{"id":8237,"date":"2019-05-12T19:35:03","date_gmt":"2019-05-12T17:35:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8237"},"modified":"2019-05-12T19:35:03","modified_gmt":"2019-05-12T17:35:03","slug":"borroka","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2019\/05\/12\/borroka\/","title":{"rendered":"Borroka\u00a0!"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s <em>Constellations<\/em> en 2014, puis <em>Contr\u00e9es<\/em> et <em>D\u00e9fendre la ZAD<\/em> en 2016, le collectif Mauvaise Troupe revient en ce printemps avec un nouvel opus, <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/euskadi.mauvaisetroupe.org\/\"><em>Borroka&#160;!<\/em><\/a>. R\u00e9dig\u00e9 en vue du contre-sommet du G7 qui se tiendra en ao\u00fbt 2019 \u00e0 Biarritz, cet ab\u00e9c\u00e9daire arpente comment l&#8217;Euskadi \u2013&#160;le Pays basque&#160;\u2013 repr\u00e9sente un \u00ab&#160;<em>monde en interstices d\u2019un peuple qui se bat pour l\u2019ind\u00e9pendance de son territoire<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En exclusivit\u00e9, Jef Klak publie trois extraits de cet ab\u00e9c\u00e9daire contestataire autour des pratiques culturelles euskara. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<\/div>\n<h3 class=\"section\">Gaztetxe<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Avec la \u00ab&#160;transition d\u00e9mocratique&#160;\u00bb espagnole, un certain nombre de locaux, dont ceux du Front de Jeunesse Franquiste, se retrouv\u00e8rent subitement d\u00e9sert\u00e9s. Alors qu\u2019en Euskadi, leur gestion devait \u00e9choir aux autorit\u00e9s des provinces autonomes, ce sont les sections de jeunesse des partis marxistes et ind\u00e9pendantistes qui les r\u00e9quisitionnent entre 1977 et 1980. Cette premi\u00e8re vague de squats post-dictature sera suivie d\u2019une seconde, entre 1982 et 1985, durant laquelle les occupations prendront la d\u00e9nomination de \u00ab&#160;gaztetxe&#160;\u00bb, maison des jeunes. Les gaztetxe vont se multiplier dans les m\u00e9tropoles comme dans les plus petits villages, la jeunesse locale for\u00e7ant, au moyen de nombreuses mobilisations, des municipalit\u00e9s souvent PNB, fr\u00e9quemment r\u00e9calcitrantes, \u00e0 lui octroyer des b\u00e2timents.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais, apr\u00e8s 1985, certains gaztetxe vont d\u00e9laisser les campagnes politiques autour de la figure du \u00ab&#160;jeune&#160;\u00bb et leur r\u00f4le de MJC alternative, pour devenir les lieux d\u2019une \u00ab&#160;nouvelle mani\u00e8re de faire de la politique&#160;\u00bb, les porte-voix officieux d\u2019un archipel autonome o\u00f9 la politique englobe la vie quotidienne, l\u2019ill\u00e9galisme et le rock. Salles de r\u00e9p\u00e9tition ou de concert, les occupations permettront une effervescence musicale en ad\u00e9quation totale avec l\u2019engagement politique d\u2019alors. Le mouvement punk britannique de la fin des ann\u00e9es 70, avec ses sons de crise, de fermeture d\u2019usine dans les banlieues prol\u00e9taris\u00e9es de Manchester ou de Liverpool, rencontre le folk-rock protestataire d\u2019Euskadi et donne naissance au \u00ab&#160;rock radical basque&#160;\u00bb. Chaque vendredi, le suppl\u00e9ment jeunesse du journal abertzale&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_8237_1('footnote_plugin_reference_8237_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_8237_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_8237_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span> <em>Egin <\/em>voit son agenda se remplir de la cinquantaine de concerts du week-end. La gauche abertzale ne m\u00e9nagera pas ses efforts pour recruter ces hordes sonores en vue des t\u00e2ches de lib\u00e9ration nationale. Avec ses campagnes, comme celle de 1985 intitul\u00e9e \u00ab&#160;Martxa eta Borroka&#160;\u00bb (la f\u00eate et la lutte), elle pensait faire son profit de ce nouvel engouement. Et effectivement, le militantisme ind\u00e9pendantiste de certains groupes de l\u2019\u00e9poque ne fait aucun doute. Mais ceux-ci sauront conserver un fourmillement d\u00e9sordonn\u00e9 mettant bien en peine les vell\u00e9it\u00e9s instrumentales des appareils abertzale. Il faut dire que m\u00eame si certaines formations sortent du lot et acqui\u00e8rent une grande notori\u00e9t\u00e9, comme Hertzainak, La Polla Records, Eskorbuto ou Kortatu, le rock radical se caract\u00e9rise essentiellement par la possibilit\u00e9 pour n\u2019importe quelle bande d\u2019adolescents de prendre des instruments et, apr\u00e8s quelques semaines de r\u00e9p\u00e9titions, de monter sur sc\u00e8ne. Une immense entreprise de plagiat des quelques airs \u00e0 succ\u00e8s permet \u00e0 tout un chacun de se faire colporteur d\u2019une musique commune. L\u2019\u00e9norme r\u00e9seau de gaztetxe avides de concerts offre des possibilit\u00e9s quasi infinies de se produire. \u00c0 d\u00e9faut de porte-parole, ce sont ces groupes qui vont porter les messages, souvent lapidaires, de cette jeunesse r\u00e9volt\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/GAZTETXE-3.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"406\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8245\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Toute une nuance se forme entre ceux qui poussent l\u2019attitude autodestructrice \u00e0 son paroxysme, comme Vomito, RIP ou Cicatriz, et d\u2019autres comme Kortatu qui portent un message radical mais consensuel dans le monde abertzale. La pr\u00e9sence des haches traditionnelles basques comme embl\u00e8mes du groupe, si typiques des b\u00fbcherons du pays et que l\u2019on retrouve \u00e9galement lors des concours de force basque, est l\u2019expression d\u2019un v\u00e9ritable ancrage dans la culture euskaldun. C\u2019est aussi une r\u00e9f\u00e9rence subtile \u00e0 celle autour de laquelle s\u2019enroule le serpent d\u2019ETA&#160;[2. Euskadi Ta Askatasuna (Pays <em>basque<\/em> et libert\u00e9), organisation arm\u00e9e basque ind\u00e9pendantiste d&#8217;inspiration marxiste n\u00e9e en 1959 et dissoute en 2018.]. Dans leur premier disque en 1985, seules deux chansons sont en euskara. Trois ans plus tard, c\u2019est l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019enregistrement de \u00ab&#160;Sarri Sarri&#160;\u00bb&#160;[3. Surnom de Joseba Sarrionandia, \u00e9crivain de langue euskara n\u00e9 en 1958. Soup\u00e7onn\u00e9 d&#8217;appartenir \u00e0 l&#8217;ETA, Sarri est condamn\u00e9 \u00e0 la prison en 1980 avant de s&#8217;\u00e9vader cinq ans plus tard puis de s&#8217;exiler \u00e0 Cuba. La chanson \u00ab&#160;Sarri, Sarri&#160;\u00bb rend hommage \u00e0 son \u00e9vasion rocambolesque \u2013&#160;il se cacha dans une enceinte lors d&#8217;un concert \u00e0 la prison de Donostia.] qui est r\u00e9alis\u00e9 en basque. La r\u00e9volte et la r\u00e9bellion se disaient et se chantaient dans cette langue. Ce qui la rendait d\u2019autant plus attractive pour la jeunesse, qu\u2019elle soit radicale ou simplement en qu\u00eate de lieux de sociabilit\u00e9 et de rencontres. Les concerts attiraient m\u00eame des milieux habituellement insensibles aux id\u00e9es abertzale, comme ceux du surf ou du rugby. Aujourd\u2019hui, il y a environ 400 gaztetxe au Pays basque, dont une vingtaine au nord. Ce maillage permet de faire la f\u00eate tous les week-ends sans jamais mettre le pied dans un espace commercial.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/GAZTETXE-1-1024x684.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"461\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8244\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Korrika<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Ils sont des milliers, depuis dix jours, \u00e0 courir. La plupart n\u2019ont pourtant pas l\u2019\u00e9toffe de coureurs de fond. De toute fa\u00e7on, la grande banderole \u00e0 l\u2019avant de la course les ralentirait, s\u2019ils l\u2019\u00e9taient. Le mot \u00ab&#160;korrika&#160;\u00bb prend toute sa longueur. La nuit, des fus\u00e9es \u00e0 main \u00e9clairent les sentiers ou les routes qui accueillent leurs pas. Le jour, ce sont les encouragements dans les villages qui leur donnent de l\u2019allant. 2500 kilom\u00e8tres sans arr\u00eats, m\u00eame en relais, n\u00e9cessitent et m\u00e9ritent bien ces vivats. Le sourire est de mise, alors, m\u00eame si l\u2019on est harass\u00e9. Car s\u2019ils perdent haleine, c\u2019est pour leur langue, rien de moins. Une langue qui est \u00e0 la fois le r\u00e9sultat et l\u2019objet d\u2019un combat.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Franco, pour se venger de la r\u00e9sistance des nationalistes basques \u00e0 son coup d\u2019\u00c9tat, va faire du massacre de l\u2019euskara un de ses chevaux de bataille. Son usage, y compris dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, est interdit sous peine d\u2019amende. Il ira jusqu\u2019\u00e0 faire effacer des tombes les inscriptions en basque. Dans le m\u00eame temps, au nord, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique l\u2019interdit \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Comme d\u2019autres langues que l\u2019on nomme \u00ab&#160;r\u00e9gionales&#160;\u00bb, par un euph\u00e9misme cachant mal une volont\u00e9 d\u2019\u00e9radication, le basque d\u00e9cline. Pour endiguer sa disparition, les ikastolas, des \u00e9coles en langue basque, sont cr\u00e9\u00e9es par les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves malgr\u00e9 la dictature. Elles se r\u00e9pandront au nord dans la foul\u00e9e. Pour les adultes, l\u2019enseignement s\u2019organise depuis la base, dans les quartiers. Il se f\u00e9d\u00e8re dans les ann\u00e9es 1970 au sein de l\u2019association AEK (Coordination pour l\u2019alphab\u00e9tisation et l\u2019apprentissage de l\u2019euskara) qui couvre l\u2019ensemble d\u2019Euskadi. C\u2019est \u00e0 la fois pour financer ses cours et promouvoir la langue qu\u2019elle cr\u00e9e en 1980 la korrika, une course de relais qui serpente dans l\u2019ensemble du Pays basque. D\u00e9sormais, c\u2019est la plus grande manifestation en faveur de l\u2019euskara.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/KORRIKA-1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"446\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8246\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>\u00c9norm\u00e9ment de gens participent, \u00e7a cr\u00e9\u00e9 une vraie fi\u00e8vre populaire \u2013&#160;on ne peut pas appeler \u00e7a autrement&#160;\u2013 qui est li\u00e9e au fait de courir, de produire des endorphines. C\u2019est un moment de communion tr\u00e8s fort, il y a une esp\u00e8ce de magie qui op\u00e8re. Tu cours autant que tu veux, tu peux faire cent m\u00e8tres, deux kilom\u00e8tres, un marathon, comme tu pr\u00e9f\u00e8res&#160;; l\u2019important, c\u2019est que les gens participent, qu\u2019ils ne soient pas au bord de la route, mais au milieu. Chaque collectif ach\u00e8te son kilom\u00e8tre, tu peux acheter un dossard, ou venir courir comme \u00e7a, sans rien donner&#160;; il y a aussi les tee-shirts, et des entreprises font office de sponsors sur certains kilom\u00e8tres. Au d\u00e9but, il y avait une forte connotation militante, mais aujourd\u2019hui tous les maires veulent y participer. Dans le t\u00e9moin, il y a un message secret avec toute une symbolique, de passage de relais, de la langue, de la transmission, et qui n\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin. Bien s\u00fbr, la korrika est aussi devenue un moment de visibilit\u00e9 pour les collectifs en lutte&#160;: une usine en gr\u00e8ve, le mouvement f\u00e9ministe, le soutien aux presos [prisonniers], aux migrants, tous viennent avec leur banderole\u2026 Mais en laissant toujours la banderole de devant pour la langue basque. <\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<div class=\"signature\">\n<p class=\"textbody\">Interview avec Jakes, permanent d\u2019AEK, <br \/>r\u00e9alis\u00e9e en novembre 2018<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Le combat pour la survie d\u2019une langue est un combat populaire, n\u00e9cessairement. Il ne peut se restreindre \u00e0 un cercle de personnes ou \u00e0 une ob\u00e9dience politique, sous peine d\u2019\u00eatre mort-n\u00e9. Pourtant ici ceux qui le portent avec le plus de fougue sont pour le moins marqu\u00e9s politiquement \u2013&#160;les ikastolas furent m\u00eame accus\u00e9es d\u2019enseigner la \u00ab&#160;langue des terroristes&#160;\u00bb&#160;\u2013 mais leur objectif est de faire de l\u2019euskara la langue d\u2019un peuple, non d\u2019un milieu. C\u2019est ce qui explique sans doute que les affiches de la Korrika envahissent d\u00e9sormais sans vergogne les espaces publicitaires des bords de routes, des autobus et des journaux. C\u2019est ce qui explique \u00e9galement qu\u2019on y partage sa foul\u00e9e avec des \u00e9lus ou des entrepreneurs dont ont est loin d\u2019approuver les positions politiques. La force des abertzale r\u00e9side dans le fait qu\u2019ils aient r\u00e9ussi \u00e0 imposer, depuis leur radicalit\u00e9, un usage large de l\u2019euskara et de la lutte pour son maintien et sa propagation. Mais leur radicalit\u00e9 a \u00e9galement marqu\u00e9 l\u2019image de la langue basque. Certains l\u2019ont d\u2019ailleurs adopt\u00e9e par penchant politique plus que linguistique. Souhaitons que les gestes d\u2019officialisation n\u2019estompent pas avec le temps cette couleur-l\u00e0, si agr\u00e9able \u00e0 nos yeux \u00e9trangers.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">\u00c0 lire&#160;: <\/span><em>Bakarka, m\u00e9thode d\u2019apprentissage individuel de la langue basque (euskara)<\/em>, \u00e9ditions Elkar, 2018. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/KORRIKA-5.jpg\" alt=\"\" width=\"929\" height=\"622\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8247\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Xiberoa<\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Xiberoa, la Soule, pour beaucoup de Basques, c\u2019est le paradis perdu, le Pays basque idyllique&#160;: for\u00eat, montagne, paysannerie, culture traditionnelle vivante, mascarades\u2026 Mais c\u2019est une image r\u00e9cente. Elle a une part de v\u00e9rit\u00e9, dans le sens o\u00f9 le territoire est relativement repli\u00e9 sur lui-m\u00eame. Les Souletins, par exemple, appellent les autres Basques les \u201cManech\u201d, du nom de la race locale de brebis\u2026 Mais il y a aussi, depuis le XX<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle, un important brassage de population li\u00e9 \u00e0 l\u2019implantation de l\u2019industrie de la chaussure. Beaucoup d\u2019ouvriers portugais ou espagnols sont venus y travailler. \u00c0 Maul\u00e9on, la CGT a donc pris \u00e9norm\u00e9ment de place. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s rouge, mais aussi tr\u00e8s nationaliste fran\u00e7ais.<\/em> <\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Au niveau culturel, la Soule ce sont des voix fortes, des chants en polyphonie, la txulula \u2013&#160;une fl\u00fbte \u00e0 trois trous&#160;\u2013 et le ttunttun \u2013&#160;un tambour. Il y a une v\u00e9ritable culture du chant et de la transmission orale dans les bars, les familles. On y entend des chants de douze couplets que tout le monde chante parfaitement avec trois voix diff\u00e9rentes. Des chants avec des quarts de ton qui n\u2019existent pas dans la musique tonale et qu\u2019on appelle \u00ab&#160;basa aireak&#160;\u00bb, les chants sauvages.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/XIBEROA-2-1024x654.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"441\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8248\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>La Soule, ce sont aussi les mascarades. C\u2019est un carnaval tr\u00e8s codifi\u00e9. On y admire des personnages qui d\u00e9filent, dansent et jouent des sayn\u00e8tes. Chaque ann\u00e9e, c\u2019est un village qui \u00e9crit et organise le spectacle de la mascarade qu\u2019il va ensuite donner tous les dimanches, de janvier \u00e0 avril, dans les autres villages de la vall\u00e9e. Il y a un nombre de personnages relativement pr\u00e9cis, et l\u2019accueil dans chaque localit\u00e9 est lui-m\u00eame tr\u00e8s codifi\u00e9. Quand le groupe entre dans le village, il fait face \u00e0 une barricade tenue par les jeunes du bourg. Les uns et les autres entament diff\u00e9rentes danses, puis la barricade est prise. Cela se reproduit plusieurs fois jusqu\u2019\u00e0 la place du village. La f\u00eate se passe dans les rues, mais aussi et surtout dans les maisons. \u00c0 16&#160;heures, tout le monde ressort pour une grande repr\u00e9sentation. C\u2019est public, mais il faut conna\u00eetre, c\u2019est tr\u00e8s peu annonc\u00e9, on t\u2019y am\u00e8ne. Les \u201cd\u00e9nonciations\u201d et anecdotes dr\u00f4latiques du coin sont entrecoup\u00e9es par des danses ex\u00e9cut\u00e9es par tous les personnages. Les pas ressemblent \u00e0 des entrechats de ballet classique, le haut du corps ne bouge pas tandis que les pieds voltigent. Les \u201crouges\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui repr\u00e9sentent l\u2019ordre, ont des costumes tr\u00e8s soign\u00e9s, tr\u00e8s propres. Puis il y a les benzeria, ils sont alcoolis\u00e9s, d\u00e9braill\u00e9s, ils se jettent en tas et forment un amas grouillant de multiples bras et jambes. Leurs danses font penser au d\u00e9placement des insectes, dont on avait jadis une grande peur. Ils font \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ceux qui \u00e9taient dans les forges&#160;: les charbonniers et les chaudronniers qui vivaient en montagne et ne redescendaient que l\u2019hiver pour boire leur salaire dans les villages. Ils incarnent la peur ancestrale de l\u2019obscurit\u00e9, de l\u2019hiver, du noir\u2026 Ce sont les sans-grades, les sans propri\u00e9t\u00e9s, les petits salari\u00e9s\u2026 Ceux qui n\u2019ont jamais la parole et qui la prennent au carnaval. C\u2019est leur moment, ils vont de village en village pour raconter les nouvelles et faire des jeux de mots piquants. Dans certaines r\u00e9gions, ils dansent un branle, une cha\u00eene ouverte, suivant un parcours pr\u00e9cis qui dessine la position des constellations \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e. <\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<div class=\"signature\">\n<p class=\"textbody\">Interview avec I\u00f1aki, danseur de Basse-Navarre,<br \/> r\u00e9alis\u00e9e en janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/XIBEROA-3-1024x671.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"452\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8249\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">La pr\u00e9sence de ce th\u00e9\u00e2tre populaire lors du carnaval est sans doute l\u2019une des raisons du fort ancrage d\u2019une v\u00e9ritable culture de l\u2019art dramatique en euskara. De nombreuses troupes se cr\u00e9ent et se produisent dans les villages. Les pi\u00e8ces les plus jou\u00e9es sont celles de Piarres Larzabal, un cur\u00e9 qui en \u00e9crivit une centaine au cours du XX<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle. Des milliers de personnes les ont jou\u00e9es et sont devenues par ce biais amateures de th\u00e9\u00e2tre. R\u00e9sistant, actif dans la JOC et fondamentalement abertzale, Larzabal ne tarde pas \u00e0 se faire cataloguer \u00ab&#160;cur\u00e9 rouge&#160;\u00bb. \u00c0 Hasparren o\u00f9 il officie, il prend r\u00e9guli\u00e8rement le parti des gr\u00e9vistes et des ouvriers. Dans ses pi\u00e8ces, la doctrine religieuse s\u2019accompagne toujours de lutte des classes. Dans les ann\u00e9es 1960, il sera un des fondateurs du journal ind\u00e9pendantiste Enbata et ne rechignera pas \u00e0 aider ETA. \u00c0 Ciboure, lorsque des militants \u00e9taient tu\u00e9s, une messe \u00e9tait dite pour les r\u00e9fugi\u00e9s qui ne pouvaient pas se rendre dans le village du sud o\u00f9 l\u2019enterrement avait lieu. Larzabal fut le seul cur\u00e9 \u00e0 accepter de donner ces messes, qui ressemblaient davantage \u00e0 des meetings\u2026 On y allait pour montrer son soutien \u00e0 l\u2019organisation plus que pour communier dans la religion catholique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le cur\u00e9 rouge a donc fini par \u00eatre puni par son \u00e9v\u00each\u00e9 qui le nomma \u00e0 Socoa. Lorsqu\u2019il s\u2019y rendit, il eut la surprise de constater qu\u2019il n\u2019y avait dans le hameau ni presbyt\u00e8re ni \u00e9glise. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne&#160;: il en fit construire une. Alors, pour le mettre d\u00e9finitivement au placard, l\u2019\u00e9v\u00eaque l\u2019a envoy\u00e9 dans un petit village de\u2026 Soule.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">\u00c0 lire&#160;: <\/span>Thierry Truffaut, <em>Joaldun et Kaskarot. Des carnavals en Pays basque<\/em>, \u00e9ditions Elkar, 2005.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Affiche_tournee_borroka.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"495\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8255\" \/><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8237_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8237_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_8237_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_8237_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_8237_1('footnote_plugin_tooltip_8237_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_8237_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Ind\u00e9pendantiste (litt\u00e9ralement&#160;: \u00ab&#160;amant de la patrie&#160;\u00bb). Toutes les notes sont de Jef Klak.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_8237_1() { jQuery('#footnote_references_container_8237_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8237_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_8237_1() { jQuery('#footnote_references_container_8237_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8237_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_8237_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_8237_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_8237_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_8237_1(); } } function footnote_moveToAnchor_8237_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_8237_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Constellations en 2014, puis Contr\u00e9es et D\u00e9fendre la ZAD en 2016, le collectif Mauvaise Troupe revient en ce printemps avec un nouvel opus, Borroka&#160;!. 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