{"id":8520,"date":"2019-10-11T16:54:37","date_gmt":"2019-10-11T14:54:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8520"},"modified":"2019-10-11T16:54:37","modified_gmt":"2019-10-11T14:54:37","slug":"nous-avons-besoin-de-vivre-toute-lannee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2019\/10\/11\/nous-avons-besoin-de-vivre-toute-lannee\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Nous avons besoin de vivre toute l\u2019ann\u00e9e.\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Des responsables de la planification urbaine aux multipropri\u00e9taires, les protagonistes de l\u2019\u00e9conomie touristique traitent les territoires comme des capitaux \u00e0 faire fructifier. Dans une m\u00e9tropole ou dans un village c\u00f4tier, l\u2019augmentation des loyers, la r\u00e9duction du parc locatif \u00e0 peau de chagrin et les mutations des commerces affectent en premier les habitant\u00b7es. Jef Klak a rencontr\u00e9 les membres de trois collectifs de lutte contre la touristification\u2005: Dispac\u2019h en Bretagne, Droit \u00e0 la (Belle) Ville \u00e0 Paris et l\u2019Assemblea de Barris per un Turisme Sostenible (ABTS&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_8520_1('footnote_plugin_reference_8520_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_8520_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_8520_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>) \u00e0 Barcelone\u2005; l\u2019occasion de comparer les situations qu\u2019ils combattent, les mani\u00e8res dont ils y r\u00e9pondent et aff\u00fbtent leurs strat\u00e9gies.<\/p>\n<p> <!--more--><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet article est originellement paru dans le sixi\u00e8me num\u00e9ro de la revue papier<em> <a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/revue-papier\/\">Jef Klak<\/a><\/em>, \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/pied-a-terre-n-6\/\">Pied \u00e0 terre<\/a>&#160;\u00bb, disponible en librairie ou via <a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/abonnement\/\">abonnement<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"question\">Qui \u00eates-vous\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS&#160;:<\/span> Nous sommes un espace de coordination de diff\u00e9rents collectifs de quartier \u00e0 Barcelone. Depuis quatre ans, nous travaillons avec les habitant\u00b7es de la ville et celles et ceux qui sont de passage sur les injustices sociales et environnementales caus\u00e9es par la touristi\ufb01cation. Nous revendiquons et partageons tous et toutes une expertise et un regard critique sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019activit\u00e9 d\u2019exploitation touristique de la ville.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> Notre collectif est n\u00e9 en 2015, d\u2019un petit groupe d\u2019habitant\u00b7es de Belleville impliqu\u00e9\u00b7es dans diff\u00e9rentes initiatives de quartier. Nous nous sommes r\u00e9uni\u00b7es autour du besoin de construire un processus de lutte et de r\u00e9sistance contre la gentri\ufb01cation et le mal-logement dont nous \u00e9tions victimes dans notre vie quotidienne. Nous avons voulu reprendre le concept de <em>droit \u00e0 la ville&#160;[2. Titre d\u2019un ouvrage du sociologue Henri Lefebvre publi\u00e9 en 1968, la notion de <em>droit \u00e0 la ville <\/em>invoque une critique de l\u2019urbanisme contemporain et envisage la ville comme un lieu privil\u00e9gi\u00e9 de construction et de transformation du lien social.]<\/em> qui a donn\u00e9 son nom au collectif. Une partie d\u2019entre nous a fait des \u00e9tudes en sciences sociales mais tout le monde avait \u00e0 c\u0153ur de ne pas reproduire l\u2019universit\u00e9 dans le quartier, et de construire plut\u00f4t une connaissance commune qui nous rassemble. Depuis un an et demi, nous avons un bureau et une salle de r\u00e9union dans une barre HLM. Le fait d\u2019avoir un lieu, un rep\u00e8re, c\u2019est vraiment important, \u00e7a joue sur notre ancrage dans le quartier. Cela ne nous emp\u00eache pas de buter sur des questionnements propres au d\u00e9veloppement du collectif, comme\u2005: quelle forme se donner pour se p\u00e9renniser et \u00e9viter que tout coule d\u00e8s que quelqu\u2019un\u00b7e part\u2005? C\u2019est un grand d\u00e9\ufb01.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h&#160;:<\/span> Notre collectif s\u2019est mont\u00e9 en mars 2018 et compte aujourd\u2019hui une cinquantaine de militant\u00b7es, ayant entre 18 et 27\u202fans. Nous nous sommes rencontr\u00e9\u00b7es sur diff\u00e9rentes luttes\u2005: le mouvement pour la r\u00e9uni\ufb01cation administrative avec le pays nantais, diverses campagnes de la gauche ind\u00e9pendantiste bretonne ou contre l\u2019a\u00e9roport de Notre-Dame-des-Landes. Comme Droit \u00e0 la (Belle) Ville, nous nous sommes retrouv\u00e9\u00b7es sur un besoin commun de r\u00e9sister contre les injustices que nous vivions au quotidien. Jusque-l\u00e0, il n\u2019existait aucun collectif pour la jeunesse d\u00e9fendant l\u2019ind\u00e9pendantisme de gauche. Nous avons donc cr\u00e9\u00e9 Dispac\u2019h, qui signi\ufb01e \u00ab&#160;\u2005R\u00e9volte\u2005&#160;\u00bb en breton, et nous avons \u00e9crit une charte qui rassemble nos grands principes\u2005: l\u2019ind\u00e9pendantisme, l\u2019anticapitalisme, le f\u00e9minisme, l\u2019\u00e9cologisme, ou encore les luttes LGBTQIA&#160;[3. Luttes li\u00e9es aux communaut\u00e9s lesbiennes, gays, transsexuelles, queer, intersexuelles et asexuelles.]. Nous avons des liens historiques tr\u00e8s forts avec la gauche ind\u00e9pendantiste basque et avec les r\u00e9publicanismes r\u00e9volutionnaires irlandais. Nous sommes aussi proches de la lutte du peuple kurde, d\u2019autant plus qu\u2019un militant ind\u00e9pendantiste et libertaire breton parti combattre au Rojava y est mort r\u00e9cemment&#160;[4. Olivier Fran\u00e7ois Le Clainche, qui avait pris le pseudonyme de Kendal Breizh, avait rejoint les Unit\u00e9s de Protection du Peuple (Yek\u00eeney\u00ean Parastina Gel ou YPG). Il est mort \u00e0 Afrin le 10\u202ff\u00e9vrier 2019.]. En revanche, nos probl\u00e9matiques ne recoupent pas celles des organisations politiques fran\u00e7aises, m\u00eame de gauche, qui ne comprennent pas notre positionnement politique car elles le confondent souvent avec le nationalisme d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maquette1_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"476\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8528\" \/><\/p>\n<p class=\"question\">Comment avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de mettre la lutte contre la touristification au centre de vos pr\u00e9occupations\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> \u00c0 Barcelone, la touristi\ufb01cation moderne a d\u00e9marr\u00e9 au moment des Jeux olympiques de 1992, faisant suite \u00e0 une plani\ufb01cation commenc\u00e9e au moins quatre ans plus t\u00f4t&#160;[5. Voir cette vid\u00e9o qui permet d\u2019observer les transformations en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9\u2005: \u00ab&#160;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Hz2WSAXja6M\">Barcelona: 1986-1992. Transformaci\u00f3 d\u2019una ciutat ol\u00edmpica<\/a>\u2005&#160;\u00bb.]. Au cours des ann\u00e9es\u202f1990, le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est plut\u00f4t appuy\u00e9 sur la multiplication des h\u00f4tels, et n\u2019a pas vraiment soulev\u00e9 de contestation, hormis quelques con\ufb02its tr\u00e8s localis\u00e9s. Puis, au d\u00e9but des ann\u00e9es\u202f2000, avant Airbnb, le co\u00fbt des appartements touristiques a commenc\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer du m\u00e9contentement, mais sans que la lutte ne s\u2019organise pour autant.<\/p>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est principalement autour de 2011-2015 que le sujet a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un probl\u00e8me social\u2005; il s\u2019agit de la p\u00e9riode o\u00f9 le gouvernement et la droite lib\u00e9rale catalane ont gagn\u00e9 les \u00e9lections et lanc\u00e9 un programme de touristi\ufb01cation fou. Apr\u00e8s \u00e7a, la liste Barcelona en com\u00fa<sup>&#160;[6. Barcelona en com\u00fa (Barcelone en commun) est le parti politique de la gauche radicale et \u00e9cologiste dont la liste est largement compos\u00e9e de membres issu\u00b7es des mouvements sociaux espagnols. Elles et ils ont remport\u00e9 les \u00e9lections municipales en 2015, pla\u00e7ant \u00e0 la t\u00eate de la ville Ada Colau, militante entre autres contre le mal-logement pendant de nombreuses ann\u00e9es.]<\/sup> ne s\u2019attendait pas \u00e0 gagner, voire ne voulait pas gagner. Entre autres raisons parce qu\u2019il allait falloir r\u00e9cup\u00e9rer toute la merde que la droite avait laiss\u00e9e, avec peu de chance de pouvoir vraiment en sortir. Le mandat de Barcelona en com\u00fa a surtout chang\u00e9 les choses au niveau des id\u00e9es. Mais au bout d\u2019un moment, le courage du d\u00e9but est un peu retomb\u00e9. La posture qu\u2019elles et ils ont prise dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du mandat ressemble plus \u00e0 une volont\u00e9 de limiter les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019\u00e0 une vraie tentative de r\u00e9duire le tourisme \u00e0 Barcelone. Il y a deux ans, le tourisme \u00e9tait la principale pr\u00e9occupation sociale des Barcelonais\u00b7es, avant le ch\u00f4mage et le logement.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h\u2005: <\/span>Pour notre premi\u00e8re campagne, nous avons choisi le th\u00e8me des r\u00e9sidences secondaires parce que nous n\u2019avons plus les moyens de nous loger dans notre commune d\u2019origine, dans celle de notre choix, ou dans celle o\u00f9 nous travaillons. L\u2019augmentation du nombre de r\u00e9sidences d\u00e9di\u00e9es au tourisme fait augmenter consid\u00e9rablement les prix des loyers. Sur toutes les grandes zones touristiques comme Saint-Malo, Cancale, la c\u00f4te vannetaise ou La Baule, nous ne pouvons m\u00eame plus louer un petit appartement. Nous devons aller trente \u00e0 quarante kilom\u00e8tres plus loin pour pouvoir vivre. Certain\u00b7es paysan\u00b7nes ne peuvent plus vivre ni travailler sur les \u00eeles et les zones c\u00f4ti\u00e8res car le prix d\u2019accession \u00e0 la terre est devenu ind\u00e9cent, m\u00eame avec les aides des communes. En plus, on ne nous propose que des emplois pr\u00e9caires, qui ne correspondent ni \u00e0 nos \u00e9tudes ni \u00e0 la mani\u00e8re dont on envisage ce qu\u2019on veut faire de notre vie.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Derri\u00e8re ces probl\u00e8mes, il y a l\u2019industrie touristique, dont l\u2019implantation sur une zone rend le d\u00e9veloppement d\u2019autres activit\u00e9s difficile, voire impossible. Pourtant, cette industrie ne fait vivre la zone que pendant deux mois de l\u2019ann\u00e9e, et de mani\u00e8re tr\u00e8s fragile. Or, nous avons besoin de vivre toute l\u2019ann\u00e9e chez nous, et de pouvoir nous y projeter \u00e0 long terme.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville\u2005: <\/span>\u00c0 Paris, c\u2019est au fur et \u00e0 mesure des discussions et des d\u00e9bats que nous avons organis\u00e9s avec des habitant\u00b7es et d\u2019autres collectifs que le sujet de la touristi\ufb01cation a \u00e9merg\u00e9. Si, \u00e0 Barcelone, l\u2019\u00e9chelle et l\u2019impact sont plus forts, Paris est la ville la plus touristique du monde<sup>&#160;[7. D\u2019apr\u00e8s l\u2019Organisation mondiale du tourisme, la France est la premi\u00e8re destination touristique mondiale depuis les ann\u00e9es\u202f1980, et Paris occupe la place de la ville la plus visit\u00e9e.]<\/sup>. Pourtant il y a tr\u00e8s peu de r\u00e9sistance \u00e0 tout \u00e7a, notamment parce que l\u2019industrie touristique se d\u00e9veloppe surtout dans des quartiers ais\u00e9s et tr\u00e8s homog\u00e8nes socialement. Le tourisme des quartiers populaires parisiens s\u2019ampli\ufb01e progressivement, avec un march\u00e9 touristique ax\u00e9 sur le street art par exemple, ou des visites propos\u00e9es par des habitant\u00b7es de ces quartiers sur des th\u00e8mes historiques comme la Commune de Paris.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005: <\/span>Rome, Ath\u00e8nes ou d\u2019autres villes historiquement touristiques sont des villes o\u00f9 les habitant\u00b7es ont perdu leur hypercentre au pro\ufb01t du tourisme il y a de nombreuses ann\u00e9es, \u00e0 un moment o\u00f9 peu de critiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises \u00e0 l\u2019encontre de ces processus. Aucune lutte ne peut donc r\u00e9ellement s\u2019y enclencher, puisque plus personne n\u2019y vit \u2013\u202fsauf peut-\u00eatre une poign\u00e9e de bourgeois\u00b7es. Au contraire, \u00e0 Barcelone, le centre-ville est encore tr\u00e8s populaire. C\u2019est ce qui fait, je crois, qu\u2019il y a eu un con\ufb02it ouvert plus t\u00f4t.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville\u2005: <\/span>Les fronts de touristi\ufb01cation avancent aussi dans nos quartiers, non pas par l\u2019installation d\u2019h\u00f4tels ou d\u2019attractions touristiques, mais par le biais d\u2019Airbnb. Les touristes qui utilisent ce syst\u00e8me cherchent \u00e0 payer moins cher et logent donc dans les quartiers populaires, ils et elles s\u2019y baladent et c\u2019est aussi l\u00e0 qu\u2019ils et elles consomment.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Paris, on entend parfois dire des quartiers populaires qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 gentri\ufb01\u00e9s, que c\u2019est perdu, que tel endroit, c\u2019est \u00ab&#160;\u2005boboland\u2005&#160;\u00bb, qu\u2019il n\u2019y a plus que des restos concepts, des supermarch\u00e9s bio, des magasins d\u2019articles tendance, etc. Comme si plus rien ne s\u2019y passait, que le processus de gentri\ufb01cation faisait son travail sans laisser aucune place \u00e0 d\u2019autres formes de vie. Mais il suffit d\u2019entrer dans les parcs ou les cours d\u2019immeuble pour voir qu\u2019il reste des classes populaires, un taux \u00e9lev\u00e9 de logements sociaux, et aussi beaucoup de marchands de sommeil. La gentri\ufb01cation n\u2019est pas toujours un processus homog\u00e8ne, et pas aussi accompli qu\u2019on pourrait le croire.<\/p>\n<p class=\"question\">Le r\u00f4le central d\u2019Airbnb dans ces processus pose la question de la responsabilit\u00e9. Contre qui lutter quand on lutte contre la touristification\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville\u2005: <\/span>On voit tr\u00e8s bien que la touristi\ufb01cation vient s\u2019ajouter \u00e0 la gentri\ufb01cation. Airbnb sort les appartements du parc locatif et donc, comme en Bretagne, il y a moins de logements disponibles. \u00c0 Paris on commence \u00e0 en parler depuis quelques ann\u00e9es, et plus encore depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re suite au livre de Ian Brossat, adjoint de la mairie charg\u00e9 du logement<sup>&#160;[8. <em>Airbnb ou la ville uberis\u00e9e<\/em>, La ville br\u00fble, 2018.]<\/sup>. Mais des collectifs de r\u00e9sistance, il n\u2019y en a pas beaucoup. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Il faut \u00e0 tout prix \u00e9viter de tomber dans la moralisation des locataires. L\u2019impact le plus important d\u2019Airbnb ne vient pas des gens qui louent ponctuellement leur chambre, mais des multipropri\u00e9taires. Quand tu commences \u00e0 t\u2019int\u00e9resser aux chiffres, tu te rends compte de l\u2019ampleur du probl\u00e8me\u2005: ils ou elles ont cinquante, cent appartements sur Airbnb, parfois plus. Les gens qui ont un patrimoine comme \u00e7a \u00e0 Paris sont des milliardaires.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> La position de l\u2019Assemblea peut se r\u00e9sumer par\u2005: \u00ab&#160;\u2005Les apparts, c\u2019est pour y vivre, arr\u00eatons Airbnb\u2005!\u2005&#160;\u00bb Mais il faut aussi comprendre que, dans un contexte de pr\u00e9carit\u00e9 et de difficult\u00e9s \u00e0 se loger, c\u2019est parfois une n\u00e9cessit\u00e9 mat\u00e9rielle que de pouvoir louer de temps en temps sa chambre, de fa\u00e7on contr\u00f4l\u00e9e. Pour certaines de nos actions, nous avons vraiment travaill\u00e9 notre discours a\ufb01n qu\u2019il ne soit pas culpabilisant envers les touristes, qui constituent seulement la face visible du probl\u00e8me. Aujourd\u2019hui, notre discours ne s\u2019adresse plus aux touristes, car ce n\u2019est pas d\u2019elles et eux que viendra le changement. Il faut passer par des canaux plus massifs.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le cas de la gentri\ufb01cation, il faut savoir que le premier gentri\ufb01eur est g\u00e9n\u00e9ralement le deuxi\u00e8me expuls\u00e9. S\u2019il y avait une vraie r\u00e9gulation des prix des loyers, non pas en fonction du quartier mais en fonction de la surface du logement et en limitant le loyer \u00e0 30\u202f% des revenus, tout le monde pourrait se loger d\u00e9cemment. On a trop tendance \u00e0 construire une pens\u00e9e critique qui cherche \u00e0 moraliser les individus, alors qu\u2019il est plus efficace d\u2019agir sur les r\u00e8gles.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> Pour la touristi\ufb01cation comme pour la gentri\ufb01cation, la plupart des gens y participent d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Les processus sont structurels et li\u00e9s \u00e0 la plani\ufb01cation de la ville. Quand les plans de r\u00e9novation de quartiers parlent d\u2019attractivit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019\u00eatre attractif pour qui\u2005? A priori, pas pour celles et ceux qui y habitent d\u00e9j\u00e0. Je ne dis pas qu\u2019il faut laisser les quartiers insalubres, plut\u00f4t qu\u2019il faut y am\u00e9liorer les conditions de vie, y compris pour ses habitant\u00b7es. Or, dans une ville capitaliste, o\u00f9 il n\u2019y a pas de r\u00e9gulation, o\u00f9 la plus-value des investissements est toujours r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le secteur priv\u00e9, c\u2019est illusoire de croire qu\u2019on peut y parvenir sans lutter. <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 San Francisco, les mouvements anti-Airbnb ont r\u00e9ussi \u00e0 provoquer l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum portant sur la plate-forme<sup>&#160;[9. Les habitant\u00b7es devaient se prononcer sur la \u00ab&#160;\u2005Proposition F\u2005&#160;\u00bb, qui visait \u00e0 restreindre les modalit\u00e9s de location de logements sur Airbnb et les plates-formes similaires.]<\/sup>. Ils l\u2019ont perdu car Airbnb a lanc\u00e9 une campagne d\u00e9mesur\u00e9e, dans laquelle \u00e9norm\u00e9ment d\u2019argent a \u00e9t\u00e9 investi. Mais que ces mouvements aient r\u00e9ussi \u00e0 lancer ce r\u00e9f\u00e9rendum pour demander plus de r\u00e9gulation, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une \u00e9norme victoire. \u00c0 Berlin, des manifs de 50\u2005000 ou 100\u2005000\u202fpersonnes sont organis\u00e9es contre la gentri\ufb01cation et la mont\u00e9e des loyers. Elles ont r\u00e9cemment obtenu le gel des loyers pendant cinq ans. C\u2019est \u00e9norme. \u00c0 Paris, nous sommes encore incapables de faire \u00e7a, mais nous y travaillons\u2005!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maquette3_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"518\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8530\" \/><\/p>\n<p class=\"question\">Quels sont les moyens d\u2019action que vous avez choisis pour mener cette lutte\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h&#160;:<\/span> \u00c0 l\u2019occasion de notre premi\u00e8re campagne sur le probl\u00e8me du tourisme en Bretagne, nous avons choisi de rendre visible le nombre de r\u00e9sidences secondaires dans chaque commune. Ce sont des chiffres que chaque mairie doit d\u00e9clarer. Nous en affichons deux\u2005: le nombre de r\u00e9sidences secondaires sur la commune, et le pourcentage que cela repr\u00e9sente sur la totalit\u00e9 des logements&#160;[10. Selon ces chiffres, par exemple, 73\u202f% des logements de la ville de Carnac (Morbihan) seraient des r\u00e9sidences secondaires.]. Au moyen d\u2019une affiche coll\u00e9e sur les volets ferm\u00e9s, nous voulions que les propri\u00e9taires, majoritairement parisien\u00b7nes, arrivant dans leur pied-\u00e0-terre se questionnent sur l\u2019\u00e9tat du logement dans la commune.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pendant cette campagne, nous avons rencontr\u00e9 un collectif d\u2019habitant\u00b7es de Saint-Malo mobilis\u00e9\u00b7es contre la destruction du camping des Nielles et la construction d\u2019un \u00e9norme complexe h\u00f4telier cinq \u00e9toiles sur le front de mer. Or, le site des Nielles \u00e9tait le seul camping sur toute la r\u00e9gion de Saint-Malo o\u00f9 les classes populaires, d\u2019Ille-et-Vilaine et des C\u00f4tes-d\u2019Armor majoritairement, pouvaient passer leurs vacances pour une somme modique, sur un site tr\u00e8s agr\u00e9able en face de la mer. Nous sommes parvenu\u00b7es \u00e0 donner un \u00e9cho dans la presse \u00e0 cette lutte, via quelques articles dans la presse locale et nationale. BFM TV a m\u00eame titr\u00e9 \u00ab&#160;\u2005Vers une nouvelle ZAD \u00e0 Saint-Malo\u2005&#160;\u00bb\u2005!<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais ce qui a permis de nous faire le plus conna\u00eetre, par un relais m\u00e9diatique plus important que d\u2019habitude, c\u2019est la campagne autour de la sortie de <em>B\u00e9cassine<\/em> de Denis Podalyd\u00e8s, en 2018. Ce \ufb01lm a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal accueilli en Bretagne, du fait de la vraie histoire de ces b\u00e9cassines. Il s\u2019agissait de centaines de milliers de Bretonnes parties \u00e0 Paris pour travailler, et qui s\u2019y sont fait exploiter, y ont \u00e9t\u00e9 victimes de violences sexuelles et sexistes. Nous avons, avec d\u2019autres, d\u00e9nonc\u00e9 ce \ufb01lm, notamment en diffusant \u00e0 plusieurs occasions le documentaire <em>Nous n\u2019\u00e9tions pas des b\u00e9cassines&#160;[11. Thierry Compain, <em>Nous n\u2019\u00e9tions pas des b\u00e9cassines,<\/em> France, 2005, 57\u202fmin.]<\/em> qui retrace cette histoire, ce qui a permis de lancer des d\u00e9bats tr\u00e8s riches. Notre plus grande victoire aura sans doute \u00e9t\u00e9 que France\u202f3 Bretagne d\u00e9cide de diffuser, en deuxi\u00e8me partie de soir\u00e9e, ce documentaire. Apr\u00e8s cette affaire nous avons eu des papiers dans la presse nationale comme l\u2019AFP, BFM TV, Cnews, et m\u00eame <em>Valeurs actuelles<\/em>. Un journal anglais (le <em>Times<\/em> je crois) a aussi fait un article et titr\u00e9 quelque chose du genre \u00ab&#160;\u2005Ils ne veulent plus de nous\u2005&#160;\u00bb\u2005!<\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous sommes donc favorables aux actions l\u00e9gales et paci\ufb01ques qui ont pour but de rendre le probl\u00e8me visible. Dans l\u2019histoire de l\u2019ind\u00e9pendantisme breton, il y a eu quarante ans de propagande arm\u00e9e entre 1966 et 2003. \u00c7a fait partie de notre h\u00e9ritage politique mais, selon nous, ce ne sont plus des moyens pertinents. Notre but est que cette question des r\u00e9sidences secondaires et de l\u2019industrie touristique en g\u00e9n\u00e9ral soit prise en main par les Breton\u00b7nes.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005: <\/span>Chez nous, la contestation de la touristi\ufb01cation a pris plusieurs formes. Comme Dispac\u2019h, on a choisi la non-violence dans l\u2019action. Arran<sup>&#160;[12. Arran est une organisation de jeunesse ind\u00e9pendantiste catalane proche de la <em>Candidatura d\u2019Unitat Popular<\/em> (CUP), le parti politique ind\u00e9pendantiste catalan de gauche radicale.]<\/sup> a men\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es une action contre un bus touristique\u2005: ils et elles l\u2019ont arr\u00eat\u00e9 pour y taguer des slogans antitouristi\ufb01cation, le visage masqu\u00e9. Cela avait fait grand bruit, et des journaux du monde entier avaient titr\u00e9 des trucs du genre \u00ab&#160;\u2005\u00c0 Barcelone, on s\u2019attaque aux touristes\u2005&#160;\u00bb. Pas longtemps avant, nous avions r\u00e9alis\u00e9 une action similaire qui, elle, \u00e9tait malheureusement pass\u00e9e inaper\u00e7ue dans les m\u00e9dias. Nous avons utilis\u00e9 notre potentiel de coordination entre groupes, pour arr\u00eater en m\u00eame temps sept bus touristiques \u00e0 diff\u00e9rents endroits de la ville, pendant trente minutes, \u00e0 visage d\u00e9couvert. En criant \u00ab&#160;\u2005<em>Bus touristiques, abus touristiques<\/em>\u2005&#160;\u00bb, certain\u00b7es montaient dans les bus pour \u00e9changer avec les touristes, pendant que d\u2019autres manifestaient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. C\u2019\u00e9tait assez festif, et tr\u00e8s riche.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Contre les Airbnb ill\u00e9gaux<sup>&#160;[13. \u00c0 Barcelone, la mairie a soumis les locations temporaires de logement \u00e0 l\u2019obtention d\u2019une licence touristique, dont la d\u00e9livrance a \u00e9t\u00e9 un temps suspendue pendant le mandat de Barcelona en com\u00fa. \u00c0 la suite d\u2019un accord entre la ville et la plate-forme, les donn\u00e9es des utilisateur\u00b7ices qui proposent un logement \u00e0 la location sur Airbnb sont \u00e0 pr\u00e9sent transmises \u00e0 la municipalit\u00e9.]<\/sup>, nous avons aussi r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises tous les appartements disponibles sur Barcelone, qu\u2019on payait pour se faire rembourser ensuite. Au moment d\u2019entrer dans les appartements, on conviait la mairie, la presse, des groupes de soutien et des personnes de l\u2019inspection du logement. Nous avions beaucoup travaill\u00e9 le discours, les chiffres et nos arguments contre ces annonces ill\u00e9gales, les mono et les multipropri\u00e9taires. Le choix de la non-violence est, d\u2019une part, une question d\u2019ouverture et, d\u2019autre part, strat\u00e9gique \u2013\u202fsans \u00e7a, les m\u00e9dias nous auraient banni\u00b7es du d\u00e9bat public. Nous sommes un petit mouvement qui se sert des m\u00e9dias comme caisse de r\u00e9sonance, parce que le tourisme est un sujet attractif. On a appris que si nous faisions un petit truc m\u00e9diatis\u00e9, \u00e7a prenait de l\u2019ampleur, donc nous avons jou\u00e9 avec \u00e7a.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous sollicitons aussi les institutions. Dialoguer avec elles n\u2019est pas toujours efficace, \u00e7a fait toujours d\u00e9bat en interne, mais c\u2019est un moyen de plus pour agir. Nous avons par exemple travaill\u00e9 avec cinq organisations sociales (collectifs, associations, syndicats) sur un travail de lobbying \u2013\u202fen faisant pression sur les partis politiques de la ville\u202f\u2013 pour que la municipalit\u00e9 de Barcelone d\u00e9die au logement social 30\u202f% des nouveaux logements construits.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La plupart de nos actions s\u2019appuient sur un travail de recherche important que personne n\u2019avait accompli auparavant. On s\u2019organise en groupes sur des sujets sp\u00e9ci\ufb01ques en lien avec le tourisme, en vue d\u2019une campagne, de la production d\u2019un texte ou d\u2019une intervention.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville\u2005:<\/span> Pour nous, le plus grand d\u00e9\ufb01 a \u00e9t\u00e9 de construire le collectif comme un outil d\u2019\u00e9ducation populaire, ce qui passe par un travail d\u2019\u00e9change, de diffusion et de d\u00e9bats avec les personnes concern\u00e9es. Nous ne voulions pas lutter sur des concepts, mais \u00e0 partir de trucs v\u00e9cus, de la gal\u00e8re et de la pr\u00e9carit\u00e9 qu\u2019on pouvait conna\u00eetre dans le quartier. Comme beaucoup d\u2019autres habitant\u00b7es de Belleville, nous nous faisions expulser de notre logement parce que le loyer augmentait. Soit les propri\u00e9taires r\u00e9cup\u00e9raient les apparts pour les vendre, soit on voyait arriver des touristes dans l\u2019escalier de l\u2019immeuble. Nous avons donc commenc\u00e9 \u00e0 faire des ateliers, des d\u00e9bats, des projections de \ufb01lms, des actions dans la rue, des campagnes d\u2019affichage, un journal, etc. Nous ne faisons pas d\u2019actions coup de poing, mais des manifestations de quartier, des permanences et, depuis peu, des rassemblements tous les premiers dimanches du mois autour de la gentri\ufb01cation.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Comme l\u2019ABTS, nous cherchons aussi beaucoup \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer les luttes, en tissant des liens avec d\u2019autres collectifs. C\u2019est ce qui nous prend le plus de temps. Nous sommes dans un quartier o\u00f9 la densit\u00e9 d\u2019associations et de collectifs est exceptionnelle, mais les liens entre eux sont \ufb01nalement assez faibles.<\/p>\n<p class=\"question\">Qu\u2019attend-on de l\u2019action des pouvoirs publics sur ces sujets\u2005? L\u2019arriv\u00e9e du mouvement municipaliste \u00e0 Barcelone a-t-elle chang\u00e9 les mani\u00e8res de lutter, fait bouger les lignes de r\u00e9sistance\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Ce qu\u2019on attend, c\u2019est qu\u2019ils con\u00e7oivent une ville \u00e0 habiter et pas une ville \u00e0 visiter ou exploiter. Il est \u00e9vident qu\u2019une ville a besoin d\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique pour fonctionner, mais cette activit\u00e9 ne peut pas se r\u00e9duire \u00e0 la sp\u00e9culation ou \u00e0 la touristi\ufb01cation, qui ne visent qu\u2019\u00e0 extraire des pro\ufb01ts du sol urbain.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Barcelone, la mairie a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9e, pour la premi\u00e8re fois, par une liste compos\u00e9e de gens venant des mouvements sociaux, et notamment de la lutte pour le droit au logement. Le contr\u00f4le de la touristi\ufb01cation a \u00e9t\u00e9 mis en avant dans leur programme \u00e9lectoral et dans les discours pendant toute la campagne. Une fois arriv\u00e9\u00b7es \u00e0 la mairie, les nouveaux et nouvelles \u00e9lu\u00b7es ont par exemple \u00e9tabli un plan urbanistique visant \u00e0 pr\u00e9server certaines zones de la ville du d\u00e9veloppement du logement touristique. Nous, nous voulions que cette zone soit \u00e9largie \u00e0 toute la ville. Nous ne l\u2019avons pas obtenu, mais c\u2019est tout de m\u00eame mieux qu\u2019avant.<\/p>\n<p class=\"textbody\">M\u00eame si leurs discours sont moins radicaux que les n\u00f4tres, ces \u00e9lu\u00b7es ont beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9merger et exister durablement ce probl\u00e8me contre lequel nous militons depuis des ann\u00e9es. Mais il ne faut pas oublier que l\u2019\u00e9mergence de cette critique de la touristi\ufb01cation vient d\u2019abord de la duret\u00e9 du processus en lui-m\u00eame. Le discours n\u2019aurait pas suffi s\u2019il n\u2019y avait pas eu de pression vitale derri\u00e8re. Finalement, notre grande victoire est sans doute terminologique\u2005: la pr\u00e9sence du terme <em>touristi\ufb01cation<\/em> dans les discours des partis politiques, et pas seulement dans ceux de Barcelona en com\u00fa,<em> <\/em>fait que \u00e7a devient un sujet de d\u00e9bat. Gagner la bataille symbolique, c\u2019est un d\u00e9but\u2005!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h\u2005:<\/span> L\u2019exp\u00e9rience de Barcelone r\u00e9v\u00e8le \u00e0 quel point le tout-tourisme est une volont\u00e9 politique. Dans notre cas, nous visons clairement l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais en tant que responsable de cette situation, avec l\u2019entente assum\u00e9e de beaucoup d\u2019\u00e9lu\u00b7es sur le littoral. Ces dernier\u00b7es ont vu d\u2019un tr\u00e8s bon \u0153il la massi\ufb01cation des r\u00e9sidences secondaires, signi\ufb01ant l\u2019arriv\u00e9e sur leur territoire d\u2019habitant\u00b7es \u00e0 haut voire tr\u00e8s haut niveau de vie.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> Nous ne sommes jamais all\u00e9\u00b7es contacter les repr\u00e9sentant\u00b7es politiques. En revanche, nous avons \u00e9t\u00e9 plusieurs fois contact\u00e9\u00b7es pour donner notre avis sur des sujets\u2005! \u00c7a nous a beaucoup \u00e9tonn\u00e9\u00b7es.<\/p>\n<p class=\"question\">Vous avez cit\u00e9 les h\u00f4tels de luxe et Airbnb\u2005: quels sont les types de tourisme sur vos territoires\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h\u2005: <\/span>Le tourisme populaire est moins fort chez nous qu\u2019en Vend\u00e9e par exemple. Chez nous, tout ce qui b\u00e9tonne, saccage le littoral et nous emp\u00eache d\u2019habiter et de travailler, ce sont des projets touristiques d\u00e9di\u00e9s aux riches. L\u2019exemple du camping des Nielles \u00e0 Saint-Malo le montre bien. Mais en Catalogne, il n\u2019y a pas que du tourisme bourgeois, il y a aussi du tourisme populaire, des jeunes prolos qui vont faire la teuf l\u00e0-bas, et \u00e7a pose de gros probl\u00e8mes aussi bien s\u00fbr.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Il y a \u00e0 peu pr\u00e8s de tout \u00e0 Barcelone\u2005: le tourisme de plage, de f\u00eate, de mus\u00e9es, de concerts, le tourisme \u0153nologique, sexuel, etc. \u00c7a fait une grosse diff\u00e9rence avec Venise par exemple, qui est beaucoup plus sp\u00e9cialis\u00e9e dans un tourisme patrimonial. Mais il existe aussi des formes de s\u00e9lection\u2005: en cherchant \u00e0 s\u2019adresser aux plus riches et en proposant un tourisme \u00ab&#160;\u2005de qualit\u00e9\u2005&#160;\u00bb, l\u2019industrie construit la fable selon laquelle ce seraient les touristes les plus pauvres qui d\u00e9rangeraient les habitant\u00b7es, qui seraient sales, feraient du bruit, etc. Le discours m\u00e9diatique v\u00e9hicule notamment cette id\u00e9e que le probl\u00e8me ne serait pas le tourisme en g\u00e9n\u00e9ral, mais uniquement le mauvais tourisme, sous-entendu celui des pauvres.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Autre id\u00e9e fallacieuse\u2005: le probl\u00e8me ne serait pas le volume de touristes, mais le fait qu\u2019ils et elles soient concentr\u00e9\u00b7es \u00e0 certains endroits et que la cohabitation avec les habitant\u00b7es permanent\u00b7es ne soit plus possible. La strat\u00e9gie serait alors de d\u00e9concentrer en allant investir des endroits encore pr\u00e9serv\u00e9s qui, bien s\u00fbr, vont devenir \u00e0 leur tour invivables. \u00c9videmment, \u00e7a ne d\u00e9concentre rien du tout, \u00e7a ne fait que conqu\u00e9rir d\u2019autres espaces.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les diff\u00e9rentes formes de tourisme sont soumises aux strat\u00e9gies industrielles et politiques, mais aussi \u00e0 la mode. Aujourd\u2019hui par exemple, le tourisme de masse ne pla\u00eet plus. On cherche plus d\u2019\u00ab&#160;\u2005authenticit\u00e9\u2005&#160;\u00bb. Le marketing d\u2019Airbnb est bas\u00e9 l\u00e0-dessus d\u2019ailleurs\u2005: un tourisme en immersion dans les quartiers, vendu comme local, authentique. Pour le quartier de Sants par exemple, Airbnb mise sur le potentiel attractif de la zone rebelle, combattante, avec des dynamiques coop\u00e9ratives, une vie de quartier forte, o\u00f9 tu n\u2019as plus besoin de descendre \u00e0 la Rambla. C\u2019est peut-\u00eatre la plus belle des contradictions actuelles de la touristi\ufb01cation\u2005: en vendant de l\u2019authenticit\u00e9, on \u00e9puise les lieux, on les vide, et on les rend identiques les uns aux autres.<\/p>\n<p class=\"question\">C\u2019est donc l\u2019usage qu\u2019on fait des lieux dont il est question ici\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005: <\/span>L\u2019usage touristique d\u2019un lieu, lorsqu\u2019il atteint un certain volume, emp\u00eache toute vie quotidienne. Sur une place bond\u00e9e de monde, tu ne vas pas descendre lire ton journal. Questionner l\u2019usage des lieux et r\u00e9\ufb02\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019emp\u00eache le tourisme, c\u2019est aussi questionner le rapport qu\u2019on a au \u00ab&#160;\u2005chez-soi\u2005&#160;\u00bb. Mon \u00ab&#160;\u2005chez-moi\u2005&#160;\u00bb est beaucoup plus humain que mat\u00e9riel. Mais il est aussi fait des \u00e9motions que j\u2019ai mises dans les choses et les personnes qui m\u2019entourent. C\u2019est souvent au moment o\u00f9 un quartier commence \u00e0 \u00eatre transform\u00e9, que ce soit par la gentri\ufb01cation ou la touristi\ufb01cation, qu\u2019on se rend compte qu\u2019on aimait ces maisons qui disparaissent. On perd alors de l\u2019attachement, de l\u2019enracinement. La touristi\ufb01cation entre en con\ufb02it avec la possibilit\u00e9 de faire communaut\u00e9 dans un lieu.<span class=\"bold-body\"> <\/span>Maintenir une communaut\u00e9 dans un lieu, c\u2019est peut-\u00eatre la meilleure mani\u00e8re d\u2019emp\u00eacher sa touristi\ufb01cation ou sa gentri\ufb01cation. Chaque fois qu\u2019un r\u00e9seau de soutien se cr\u00e9e ou que les habitant\u00b7es du quartier trouvent leur place dans une association locale, c\u2019est une mani\u00e8re de r\u00e9sister.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans cet esprit, nous avions lanc\u00e9 des rendez-vous r\u00e9guliers, notamment via les r\u00e9seaux sociaux, pour nous retrouver sur une place et partager un repas. Nous mettions des tables, chacun\u00b7e apportait \u00e0 manger et \u00e0 boire, et nous invitions du monde. Nous passions des apr\u00e8s-midis \u00e0 rire, c\u2019\u00e9tait super beau, mais aussi tr\u00e8s arti\ufb01ciel. Avoir \u00e0 faire autant d\u2019efforts pour quelque chose qui devrait \u00eatre naturel montre \u00e0 quel point nous avons perdu.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h&#160;:<\/span> En Bretagne, les personnes qui viennent s\u2019\u00e9tablir de mani\u00e8re permanente dans les zones touristiques sont souvent des personnes retrait\u00e9es. La population vieillit, les \u00e9coles de la commune ferment et il devient impossible pour les jeunes actif\u00b7ves de s\u2019installer.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> On voit aussi que, dans les quartiers touristiques de Paris comme le Marais, la population est moins nombreuse. Certaines \u00e9coles et autres services publics ont ferm\u00e9, ce qui limite l\u2019installation de nouveaux ou nouvelles habitant\u00b7es.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS&#160;:<\/span> On pointe ici une grosse diff\u00e9rence entre la gentri\ufb01cation et la touristi\ufb01cation\u2005: si la premi\u00e8re est la substitution d\u2019une classe \u00e0 une autre, en l\u2019occurrence l\u2019\u00e9viction des classes populaires, dans la seconde, une bonne partie de la population expuls\u00e9e n\u2019est pas remplac\u00e9e, ou alors par des individus de passage. \u00c0 Barcelone, l\u2019attractivit\u00e9 touristique s\u2019est vite traduite en attractivit\u00e9 immobili\u00e8re. Une partie du parc immobilier est maintenant consacr\u00e9e au logement touristique et plus au logement r\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p class=\"question\">Que deviennent ces lieux qu\u2019on dit \u00ab&#160;\u2005perdus\u2005&#160;\u00bb quand ils sont gentrifi\u00e9s ou\/et touristifi\u00e9s\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Un bon exemple, c\u2019est celui de la Rambla. Les touristes la lon\u00adgent comme les Barcelonais\u00b7es le faisaient \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on s\u2019y montrait, o\u00f9 on y faisait ce qu\u2019on appelle \u00ab&#160;\u2005<em>ramblear<\/em>\u2005&#160;\u00bb, descendre et remonter la Rambla pour sociabiliser. C\u2019\u00e9tait un peu la balade du dimanche, mais tous les jours. Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a plus que les touristes qui font \u00e7a. Les habitant\u00b7es la traversent plut\u00f4t comme si c\u2019\u00e9tait un \ufb02euve de lave \u2013\u202fle plus rapidement possible. C\u2019est tr\u00e8s amusant \u00e0 voir, mais pas \u00e0 vivre. C\u2019est devenu folklorique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pourtant, nous devons arr\u00eater de penser en termes de \u00ab&#160;\u2005ville morte\u2005&#160;\u00bb. Non, Venise n\u2019est pas une ville morte. Non, le centre de Barcelone n\u2019est pas mort. Par respect pour celles et ceux qui y habitent encore, qu\u2019on ne voit s\u00fbrement pas sur la piazza San Marco ou pla\u00e7a de Catalunya, mais qui tentent de r\u00e9sister, on ne peut pas dire \u00e7a.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Maquette2_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"516\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8529\" \/><\/p>\n<p class=\"question\">Est-ce que ce genre de transformations change le rapport \u00e0 son propre logement\u2005? Est-ce que, par exemple dans des villes o\u00f9 on vit beaucoup dehors, \u00e7a change le temps qu\u2019on passe chez soi\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Il y a d\u2019autres endroits qu\u2019on \u00e9vite aujourd\u2019hui.<span class=\"bold-body\"> <\/span>Il nous reste toutefois des oasis, que la pression touristique nous fait parfois perdre trop vite. On se reconstruit une cartographie propre. Et quand on n\u2019a plus d\u2019\u00eele, oui, on a tendance \u00e0 se replier chez soi. Je suis rest\u00e9 vivre dans un quartier d\u00e9sormais tr\u00e8s touristi\ufb01\u00e9. Quand le quartier \u00e9tait encore accessible \ufb01nanci\u00e8rement, j\u2019avais une super terrasse. Avec mes amis, quand nous voulions sortir boire une bi\u00e8re, nous nous disions que \ufb01nalement la meilleure terrasse du quartier, c\u2019\u00e9tait la mienne\u2005! Chez moi, tu allais choisir ta bi\u00e8re au supermarch\u00e9 et tu \u00e9tais mieux qu\u2019ailleurs.<span class=\"bold-body\"> <\/span>Nous avons v\u00e9cu cela comme un \u00e9chec, celui de ne plus trouver notre place sur les terrasses de bars, et de perdre ainsi des espaces de vie dans la ville.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville\u2005<\/span>: \u00c0 Belleville, nous n\u2019en sommes pas l\u00e0 mais les choses vont dans ce sens. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans le quartier le week-end dernier par exemple en est une bonne illustration. Deux \u00e9v\u00e9nements avaient lieu en m\u00eame temps. Nous organisions un rassemblement<sup>&#160;[14. Il s\u2019agissait d\u2019un rassemblement pour que l\u2019espace municipal de la \u00ab&#160;\u2005Maison de l\u2019air\u2005&#160;\u00bb, situ\u00e9 dans le Parc de Belleville, ferm\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es, puisse devenir un projet en lien avec les habitant\u00b7es du quartier \u2013\u202fune \u00ab&#160;\u2005maison du peuple\u2005&#160;\u00bb et non un restaurant gastronomique comme la mairie le pr\u00e9conise.]<\/sup> qui a r\u00e9uni des collectifs tr\u00e8s divers qui luttent contre la gentri\ufb01cation, la pr\u00e9carit\u00e9, avec les sans-papiers, des foyers de travailleur\u00b7ses, mais aussi des mamans en lutte contre les r\u00e8glements de compte entre petits gangs du quartier, etc. En m\u00eame temps, \u00e0 quelques m\u00e8tres, il y avait la troisi\u00e8me \u00e9dition d\u2019une f\u00eate de quartier, dont les repas \u00e9taient \ufb01nanc\u00e9s cette ann\u00e9e par les agences immobili\u00e8res. \u00c7a fait mal au c\u0153ur. Les agences ne \ufb01nancent pas parce que c\u2019est sympa, mais parce que cette petite f\u00eate conviviale augmente la valeur du parc immobilier du quartier.<\/p>\n<p class=\"question\">Pour vous, Dispac\u2019h, r\u00e9cup\u00e9rer des logements vides, c\u2019est r\u00e9cup\u00e9rer du territoire et une souverainet\u00e9 sur celui-ci. La lutte ind\u00e9pendantiste produirait du \u00ab&#160;\u2005chez-soi\u2005&#160;\u00bb, mais pour qui\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h&#160;:<\/span> Le probl\u00e8me des r\u00e9sidences secondaires n\u2019est pas li\u00e9 aux \u00e9tranger\u00b7es, parce qu\u2019il y a aussi beaucoup de Breton\u00b7nes, issu\u00b7es de la bourgeoisie, qui poss\u00e8dent ces r\u00e9sidences secondaires et qui y vont deux ou trois week-ends par mois et pendant l\u2019\u00e9t\u00e9. Que ce soit des habitant\u00b7es \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, des locaux et locales ou des classes populaires originaires d\u2019ailleurs, on s\u2019en \ufb01che.<span class=\"bold-body\"> <\/span>Ce qui importe, c\u2019est que celles et ceux qui font vivre la commune aient la possibilit\u00e9 d\u2019y habiter. Parfois, certain\u00b7es journalistes font semblant de ne pas comprendre\u2005: aux Grandes Gueules sur RMC, une journaliste \u00e9tait choqu\u00e9e que nous soyons contre les r\u00e9sidences secondaires et avait lanc\u00e9\u2005: \u00ab&#160;\u2005<em>Ah oui, vous n\u2019aimez pas les Fran\u00e7ais\u2005!<\/em>\u2005&#160;\u00bb Alors que nous voudrions juste pouvoir habiter chez nous\u2005!<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005: <\/span>Le groupe ind\u00e9pendantiste Arran tient par exemple un discours de lutte de classes qui pour moi est juste d\u2019un point de vue discursif, mais j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il ne parle pas aux gens. Nous avons fait un autre choix, celui de partir de ce que les gens vivent, du fait que le travail touristique est tr\u00e8s pr\u00e9caire, que tout le monde en est victime ou conna\u00eet quelqu\u2019un\u00b7e qui est victime de \u00e7a. Je crois plus en la politisation de proximit\u00e9, de terrain, en parlant aux gens d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, en partant de ce qu\u2019on vit.<\/p>\n<p class=\"question\">\u00c0 Barcelone, est-ce que la mont\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendantisme, au moment du r\u00e9f\u00e9rendum, a fait monter l\u2019engagement dans les luttes antitouristification\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Au contraire, \u00e7a a \u00e9norm\u00e9ment d\u00e9mobilis\u00e9, et ce fut le cas pour toutes les luttes, pas seulement celle contre la touristi\ufb01cation. Nous avons respect\u00e9 la disparition de certaines personnes, qui ont rejoint le mouvement ind\u00e9pendantiste. Il fallait faire avec. Le volume de gens mobilis\u00e9s par le mouvement ind\u00e9pendantiste est comparable au 15-M<sup>&#160;[15. Le mouvement du 15\u202fmai 2011 (15-M) ou mouvement des indign\u00e9\u00b7es (Indignad@s), n\u00e9 sur la place de la Puerta del Sol \u00e0 Madrid, a donn\u00e9 lieu \u00e0 des rassemblements et \u00e0 de nombreuses manifestations pacifiques et massives contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dans une centaine de villes espagnoles.]<\/sup>, mais \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019ils s\u2019engageront tous dans des luttes plus sp\u00e9ci\ufb01ques.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> Nous disons parfois pour rire\u2005: \u00ab&#160;\u2005Ma patrie, c\u2019est mon quartier.\u2005&#160;\u00bb Au fond, je crois que ce n\u2019est pas une mauvaise formule, car elle pourrait combattre les nationalismes\u2005: s\u2019il fallait se battre pour un territoire, ce serait son quartier, avec celles et ceux qui l\u2019habitent, contre les id\u00e9es d\u2019origine ou de souche. Je crois que \u00e7a peut casser les discours nationalistes.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS&#160;:<\/span> L\u2019id\u00e9e de \u00ab&#160;\u2005nationalisme de quartier\u2005&#160;\u00bb est \ufb01nalement tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce qui fait le quartier, ce sont ses habitant\u00b7es. Quand nous parlons de d\u00e9croissance touristique, nous visons la r\u00e9duction de l\u2019activit\u00e9 touristique dans la ville. Mais 20\u202f% des emplois sont directement li\u00e9s au tourisme. Les premier\u00b7es touch\u00e9\u00b7es seraient les travailleur\u00b7ses. Donc \u00e7a doit forc\u00e9ment s\u2019accompagner d\u2019un plan, d\u2019une exploration d\u2019autres secteurs \u00e9conomiques capables de nourrir la ville, ayant un impact social et environnemental plus b\u00e9n\u00e9\ufb01que. Les villes, et donc leurs habitant\u00b7es, devraient pouvoir jouir d\u2019une forme de souverainet\u00e9 \u00e9conomique. Nous devrions pouvoir d\u00e9cider de ce que la ville doit faire pour vivre.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> C\u2019est le principe du droit \u00e0 la ville\u2005: on ne doit pas seulement habiter une ville, mais aussi la produire et la g\u00e9rer soi-m\u00eame.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/scans-JK-PAT_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"733\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8531\" \/><\/p>\n<p class=\"question\">Mais alors, est-ce qu\u2019il y aurait un \u00ab&#160;\u2005bon tourisme\u2005&#160;\u00bb\u2005?<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Droit \u00e0 la (Belle) Ville&#160;:<\/span> Pour moi, un\u00b7e touriste est quelqu\u2019un\u00b7e qui n\u2019a pas de lien avec le lieu de passage, n\u2019habite pas le lieu, d\u2019aucune mani\u00e8re. Dans certains lieux, comme dans le quartier d\u2019Exarchia \u00e0 Ath\u00e8nes, les habitant\u00b7es ont d\u00e9cid\u00e9 de ne plus accepter les personnes qui venaient faire du tourisme. Ils et elles voulaient que les gens de passage restent au moins un mois, pour habiter un peu en aidant \u00e0 faire des choses, en participant \u00e0 la vie des lieux. C\u2019est \u00e7a la diff\u00e9rence\u2005: voyager, ce serait accepter d\u2019habiter un peu l\u00e0 o\u00f9 tu arrives.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">ABTS\u2005:<\/span> Peut-\u00eatre, mais si, \u00e0 Barcelone, la m\u00eame quantit\u00e9 de personnes venait pratiquer ce \u00ab&#160;\u2005bon tourisme\u2005&#160;\u00bb, les effets seraient les m\u00eames qu\u2019aujourd\u2019hui. Les comportements individuels ne comptent pas. Je crois de plus en plus \u00e0 un tourisme de proximit\u00e9. En plus des effets n\u00e9fastes de la touristi\ufb01cation sur les villes, il y a l\u2019urgence climatique. Les chiffres de l\u2019impact des vols et des bateaux de croisi\u00e8re sont alarmants. Adviendra une d\u00e9croissance, mais elle sera diff\u00e9rente en fonction des classes sociales. Les prix augmenteront, certain\u00b7es pourront payer, et d\u2019autres pas. Contre cela, je crois qu\u2019il faut pr\u00e9f\u00e9rer le tourisme local, et populaire\u2005: plus lent, plus proche et plus en relation.<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Dispac\u2019h&#160;:<\/span> Passer de bonnes vacances<em>,<\/em> ce n\u2019est pas forc\u00e9ment partir loin, changer de culture ou de pays, c\u2019est aussi faire une pause. \u00catre \u00e0 la fois loin de chez soi mais quand m\u00eame chez soi, \u00e7a repose.<span class=\"bold-body\"> <\/span>Comme l\u2019ABTS, on d\u00e9fend un tourisme des classes populaires, respectueux et responsable.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La base de la lutte contre la touristi\ufb01cation, c\u2019est la souverainet\u00e9 populaire\u2005: ce sont les habitant\u00b7es d\u2019une ville \u00e0 l\u2019ann\u00e9e qui doivent avoir le pouvoir. Nous n\u2019avons pas de programme. Nous ne cherchons pas \u00e0 donner des solutions, \u00e0 dire \u00ab&#160;\u2005contre les r\u00e9sidences secondaires, il faut faire ci ou \u00e7a\u2005&#160;\u00bb, ni \u00e0 intervenir aupr\u00e8s des pouvoirs publics. Nous cherchons surtout \u00e0 ce que le probl\u00e8me soit pris en charge par les habitant\u00b7es concern\u00e9\u00b7es localement, qui se mobilisent et forcent leur mairie, d\u00e9partement, r\u00e9gion, \u00e0 prendre des mesures.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8520_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8520_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_8520_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_8520_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_8520_1('footnote_plugin_tooltip_8520_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_8520_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Assembl\u00e9e de quartiers pour un tourisme durable.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_8520_1() { jQuery('#footnote_references_container_8520_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8520_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_8520_1() { jQuery('#footnote_references_container_8520_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8520_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_8520_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_8520_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_8520_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_8520_1(); } } function footnote_moveToAnchor_8520_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_8520_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des responsables de la planification urbaine aux multipropri\u00e9taires, les protagonistes de l\u2019\u00e9conomie touristique traitent les territoires comme des capitaux \u00e0 faire fructifier. 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