{"id":7677,"date":"2018-12-07T22:48:20","date_gmt":"2018-12-07T21:48:20","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=7677"},"modified":"2018-12-07T22:48:20","modified_gmt":"2018-12-07T21:48:20","slug":"tout-va-bien-au-theatre-de-la-commune","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2018\/12\/07\/tout-va-bien-au-theatre-de-la-commune\/","title":{"rendered":"Tout va bien au th\u00e9\u00e2tre de la Commune"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Que se passe-t-il au th\u00e9\u00e2tre de la Commune \u00e0 Aubervilliers&nbsp;? Quelles sont les raisons de la gr\u00e8ve longue de plus de deux mois, hu\u00e9e par le philosophe Alain Badiou&nbsp;? Harc\u00e8lement des syndiqu\u00e9\u00b7es, d\u00e9part de plus de la moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe permanente, humiliations et menaces\u2026 Tout est bon pour mener \u00e0 bien le projet artistique de Marie-Jos\u00e9 Malis. Rest\u00e9e assez discr\u00e8te, cette gr\u00e8ve est pourtant r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de certain\u00b7es artistes-dirigeant\u00b7es d\u2019\u00e9tablissements culturels publics aujourd\u2019hui. Au nom de l\u2019art, on y d\u00e9fend une politique manag\u00e9riale digne des pires t\u00e9nors du CAC40. Un document confidentiel, le CDNLeaks, en t\u00e9l\u00e9chargement <em>in extenso<\/em> ci-dessous, et une longue enqu\u00eate men\u00e9e depuis le d\u00e9but de la gr\u00e8ve montrent le niveau de contamination n\u00e9olib\u00e9rale d\u2019un lieu historique du th\u00e9\u00e2tre populaire. Mesdames et messieurs, demandez le programme&nbsp;! <!--more--><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger le dossier <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/CDNLeaks.zip\">CDNLeaks<\/a><a> complet<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/commune_en_lutte.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7687\" width=\"700\" height=\"450\"><\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s l\u2019insurrection du 17 juin,<br \/>\nLe secr\u00e9taire de l\u2019Union des \u00c9crivains<br \/>\nFit distribuer des tracts dans la Stalinallee<br \/>\nLe peuple, y lisait-on, a par sa faute,<br \/>\nPerdu la confiance du gouvernement<br \/>\nEt ce n\u2019est qu\u2019en redoublant d\u2019efforts<br \/>\nQu\u2019il peut la regagner.<br \/>\nNe serait-il pas<br \/>\nPlus simple alors pour le gouvernement<br \/>\nDe dissoudre le peuple<br \/>\nEt d\u2019en \u00e9lire un autre&nbsp;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_7677_1('footnote_plugin_reference_7677_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_7677_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_7677_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>&nbsp;?\n<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Cela fait maintenant plus de deux mois qu\u2019une demi-douzaine de salari\u00e9\u00b7es du th\u00e9\u00e2tre de la Commune d\u2019Aubervilliers sont en gr\u00e8ve. Depuis leur pr\u00e9avis initial, les gr\u00e9vistes n\u2019ont cess\u00e9 de d\u00e9noncer l\u2019arbitraire, le manque de respect, de confiance et de concertation des personnels sur le fond duquel s\u2019op\u00e9raient restructurations sourdes, suppressions de postes et multiplication des ruptures conventionnelles, cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e en 2014 de la nouvelle direction conduite par Marie-Jos\u00e9 Malis et Fr\u00e9d\u00e9ric Sacard.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019existence d\u2019un tel conflit dans ce th\u00e9\u00e2tre rev\u00eat une forte charge symbolique dans la mesure o\u00f9 il a \u00e9clat\u00e9 dans l\u2019un des hauts lieux du th\u00e9\u00e2tre populaire, fond\u00e9 en 1965 par Gabriel Garran, metteur en sc\u00e8ne, et Jack Ralite, \u00e9minente figure des questions culturelles au Parti communiste. Ce duo avait pour ambition de constituer un th\u00e9\u00e2tre aussi exigeant qu\u2019engag\u00e9 en direction de la population ouvri\u00e8re, en lui attribuant non seulement la place de spectateurs ou spectatrices mais aussi celle de com\u00e9dien\u00b7nes voire de metteur\u00b7e en sc\u00e8ne. En 1971, ce m\u00eame th\u00e9\u00e2tre avait \u00e9t\u00e9 ainsi promu \u00ab&nbsp;Centre dramatique national&nbsp;[2. On peut ramener les missions d\u2019un CDN \u00e0 trois dimensions&nbsp;: artistique, territoriale et professionnelle. La premi\u00e8re concerne la production et la diffusion d\u2019\u0153uvres de r\u00e9pertoire ou \u00e9mergentes, et la mise \u00e0 disposition des lieux pour favoriser les \u00e9quipes ind\u00e9pendantes. La seconde touche tant \u00e0 la d\u00e9multiplication de gestes en faveur des publics qui ne fr\u00e9quentent pas les th\u00e9\u00e2tres (jeunes ou moins jeunes) qu\u2019\u00e0 une politique affirm\u00e9e en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation artistique, et \u00e0 l\u2019accueil de spectacles sous la forme d\u2019une programmation annuelle. La troisi\u00e8me aborde enfin la question de la formation, de l\u2019emploi et des partenariats avec les autres structures culturelles locales.]&nbsp;\u00bb, statut cr\u00e9\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s-guerre sous l\u2019impulsion notamment de Jeanne Laurent et de Jean Vilar pour permettre la d\u00e9centralisation et la d\u00e9mocratisation du th\u00e9\u00e2tre en France.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Si cette gr\u00e8ve a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un certain \u00e9cho dans la presse, elle a bien souvent fait l\u2019objet d\u2019un silence g\u00ean\u00e9 au sein du monde th\u00e9\u00e2tral. \u00c0 cela au moins deux raisons&nbsp;: d\u2019une part, la sacralit\u00e9 qui accompagne l\u2019ambition politique contestataire suppos\u00e9e de Marie-Jos\u00e9 Malis&nbsp;; d\u2019autre part, la similitude entre ce qu\u2019il se passe pour les personnels \u00e0 Aubervilliers et ce qui a lieu dans bon nombre de structures du spectacle vivant. Pourtant, les communications des partisan\u22c5es de la direction sont accablantes&nbsp;: les Badiou, Tackels et Lafont \u00e9talent \u00e0 la fois un ahurissant m\u00e9pris de classe et l\u2019arrogance d\u2019intellectuel\u22c5les empli\u22c5es de suffisance.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette enqu\u00eate cherche \u00e0 d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment la mani\u00e8re dont s\u2019exprime la violence de la direction contre les salari\u00e9\u00b7es, tout en mettant en lumi\u00e8re ce que cette gr\u00e8ve r\u00e9v\u00e8le de tant d\u2019autres structures culturelles \u2013&nbsp;ce que la direction tente de masquer par des consid\u00e9rations d\u2019ordre et de biens\u00e9ance politiques ou artistiques. Nous avons donc pris au s\u00e9rieux l\u2019invitation du directeur adjoint Fr\u00e9d\u00e9ric Sacard&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Brecht proposait d\u2019examiner les situations qui f\u00e2chent et pr\u00e9occupent, et non celles qui rassemblent en d\u2019illusoires unions \u0153cum\u00e9niques des gauches. Car il supposait que les forces et volont\u00e9s \u00e9mancipatrices naissent de la travers\u00e9e des conflits<\/em>&nbsp;[3. Fr\u00e9d\u00e9ric Sacard, \u00ab&nbsp;Mise au point sur la situation \u00e0 La Commune&nbsp;\u00bb, samedi 13 octobre.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h3 class=\"section\"><span class=\"bold-body\">Un vaste plan de licenciement \u00e0 coups de ruptures conventionnelles<\/span><\/h3>\n<p class=\"textbody\">Depuis son arriv\u00e9e, la direction du th\u00e9\u00e2tre de la Commune a us\u00e9 et abus\u00e9 de la proc\u00e9dure dite de \u00ab&nbsp;rupture conventionnelle&nbsp;\u00bb mise en place en 2008 sous la pr\u00e9sidence Sarkozy. Cette proc\u00e9dure pousse le ou la salari\u00e9\u00b7e \u00e0 n\u00e9gocier sa sortie de l\u2019entreprise plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 poser les probl\u00e8mes et \u00e0 d\u00e9fendre ses droits sur son lieu de travail. Quant aux employeur\u00b7ses, ils ou elles auront int\u00e9r\u00eat \u00e0 acheter le silence des salari\u00e9\u00b7es par une indemnisation plut\u00f4t que de prendre le risque de passer par la case prud\u2019hommes \u2013&nbsp;dont les indemnit\u00e9s ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 plafonn\u00e9es par la loi Travail afin d\u2019en restreindre l\u2019usage. En tout \u00e9tat de cause, m\u00eame si ce dispositif ouvre la voie \u00e0 des formes d\u2019indemnisation (par accord entre les parties et par le biais des allocations ch\u00f4mage), ce que ne permettait pas la d\u00e9mission, il a pour cons\u00e9quence une fragilisation de la position des salari\u00e9\u00b7es dans l\u2019entreprise ainsi qu\u2019une privatisation accrue des espaces de travail au profit des directions et une r\u00e9internalisation d\u2019une partie du droit de justice dans les mains des employeur\u00b7ses au d\u00e9triment de la seule institution juridique paritaire et \u00e9lective&nbsp;: le conseil des prud\u2019hommes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Douze ruptures conventionnelles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es depuis l\u2019arriv\u00e9e de la nouvelle direction. Marie-Jos\u00e9 Malis, dans son communiqu\u00e9 de presse dat\u00e9 du 26 septembre dernier, affirme que ces ruptures conventionnelles \u00ab&nbsp;<em>ont toutes \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9es au b\u00e9n\u00e9fice des salari\u00e9s, elles ont souvent \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues en bonne intelligence pour des gens qui avaient fait le choix de travailler ailleurs. Seules deux sont issues de d\u00e9saccords, dont un assez grave. Et qui pourtant n\u2019a pas abouti \u00e0 un<\/em> <em>licenciement. Car <\/em>nous n\u2019avons licenci\u00e9 personne<em>.<\/em> <em>Je dis donc tranquillement que cette accusation ressort du fantasme. Nous sommes tr\u00e8s sereins moralement sur ces questions<\/em>&nbsp;[4. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p.&nbsp;1, par.&nbsp;8.]&nbsp;\u00bb. Pourtant, pour une structure comme celle du th\u00e9\u00e2tre d\u2019Aubervilliers n\u2019ayant que vingt-trois permanent\u22c5es hors direction en 2014, douze d\u00e9parts en quatre ans, soit plus de la moiti\u00e9 des salari\u00e9\u22c5es, c\u2019est consid\u00e9rable. La probabilit\u00e9 qu\u2019un si grand nombre de d\u00e9parts puisse \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 des motifs non professionnels para\u00eet quasiment nulle. Mieux, si l\u2019on prend en compte la menace qui p\u00e8se aujourd\u2019hui<em> <\/em>sur bon nombre des autres postes, il y a n\u00e9cessairement un lien intrins\u00e8que entre ces d\u00e9parts et les conditions du travail cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la nouvelle direction.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un seul d\u00e9part sur les douze est clairement \u00e9tranger au conflit avec la direction. Six ne ressortent pas d\u2019un conflit direct avec la direction, mais proc\u00e8dent d\u2019une impossibilit\u00e9 de rester dans la structure dans les conditions propos\u00e9es, voire d\u2019un climat de travail d\u00e9t\u00e9rior\u00e9. Et sur ces six cas, tous ont fait part explicitement de leur soutien aux gr\u00e9vistes. Ce qui ne d\u00e9note pas particuli\u00e8rement de \u00ab&nbsp;s\u00e9parations&nbsp;[5. Euph\u00e9misme usuel dans la bouche de Marie-Jos\u00e9 Malis pour d\u00e9signer sa volont\u00e9 de licencier un\u22c5e de ses subordonn\u00e9\u22c5es.]&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;bonne intelligence&nbsp;\u00bb. Dans cinq autres cas, les d\u00e9parts sont tr\u00e8s directement li\u00e9s \u00e0 des conflits avec la direction o\u00f9 le harc\u00e8lement le dispute \u00e0 l\u2019arbitraire et \u00e0 l\u2019absurde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Florent&nbsp;[6. Tous les pr\u00e9noms des ancien\u00b7nes salari\u00e9\u00b7es et des gr\u00e9vistes ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s. ], libraire, s\u2019est vu reprocher de ne pas avoir rempli sa t\u00e2che en ne disposant pas d\u2019un livre dont le stock \u00e9diteur \u00e9tait \u00e9puis\u00e9. Sylvain, en charge du secteur scolaire, s\u2019est vu retirer la programmation jeunes publics pour avoir pris \u00e0 la lettre l\u2019invitation \u00e0 parler librement des difficult\u00e9s formul\u00e9e par la direction, laquelle a tr\u00e8s mal support\u00e9 les r\u00e9serves formul\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses m\u00e9thodes. Dominique, recrut\u00e9e par Marie-Jos\u00e9 Malis, a refus\u00e9 de mettre en cause le travail de ses coll\u00e8gues et s\u2019est plainte des demandes d\u00e9raisonnables de sa direction. Elle a fait l\u2019objet de nombreuses convocations par la direction confinant \u00e0 des s\u00e9ances d\u2019humiliation. Muriel, charg\u00e9e de la communication, affubl\u00e9e en public par sa directrice du sobriquet de \u00ab&nbsp;petit canard sans t\u00eate&nbsp;\u00bb, s\u2019est vu retirer la responsabilit\u00e9 de la r\u00e9daction de la brochure annuelle. Sans oublier Sabine, ex-CDD, qui apr\u00e8s s\u2019\u00eatre positionn\u00e9e en faveur de la liste syndicale, n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e\u2026 Preuve de la \u00ab&nbsp;s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 morale&nbsp;\u00bb de la direction, toutes ces ruptures conventionnelles int\u00e8grent une clause de confidentialit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On pourrait plaider la maladresse ou l\u2019incomp\u00e9tence. Mais un document confidentiel, que nous nommerons CDNLeaks et que nous publions <em>in extenso<\/em> en annexe de cette enqu\u00eate, nous oblige \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019une intention de mettre en place un plan de licenciement ainsi qu\u2019une suppression, \u00e0 terme, des formes de protection des salari\u00e9\u22c5es permanent\u22c5es des CDN. Ce document est la retranscription d\u2019une rencontre r\u00e9unissant, en avril 2015, une poign\u00e9e de directeurs et directrices d\u2019\u00e9tablissements culturels&nbsp;: Stanislas Nordey et Bertrand Salanon, du th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg (TNS)&nbsp;; Rodrigo Garcia&nbsp;[7. Les artistes-dirigeant\u00b7es des CDN sont nomm\u00e9es par le minist\u00e8re de la Culture pour un mandat de quatre ans, renouvelables deux fois, par p\u00e9riode de trois ans. Rodrigo Garcia, nomm\u00e9 par Aur\u00e9lie Filippetti, n\u2019a pas souhait\u00e9 renouveler son contrat \u00e0 la fin de son premier mandat. Aujourd\u2019hui, la metteuse en sc\u00e8ne Nathalie Garraud et l\u2019auteur Olivier Saccomano qui dirigent le CDN de Montpellier. ] et Nicolas Roux, du CDN de Montpellier&nbsp;; Philippe Quesne et Nathalie Vimeux, du CDN de Nanterre&nbsp;; enfin Marie-Jos\u00e9 Malis, directrice du CDN d\u2019Aubervilliers, et actuelle pr\u00e9sidente du Syndeac&nbsp;[8. Syndicat des entreprises artistiques et culturelles, organisation patronale fond\u00e9e en 1971.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">En voici quelques extraits&nbsp;:<\/p>\n<div class=\"quote\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Stanislas Nordey&nbsp;<\/span>: J\u2019ai toujours pens\u00e9 qu\u2019on ne pouvait pas faire bouger ces institutions-l\u00e0 en profondeur. [\u2026] Il y a tellement de permanents dans la maison. [\u2026] Il y a des immobilismes partout, dans les conventions collectives et tout \u00e7a. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Marie-Jos\u00e9 Malis&nbsp;<\/span>: Sur la question du cahier des charges, ma conviction, c\u2019est qu\u2019il faudrait faire une d\u00e9claration tr\u00e8s simple qui est que, \u00e0 ce stade-l\u00e0, chacun des lieux, des CDN, des th\u00e9\u00e2tres nationaux \u00e9ventuellement, soit un prototype d\u2019une nouvelle mani\u00e8re de faire. [\u2026] Ce qui veut dire avoir la possibilit\u00e9 de choisir o\u00f9 on veut mettre la mission et l\u2019accent. Du coup, qu\u2019il y ait toute une partie du cahier des charges avec laquelle on nous emmerde pas [\u2026]. Je veux juste qu\u2019on reconnaisse que je suis l\u00e0 pour tenter un projet. Un projet, c\u2019est une d\u00e9termination, un champ, une organisation, des fins et des moyens, une strat\u00e9gie, tu vois.[\u2026] [Au] moment de le faire, je dois prendre des d\u00e9cisions que je ne peux pas prendre seule en fait. D\u2019organisation d\u2019\u00e9quipe par exemple. Et comme je ne peux pas le faire seule, du coup je ne pourrais faire que du bricolage qui fasse qu\u2019\u00e0 la fin je me sois beaucoup fatigu\u00e9e, j\u2019aurais l\u2019impression d\u2019avoir beaucoup d\u00e9figur\u00e9 mon id\u00e9e et ab\u00eem\u00e9 mes esp\u00e9rances. [\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">S.N.&nbsp;<\/span>: Si on parle pas langue de bois, ce qu\u2019on aimerait tous c\u2019est de pouvoir faire un plan de licenciement massif. En vrai. Le probl\u00e8me de \u00e7a, c\u2019est qu\u2019on ne programme pas pendant une saison\u2026 \u00e7a peut se faire. Et c\u2019est logique puisque tu as des r\u00eaves massifs dans nos th\u00e9\u00e2tres et les autres. Mais est-ce que c\u2019est pas \u00e7a le vrai probl\u00e8me je veux dire&nbsp;? [\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">MJM&nbsp;<\/span>: Dire un plan de licenciement, moi je suis d\u2019accord. [\u2026] Oui, je parle licenciements. Mais je veux dire&nbsp;: pourquoi est-ce que nous dirigeons les lieux si nous ne pouvons pas avoir une id\u00e9e de ce que doit \u00eatre l\u2019embauche, le contrat de travail, la constitution d\u2019une \u00e9quipe qui serve une aventure artistique&nbsp;? [\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Nicolas Roux&nbsp;<\/span>: Apr\u00e8s, il y a les histoires de conventions collectives, il faut en parler parce que c\u2019est un vrai probl\u00e8me. On atteint des sommets chez les CDN. [&#8230;]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Philippe Quesne<\/span>&nbsp;: Et les conventions collectives qui alourdissent.[\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">N. R.&nbsp;<\/span>: Le point commun entre les directeurs de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est cette vision des conventions et des accords d\u2019entreprises qui bloquent le th\u00e9\u00e2tre. Et la part de technique, on va dire, dans le co\u00fbt artistique a pris tout le co\u00fbt des spectacles au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es. [\u2026] Il suffirait qu\u2019ils sortent des discours qui soient enfin partag\u00e9s par une caisse de r\u00e9sonance comme le Syndeac et qui affirment \u00e0 un moment qu\u2019un technicien n\u2019est pas comme un artiste. [\u2026] Et puis on monte avec les CDN, et on atteint des choses impossibles. J\u2019ai pay\u00e9 des techniciens six mille euros par mois pour faire des tourn\u00e9es. Et je n\u2019avais pas le choix, c\u2019\u00e9tait sign\u00e9. Qu\u2019est-ce que tu veux faire&nbsp;? Ce sont des choses concr\u00e8tes qui avec le temps ont vraiment mang\u00e9 nos espaces de cr\u00e9ation. [&#8230;]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Rodrigo Garcia<\/span>&nbsp;: Nos travailleurs sont tr\u00e8s vieux. Ils sont dans les m\u00eames CDN depuis vingt-cinq ans.<\/p>\n<p class=\"textbody\">[\u2026]<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">S.N.&nbsp;<\/span>: Aujourd\u2019hui les gens dans la plus grande pr\u00e9carit\u00e9 ce sont les acteurs. Val\u00e9rie Lang, avant de d\u00e9c\u00e9der, disait&nbsp;: \u201c\u00c7a fait vingt ans que je travaille dans le th\u00e9\u00e2tre public au TNB&nbsp;[9. Th\u00e9\u00e2tre national de Bretagne.] et la comptable est mieux d\u00e9fendue au niveau des remboursements de sant\u00e9 que moi.\u201d [\u2026] Je m\u2019\u00e9nervais tout seul cinquante mille fois au TNB quand je venais r\u00e9clamer des trucs et que la comptabilit\u00e9 me regardait de haut. Je lui disais&nbsp;: \u201cMais tu es qui toi&nbsp;? Tu ne serais rien sans moi. Je suis sur les plateaux.\u201d [\u2026] On est tous des gens g\u00e9niaux, voil\u00e0, mais on a tous fait un num\u00e9ro de s\u00e9duction \u00e0 un moment donn\u00e9 pour \u00eatre choisis. Ou on a au d\u00e9but dit qu\u2019on allait faire avec ces personnes. [&#8230;] Vous \u00e0 Montpellier, vous avez quatre personnes qui vous font chier et que vous voudriez remplacer. Toi, Marie-Jos\u00e9, tu en as cinq que tu voudrais remplacer. [\u2026] Ben moi je vous dis, faut un acte fort et puis vous faites une demi-saison l\u2019ann\u00e9e prochaine et puis vous licenciez et puis vous engagez les gens que vous voulez&nbsp;! [\u2026]<\/p>\n<\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/detournement_tintin.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7688\" width=\"700\" height=\"623\"><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces d\u00e9clarations montrent bien la duplicit\u00e9 de la position de Marie-Jos\u00e9 Malis qui clame sur le devant de la sc\u00e8ne combien elle est soucieuse du bien-\u00eatre de ses<em> <\/em>salari\u00e9\u22c5es, alors qu\u2019en coulisse elle affirme, avec une remarquable franchise, la n\u00e9cessit\u00e9 de licencier pour renouveler la cr\u00e9ation artistique. Les \u00ab&nbsp;ruptures conventionnelles&nbsp;\u00bb diss\u00e9min\u00e9es sur quatre ans \u2013&nbsp;et qu\u2019elle entend bien poursuivre&nbsp;\u2013 ne sont donc qu\u2019un proc\u00e9d\u00e9 tactique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les artistes-dirigeant\u00b7es r\u00e9clament une totale autonomie des th\u00e9\u00e2tres, passant par la d\u00e9sactivation du cahier des charges des CDN, et la remise en cause des conventions et accords collectifs, qui assurent que les conditions de traitements ne descendent pas en dessous d\u2019un certain seuil. Comme n\u2019importe quel\u00b7le employeur\u00b7se se plaignant du co\u00fbt de ses salari\u00e9\u00b7es, ils et elles expliquent leur incapacit\u00e9 \u00e0 proposer des dispositifs artistiques nouveaux par l\u2019existence d\u2019un personnel surnum\u00e9raire pourvu de protections juridiques et sociales&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous pensons rigoureusement le contraire&nbsp;: c\u2019est en partie parce que ces grand\u00b7es artistes consid\u00e8rent ces personnels comme des charges, voire des incapables, que leur politique artistique est menac\u00e9e d\u2019\u00eatre frapp\u00e9e de st\u00e9rilit\u00e9, et finit par tourner en vase clos. Il serait bon, en tant que dirigeant\u00b7e, de r\u00e9affirmer les droits des salari\u00e9\u00b7es et, en tant qu\u2019artiste, de prendre v\u00e9ritablement le risque de descendre de son pi\u00e9destal pour inventer avec elles et eux, ouvrir les portes du lieu sur la sc\u00e8ne comme dans les trav\u00e9es au plus grand nombre. Aventure qui ne serait pas si \u00e9loign\u00e9e de ce qui est pourtant pr\u00f4n\u00e9 dans le \u00ab&nbsp;Projet Malis&nbsp;[10. Voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.lacommune-aubervilliers.fr\/lettre-de-marie-jose-malis\">lacommune-aubervilliers.fr\/lettre-de-marie-jose-malis<\/a>&gt;.]&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n<h3 class=\"section\">Autonomie<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Marie-Jos\u00e9 Malis entend appeler \u00e0 une plus grande autonomie des CDN. Quoi de plus l\u00e9gitime&nbsp;? Mais l\u2019autonomie n\u2019est pas un mot magique qu\u2019il suffirait de prof\u00e9rer pour que le meilleur advienne. Dans l\u2019imaginaire commun, ce terme volontiers associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation a fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9appropriation rampante afin de le mettre au service de ce contre quoi il \u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre utilis\u00e9, \u00e0 savoir les autorit\u00e9s de toutes sortes. Par rapport \u00e0 quoi, au d\u00e9triment de quoi, \u00e9ventuellement de qui, cette autonomie promet-elle d\u2019\u00eatre prise&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Lorsqu\u2019on lit le CDNLeaks, la r\u00e9ponse para\u00eet claire&nbsp;: par rapport au cahier des charges qui engage la direction dans \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;une action de cr\u00e9ation, de diffusion et d\u2019animation dramatique de nature professionnelle. Cette action d\u2019int\u00e9r\u00eat public recherchera la plus grand audience \u2013&nbsp;et en particulier celle du jeune public&nbsp;\u2013 dans l\u2019ind\u00e9pendance des options artistiques et avec un souci constant de qualit\u00e9<\/em>&nbsp;[11. D\u00e9cret du 2 octobre 1972 relatif aux contrats de d\u00e9centralisation dramatique.]<em>&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais Marie-Jos\u00e9 Malis ne semble gu\u00e8re se pr\u00e9occuper du fait qu\u2019une fois ce cahier des charges d\u00e9sactiv\u00e9, l\u2019\u00c9tat pourra facilement arguer qu\u2019il n\u2019y a plus de raisons de financer ces structures d\u00e8s lors qu\u2019elles ne remplissent plus \u00ab&nbsp;une mission de service public&nbsp;\u00bb sp\u00e9cifique \u2013&nbsp;d\u00e9finie pr\u00e9cis\u00e9ment par le cahier des charges.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Autonomie aussi par rapport au \u00ab&nbsp;poids&nbsp;\u00bb que repr\u00e9senterait pour nos artistes-dirigeant\u00b7es l\u2019existence de salari\u00e9\u00b7es b\u00e9n\u00e9ficiant de protections attach\u00e9es notamment aux conventions collectives. Un exemple tr\u00e8s loin d\u2019\u00eatre repr\u00e9sentatif est \u00e9voqu\u00e9 par Nicolas Roux&nbsp;: celui de technicien\u00b7nes pay\u00e9\u00b7es six mille euros par mois. Le cas en effet pose question&nbsp;: est-ce seulement possible&nbsp;? Selon les calculs stricts permis par les conventions collectives, m\u00eame en cumulant heures suppl\u00e9mentaires, de non-sommeil, de nuit major\u00e9es, de transport, etc., cela est rigoureusement impossible. \u00c0 moins\u2026 d\u2019avoir propos\u00e9 des conditions de travail ill\u00e9gales, mettant potentiellement en danger les technicien\u00b7nes \u2013&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire peu ou pas de jours de repos, des montages et d\u00e9montages de nuit, un nombre anormal de d\u00e9passements horaires, etc.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un autre argument avanc\u00e9 pour d\u00e9shabiller les personnels non-artistes serait de r\u00e9\u00e9quilibrer la r\u00e9partition entre le budget artistique et le budget de fonctionnement. Pourquoi pas&nbsp;? Mais avant d\u2019envisager cela, il faudrait peut-\u00eatre poser quelques questions bassement mat\u00e9rielles&nbsp;: combien gagnent nos artistes-militant\u00b7es dans les CDN&nbsp;? Cinq, six mille euros mensuels&nbsp;? Ce co\u00fbt des artistes-dirigeant\u00b7es, qui mettent aussi en sc\u00e8ne des spectacles, dont ils sont parfois les auteur\u00b7es, est-il vers\u00e9, en partie, au compte du \u00ab&nbsp;budget artistique&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ne trouve-t-on pas parfois des cadres embauch\u00e9\u00b7es par la direction dont on peine \u00e0 dire quel r\u00f4le ils jouent exactement&nbsp;? Un contr\u00f4le sur les embauches comme sur les salaires par l\u2019ensemble du personnel ne serait-il pas opportun pour faire taire tout soup\u00e7on&nbsp;? Les voyages d\u2019investigation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour nos artistes-dirigeant\u00b7es, pour pr\u00e9cieux et exaltants qu\u2019ils soient, ne pourraient-ils pas \u00eatre pris en charge par les int\u00e9ress\u00e9\u00b7es et non par les deniers du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? En effet, il est possible et souhaitable de faire des propositions pour que l\u2019argent soit fl\u00e9ch\u00e9 autrement. Une nouvelle r\u00e9partition des deniers pourrait commencer par l\u2019augmentation substantielle du salaire de celles et ceux qui s\u2019occupent de r\u00e9curer les locaux au quotidien afin de rendre possible l\u2019accueil et le travail de toutes et tous.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au regard de ces constats, \u00e0 qui revient la responsabilit\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer, de d\u00e9cider de ce qu\u2019il est possible ou pas d\u2019exiger des travailleur\u00b7ses des th\u00e9\u00e2tres&nbsp;? Les conditions de travail y rel\u00e8vent-elles d\u2019une affaire commune ou d\u2019une affaire avec laquelle chacun\u00b7e est cens\u00e9\u00b7e se d\u00e9brouiller&nbsp;? Ces conditions doivent-elles \u00eatre fix\u00e9es au bon plaisir des artistes-dirigeant\u00b7es&nbsp;? \u00c0 ce sujet, la r\u00e9ponse de Marie-Jos\u00e9 Malis est sans ambigu\u00eft\u00e9&nbsp;: chaque artiste-dirigeant\u00b7e en d\u00e9cidera souverainement dans sa structure. L\u2019exemple du th\u00e9\u00e2tre de la Commune donne \u00e0 voir les cons\u00e9quences de cette pens\u00e9e manag\u00e9riale, comme en t\u00e9moigne ces d\u00e9clarations de Marie-Jos\u00e9 Malis lors d\u2019une r\u00e9union interne du 31&nbsp;mai 2018&nbsp;:<\/p>\n<div class=\"quote\">\n<p class=\"textbody\">Chantal&nbsp;: Est-ce qu\u2019on peut provoquer une r\u00e9union sur l\u2019organisation du travail&nbsp;? Est-ce que cet \u00e9change est encore possible ou pas&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malis&nbsp;: Il n\u2019y a pas de n\u00e9gociation sur le travail.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Chantal&nbsp;: Je ne dis pas que l\u2019on n\u00e9gocie. Si vous avez besoin que Marie dise&nbsp;: \u201cJ\u2019ai besoin de ceci\u201d, Alice [dirait] oui, mais moi j\u2019ai besoin de \u00e7a\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malis&nbsp;: Elle ne doit pas dire&nbsp;: \u201cOui mais moi je.\u201d C\u2019est tout. [\u2026] On lui demande de faire quelque chose&nbsp;: les caisses, etc. Il n\u2019y a pas de choses \u00e0 objecter, d\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me. Elle doit le faire. [\u2026] C\u2019est comme si tu te mettais \u00e0 n\u00e9gocier des trucs sur ton boulot. Ce n\u2019est pas possible.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">N\u00e9gocier n\u2019est donc pas possible. Pourtant, la convention collective des entreprises artistiques et culturelles confirme sans ambages le droit \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 l\u2019expression directe et collective des salari\u00e9s sur le contenu et l\u2019organisation de leur travail, ainsi que sur la d\u00e9finition et la mise en place d\u2019actions destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de travail&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb. Certain\u00b7es de nos artistes-dirigeant\u00b7es consid\u00e8rent chaque salari\u00e9\u00b7e non pas comme un des \u00e9l\u00e9ments essentiels de la dynamique de cr\u00e9ation et de l\u2019adresse artistique, mais comme un pantin ob\u00e9issant pouvant \u00eatre jet\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion, apr\u00e8s usage. Faut-il rappeler \u00e0 nos artistes-dirigeant\u00b7es ce qui peut faire obstacle \u00e0 l\u2019abus de pouvoir, \u00e0 savoir l\u2019existence de multiples et forts contre-pouvoirs, et non la confiance aveugle en leur propre vertu&nbsp;? En mati\u00e8re de pouvoir les artistes seraient ils et elles exceptionnel\u00b7les par rapport au commun des mortel\u00b7les&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malgr\u00e9 la \u00ab&nbsp;radicalit\u00e9&nbsp;\u00bb politique dont Malis aime affubler son projet, ses m\u00e9thodes manag\u00e9riales r\u00e9v\u00e8lent une politique on ne peut plus n\u00e9olib\u00e9rale. Le th\u00e9\u00e2tre de la Commune n\u2019a d\u2019ailleurs pas rechign\u00e9 \u00e0 accueillir un \u00e9v\u00e9nement <em>corporate <\/em>de Chanel. Les lieux culturels sont certes confront\u00e9s \u00e0 des baisses de financements qui poussent \u00e0 des compositions budg\u00e9taires pour le moins h\u00e9t\u00e9roclites et tr\u00e8s peu \u00ab&nbsp;radicales&nbsp;\u00bb. Cependant, \u00e9carter du champ d\u2019interrogation leurs propres positions et pratiques conduit \u00e0 un d\u00e9placement de leur haine&nbsp;[12. Exemplairement, Stanislas Nordey dans l\u2019extrait cit\u00e9 plus haut du CDNLeaks, \u00e0 propos de Val\u00e9rie Lang.], non plus du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab&nbsp;irresponsables&nbsp;\u00bb politiques et des militant\u00b7es du Capital, mais du c\u00f4t\u00e9 de leurs propres subordonn\u00e9\u00b7es. Au lieu de faire porter les efforts budg\u00e9taires aux salari\u00e9\u00b7es permanent\u00b7es, ne serait-il pas plus opportun de remettre en cause plus fermement les logiques de corsetage et de d\u00e9mant\u00e8lement du service public&nbsp;? Comme le souligne l\u2019Association des Centres Dramatiques Nationaux (ACDN) dans un communiqu\u00e9 \u00e0 propos du conflit \u00e0 Aubervilliers&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous ne laisserons pas [&#8230;] germer une forme de confusion dans l\u2019esprit de celles et ceux qui [&#8230;] voudraient, au travers du th\u00e9\u00e2tre de la Commune, instruire la r\u00e9forme des institutions culturelles labellis\u00e9es qu\u2019ils consid\u00e8rent injustement archa\u00efques ou fig\u00e9es. C\u2019est sur ce terreau-l\u00e0 que se fabrique un discours paresseux intellectuellement, celui-l\u00e0 m\u00eame qui pr\u00f4ne la flexibilit\u00e9 du travail pour am\u00e9liorer le rendement, qui con\u00e7oit la pr\u00e9carit\u00e9 comme un moteur de la cr\u00e9ativit\u00e9&nbsp;[13. Voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.asso-acdn.fr\/communique-de-presse-acdn-la-commune-aubervilliers\/\">asso-acdn.fr\/communique-de-presse-acdn-la-commune-aubervilliers<\/a>&gt;.]<\/em>.<em>&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>On ne saurait mieux dire&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le but de Marie-Jos\u00e9 Malis para\u00eet clair&nbsp;: obtenir une d\u00e9rogation aux statuts des CDN pour disposer des trois millions d\u2019euros de dotation comme bon lui semble. On comprend pourquoi le minist\u00e8re Macron ne manifeste pas d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 la rh\u00e9torique r\u00e9volutionnaire de Marie-Jos\u00e9 Malis, et se garde d\u2019intervenir dans le conflit en cours. Dans la Macronie, on entend bien liquider tout ce qui peut l\u2019\u00eatre. Cette directrice et son projet constituent une aubaine pour la dislocation des CDN et plus largement des services publics de la culture. M\u00eame si, en apparence, les intentions sont toutes oppos\u00e9es, il existe une communaut\u00e9 provisoire d\u2019int\u00e9r\u00eats entre le minist\u00e8re et Marie-Jos\u00e9 Malis. Indice de cette communaut\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats, en juillet dernier, une lettre a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e aux tutelles (minist\u00e8re, d\u00e9partement, ville) par un ensemble de salari\u00e9\u22c5es de La Commune pour les alerter de la d\u00e9liquescence des relations de travail au sein de l\u2019\u00e9tablissement. En quelques heures, cette lettre, ayant pour but de demander une m\u00e9diation, a \u00e9t\u00e9 transmise par le minist\u00e8re \u00e0 la direction du th\u00e9\u00e2tre, accompagn\u00e9e de la liste compl\u00e8te des signataires, exposant ainsi ces dernier\u22c5es \u00e0 des repr\u00e9sailles.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019aspiration au renouvellement des formes d\u2019organisation du travail, des pratiques artistiques et m\u00eame la volont\u00e9 d\u2019interroger les missions des CDN ne sont pas d\u00e9nu\u00e9es de sens mais, pour s\u2019y engager, il conviendrait d\u2019abord de le faire en compagnie de l\u2019ensemble des personnels concern\u00e9s (ainsi que des publics)&nbsp;: permanent\u00b7es, intermittent\u00b7es et pr\u00e9caires, plut\u00f4t que de les \u00e9carter du d\u00e9bat pour mieux leur passer sur le corps. Aventure in\u00e9dite, qui serait certainement sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches, mais \u00f4 combien passionnante.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Comme le soulignent \u00e0 l\u2019unisson nos artistes-dirigeant\u00b7es, il existe bien dans ces structures une opposition structurelle entre artistes intermittent\u00b7es et salari\u00e9\u00b7es permanent\u00b7es. Si les artistes obtiennent une plus-value symbolique non n\u00e9gligeable en participant \u00e0 des aventures artistiques et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une certaine mobilit\u00e9, dans le m\u00eame temps, ils peuvent \u00e9prouver le manque d\u2019un lieu de travail, d\u2019un espace d\u2019ancrage et p\u00e2tir de revenus qui, pour les plus pr\u00e9caires, apparaissent tr\u00e8s insuffisants au regard de leurs besoins, de leurs investissements psychiques et temporels. Quant \u00e0 la permanence, si elle assure une relative s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ses membres, tout en garantissant au th\u00e9\u00e2tre la continuit\u00e9 qualitative des fonctions d\u2019accueil et de soutien \u00e0 la production, elle peut bien souvent \u00eatre ressentie par les int\u00e9ress\u00e9\u00b7es comme les pr\u00e9destinant excessivement \u00e0 un \u00e9troit couloir de t\u00e2ches et de fonctions.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les directions, elles, gagnent bien souvent sur tous les tableaux \u2013 en s\u2019arrogeant la programmation&nbsp;; en distribuant les t\u00e2ches comme elles l\u2019entendent&nbsp;; ou en s\u2019adjugeant des revenus qui, au regard des plus modestes de leurs subordonn\u00e9\u00b7es, ne sont pas justifi\u00e9s. En somme, ces directions se comportent en propri\u00e9taires du sens, du personnel et de la structure. Une solution, loin d\u2019\u00eatre une panac\u00e9e, serait que le personnel \u00e9lise la direction, comme dans certains th\u00e9\u00e2tres en Allemagne.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il serait l\u00e9gitime et souhaitable d\u2019associer plus \u00e9troitement les personnels \u00e0 la production artistique. Il appara\u00eet d\u00e8s lors coh\u00e9rent de vouloir r\u00e9duire les diff\u00e9rences de revenus, en assurant aux plus modestes une revalorisation substantielle, pr\u00e9lev\u00e9e sur les cinq ou six mille euros de la direction&nbsp;; de reconsid\u00e9rer le fonctionnement des lieux en favorisant la cr\u00e9ation d\u2019instances communes susceptibles de mettre en d\u00e9bat ce qui fait sens en mati\u00e8re d\u2019accueil, de programmation artistique ou de r\u00e9partition des deniers&nbsp;; et de chercher \u00e0 mettre en avant la conqu\u00eate de droits sociaux collectifs transverses aux diverses fonctions qui font un th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui, plut\u00f4t que de renforcer la division entre artistes et permanent\u00b7es en tapant sur ces dernier\u00b7es.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/salariees_en-lutte_commune.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7689\" width=\"700\" height=\"397\"><\/p>\n<h3 class=\"section\">Sur la sellette<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Actuellement, la direction exerce une pression sur au moins sept autres salari\u00e9es survivantes du plan de licenciement, en cas d\u2019\u00e9chec de la gr\u00e8ve, pourraient \u00eatre balanc\u00e9es dans la charrette des licenci\u00e9\u22c5es<span class=\"bold-body\">. <\/span>Arr\u00eatons-nous sur seulement cinq d\u2019entre elles (toutes des femmes).<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u2019abord Myriam&nbsp;: apr\u00e8s avoir fait savoir son intention de se pr\u00e9senter sur la liste syndicale aux prochaines \u00e9lections professionnelles, elle est convoqu\u00e9e par la direction en avril 2018 pour un entretien pr\u00e9alable \u00e0 une sanction disciplinaire, pouvant aller jusqu\u2019au licenciement. Cet entretien fait suite \u00e0 un incident li\u00e9 \u00e0 la gestion de la billetterie, qui n\u2019engageait pas la responsabilit\u00e9 de Myriam, mais celle de l\u2019administratrice, Anne Pollock-Vincent. Au regard de l\u2019arbitraire de cette sanction, la volont\u00e9 d\u2019intimidation de la salari\u00e9e para\u00eet claire \u2013&nbsp;et l\u2019annonce de sa candidature \u00e0 la liste syndicale n\u2019y est pas pour rien. Finalement, cette m\u00eame administratrice ne lui adressera qu\u2019un avertissement. Madame est trop bonne&nbsp;!<\/p>\n<p class=\"textbody\">Quant \u00e0 Alice, per\u00e7ue comme une hydre syndicale par la direction, elle est jug\u00e9e responsable de tous les maux par cette derni\u00e8re. Dans la retranscription d\u2019une r\u00e9union du personnel convoqu\u00e9e le 31 mai suite \u00e0 une altercation en billetterie, Marie-Jos\u00e9 Malis d\u00e9clare en l\u2019absence de l\u2019int\u00e9ress\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Moi, je suis en guerre contre Alice [\u2026]. Je pense qu\u2019on va lui proposer de se s\u00e9parer. Elle nous dira d\u2019aller nous faire foutre. On va essayer d\u2019obtenir les moyens d\u2019une direction face \u00e0 une salari\u00e9e, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale CGT&nbsp;[14. Propos tenus par Marie-Jos\u00e9 Malis lors d\u2019une r\u00e9union d\u2019urgence \u00e0 La Commune suite \u00e0 l\u2019incident grave survenu au service billetterie, le 31 mai 2018.].<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>Peu apr\u00e8s, elle rappelle elle-m\u00eame un chantage qu\u2019elle avait fait \u00e0 Alice&nbsp;:<em> <\/em>\u00ab&nbsp;<em>Je [\u2026] disais [\u00e0 Alice ]&nbsp;: \u201cCe durcissement va avoir une victime qui est Sylvie. C\u2019est Sylvie qui va sauter.\u201d<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Suit ainsi le cas de Sylvie, directrice adjointe du p\u00f4le des publics, dont la situation de salari\u00e9e RQTH<strong><sup>&nbsp;[15. Reconnaissance de la qualit\u00e9 de travailleur handicap\u00e9.]<\/sup><\/strong> a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par la direction pour la disqualifier, alors m\u00eame que la m\u00e9decine du travail l\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 apte<em>.<\/em> Marie-Jos\u00e9 Malis pr\u00e9cise son affection contrari\u00e9e dans une hallucinante d\u00e9claration, digne d\u2019une Lady Macbeth de sitcom&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Nous savons que cette salari\u00e9e est aim\u00e9e des gens \u00e0 Aubervilliers, aim\u00e9e de ses coll\u00e8gues et, au risque de se faire traiter de pervers encore une fois, estim\u00e9e de nous. Mais nous n\u2019arrivons pas \u00e0 soulever ensemble la montagne<\/em>&nbsp;[16. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p.&nbsp;3, par.&nbsp;1.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Val\u00e9riane<span class=\"bold-body\">, <\/span>pour sa part charg\u00e9e des relations publiques, s\u2019est vu signifier&nbsp;:<em> <\/em>\u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Ton travail est tr\u00e8s bien mais \u00e7a n\u2019ira jamais avec Marie-Jos\u00e9<\/em>&nbsp;[17. Propos tenus par Fr\u00e9d\u00e9ric Sacard. Voir R\u00e9ponse des gr\u00e9vistes de La Commune au communiqu\u00e9 de presse du 26 septembre 2018 de Marie-Jos\u00e9 Malis, par.&nbsp;9.]<em>.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Enfin Am\u00e9lie, libraire et metteuse en sc\u00e8ne, s\u2019est vu reprocher lors d\u2019un entretien avec la direction d\u2019avoir sign\u00e9 la lettre aux tutelles et soutenu la liste syndicale. Elle s\u2019est donc vue dessaisie de son poste de libraire au profit d\u2019un poste de placi\u00e8re, son acc\u00e8s aux salles de r\u00e9p\u00e9tition lui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Une liste maison pour affaiblir la CGT<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Les premiers communiqu\u00e9s des Badiou, Tackels, Lafont et Malis, suite au pr\u00e9avis de gr\u00e8ve des salari\u00e9\u22c5es de La Commune en septembre dernier, affirmaient une incommunicabilit\u00e9 radicale&nbsp;[18. Marie-Jos\u00e9 Malis, communiqu\u00e9,<em> <\/em>p. 3, par.&nbsp;3<em>&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;J\u2019avoue aussi que nous avons parfois du mal \u00e0 parler le m\u00eame langage avec certains salari\u00e9s, avec la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale en particulier. J\u2019avoue que je supporte avec grande difficult\u00e9 la rigidit\u00e9 d\u2019un langage technocratique, qui souvent me para\u00eet ridicule c\u2019est vrai, qui ne rend absolument pas compte de mon rapport au travail, aux autres, aux questions que je me pose. J\u2019avoue que je pense et que je sens que la violence est de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/em>&nbsp;\u00bb Voir aussi Marie-Jos\u00e9 Malis, communiqu\u00e9, p.&nbsp;2, par.&nbsp;2 et Tackels, par.&nbsp;11.] entre les intellectuel\u22c5les, d\u2019une part et les \u00ab&nbsp;permanent\u22c5es&nbsp;\u00bb gr\u00e9vistes du th\u00e9\u00e2tre, d\u2019autre part. Les un\u22c5es \u00e9gar\u00e9\u22c5es dans la d\u00e9fense de leur pr\u00e9 carr\u00e9, ne devant leur nocive existence qu\u2019au g\u00e9nie des artistes qui les nourrissent&nbsp;[19. Stanislas nordey dans le CDNLeaks cit\u00e9 plus haut<em> <\/em>: \u00ab&nbsp;<em>Je m\u2019\u00e9nervais tout seul cinquante mille fois au TNB quand je venais r\u00e9clamer des trucs et que la compta me regardait de haut. Je lui disais&nbsp;:<\/em> \u201cMais tu es qui toi&nbsp;? Tu ne serais rien sans moi. Je suis sur les plateaux.\u201d&nbsp;\u00bb] et au droit du travail ill\u00e9gitime qui les prot\u00e8ge&nbsp;[20. Marie-Jos\u00e9 Malis, cit\u00e9e par Badiou, par.&nbsp;4&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Cette campagne, il est difficile de l\u2019arr\u00eater vraiment, parce que ceux et celles qui la portent, sont des salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par leur mandat de repr\u00e9sentants du personnel et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s CGT.<\/em>&nbsp;\u00bb Voir aussi Val\u00e9rie Lafont, par.&nbsp;3, en parlant du conflit \u00e0 mener contre les gr\u00e9vistes et la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale, en particulier&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026) y aller \u00e0 pleines brass\u00e9es dans tous les antagonismes dont le maintien font l\u2019ordre social, et donc d\u2019assumer aussi les contradictions de ses positions et ressources sociales.&nbsp;\u00bb<\/em> Ou encore Tackels, par.&nbsp;13.]&nbsp;; les autres anim\u00e9s de missions d\u00e9cisives pour l\u2019humanit\u00e9. Cette distribution des r\u00f4les, ressemblant \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 celle de l\u2019ordre dominant, illustre l\u2019\u00e9tonnante convergence d\u2019un l\u00e9ninisme th\u00e9orique, pour lequel le syndicalisme est d\u00e9nu\u00e9 de toute conscience politique v\u00e9ritable&nbsp;[21. Badiou, par.&nbsp;7&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>(\u2026)<\/em> <em>j\u2019invite tous ceux qui le peuvent mat\u00e9riellement \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sents le jeudi 20 septembre, (\u2026) pour que soit bris\u00e9e une tentative qui, sous le pavillon d\u2019un \u201csyndicalisme\u201d de pacotille, vise en fait \u00e0 faire la sale besogne de tous ceux, h\u00e9las nombreux, que l\u2019activit\u00e9 de ce th\u00e9\u00e2tre (\u2026) irrite et enrage.<\/em>&nbsp;\u00bb], et le lib\u00e9ralisme le plus trivial, qui voit dans le syndicalisme un encombrant obstacle \u00e0 l\u2019accumulation et \u00e0 l\u2019innovation, et dont la puissance a \u00e9t\u00e9 heureusement largement entam\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les \u00e9lections professionnelles ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es entre mai et juin 2018. Un\u22c5e d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u22c5e du personnel ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019une mesure de licenciement sans l\u2019aval de l\u2019inspection du travail, m\u00eame si cette barri\u00e8re peut s\u2019av\u00e9rer parfois fragile&nbsp;[22. Comme dans le cas de Ga\u00ebl Quirante, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical Sud-PTT 92, o\u00f9 le minist\u00e8re du Travail est pass\u00e9 outre l\u2019avis de l\u2019inspection du travail, son propre service, en pronon\u00e7ant son licenciement.]. Pour affaiblir \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;les syndicalistes de pacotille&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb de la CGT, la direction a donc commenc\u00e9 d\u00e8s septembre 2017 \u00e0 approcher certains personnels pour monter une liste concurrente de la CGT aux \u00e9lections professionnelles. Dans une lettre ouverte de mai 2018, Jean, comptable fra\u00eechement retrait\u00e9 de La Commune, avait cherch\u00e9 \u00e0 mettre en garde ses ancien\u22c5nes coll\u00e8gues contre la mise en place de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u22c5es \u00ab&nbsp;de complaisance&nbsp;\u00bb. Cette lettre laconique appos\u00e9e sur le panneau syndical avait provoqu\u00e9 l\u2019ire de Marie-Jos\u00e9 Malis, qui avait menac\u00e9 de d\u00e9poser plainte pour diffamation\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s avoir constitu\u00e9 sa liste avec toutes les peines du monde, la direction n\u2019a pas renouvel\u00e9 les contrats de travail d\u2019un certain nombre de personnes et\u2026 il se trouve que ces personnes n\u2019avaient pas \u00ab&nbsp;bien vot\u00e9&nbsp;\u00bb. Ainsi, Franck a vu, sans motif, son contrat ne pas \u00eatre renouvel\u00e9 \u00e0 la rentr\u00e9e 2018. La m\u00eame \u00e9trange maladie a \u00e9galement touch\u00e9 plusieurs salari\u00e9es pr\u00e9caires qui s\u2019\u00e9taient positionn\u00e9es ouvertement pour la liste CGT&nbsp;: Cl\u00e9mence, placi\u00e8re, n\u2019a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e \u00e0 son poste qu\u2019une seule et derni\u00e8re fois&nbsp;; Olivia, assistante metteuse en sc\u00e8ne, n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e et on lui a signifi\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus question de garer son camion sur le parking.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans la profession de foi de la liste maison pour le second tour des \u00e9lections professionnelles, dat\u00e9e du 19 juin, on lit au paragraphe 2&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;<\/em><em>L<\/em><em>a sp\u00e9cificit\u00e9 du projet demande \u00e0 tous les employ\u00e9s d\u2019\u00eatre unis et sereins. Et malheureusement, quelques employ\u00e9s, \u00e9galement investis dans les \u00e9lections des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de personnel, emp\u00eachent le travail.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>On apprend donc que cette liste impute les difficult\u00e9s que traverse le th\u00e9\u00e2tre non \u00e0 la direction mais \u00e0 la liste soutenue par la CGT. On v\u00e9rifie aussi une nouvelle fois le caract\u00e8re sacr\u00e9 du projet de Marie-Jos\u00e9 Malis, qui semble tout autoriser, y compris d\u2019assimiler toute critique de la direction \u00e0 une forme de sabotage du travail.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Aux paragraphes 3 et 5, on nous ass\u00e8ne sous forme de chantage l\u2019argument essentiel de cette liste&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Avec la loi Travail, la direction peut d\u00e9cider de ne plus appliquer la convention collective dite du Syndeac et remettre en cause l\u2019accord d\u2019entreprise. Nous devrons \u00eatre capables de dialoguer pour maintenir des conditions favorables<\/em>.&nbsp;\u00bb La menace est \u00e0 peine voil\u00e9e&nbsp;: si vous ne votez pas pour la liste de complaisance, la direction mettra en \u0153uvre les ordonnances Macron. On retrouve ainsi la formule arch\u00e9typique de la soumission&nbsp;: si vous ne courbez pas davantage l\u2019\u00e9chine, le ma\u00eetre saura se montrer plus dur encore. La liste syndicale CGT, quant \u00e0 elle, fait valoir dans sa profession de foi que le Syndeac que pr\u00e9side Marie-Jos\u00e9 Malis conseille \u00e0 ses adh\u00e9rents de d\u00e9noncer les accords internes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les \u00e9lections ont lieu dans ce climat. La liste maison l\u2019emporte de quelques voix. La liste syndicale obtient n\u00e9anmoins deux \u00e9lues. La direction ne pourra donc proc\u00e9der aux licenciements selon son bon plaisir. Comment comprendre cette victoire de la liste maison&nbsp;? D\u2019abord par le climat que nous avons d\u00e9crit, ensuite, par les nombreux d\u00e9parts cons\u00e9cutifs au plan de licenciement mis en \u0153uvre par Marie-Jos\u00e9 Malis, enfin par la mani\u00e8re dont sont constitu\u00e9es les listes \u00e9lectorales&nbsp;[23. Sont autoris\u00e9\u22c5es \u00e0 voter ceux celles qui ont travaill\u00e9 plus de trois mois dans la structure, ou plus de cinquante-cinq jours pour les CDD et intermittent\u22c5es.]. Soit quinze personnes appartenant \u00e0 la troupe de Marie-Jos\u00e9 Malis sur trente-huit intermittent\u22c5es soumis\u22c5es au bon vouloir de la direction en ce qui concerne leur embauche et\u2026 vingt-trois permanent\u22c5es.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Lorsqu\u2019ils ont appris que la CGT d\u00e9posait un pr\u00e9avis de gr\u00e8ve, annonc\u00e9 pr\u00e8s de vingt jours avant effet, ces d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u00b7es du personnel maison ont convoqu\u00e9 une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du personnel \u00e0 laquelle les gr\u00e9vistes ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas s\u2019associer. Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u00b7es maisons y d\u00e9nonc\u00e8rent le fait de n\u2019avoir \u00e9t\u00e9 ni pr\u00e9venu\u00b7es, ni consult\u00e9\u00b7es. Ils y proclam\u00e8rent aussi que cette gr\u00e8ve, n\u2019\u00e9tant pas majoritaire, n\u2019\u00e9tait pas l\u00e9gitime&nbsp;! Or le droit de gr\u00e8ve est un droit constitutionnel, et il est individuel. En droit, il n\u2019a, en aucune fa\u00e7on, \u00e0 \u00eatre soumis \u00e0 l\u2019assentiment de la majorit\u00e9. Le grand philosophe Alain Badiou n\u2019affirme-t-il pas lui-m\u00eame que la l\u00e9gitimit\u00e9 ou la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une action ne saurait \u00eatre index\u00e9e au nombre de ses partisan\u00b7es&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">La soi-disant assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale s\u2019est fendue d\u2019un communiqu\u00e9 pour d\u00e9noncer les gr\u00e9vistes et soutenir la direction. Le communiqu\u00e9 affiche fi\u00e8rement trente-cinq signataires, parmi lesquels on trouve quinze embauch\u00e9\u00b7es pour le spectacle de Marie-Jos\u00e9 Malis, onze artistes associ\u00e9\u00b7es, deux membres de la direction, deux permanent\u00b7es \u00e9lu\u00b7es sur la liste-maison dont un qui a fait partie de la compagnie de Marie-Jos\u00e9 Malis, le compagnon de l\u2019administratrice, son assistante, trois CDD recrut\u00e9s ce m\u00eame mois. Le compte est bon&nbsp;!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/banderolleantigreve.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7686\" width=\"700\" height=\"467\"><\/p>\n<h3 class=\"section\">Art &amp; culture<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Si l\u2019on peut souscrire \u00e0 la volont\u00e9 de renouvellement des formes th\u00e9\u00e2trales, des formes d\u2019adresse aux publics, on reste pantois face au m\u00e9pris que Marie-Jos\u00e9 Malis distille ici et l\u00e0 \u00e0 l\u2019endroit des missions de politique culturelle, des formes de croisement entre le temple th\u00e9\u00e2tral et son dehors, comme dans ce passage final du CDNLeaks<em> <\/em>o\u00f9, s\u2019adressant \u00e0 ses pairs, elle balaye&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;De m\u00eame que sur la question de la m\u00e9diation artistique, j\u2019imagine que vous n\u2019avez pas la m\u00eame conception qu\u2019ont les tutelles <\/em>[entendons ici celles encore li\u00e9es aux lambeaux des r\u00e9seaux PCF d\u2019\u00cele-de-France] <em>pour qui il s\u2019agit de faire faire des ateliers de lien social aux amateurs ou je sais pas quoi, enfin tout un tas de conneries dans lesquelles on est pris, [&#8230;] Nous, on n\u2019a pas du tout envie de d\u00e9cliner comme \u00e7a. C\u2019est pas comme \u00e7a que \u00e7a se passe<\/em>&nbsp;[24. Cette analyse grossi\u00e8re date d\u2019un temps que F\u00e9lix Guattari nomma <em>Les Ann\u00e9es d\u2019hiver<\/em>, commenc\u00e9es au tournant des ann\u00e9es 1980, o\u00f9 furent discr\u00e9dit\u00e9\u22c5es les travailleur\u22c5ses sociaux, sociales et culturel\u22c5les op\u00e9rant dans les quartiers, au nom d\u2019une sacralisation du geste artistique et d\u2019une survalorisation de la figure de l\u2019artiste, id\u00e9ologie dont Jack Lang fut un des principaux promoteurs. ]<em>.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Quelques temps plus tard, Marie-Jos\u00e9 Malis d\u00e9clare officiellement dans son communiqu\u00e9, m\u00e9lange de Tartuffe et de Trissotin&nbsp;[25. <em>Tartuffe ou L\u2019imposteur<\/em>&nbsp;: pi\u00e8ce de Moli\u00e8re o\u00f9 Tartuffe, la figure centrale, a pour principal trait de caract\u00e8re une d\u00e9voterie coupable. Trissotin&nbsp;: personnage <em>Des femmes savantes <\/em>de Moli\u00e8re qui s\u2019illustre pour sa p\u00e9danterie.]&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Nous remercions nos partenaires, la ville d\u2019Aubervilliers en particulier. Certains disent que nous aurons par cet \u00e9pisode contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9grader l\u2019image de ce th\u00e9\u00e2tre et de sa ville. Nous croyons au contraire qu\u2019une municipalit\u00e9 capable d\u2019endurer avec loyaut\u00e9 de tels \u00e9pisodes ne peut que sortir reconnue dans son exceptionnelle grandeur et cordialit\u00e9. Aubervilliers, son CDN restent une chose hors du commun<\/em>&nbsp;[26. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p. 5.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un des n\u0153uds du probl\u00e8me consiste \u00e0 f\u00e9tichiser la pens\u00e9e philosophique de la dite \u00c9cole de Francfort en activant la position d\u2019Adorno selon laquelle l\u2019art devrait se pr\u00e9senter en exception par rapport \u00e0 la culture constitu\u00e9e des \u0153uvres pass\u00e9es \u2013&nbsp;pens\u00e9es comme, instantan\u00e9ment ou presque, recod\u00e9es dans la logique de la valorisation marchande et du divertissement. Cette simplification de la pens\u00e9e d\u2019Adorno, r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par Godard dans le film <em>JLG\/JLG, autoportrait de d\u00e9cembre, <\/em>sert ici de toile de fond pour sacraliser la figure de l\u2019artiste qui seule pourrait ajouter un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation infernale de l\u2019\u00e9tablissement culturel d\u2019\u00c9tat. Il y aurait donc un surmoi appel\u00e9 Art, incarn\u00e9 par la figure de l\u2019artiste, au profit duquel les sacrifices les plus d\u00e9testables peuvent s\u2019envisager. Dans le film de Godard, le balancement dialectique s\u2019op\u00e8re entre la culture, qui fait partie de la r\u00e8gle, mat\u00e9rialis\u00e9e par les ordinateurs, les cigarettes, les tee-shirts, la t\u00e9l\u00e9vision, le tourisme, la guerre \u2013&nbsp;autrement dit, les marchandises culturelles&nbsp;\u2013, et l\u2019exception, qui fait partie de l\u2019art, qui ne se dit pas mais s\u2019\u00e9crit, se compose, se peint, s\u2019enregistre&nbsp;[27. Notons qu\u2019\u00e0 partir de cet \u00e9nonc\u00e9, le film de Godard bifurque vers une proposition qui oppose l\u2019art de vivre et l\u2019Europe de la culture&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il est donc de la r\u00e8gle de l\u2019Europe de la culture \/ la r\u00e8gle de l\u2019Europe de la culture que d\u2019organiser la mort de l\u2019art de vivre qui fleurissait encore \u00e0 nos pieds.<\/em>&nbsp;\u00bb ].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Malgr\u00e9 sa dimension critique, cette dichotomie reconduit un partage r\u00e9actif entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une masse de consommateurs et consommatrices ali\u00e9n\u00e9\u00b7es, plus ou moins passif\u00b7ves, et de l\u2019autre, un artiste-cr\u00e9ateur ou une artiste-cr\u00e9atrice tout\u22c5e puissant\u00b7e qui doit r\u00e9veiller ces premier\u00b7es de leur l\u00e9thargie. Plut\u00f4t qu\u2019une solution \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation, cette perspective nous semble faire partie du probl\u00e8me par lequel les pratiques de l\u2019art ont tendance \u00e0 se reclore entre les mains de quelques<em> <\/em>\u00e9lu\u00b7es ayant sourdement bataill\u00e9 et de quelques initi\u00e9\u00b7es ayant appris \u00e0 se reconna\u00eetre<em>.<\/em> Le metteur en sc\u00e8ne Philippe Fenwick le souligne&nbsp;[28. \u00ab&nbsp;Le 25 mai est aussi le prix d\u2019un certain entre-soi culturel&nbsp;\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 16 juin 2014.]&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans des villes dites de banlieue, \u00e0 quoi assistons-nous dans ces th\u00e9\u00e2tres&nbsp;?<\/em> <em>\u00c0 des propositions qui se jouent dans des forteresses frigidaires d\u2019o\u00f9 l\u2019on envoie des compagnies \u201cen mission\u201d pour pr\u00e9parer les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 se rendre dans les sanctuaires culturels avec d\u00e9votion&nbsp;; et o\u00f9 les notables viennent en navettes.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>Et si, interroge-t-il, on associait tr\u00e8s directement les \u00ab&nbsp;publics&nbsp;\u00bb \u00e0 la production et \u00e0 la repr\u00e9sentation artistique, le rapport entre pratiques th\u00e9\u00e2trales, organisation du travail et public n\u2019en serait-il pas modifi\u00e9&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette distribution quasi phobique entre la <em>culture-r\u00e8gle <\/em>qui risque toujours de submerger <em>l\u2019art-exception<\/em> en illustre une autre qui lui est corr\u00e9lative&nbsp;: l\u2019opposition, dans le discours et les pratiques de Marie-Jos\u00e9 Malis, de l\u2019artiste qu\u2019elle est, aux \u00ab&nbsp;<em>salari\u00e9s cram\u00e9s<\/em>&nbsp;[29. Expression trouv\u00e9e dans le CDNLeaks, d\u00e9signant chez Marie-Jos\u00e9 Malis celles et ceux qui avaient particip\u00e9 \u00e0 l\u2019ancienne \u00e9quipe du th\u00e9\u00e2tre dirig\u00e9e alors par Didier Bezace.]&nbsp;\u00bb. Sur ces dernier\u00b7es s\u2019exerce une violence sid\u00e9rante, rev\u00eatant au moins trois dimensions.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Tout d\u2019abord, Marie-Jos\u00e9 Malis leur attribue un anti-intellectualisme imaginaire qui l\u2019arrange bien&nbsp;[30. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p. 1, par. 1 et 2.]&nbsp;: anti-intellectuel\u00b7les sont celles et ceux qui ont pris au mot leur directrice et \u00ab&nbsp;<em>sa promesse d\u2019un grand travail en commun&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire celles et ceux qui font appel \u00e0 leurs exp\u00e9riences pass\u00e9es, \u00e0 leur savoir-faire et \u00e0 leurs id\u00e9es pour essayer de repenser les pratiques, et qui se voient disqualifi\u00e9\u00b7es par l\u2019artiste-dirigeante&nbsp;[31. R\u00e9ponse des gr\u00e9vistes de La Commune au communiqu\u00e9 de presse du 26 septembre 2018 de Marie-Jos\u00e9 Malis.]. Marie-Jos\u00e9 Malis ne semble accorder consid\u00e9ration qu\u2019\u00e0 celles et ceux qui reprennent strictement sa terminologie mao\u00efsante, intervenant non pas pour apporter quelque chose de singulier, mais pour lui donner satisfaction et qui, surtout, ne doivent faire aucun rappel du pass\u00e9. Exercice ardu, on en conviendra&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Mais comment int\u00e9grer les d\u00e9sirs, l\u2019exp\u00e9rience, l\u2019expertise des salari\u00e9.e.s \u201ccram\u00e9.e.s\u201d dans la construction mentale d\u2019une organisation nouvelle&nbsp;? Pour pouvoir se projeter, la direction souhaite faire table rase, tout rappel du pass\u00e9 proche ou lointain est rejet\u00e9, voire moqu\u00e9. \u2013 Ou quand avoir un pass\u00e9 devient une atteinte au pr\u00e9sent<\/em>&nbsp;[32. <em>Ibid<\/em>.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Marie-Jos\u00e9 Malis ne manque pas de faire sentir \u00e0 ses subordonn\u00e9\u00b7es une suppos\u00e9e inf\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Il n\u2019y a que de la perplexit\u00e9 \u00e0 avoir devant un \u201cd\u00e9bat\u201d qui se tient dans des conditions vichystes et avec aussi pas mal <\/em>de d\u00e9labrement intellectuel <em>de la part de gens qui portent en sautoir leur progressisme<\/em>&nbsp;[33. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p. 5, par. 1.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>Ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Je me demande souvent pourquoi, cela me vaut des introspections r\u00e9guli\u00e8res et des rapports peu aimables \u00e0 moi-m\u00eame. Mais aussi une nette id\u00e9e d\u2019<\/em>une forme d\u2019insuffisance de l\u2019\u00e9poque&nbsp;[34. <em>Ibid<\/em>., p. 1, par. 3. Nous soulignons.].&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Or, son travail de metteuse en sc\u00e8ne ne suscite pas exactement un imaginaire qui permettent de contrer les suppos\u00e9s <em>d\u00e9labrement intellectuel<\/em> et s<em>uffisance de l\u2019\u00e9poque<\/em>. Le <em>teaser<\/em> de <em>Dom Juan<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Marie-Jos\u00e9 Malis&nbsp;[35. Voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/lacommune-aubervilliers.fr\/teaser-dom-juan\">lacommune-aubervilliers.fr\/teaser-dom-juan<\/a>&gt;.], montre deux acteurs comme suspendus au d\u00e9nuement du plateau de th\u00e9\u00e2tre, tels des clowns dont les fonctions ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sactiv\u00e9es. V\u00eatus de bouts de costumes et d\u2019accessoires enfil\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te, ils parlent avec le sourire navr\u00e9 de ceux qui savent que ce qu\u2019ils disent a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit. Pr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Commune en pleine gr\u00e8ve des salari\u00e9\u00b7es, cette mise en sc\u00e8ne appara\u00eet comme l\u2019expression d\u2019une habile d\u00e9solation dat\u00e9e \u2013&nbsp;une faible promesse en mati\u00e8re de radicalit\u00e9 et d\u2019\u00e9thique de la parole.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Rappelons aussi que les d\u00e9bats philosophiques dirig\u00e9s par Badiou, visibles sur le site web, sont aussi bien \u00e9clair\u00e9s, film\u00e9s et mis en sc\u00e8ne qu\u2019au bon vieux temps de l\u2019ORTF \u2013&nbsp;le petit peuple dans l\u2019ombre et en arri\u00e8re-plan, la grande table au-devant o\u00f9 les doctes peuvent \u00e9changer probl\u00e8mes et concepts&nbsp;[36. Voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/lacommune-aubervilliers.fr\/medias\/emission-contre-courant\">lacommune-aubervilliers.fr\/medias\/emission-contre-courant<\/a>&gt;.]. Comme surface d\u2019inscription esth\u00e9tique et politique, \u00e7a ne fait vraiment pas r\u00eaver \u2013&nbsp;m\u00eame si Malis a su mettre en sc\u00e8ne, \u00e0 partir de <em>Hyp\u00e9rion<\/em>&nbsp;[37. Cr\u00e9\u00e9 en juillet 2014 au festival d\u2019Avignon. L\u2019article intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Hyp\u00e9rion<\/em>, lettre \u00e0 Marie-Jos\u00e9 Malis&nbsp;\u00bb, \u00e9crit par Diane Scott dans le num\u00e9ro 2 de la revue <em>Incise<\/em> \u00e9tablit la cartographie de ce qui compte malgr\u00e9 tout dans ce travail. ] de H\u00f6lderlin, un mouvement collectif d\u2019acteurs et actrices d\u00e9ploy\u00e9 sur le plateau. En tous cas, cette radicalit\u00e9 suppos\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u0153uvre, agr\u00e9ment\u00e9e de jolis discours quelque peu enfl\u00e9s \u2013&nbsp;lisibles sur les plaquettes de pr\u00e9sentation du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u2013 ne tient pas \u00e0 l\u2019aune de ce qu\u2019il se passe en r\u00e9alit\u00e9. Et c\u2019est bien l\u00e0 un des probl\u00e8mes. \u00c0 quoi bon servir une esth\u00e9tique exigeante, teint\u00e9e d\u2019aspiration r\u00e9volutionnaire si, depuis les coulisses, ont lieu les m\u00eames ignominies manag\u00e9riales qu\u2019ailleurs dans <em>la vraie vie&nbsp;<\/em>?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Enfin, la violence contre les salari\u00e9\u00b7es s\u2019incarne \u00e9galement dans l\u2019insinuation infamante prof\u00e9r\u00e9e par Malis&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;Moi, je suis constern\u00e9e de leur m\u00e9fiance, de leur hostilit\u00e9 et aussi, quand m\u00eame, parfois de nos d\u00e9saccords id\u00e9ologiques profonds, du discord de nos visions du monde, aux autres, aux \u00e9trangers, \u00e0 l\u2019art s\u2019il y a en eux un rapport s\u00e9rieux \u00e0 \u00e7a<\/em>&nbsp;[38. Communiqu\u00e9 de Marie-Jos\u00e9 Malis, p. 3, par. 2.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb Ce \u00e0 quoi les salari\u00e9\u00b7es r\u00e9pondent par les actes inscrits dans la dur\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;\u00c0 Aubervilliers notamment, nous n\u2019avons pas attendu l\u2019arriv\u00e9e de Marie-Jos\u00e9 Malis pour travailler avec les migrants, les jeunes en difficult\u00e9, les personnes \u00e2g\u00e9es, les personnes en situation d\u2019exclusion sociale, etc., et toujours en relation avec les associations et structures du champ social de la ville, et dans le respect des personnes qui travaillent sur le territoire&nbsp;: l\u2019ASEA, La Parenth\u00e8que, \u00c9pic\u00e9as, \u00e9picerie solidaire, le C.H.R.S La main tendue, le Foyer des jeunes travailleurs, la mission locale, le service RSA, les services sociaux de la ville, les \u00e9coles, les coll\u00e8ges, les lyc\u00e9es et leurs \u00e9quipes p\u00e9dagogiques\u2026 Pr\u00e9tendre le contraire et s\u2019accaparer ce travail proc\u00e8dent d\u2019une forme de nihilisme qui est une violence de plus faite aux salari\u00e9.e.s qui, sans en faire la publicit\u00e9, ont travaill\u00e9 des ann\u00e9es humblement, mais avec opini\u00e2tret\u00e9, sur ces questions<\/em>&nbsp;[39. R\u00e9ponse des gr\u00e9vistes \u00e0 Laurent Carpentier, journaliste au <em>Monde<\/em>.]<em>.&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une solution qui aurait davantage \u00e0 voir avec une logique d\u2019\u00e9mancipation qu\u2019avec la promotion de son quant-\u00e0-soi d\u2019artiste aurait \u00e9t\u00e9 de faire confiance, d\u2019encourager, d\u2019exp\u00e9rimenter et d\u2019accompagner les processus avec les salari\u00e9\u00b7es et les publics, plut\u00f4t que de vouloir tout enr\u00e9gimenter. \u00ab&nbsp;<em>Faites un acte fort et puis vous faites une demi-saison l\u2019ann\u00e9e prochaine&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb, comme disait Stanislas Nordey&nbsp;; l\u00e0 aussi, la solution n\u2019aurait-elle pas consist\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 licencier progressivement le personnel, \u00e0 exp\u00e9rimenter r\u00e9ellement \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les travailleur\u22c5ses des th\u00e9\u00e2tres, les com\u00e9dien\u00b7nes et les habitant\u00b7es, souvent abim\u00e9\u00b7es par les conditions de vie et de travail qui leur sont faites&nbsp;? Au vu de ce qu\u2019il se passe \u00e0 La Commune, cette perspective raisonnable et coh\u00e9rente semble bien lointaine. En tout \u00e9tat de cause, on ne reviendra pas sur les licenciements d\u00e9guis\u00e9s ayant d\u00e9j\u00e0 eu lieu, mais on pourrait stopper la machine \u00e0 broyer qui ne s\u2019en est pas tenue aux salari\u00e9\u00b7es embauch\u00e9\u00b7es avant 2014, mais qui s\u2019est poursuivie avec les nouvelles recrues de Marie-Jos\u00e9 Malis. Preuve que ce ne sont pas les fonctionnaires inertes qui sont en cause, mais une logique et une mani\u00e8re de faire en contradiction avec les fins qu\u2019elle pr\u00e9tend s\u2019\u00eatre donn\u00e9es. Ici, comme en d\u2019autres temps et en d\u2019autres lieux, le parti ne se renforce pas en s\u2019\u00e9purant.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Vignette_Commune_SiteJK.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7690\" width=\"700\" height=\"472\"><\/p>\n<h3 class=\"section\">Pour ne pas conclure<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Dans nombre de ses prises de position et conform\u00e9ment \u00e0 une certaine \u00ab&nbsp;\u00e9poque&nbsp;\u00bb, Marie-Jos\u00e9 Malis n\u2019a eu de cesse de brandir l\u2019autorit\u00e9 de son \u00ab&nbsp;projet&nbsp;\u00bb, de surcro\u00eet \u00ab&nbsp;\u00e9mancipateur&nbsp;\u00bb, pour justifier un partage moral entre qui est apte et qui ne l\u2019est pas, qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 au nombre des \u00ab&nbsp;amis politiques&nbsp;\u00bb et qui doit \u00eatre sym\u00e9triquement chass\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement. Ce qui a eu pour effet chronique, d\u2019une part de renvoyer chaque salari\u00e9\u00b7e \u00e0 la responsabilit\u00e9 de sa situation&nbsp;[40. Sur ce point,&nbsp;voir \u00c8ve Chiapello et Luc Boltanski, <em>Le Nouvel Esprit du capitalisme<\/em>, Gallimard, en particulier les pages 180-181 et 252.] tout en exemptant la direction de la sienne, et d\u2019autre part d\u2019obliger chaque salari\u00e9\u00b7e \u00e0 une forme de d\u00e9f\u00e9rence envers le Projet, et envers celle qui en \u00e9tait l\u2019unique d\u00e9tentrice.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>A contrario<\/em>, si les id\u00e9es d\u2019\u00ab&nbsp;<em>&nbsp;\u00e9galit\u00e9&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb et d\u2019\u00ab&nbsp;<em>&nbsp;<\/em>\u00e9mancipation&nbsp;\u00bb ont un sens qui ne se r\u00e9sume pas simplement \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une instance divine ou id\u00e9elle telle qu\u2019un \u00ab&nbsp;projet \u00e9mancipateur&nbsp;\u00bb, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de toujours situer le manquement non du c\u00f4t\u00e9 des individus, mais avant tout du c\u00f4t\u00e9 des dispositifs collectifs. Le dispositif (r\u00e9union, organisation, etc.) a-t-il permis de mettre chacun\u00b7e dans une situation o\u00f9 il ou elle a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9\u22c5e \u00e0 d\u00e9ployer des capacit\u00e9s endormies et insoup\u00e7onn\u00e9es&nbsp;? Ou ne produit-il qu\u2019embarras et souffrance&nbsp;? En somme, le dispositif a-t-il permis de \u00ab&nbsp;<em>v\u00e9rifier l\u2019\u00e9galit\u00e9 des intelligences<\/em>&nbsp;[41. \u00c0 ce sujet, voir les analyses d\u00e9velopp\u00e9es par Jacques Ranci\u00e8re dans <em>Le Ma\u00eetre ignorant<\/em>, \u00c9ditions 10\/18.]&nbsp;\u00bb&nbsp;ou au contraire, a-t-il \u00ab&nbsp;v\u00e9rifi\u00e9&nbsp;\u00bb ce sur quoi l\u2019ordre social se soutient quotidiennement, en l\u2019occurrence les in\u00e9galit\u00e9s suppos\u00e9es d\u2019intelligence&nbsp;? Ainsi, si un dispositif collectif ne fonctionne pas, ce n\u2019est pas une preuve que les gens sont \u00ab&nbsp;insuffisants<em>&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb ou que \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;<\/em>l\u2019\u00e9galit\u00e9, mon bon monsieur, \u00e7a n\u2019existe pas<em>&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb, c\u2019est avant tout la preuve que le dispositif doit \u00eatre interrog\u00e9 et modifi\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour la direction, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 question de mettre au travail le projet lui-m\u00eame. C\u2019est la raison pour laquelle l\u2019expression de \u00ab&nbsp;<em>projet \u00e9mancipateur<\/em>&nbsp;[42. Selon l\u2019expression de Val\u00e9rie Lafont, directrice d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e aux projets et dispositifs nouveaux \u00e0 La Commune, dans un courriel rendu public.]&nbsp;\u00bb est ici un oxymore, car c\u2019est dans la nature m\u00eame de l\u2019\u00e9mancipation que de tracer une voie singuli\u00e8re qui n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement incluse par l\u2019autorit\u00e9 du projet initial. Un tel projet ne pourrait \u00eatre \u00e9mancipateur qu\u2019\u00e0 condition de cr\u00e9er les conditions pour que le projet lui-m\u00eame soit remis en cause, \u00e0 la mani\u00e8re dont Kant d\u00e9finissait les Lumi\u00e8res comme \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;sortie de l\u2019homme hors de l\u2019\u00e9tat de tutelle. L\u2019\u00e9tat de tutelle est l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 se servir de son entendement sans la conduite d\u2019un autre<\/em>&nbsp;[43. <em>Qu\u2019est-ce que les Lumi\u00e8res&nbsp;?, (1784)<\/em>,&nbsp;Flammarion, coll. \u00ab&nbsp;GF&nbsp;\u00bb,&nbsp;p. 43-44.]<em>&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb.<em> <\/em>Mais Marie-Jos\u00e9 Malis d\u00e9clare elle-m\u00eame dans son \u00e9ditorial de rentr\u00e9e 2017-2018&nbsp;[44. Voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/lacommune-aubervilliers.fr\/editorial-2017-2018\">lacommune-aubervilliers.fr\/editorial-2017-2018<\/a>&gt;.]&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;[\u2026] ni l\u2019\u00e9mancipation, ni l\u2019\u00e9ducation populaire, ne nous semblent plus \u00eatre les mots de ce temps&nbsp;; mais l\u2019ambition est la m\u00eame&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb.<em> <\/em>Avec ce qu\u2019il se passe avec les salari\u00e9\u22c5es de La Commune, le mot et la chose semblent dispara\u00eetre de concert.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Enfin, \u00e0 examiner ce que d\u00e9clare le parti de la direction, on ne peut qu\u2019\u00eatre interpell\u00e9 par l\u2019\u00e9vidence avec laquelle se d\u00e9cline sur tous les tons l\u2019id\u00e9e d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019art cr\u00e9ateur sur le travail laborieux. Comme lorsque, volant maladroitement au secours de Marie-Jos\u00e9 Malis, ce faquin de Bruno Tackels r\u00e9v\u00e8le, au d\u00e9tour d\u2019admonestations lanc\u00e9es aux gr\u00e9vistes, une ahurissante id\u00e9ologie du service hi\u00e9rarchis\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>&nbsp;[La situation \u00e0 La Commune] me semble essentielle \u00e0 la survie ou \u00e0 la disparition de tout service public au service de l\u2019art.<\/em>&nbsp;\u00bb<em> <\/em>Ou plus loin&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Vous faites d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 partie des achet\u00e9s par la bourgeoisie. [\u2026] Vous \u00eates pourtant r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour servir le travail \u2013&nbsp;en l\u2019occurrence une \u0153uvre&nbsp;\u2013 r\u00e9alis\u00e9 par des gens qui ne sont pas pay\u00e9s, au sens syndicaliste [\u2026].&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb Comment une telle servitude du travail \u00e0 l\u2019art pourrait-elle contribuer \u00e0 d\u00e9faire la hi\u00e9rarchie entre les disciplines accordant aux un\u22c5es le r\u00f4le d\u2019ex\u00e9cutant, aux autres, le privil\u00e8ge de la pens\u00e9e&nbsp;? \u00c0 l\u2019inverse, une pens\u00e9e d\u00e9j\u00e0 ancienne de l\u2019\u00e9mancipation ne nous a-t-elle pas indiqu\u00e9 que la production, aussi bien laborieuse qu\u2019artistique, devait \u00eatre con\u00e7ue \u00e0 la mani\u00e8re et \u00e0 l\u2019\u00e9gal de l\u2019action politique&nbsp;: comme action sur le sensible, sur le monde commun<strong><sup>&nbsp;[45. Voir notamment Karl Marx, premi\u00e8re <em>Th\u00e8se sur Feuerbach<\/em>,<em> <\/em>analys\u00e9e par Jacques Ranci\u00e8re dans <em>Le Partage du sensible<\/em>, La Fabrique.]<\/sup><\/strong>&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au lieu de gloser sur le nouveau corps utopique des artistes[46. Comme dans ce rapport d\u2019activit\u00e9 2018 du Syndeac, o\u00f9 Marie-Jos\u00e9 Malis avance&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;\u2026 il s\u2019agit de remettre au centre des choses, dans le tissu m\u00eame de la vie priv\u00e9e et publique, les artistes et les \u00e9quipes artistiques.(\u2026) Ce que l\u2019art, ce que l\u2019artiste peut apporter, son amour du r\u00e9el, ses m\u00e9thodes, sa capacit\u00e9 \u00e0 rendre praticables les intuitions et le d\u00e9sir, la confiance tout simplement qu\u2019il r\u00e9tablit (\u2026) pour que les peurs, les \u00e9go\u00efsmes, les confusions, et surtout les violences, les injustices, les d\u00e9nis et mutilations ne refassent pas leur travail de d\u00e9-symbolisation violente et de s\u00e9parations haineuses&nbsp;<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour une histoire des politiques culturelles concernant les CDN, voir l\u2019article Marie-Ange Rauch, \u00ab&nbsp;1968-2018&nbsp;? De l\u2019imagination sociale au pouvoir dans les CDN&nbsp;\u00bb, <em>Th\u00e9\u00e2tre\/Public<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;230, octobre-d\u00e9cembre 2018.], il nous semblerait pr\u00e9f\u00e9rable de chercher \u00e0 montrer comment, aussi bien sur la sc\u00e8ne que dans les coulisses, aussi bien dans l\u2019agencement technique que dans l\u2019accueil ou la communication, il s\u2019agit de la m\u00eame intelligence, de la m\u00eame sensibilit\u00e9 qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. De construire, en somme, un plan d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre le travail et l\u2019art, qui soit aussi un plan d\u2019hybridation des fonctions, des artistes et des \u00ab&nbsp;incultes&nbsp;\u00bb, des amateurs et amatrices et des professionnel\u00b7les, et de mise au travail des r\u00e9f\u00e9rences culturelles \u2013&nbsp;de \u00ab&nbsp;la grande culture bourgeoise&nbsp;\u00bb comme \u00ab&nbsp;la sous-culture populaire&nbsp;\u00bb, comme on l\u2019entend souvent. Un lieu o\u00f9, \u00e0 tous les niveaux fonctionnels, se chevauchent et se r\u00e9inventent g\u00e9n\u00e9reusement avec celles et ceux qui sont l\u00e0&nbsp;: l\u2019art, le travail social et la politique.<\/p>\n<h3 class=\"section-center\">***<\/h3>\n<h3 class=\"section\">Pour soutenir les gr\u00e9vistes<\/h3>\n<p><strong>\u00c7a se passe <a href=\"https:\/\/www.lepotcommun.fr\/pot\/ed3m5ouo\">ici<\/a>.<\/strong><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_7677_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_7677_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_7677_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_7677_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_7677_1('footnote_plugin_tooltip_7677_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_7677_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Bertolt Brecht, \u00ab&nbsp;La Solution&nbsp;\u00bb, <em>Manuel pour habitants des villes<\/em>, \u00c9ditions de L\u2019Arche.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_7677_1() { jQuery('#footnote_references_container_7677_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7677_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_7677_1() { jQuery('#footnote_references_container_7677_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_7677_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_7677_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_7677_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_7677_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_7677_1(); } } function footnote_moveToAnchor_7677_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_7677_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que se passe-t-il au th\u00e9\u00e2tre de la Commune \u00e0 Aubervilliers&nbsp;? 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