\u2019absence de ces derni\u00e8res sur les plateaux et dans les \u00e9quipes. La controverse&#160;[3. \u00c0 ce propos&#160;: Jade Almeida<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/NeoQuebecom\/videos\/on-prend-les-m\u00eames-et-on-recommence-slav-non-merci-avec-jade-almeidaressources-l\/2594556074102400\/\">, \u00ab&#160;On prend les m\u00eames et on recommence&#160;: SL\u0100V&#160;? Non, merci&#160;\u00bb<\/a>, 28 juin 2018, <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/neoquebec.com\/\">radio NeoQuebec<\/a>. En 2014, c\u2019est contre la performance <em>Exhibit B<\/em>, du Sud-Africain Brett Bailey que les militant\u00b7es antiracistes se sont battu\u00b7es&#160;: <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.cases-rebelles.org\/emission-n53\/\">\u00ab&#160;Dire \u201cau feu\u201d n\u2019incendie pas la case&#160;\u00bb<\/a>, \u00e9mission n<sup>o<\/sup>&#160;53, <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/cases-rebelles.org\/\">Cases rebelles<\/a>&#160;; lire \u00e9galement Amandine Gay, <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/95219\/exhibit-b-raciste\">\u00ab&#160;\u201cExhibit B\u201d&#160;: <\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/95219\/exhibit-b-raciste\">Oui, un spectacle qui se veut antiraciste peut \u00eatre raciste<\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/95219\/exhibit-b-raciste\">&#160;\u00bb<\/a>, 29 nov. 2014, disponible sur <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/slate.fr\/\">slate.fr<\/a>.] a \u00e9t\u00e9 telle que <em>SL\u0100V<\/em> a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 et certains producteurs de <em>Kanata<\/em> se sont retir\u00e9s du projet.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Presque \u00e0 l\u2019unisson, la presse sp\u00e9cialis\u00e9e et d\u2019autres personnalit\u00e9s du monde th\u00e9\u00e2tral ont cri\u00e9 \u00e0 la censure, \u00e0 l\u2019atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Leurs arguments reposent sur une id\u00e9e de la cr\u00e9ation en tant que geste absolu et droit inali\u00e9nable, que rien ne doit venir freiner ou inqui\u00e9ter&#160;; sur le fait que l\u2019histoire l\u2019art se serait construite sur une s\u00e9rie vertueuse d\u2019appropriations, emprunts et \u00e9changes. S\u2019y ajoute l\u2019invocation du travail de com\u00e9dien\u00b7ne (d\u00e9fini comme incarnation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9) pour expliquer les distributions enti\u00e8rement blanches. \u00ab&#160;Des Blanc\u00b7hes peuvent tr\u00e8s bien jouer des personnages noirs ou autochtones, et inversement&#160;\u00bb, se pla\u00eet-on \u00e0 penser. Or c\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse&#160;: nombre de personnes racis\u00e9es soulignent que cet \u00ab&#160;inversement&#160;\u00bb reste th\u00e9orique au regard de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du milieu th\u00e9\u00e2tral, majoritairement blanc&#160;[4. De nombreux\u00b7ses artistes et intellectuel\u00b7es racis\u00e9\u00b7es se sont pench\u00e9\u00b7es sur cette question dans l\u2019ouvrage <em>D\u00e9colonisons les arts&#160;!<\/em>, sous la direction de Le\u00efla Gukierman, Gerty Dambury et Fran\u00e7oise Verg\u00e8s, L\u2019Arche, 2018. ].<\/p>\n<p class=\"textbody\">R\u00e9duire cette dispute \u00e0 la question de la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e9lude d\u2019importants d\u00e9bats esth\u00e9tiques&#160;: comment s\u2019emparer de ces r\u00e9cits&#160;? Quelles formes donner \u00e0 ces histoires&#160;? Quels gestes d\u00e9ployer pour les traiter sur sc\u00e8ne&#160;? Ces interrogations sont prises en charge presque exclusivement par les cercles militants, car elles bousculent un peu trop celles et ceux install\u00e9\u00b7es dans leurs habitudes artistiques. Or, dans le m\u00eame temps, les arguments esth\u00e9tiques des militant\u00b7es restent souvent inentendus, sous pr\u00e9texte que leur implication politique les emp\u00eacherait de saisir la grandeur de l\u2019art. Ils et elles sont accus\u00e9\u00b7es tour \u00e0 tour d\u2019\u00eatre vindicatif\u00b7ves, insensibles ou ignorant\u00b7es.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une auteure noire, un metteur en sc\u00e8ne japonais, une troupe enti\u00e8rement japonaise&#160;: le spectacle <em>R\u00e9v\u00e9lation<\/em>&#160;[5. Cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline le 20 septembre 2018, \u00e0 l\u2019affiche jusqu\u2019au 20 octobre 2018.] au th\u00e9\u00e2tre de La Colline \u00e0 Paris, \u00e9crit par L\u00e9onora Miano et mis en sc\u00e8ne par Satoshi Miyagi, s\u2019inscrit dans ces luttes contre l\u2019appropriation culturelle&#160;[6. L\u2019appropriation culturelle d\u00e9signe le fait que des personnes en position de domination, utilisent des histoires, symboles, habitudes vestimentaires ou esth\u00e9tiques de personnes subissant de la discrimination. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est particuli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9 quand il permet \u00e0 celles et ceux qui le pratiquent de capitaliser sur des identit\u00e9s qui se sont forg\u00e9es ou affirm\u00e9es dans des contextes de lutte, face \u00e0 des rapports de force violents. Voir \u00e0 ce propos&#160;: <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LlMDktdHOlU&#038;ab_channel=NAYA-LaRingarde\">Kezak oh&#160;! #2 \u2013 Appropriation culturelle<\/a>.] dans l\u2019art et pour plus de repr\u00e9sentativit\u00e9 des personnes racis\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre, notamment dans les grandes salles. Un spectacle qui donne l\u2019occasion d\u2019interroger ce que le regard et le travail des personnes racis\u00e9es fabriquent mat\u00e9riellement et symboliquement quand ils s\u2019emploient \u00e0 raconter l\u2019histoire de l\u2019esclavage. Y compris quand l\u2019auteure d\u00e9cide de confier la mise en sc\u00e8ne \u00e0 une personne et une troupe non-concern\u00e9e par la question, mais dont elle partage la sensibilit\u00e9 artistique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/1280x720.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7193\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">La dr\u00f4le de gr\u00e8ve<\/h3>\n<p class=\"textbody\"><em>Red in blue trilogie<\/em>&#160;[7. Suivie de \u00ab&#160;Sacrifices&#160;\u00bb, qui se d\u00e9roule dans le contexte plantationnaire et aborde la r\u00e9sistance des esclaves et le marronnage&#160;; et de \u00ab&#160;Tombeau&#160;\u00bb, qui se passe dans un pays d\u2019Afrique subsaharienne, et aborde des questions contemporaines de l\u2019identit\u00e9 et du sentiment d\u2019absence laiss\u00e9e par les personnes d\u00e9port\u00e9es. \u00c9ditions L\u2019Arche, 2015.] (dont \u00ab&#160;R\u00e9v\u00e9lation&#160;\u00bb est la premi\u00e8re partie) traverse la longue histoire de la d\u00e9portation&#160;[8. L\u00e9onora Miano souligne, \u00e0 juste titre, que l\u2019utilisation de l\u2019expression \u00ab&#160;traite n\u00e9gri\u00e8re&#160;\u00bb insiste sur la dimension marchande de ce fait, au d\u00e9pens de l\u2019humanit\u00e9 des personnes qui en ont \u00e9t\u00e9 victimes.] des noir\u00b7es africain\u00b7es. Trois textes th\u00e9\u00e2traux sans ambition historique grandiloquente&#160;; juste d\u00e9placer le regard port\u00e9 \u00e0 ces histoires, et sur les probl\u00e9matiques qu\u2019elles soul\u00e8vent habituellement.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>R\u00e9v\u00e9lation <\/em>ne se d\u00e9roule pas dans le monde des vivant\u00b7es, mais dans l\u2019au-del\u00e0, entre Mangamba,<em> l\u2019oc\u00e9an primordial<\/em> \u2013 d\u2019o\u00f9 sortent les \u00e2mes et dans lequel celles-ci se ressourcent apr\u00e8s la mort \u2013, et la <em>blanche vall\u00e9e \u2013 <\/em>o\u00f9 se trouvent celles malfaisantes. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment des \u00e2mes qui peuplent la sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e, plong\u00e9e dans une p\u00e9nombre grise. Elles sont regroup\u00e9es en trois ensembles, chacun remplissant une fonction. Tout d\u2019abord, la l\u00e9gion Ubuntu, constitu\u00e9e d\u2019\u00e2mes en peine, errant depuis des si\u00e8cles \u00e0 cause de la violence de leur mort et de l\u2019absence de rite fun\u00e8bre. Ensuite, Mayibuye&#160;: la l\u00e9gion d\u2019\u00e2mes qui quitte Inyi \u2013 \u00ab&#160;<em>divinit\u00e9 premi\u00e8re, figure f\u00e9minine du divin, porteuse des \u00e2mes \u00e0 na\u00eetre<\/em>&#160;\u00bb \u2013 et Mangamba, l\u2019oc\u00e9an primordial, pour aller sur terre animer les corps des nourrisson\u00b7nes. Enfin, les Ombres sont les \u00e2mes reprouv\u00e9es, condamn\u00e9es au silence dans la <em>zone blanche<\/em>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La l\u00e9gion Ubuntu, lasse d\u2019errer en peine, s\u2019organise pour demander justice \u00e0 Inyi \u2013&#160;seule capable de lui rendre la paix. Coinc\u00e9e entre ciel et terre, elle ne peut s\u2019adresser directement \u00e0 la d\u00e9esse. Ubuntu rencontre Mayibuye en chemin pour insuffler un nouveau cycle de vie sur terre, et l\u2019interpelle pour qu\u2019elle plaide sa cause aupr\u00e8s d\u2019Inyi. <em>Ubuntu<\/em> est un terme des langues bantoues qui veut dire \u00ab&#160;je suis parce que nous sommes&#160;\u00bb, c\u2019est l\u2019une des mani\u00e8res dont on conceptualise l\u2019humanit\u00e9 dans certaines cultures du sud de l\u2019Afrique. Les com\u00e9dien\u00b7nes qui jouent chaque ensemble, Ubuntu et Mayibuye, portent le m\u00eame costume, se meuvent des m\u00eames gestes. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui frappe Mayibuye&#160;: \u00ab&#160;<em>Vous ressemblez tellement\u2026 Vous nous troublez.<\/em>&#160;\u00bb Et Ubuntu de r\u00e9pondre&#160;: \u00ab&#160;<em>Nous ne ressemblons pas. Nous sommes.&#160;<\/em>&#160;\u00bb <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Rvlation-Simon-Gosselin-8.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7199\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette rencontre \u00e9branle le passage de Mayibuye sur terre&#160;: elle parle aux humains de ces \u00e2mes en peine, de leur histoire tragique. Mayibuye refait \u00ab&#160;<em>une place dans la conscience des peuples<\/em>&#160;\u00bb pour la m\u00e9moire d\u2019Ubuntu. Elle r\u00e9habilite ainsi le symbole des peuples akans&#160;: le <em>sankofa<\/em>, mot twi&#160;[9. Langue parl\u00e9e par les Akans au Ghana. ] qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab&#160;revenir le chercher&#160;\u00bb, et qui porte l\u2019id\u00e9e de \u00ab&#160;<em>conna\u00eetre le pass\u00e9 pour mieux embrasser l\u2019avenir<\/em>&#160;[10. <em>Red in blue trilogie<\/em>, ouvr. cit\u00e9, p.&#160;26.]&#160;\u00bb. Cette sc\u00e8ne annonce le projet d\u2019Ubuntu, et plus largement celui de la pi\u00e8ce&#160;: sortir la m\u00e9moire des limbes. Avec la m\u00e9moire, l\u2019histoire \u2013 enti\u00e8res. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s ce voyage terrestre et de retour dans l\u2019au-del\u00e0, Mayibuye, qui a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 la violente r\u00e9alit\u00e9 des Noir\u00b7es sur terre, est convaincue de la cause d\u2019Ubuntu. Elle dispose d\u2019un puissant moyen de pression&#160;: en refusant de continuer sa descente sur terre, les nouveaux et nouvelles n\u00e9\u00b7es resteront inanim\u00e9\u00b7es, causant un grand d\u00e9sordre dans l\u2019univers. Mayibuye fait donc gr\u00e8ve. <\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Mayibuye<\/em> veut dire en zulu \u00ab&#160;que cela revienne&#160;\u00bb, ce mot a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par les militant\u00b7es sud-africain\u00b7es contre l\u2019Apartheid, dans le slogan <em>Mayibuye i Afrika<\/em>&#160;[11. Notamment lors des manifestations du 7 et 8 novembre 1952 \u00e0 Kimberley, o\u00f9 au moins 13 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et 78 bless\u00e9es. Cette expression a inspir\u00e9 la <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=36BkXBdgOlE\">chanson \u00e9ponyme<\/a>, immortalis\u00e9e par la voix de Miriam Makeba.] (\u00ab&#160;Que l\u2019Afrique revienne&#160;\u00bb). De prime abord, la pi\u00e8ce de Miano ne parle que du retour des \u00e2mes. Mais \u00e0 regarder de pr\u00e8s, Mayibuye \u0153uvre pour le retour de l\u2019humanit\u00e9 (Ubuntu). Et le mot choisi par l\u2019auteure pour le d\u00e9signer rappelle l\u2019histoire de la lutte des Noir\u00b7es sud-africain\u00b7es pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, sous-tendue par le d\u00e9sir de reconnaissance de leur humanit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Sankofa.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"825\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7201\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Tractations spirituelles<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Mayibuye revendique \u00ab&#160;<em>la pes\u00e9e des paroles&#160;<\/em>&#160;\u00bb des Ombres aupr\u00e8s d\u2019Inyi et de Kalunga, \u00ab&#160;<em>divinit\u00e9 gardienne des passages entre les mondes<\/em>&#160;\u00bb. Ce rituel \u2013&#160;auquel on se confronte lors de son arriv\u00e9e dans l\u2019au-del\u00e0&#160;\u2013 leur a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 \u00e0 cause de la turpitude de leurs actions. Les Ombres ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es directement \u00e0 la Vall\u00e9e Blanche et condamn\u00e9es au silence&#160;; ce sont les \u00e2mes des Africain\u00b7es qui ont collabor\u00e9 avec les oppresseurs, acceptant de capturer et vendre d\u2019autres Africain\u00b7es aux Europ\u00e9en\u00b7nes. Mais ce silence punitif devient d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, il faut enfin le lever. Inyi acc\u00e8de \u00e0 cette demande pour \u00e9viter la catastrophe sur terre. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans une forme de tribunal improvis\u00e9, s\u2019entendent diff\u00e9rents r\u00e9cits qui permettront de mieux comprendre le r\u00f4le des Africain\u00b7es dans cette histoire. Faire parler les coupables, non pas pour les excuser, mais pour pr\u00e9ciser les contours de leurs faits, pour qu\u2019il soit \u00e0 jamais impossible de dire&#160;:\u00ab&#160;<em>Les<\/em> Noir\u00b7es ont collabor\u00e9.&#160;\u00bb Souvent issu\u00b7es de l\u2019\u00e9lite \u2013&#160;rois, reines, grand\u00b7es commer\u00e7ant\u00b7es&#160;\u2013, <em>des<\/em> Noir\u00b7es ont collabor\u00e9. Miano voulait se d\u00e9partir de l\u2019imaginaire des <em>rois n\u00e8gres, <\/em>\u00ab&#160;<em>afin de conna\u00eetre la diversit\u00e9 de leurs profils et trajectoires<\/em>&#160;\u00bb, affirme-t-elle dans la feuille de salle. L\u2019auteure rappelle que le continent ne se pensait pas \u00ab&#160;Afrique&#160;\u00bb, encore moins, \u00ab&#160;panafricain&#160;\u00bb. Chaque roi ne voyait pas forc\u00e9ment son voisin comme alli\u00e9&#160;; leur histoire n\u2019est pas \u00e0 ce point \u00e9trang\u00e8re \u00e0 celle de l\u2019Europe. Ce sont les \u00e9lites europ\u00e9ennes qui ont trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 solidifier le bloc Afrique (foyer de ressources in\u00e9puisables et ponctionnables \u00e0 l\u2019envi), poussant \u00e0 regarder chaque Africain\u00b7e comme une partie contenant ce bloc en lui, d\u00e9sindividualisant \u00e0 l\u2019extr\u00eame chaque sujet africain, assignant chacun\u00b7e \u00e0 la fois au r\u00f4le d\u2019esclave, de collabo et de rescap\u00e9\u00b7e-colonis\u00e9\u00b7e. Rendant, d\u2019un m\u00eame mouvement, impossible toute pens\u00e9e de la complexit\u00e9 humaine \u00e0 leur \u00e9gard. Objectifiant un territoire et ses habitant\u00b7es. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Rvlation-Simon-Gosselin-6.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7197\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous entendons, dans ce tribunal, l\u2019histoire d\u2019un roi qui a cru bon de se convertir au christianisme, bern\u00e9 par les Portugais\u00b7es, il croyait ainsi prot\u00e9ger les sien\u00b7nes, tout en acceptant de livrer ses ennemi\u00b7es aux envahisseurs&#160;; celle d\u2019un autre qui ne cherchait qu\u2019\u00e0 s\u2019enrichir au d\u00e9pens de la vie du peuple&#160;; l\u2019histoire d\u2019un esclave rescap\u00e9 qui est devenu marchand d\u2019esclaves pour \u00e9chapper \u00e0 une nouvelle capture, pour gagner sa vie, pour se faire une place aupr\u00e8s de celles et ceux qui lui ont tout refus\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 un tombeau lors de sa mort&#160;; une femme aigrie par sa st\u00e9rilit\u00e9, pr\u00eatresse cens\u00e9e accompagner la grossesse des femmes, mais qui les vendait, elles et leurs f\u0153tus.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Autant de mobiles qui ne sont pas l\u00e0 pour justifier leurs actions, mais qui nous permettent de reconna\u00eetre l\u2019humanit\u00e9 en chacun\u00b7e \u2013&#160;l\u2019humanit\u00e9 jusque dans sa laideur, sa cupidit\u00e9, ses faiblesses, ses erreurs. Qu\u2019elle ou ils le regrettent, peu importe. Ce qui compte est de d\u00e9plier les contradictions, r\u00e9v\u00e9ler leur responsabilit\u00e9 irr\u00e9ductiblement individuelle. \u00ab&#160;<em>Ce qui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, au-del\u00e0 des mobiles du crime, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le fait qu\u2019il y en eut et que, comme partout ailleurs, les individus agirent en fonction des circonstances et de leur sensibilit\u00e9&#160;<\/em>&#160;\u00bb, pr\u00e9cise l&#8217;auteure dans la feuille de salle. Inscrire ces actes dans leur histoire, non pas pour nier les forces du syst\u00e8me, des structures de pouvoir (dont certain\u00b7es faisaient partie) qui p\u00e8sent sur les individus, mais pour nous rendre capables de reconna\u00eetre en eux et elle le potentiel de crime pr\u00e9sente en nous tout\u00b7es. Reconna\u00eetre donc, en elle et eux comme en nous, la part d\u2019in-dignit\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2018-10-10-a\u0300-22.08.56.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"998\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7194\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Une politique du deuil<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Il peut para\u00eetre \u00e9trange d\u2019aborder cette histoire \u00e9minemment politique par le biais d\u2019\u00e2mes errantes, dans un symbolisme \u00e9rudit. La mise en sc\u00e8ne de Satoshi Miyagi, subtile et sobre, vient y d\u00e9poser une couche encore plus \u00e9trang\u00e8re aux habitudes th\u00e9\u00e2trales fran\u00e7aises. La langue sur le plateau est le japonais&#160;; les gestes sont empreints du <em>but\u014d<\/em>&#160;[12. Danse japonaise n\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, dans un contexte de protestations contre le renouvellement du trait\u00e9 de S\u00e9curit\u00e9 entre les \u00c9tats-Unis et le Japon. Les artistes pensent cette danse comme une r\u00e9action \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle \u00e9tats-unienne, avec des mouvements minimalistes d\u2019une extr\u00eame lenteur. ], et se situent entre danse et conte&#160;; les costumes inspir\u00e9s de tenues traditionnelles japonaises\u2026 Le metteur en sc\u00e8ne per\u00e7oit des affinit\u00e9s entre \u00ab&#160;<em>le monde apr\u00e8s la mort&#160;<\/em>&#160;\u00bb imagin\u00e9 par Miano et la vision de la mort dans la culture japonaise&#160;: \u00ab&#160;<em>Les \u00e2mes des victimes de mort violente ou injuste ne peuvent rejoindre le paradis et restent bloqu\u00e9es dans notre monde, o\u00f9 elles \u201cflottent\u201d jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles soient soulag\u00e9es de leur ranc\u0153ur, de leur ressentiment, ou de leur peine&#160;<\/em>&#160;\u00bb, explique-t-il dans la feuille de salle. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00e9tat de \u00ab&#160;flottement&#160;\u00bb qu\u2019il plonge les corps sur sc\u00e8ne&#160;: la musique r\u00e9p\u00e9titive de Hiroko Tanakawa y joue un r\u00f4le majeur. Ses harmonies simples (souvent un encha\u00eenement des m\u00eames quatre accords), jou\u00e9e par un orchestre de percussions (xylophones, vibraphones, steel drum, hang\u2026), cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re \u00e0 la fois obstin\u00e9e et douce, que vient troubler un crescendo rythmique produit par des coups de caisse claire ou de djemb\u00e9 lors des confrontations.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Rvlation-Simon-Gosselin-9.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7200\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Judith Butler, dans <em>Ce qui fait une vie<\/em>&#160;[13. <em>Ce qui fait une vie. Essai sur la violence, la guerre et le deuil<\/em>, Zones, 2010.], montre \u00e0 quel point la possibilit\u00e9 du deuil est r\u00e9v\u00e9latrice de la valeur sociale d\u2019une vie. Les morts des personnes noir\u00b7es au cours des d\u00e9portations transatlantiques ont port\u00e9 une grave atteinte \u00e0 la valeur de ces vies \u2013&#160;y compris, pour celles et ceux qui ont surv\u00e9cu. Priv\u00e9\u00b7es de la possibilit\u00e9 de pleurer les sien\u00b7nes, et ce, pendant des si\u00e8cles, celles et ceux qui sont rest\u00e9\u00b7es n\u2019ont pas pu les c\u00e9l\u00e9brer, les magnifier par des gestes qui les prolongeraient au-del\u00e0 de la mort. La colonisation et l\u2019esclavage ne sont pas seulement \u00e0 l\u2019origine de la pauvret\u00e9 organis\u00e9e sur le continent africain, mais au principe de la d\u00e9valuation de la vie des Noir\u00b7es. Le spectacle cherche \u00e0 extirper enfin cette histoire de sa dimension comptable et marchande pour l\u2019inscrire dans celle d\u2019une souffrance spirituelle \u2013 ouvrant ainsi la possibilit\u00e9 de penser une autre politique du deuil. Ou, selon les mots de la philosophe Vinciane Despret&#160;: \u00ab&#160;<em>Lorsque les danseurs font l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une pr\u00e9sence, l\u2019histoire qu\u2019ils vont construire ensemble fabrique elle aussi cette pr\u00e9sence\u2026 Les histoires gardent la pr\u00e9sence pr\u00e9sente, le mort vivant. Elles re-suscitent des vacillements. Ce sont des performances<\/em>&#160;[14. <em>Au bonheur des morts. R\u00e9cits de ceux qui restent, <\/em>La D\u00e9couverte, 2015. ]<em>.<\/em>&#160;\u00bb Les com\u00e9dien\u00b7nes nous mettent en pr\u00e9sence de ces mort\u00b7es ignor\u00e9\u00b7es, oubli\u00e9\u00b7es, non-pleur\u00e9\u00b7es&#160;; ils et elles r\u00e9parent ainsi \u2013&#160;le temps de la performance&#160;\u2013 leur trop longue absence.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gille.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"462\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7195\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Il fallait s\u2019emparer de cette histoire, sans pour autant rejouer la partition des violences perp\u00e9tr\u00e9es contre les corps noirs, car remontrer sans cesse et sans concertation les images de l\u2019abomination finit par r\u00e9activer le m\u00eame regard que leur exposition croit d\u00e9noncer&#160;[15. Voir \u00e0 ce propos la tribune \u00e9crite par le collectif Cases rebelles sur le livre collectif, <em>Sexe, race et colonies<\/em>, La D\u00e9couverte, 2018&#160;: \u00ab&#160;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/cases-rebelles.org\/\">Les corps \u00e9puis\u00e9s du specta<\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/cases-rebelles.org\/\">cle colonial<\/a>&#160;\u00bb, 28 septembre 2018. Le collectif d\u00e9fend la th\u00e8se selon laquelle malgr\u00e9 la contextualisation et l\u2019argumentation autour des images de femmes colonis\u00e9es jusque dans leur corps, montr\u00e9es par le livre, celui-ci finit par reproduire un effet de voyeurisme, reconduisant la violence et la domination qui a permis cette production iconographique. Une telle \u00e9dition pens\u00e9e par de blanc\u00b7hes pour des blanc\u00b7hes rate ainsi sa port\u00e9e critique, en ce que le livre ne prend pas en consid\u00e9ration \u2013 voire contredit \u2013 les vies, les morts et les m\u00e9moires noires.]. Placer ce chapitre de l\u2019histoire transatlantique dans l\u2019au-del\u00e0 permet tout le contraire&#160;: lui rendre sa part d\u2019universel \u2013&#160;et ici, d\u00e9finitivement loin de l\u2019universalit\u00e9 blanche occidentale. Kater Attia \u00e9crit&#160;sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9-\u00e9voquer ces \u00ab&#160;<em>blessures immat\u00e9rielles<\/em>&#160;\u00bb, dont l\u2019esclavage fait partie, \u00ab&#160;<em>car la r\u00e9paration, c\u2019est la conscience de la blessure, m\u00eame lorsque la r\u00e9paration semble irr\u00e9parable&#160;[16. Dans <em>D\u00e9colonisons les arts&#160;!, <\/em>L\u2019Arche, 2018.]\u2026<\/em>&#160;\u00bb<em> <\/em>Aucun voyeurisme historique ici, mais une rigueur \u00e9motionnelle&#160;: la mort a besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de rituels de deuil qui puissent \u00eatre v\u00e9cus intimement et collectivement, autant en Europe, qu\u2019en Asie et en Afrique, et m\u00eame dans les oc\u00e9ans qui relient les continents.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Rvlation-Simon-Gosselin-5.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7196\" \/><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_7204_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_7204_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_7204_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_7204_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_7204_1('footnote_plugin_tooltip_7204_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_7204_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Avec la troupe du Th\u00e9\u00e2tre du Soleil d\u2019Ariane Mnouchkine.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_7204_1() { jQuery('#footnote_references_container_7204_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7204_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_7204_1() { jQuery('#footnote_references_container_7204_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7204_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7204_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_7204_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7204_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_7204_1(); } } function footnote_moveToAnchor_7204_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7204_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Non pas se poser la question du \u00ab&#160;on ne peut plus rien dire&#160;\u00bb, mais celles du comment on le dit. 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