{"id":8620,"date":"2019-11-27T23:48:44","date_gmt":"2019-11-27T22:48:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8620"},"modified":"2019-11-27T23:48:44","modified_gmt":"2019-11-27T22:48:44","slug":"strasbourg-capitale-de-la-cloture","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2019\/11\/27\/strasbourg-capitale-de-la-cloture\/","title":{"rendered":"Strasbourg, capitale de la cl\u00f4ture"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Un peu partout, des gens dans la mis\u00e8re s\u2019installent et vivent dans des campements de fortune. Parfois aussi, ils y meurent. C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 le 25 mai 2019 \u00e0 Strasbourg, dans le campement du parc des glacis, \u00e0 proximit\u00e9 de la rue du rempart, o\u00f9 pr\u00e9carit\u00e9 sociale et transformation urbaine se t\u00e9lescopent.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet article est issu du sixi\u00e8me num\u00e9ro de la revue papier <em><a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/revue-papier\/\">Jef Klak<\/a><\/em>, \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/pied-a-terre-n-6\/\">Pied \u00e0 terre<\/a>&#160;\u00bb, disponible en librairie.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"entry-translator\">Gravures par Raoul Villullas.<\/p>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">Strasbourg, le 9\u202fjuin 2019<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Salut&#160;!\u202f\u202f<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je fais partie du collectif Jef Klak mais, ces derniers temps, j\u2019ai beaucoup moins aid\u00e9 au bouclage de la revue que je n\u2019avais pens\u00e9 le faire et que je ne l\u2019ai fait par le pass\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">J\u2019habite \u00e0 Strasbourg depuis trois ans mais c\u2019est longtemps rest\u00e9 un pied-\u00e0-terre entre mes diff\u00e9rents voyages, \u00e0 Paris (avec souvent pour pr\u00e9texte de fabriquer la revue) et ailleurs (notamment pour vendre la revue). J\u2019avais quelques ami\u00b7es mais pas beaucoup d\u2019activit\u00e9s ancr\u00e9es ici. Pendant mes s\u00e9jours chez moi, la plupart de mes occupations se concentraient sur mon ordi.<\/p>\n<p class=\"textbody\">J\u2019avais envie de faire des choses dans cette ville, mais je n\u2019y restais jamais assez longtemps pour m\u2019y sentir vraiment install\u00e9e. En attendant le printemps, alors que les textes pour \u00ab&#160;Pied \u00e0 terre&#160;\u00bb commen\u00e7aient \u00e0 arriver, des choses ont commenc\u00e9 \u00e0 bouger.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/02-frontieres-I-gravure-sur-bois-raul-villullas-686x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"686\" height=\"1024\" class=\"size-large wp-image-8626 aligncenter\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">De rempart et d\u2019autre<\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Strasbourg, j\u2019emprunte fr\u00e9quemment une rue qui s\u2019appelle la rue du rempart. Elle se situe \u00e0 l\u2019ouest de la ville, entre le chemin de fer et les anciennes forti\ufb01cations, datant de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Strasbourg \u00e9tait allemande. Derri\u00e8re ce glacis il y a le canal, et sur les deux rives des rang\u00e9es de jardins ouvriers, puis l\u2019autoroute qui contourne la ville. On y croise beaucoup de ragondins, de h\u00e9rons et de moustiques. C\u2019est joli et un peu sauvage.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Avant, rue du rempart, il y avait deux terrains o\u00f9 vivaient des Rroms (hongrois\u00b7es et roumain\u00b7es pour la plupart) dans des caravanes stationn\u00e9es sur des dalles de b\u00e9ton. La municipalit\u00e9 les a progressivement d\u00e9plac\u00e9\u00b7es pendant l\u2019ann\u00e9e\u202f2018. Un autre terrain encore plus distant du centre-ville leur a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9. C\u2019est plus loin de l\u2019\u00e9cole des enfants, mais c\u2019est pour leur bien.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Avant, entre la piste cyclable qui longe le chemin de fer et la route, il y avait un terre-plein, avec des arbres et de l\u2019herbe, sur lequel des gens avaient plant\u00e9 leurs tentes. Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9log\u00e9s, eux aussi. Le terrain a \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9, labour\u00e9, pour qu\u2019ils ne puissent plus revenir. En octobre 2017, la ville a install\u00e9 de hautes cl\u00f4tures vertes. Elles enferment les arbres et l\u2019herbe qui a repouss\u00e9. Si tu es en v\u00e9lo, elles te barrent aussi le passage pour rejoindre la route ou les b\u00e2timents qu\u2019elle dessert.<\/p>\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai une copine qui a fait la blague&#160;: \u00ab&#160;Strasbourg, capitale de la cl\u00f4ture&#160;\u00bb. Je trouve que c\u2019est une bonne blague. \u00c0 Strasbourg, tout peut \u00eatre cl\u00f4tur\u00e9. Une fois, j\u2019ai m\u00eame vu un toboggan encercl\u00e9 par des grillages. Une autre fois des grillages autour d\u2019autres grillages. Mais \u00e0 Strasbourg, on est tr\u00e8s content\u00b7es parce que les fronti\u00e8res n\u2019existent plus. On peut aller en tram jusqu\u2019au pays de Hegel et des clopes moins ch\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pourtant, le chemin de fer trace \u00e0 cet endroit une fronti\u00e8re. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a la ville et la gare, dans sa bulle de verre. De l\u2019autre, cette zone \u00e9trange de rel\u00e9gation, qui sert de paysage quotidien aux nombreux et nombreuses gal\u00e9rien\u00b7nes qui fr\u00e9quentent les lieux d\u2019accueil de jour et de nuit de la rue du rempart. D\u2019ailleurs, au bout de cette rue, ouvrira \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9\u202f2019 un \u00ab&#160;lieu \u00e9ph\u00e9m\u00e8re&#160;\u00bb baptis\u00e9 \u00ab&#160;la Grenze&#160;\u00bb (\u00ab&#160;fronti\u00e8re&#160;\u00bb en allemand) \u2013\u202fbar, restauration et activit\u00e9s festives et culturelles en tous genres\u202f\u2013 sur un terrain qui appartient \u00e0 la SNCF. Mais \u00e7a n\u2019a presque rien \u00e0 voir.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une fois, je passais par cette rue avec un copain qui me disait que, depuis qu\u2019il avait quitt\u00e9 la coloc o\u00f9 je vis, il la prenait moins souvent et qu\u2019il le regrettait. J\u2019\u00e9tais surprise parce que moi, cette rue, je trouve qu\u2019elle ressemble \u00e0 une cicatrice. Ce n\u2019est pas vraiment que je la trouve laide, mais plut\u00f4t que j\u2019aurais du mal \u00e0 dire qu\u2019elle est belle. Il m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019il l\u2019aimait parce qu\u2019avec la proximit\u00e9 du chemin de fer, il n\u2019y a pas de b\u00e2timent qui g\u00e2che la vue et emp\u00eache la lumi\u00e8re de t\u2019entourer. C\u2019est vrai qu\u2019\u00e0 Strasbourg il y a souvent de belles lumi\u00e8res.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 une extr\u00e9mit\u00e9 de la rue du rempart se trouve un centre d\u2019h\u00e9bergement g\u00e9r\u00e9 par la mairie. Dans une autre partie du m\u00eame b\u00e2timent, les Restos du c\u0153ur servent le petit-d\u00e9jeuner tous les jours et le d\u00e9jeuner trois fois par semaine. Pas tr\u00e8s loin, en face, il y a le Bastion, un immense b\u00e2timent que la ville met \u00e0 la disposition de vingt-quatre artistes en \u00e9change d\u2019un loyer tr\u00e8s faible \u2013\u202fcinquante euros par mois.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 de la rue du rempart se trouve l\u2019espace Bayard, g\u00e9r\u00e9 par l\u2019association Horizon amiti\u00e9. Bayard est ouvert tous les soirs, et en journ\u00e9e seulement pendant la semaine. Des assistants et assistantes sociales y accompagnent une centaine de personnes, sans-abri ou migrant\u00b7es, dans leurs d\u00e9marches administratives. \u00c0 Bayard, il est possible de se doucher et de laver son linge. On peut y dormir, si tant est qu\u2019on soit capable de dormir assis\u00b7e sur une chaise (dans la limite de trente\u202fplaces disponibles). On peut y charger son t\u00e9l\u00e9phone (m\u00eame si on est susceptible de se le faire voler). On y sert du caf\u00e9. On peut aussi y assister \u00e0 de nombreuses embrouilles&#160;: entre personnes accueillies, parfois avec les travailleurs et travailleuses sociales.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019imprimerie associative Papier g\u00e2chette occupe une autre partie du b\u00e2timent qui abrite Bayard, depuis l\u2019expulsion, en 2012, du squat o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. La rue est surveill\u00e9e par des cam\u00e9ras et tous ses b\u00e2timents ou presque sont d\u2019anciens b\u00e2timents militaires. Un seul est encore en activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Comme je le disais, avant, rue du rempart, il y avait des gens install\u00e9s sous des tentes. Puis la ville les a chass\u00e9s. Je ne sais pas o\u00f9 ils sont all\u00e9s. Mais je sais que d\u2019autres ont mont\u00e9 des tentes au bord du canal parall\u00e8le \u00e0 la rue. Au d\u00e9but, en 2017, il n\u2019y en avait que quelques-unes, maintenant il y a une bonne trentaine de tentes. Ce sont surtout des hommes seuls qui y sont install\u00e9s. Il y a des Fran\u00e7ais, d\u2019anciens policiers, des Kurdes irakiens, des Africains anglophones, des Kosovars, des sans-papiers, des demandeurs d\u2019asile, etc. Dans d\u2019autres campements strasbourgeois, il y a surtout des familles, regroup\u00e9es par origines g\u00e9ographiques. Souvent, les campements se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 des centres d\u2019h\u00e9bergement. Il y a des personnes qui vivent tout le temps sous les tentes, mais un grand nombre d\u2019entre elles appellent le 115, et font des va-et-vient entre les tentes, les places d\u2019h\u00e9bergement quand il y en a, et les diff\u00e9rents lieux d\u2019accueil.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour maximiser ses chances d\u2019avoir un h\u00e9bergement via le 115, il faut appeler tous les jours. Si un jour tu n\u2019appelles pas, c\u2019est que tu n\u2019as pas vraiment besoin d\u2019elleux. Ton in\ufb01d\u00e9lit\u00e9 ne restera pas impunie. La prochaine fois, tu auras encore moins de chance d\u2019\u00eatre h\u00e9berg\u00e9\u00b7e. Du coup, tu \u00e9coutes plusieurs fois par jour la musique d\u2019attente du 115. M\u00eame si tu as des connaissances ou des ami\u00b7es qui peuvent t\u2019accueillir ponctuellement, il faut continuer \u00e0 appeler, continuer \u00e0 dire que tu dors dehors. Ils ont un \ufb01chier national de tous ceux et celles qui les appellent et ils savent combien de fois ils et elles ont appel\u00e9, s\u2019ils ou elles l\u2019ont fait pour d\u2019autres personnes, ami\u00b7es ou famille, depuis quel num\u00e9ro et dans quelle ville ils et elles cherchent un h\u00e9bergement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pass\u00e9 une certaine heure, de toute fa\u00e7on, m\u00eame si tu appelles le 115, tu n\u2019as plus aucune chance d\u2019\u00eatre h\u00e9berg\u00e9\u00b7e. Tous les centres ferment leurs portes, ils sont complets. M\u00eame une famille avec des enfants peut rester dehors, d\u2019ailleurs, \u00e7a arrive tout le temps. Si cette famille est en proc\u00e9dure de demande d\u2019asile, l\u2019\u00c9tat a encore moins le droit de la laisser dormir dehors que si elle est d\u00e9bout\u00e9e du droit d\u2019asile.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Bref, des personnes vivent dehors, en France comme ailleurs, et tout le monde le sait. Moi, je n\u2019avais jamais rencontr\u00e9 ces gens qui vivent sous ces tentes. Un jour, j\u2019ai entendu parler d\u2019un collectif qui faisait la cuisine avec une autre association, La roue tourne, qui \u00e9mane d\u2019habitants du campement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du canal. Ils et elles faisaient la cuisine ensemble tous les samedis et les dimanches. Comme j\u2019aime bien cuisiner, je les ai rejoint\u00b7es le samedi suivant. Je suis revenue les week-ends d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/01-sans-papiers-en-lutte-linogravure-raul-villullas-1024x824.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"555\" class=\"size-large wp-image-8625 aligncenter\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Manifestation spontan\u00e9e<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Un matin, le 25\u202fmai 2019, mon coloc m\u2019a dit qu\u2019en rentrant il avait vu plusieurs bagnoles de \ufb02ics \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du campement, mais il ne savait pas ce qu\u2019elles foutaient l\u00e0. C\u2019\u00e9tait un jour de cuisine collective, j\u2019ai appel\u00e9 un copain de La roue tourne, et je lui ai demand\u00e9 s\u2019il savait ce qu\u2019il se passait. Il ne savait pas mais on a tout de suite pens\u00e9 \u00e0 un d\u00e9mant\u00e8lement du camp. Alors, j\u2019ai pris mon v\u00e9lo et j\u2019y suis all\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le week-end pr\u00e9c\u00e9dent, un autre camp avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9, pour la deuxi\u00e8me fois depuis l\u2019automne. Des familles vivant sous tentes, pour la plupart albanaises. L\u2019Albanie est un pays s\u00fbr selon l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais qui refuse le droit d\u2019asile \u00e0 ses ressortissant\u00b7es. Su\u221esamment s\u00fbr pour que des familles pr\u00e9f\u00e8rent le quitter, avec des enfants en bas \u00e2ge, et risquer de mourir de froid dans la boue \u00e0 Strasbourg. Il faut dire que le printemps a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement froid et pluvieux \u00e0 Strasbourg. Sur tous les campements, on entendait des gosses tousser. Une fois, une copine a accompagn\u00e9 un enfant avec son p\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. L\u2019enfant avait une bronchite, le m\u00e9decin lui a donn\u00e9 des m\u00e9dicaments et l\u2019a renvoy\u00e9 dans sa tente en tram. Finalement, cette famille a \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9e dans un h\u00f4tel, avec de l\u2019argent r\u00e9colt\u00e9 par le collectif de la cuisine.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce matin-l\u00e0, ce n\u2019\u00e9tait pas un d\u00e9mant\u00e8lement du camp. Les \ufb02ics \u00e9taient l\u00e0 parce que des habitants les avaient appel\u00e9\u00b7es apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 le corps de l\u2019un d\u2019entre eux pendu \u00e0 un arbre. Les policier\u00b7es ont pris le cadavre et sont parti\u00b7es. Il \u00e9tait dix heures \u00e0 peu pr\u00e8s quand je suis arriv\u00e9e. Des gens s\u2019embrouillaient, cherchaient des responsables&#160;: le 115 qui avait laiss\u00e9 le mort sur le carreau, Bayard o\u00f9 il n\u2019allait plus, etc. On a commenc\u00e9 \u00e0 discuter de ce qu\u2019il fallait faire. Tr\u00e8s vite, l\u2019id\u00e9e d\u2019un rassemblement a pris forme. Parmi les personnes qui s\u2019exprimaient, une majorit\u00e9 voulait donner le maximum de visibilit\u00e9 \u00e0 cette trag\u00e9die. Les gens \u00e9taient sous le choc, r\u00e9alisaient qu\u2019ils ne connaissaient le mort que par des surnoms, le c\u00f4toyaient sans savoir quoi que ce soit de sa vie, rien d\u2019autre que son pays d\u2019origine, l\u2019Afghanistan, qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s solitaire et tr\u00e8s discret. En\ufb01n, quelqu\u2019un a a\u221erm\u00e9 que son vrai nom \u00e9tait Habib ou Habibi. On lui donne entre 21 et 27\u202fans. Le matin m\u00eame, au lever du jour, il a \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u par une joggeuse, lui, faisait les cent pas le long du canal.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On pr\u00e9vient un autre collectif qui se rend fr\u00e9quemment sur le campement, ainsi que des associations qui militent en faveur des sans-abri en Alsace. Des journalistes sont appel\u00e9\u00b7es et passent sur le campement. L\u2019adjointe au maire \u00e0 la solidarit\u00e9 aussi. Pendant ce temps circule l\u2019info du rassemblement, pr\u00e9vu \u00e0 dix-sept heures \u00e0 la gare. On fabrique des banderoles sur les berges&#160;: \u00ab&#160;Kobi Habib for ever&#160;\u00bb, \u00ab&#160;La rue en deuil\/\u00c9tats criminels&#160;\u00bb, \u00ab&#160;Open the borders, stop Dublin&#160;\u00bb, \u00ab&#160;Les assassinats cach\u00e9s du 115\/1\u202fnon\u202f=\u202f1\u202fmort&#160;\u00bb. Les soutiens et les personnes du camp qui souhaitent se joindre au rassemblement se mettent en route. On est plus d\u2019une vingtaine, d\u2019autres arriveront plus tard. C\u2019est samedi, il fait en\ufb01n incroyablement beau, les Strasbourgeois\u00b7es sont de sortie. Les prises de parole d\u2019habitants du camp, en fran\u00e7ais et en anglais, interpellent les passant\u00b7es. Spontan\u00e9ment, une quarantaine de personnes d\u00e9cide d\u2019aller en ville jusqu\u2019\u00e0 la place Kl\u00e9ber, la place centrale. Les slogans fusent, \u00ab&#160;Justice pour Habibi&#160;\u00bb revient souvent. La manif est super vivante, elle surgit dans les rues, inattendue. Au niveau de la jonction des quatre lignes de trams, \u00e0 la station Homme de fer, on bloque compl\u00e8tement le tra\ufb01c pendant quelques instants. Les chauffeurs sont v\u00e9n\u00e8res, c\u2019est dr\u00f4le. On est peu nombreux\u00b7ses mais on fait bloc. Les \ufb02ics sont l\u00e0, derri\u00e8re nous depuis le d\u00e9but, mais ils restent tranquilles. C\u2019est ce soir qu\u2019il va y avoir du sport.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On d\u00e9cide de rentrer ensemble. La petite manif perd en unit\u00e9 et en vigilance. Le groupe se disloque de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps. Une rumeur sur une interpellation circule, mais personne n\u2019a rien vu. Les \ufb02ics nient avoir arr\u00eat\u00e9 quiconque, \u00ab&#160;pour l\u2019instant&#160;\u00bb. C\u2019est pourtant vrai, on l\u2019apprendra plus tard&#160;: un jeune homme qui s\u2019\u00e9tait \u00e9cart\u00e9 de la manif a \u00e9t\u00e9 violemment interpell\u00e9, quelques m\u00e8tres plus haut. La tension monte d\u2019un cran devant un premier lieu d\u2019h\u00e9bergement du 115, quartier Gare, alors qu\u2019on s\u2019approche de la rue du rempart. Le slogan du moment&#160;: \u00ab&#160;Bayard&#160;! On arrive&#160;!&#160;\u00bb se r\u00e9pand dans le cort\u00e8ge, est repris de plus en plus furieusement. Un agent de s\u00e9curit\u00e9 ferme la grille du centre derri\u00e8re lui. Elle c\u00e8de quelques minutes plus tard, forc\u00e9e \u00e0 mains nues par quelques-uns. Certain\u00b7es rentrent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur pendant que d\u2019autres installent les banderoles sur les grilles qui entourent la cour. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, des chaises et des tables volent, la directrice quitte les lieux, paniqu\u00e9e, cherche refuge dans l\u2019atelier voisin, puis monte dans une voiture de police. C\u2019est la confusion. Tr\u00e8s vite, tout le monde sort pour reprendre la rue du rempart en direction du camp.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les \ufb02ics nous rabattent sur le trottoir, contre la cl\u00f4ture. Plusieurs fourgons, voitures banalis\u00e9es, la BAC, deux membres de la brigade cynophile, des \ufb02ics avec toutes les protections possibles nous encerclent. Un des deux chiens policiers est d\u00e9cha\u00een\u00e9. C\u2019est inqui\u00e9tant. On se sent tr\u00e8s loin de la ville tout d\u2019un coup, et personne ne nous entendra crier. D\u2019ailleurs, on se tait. On appelle les copains et copines de l\u2019atelier d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, qui viennent regarder la sc\u00e8ne, tenu\u00b7es \u00e0 distance par le dispositif policier. Deux personnes sont d\u2019embl\u00e9e cibl\u00e9es par des baqueux et mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart dans un fourgon. Toutes deux ont beaucoup parl\u00e9 au m\u00e9gaphone et sont connues du personnel de Bayard. Nous autres restons nass\u00e9\u00b7es, sous pression, un bon moment, avant que les \ufb02ics nous contr\u00f4lent. Les policiers laissent sortir au compte-gouttes toutes celles et ceux qui pr\u00e9sentent leurs papiers, six sont embarqu\u00e9\u00b7es pour contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9. Ils et elles seront rel\u00e2ch\u00e9\u00b7es une heure plus tard. Mais une autre arrestation a lieu plus ou moins au m\u00eame moment, devant Bayard. Une autre aurait eu lieu apr\u00e8s. Six personnes au total passent la nuit ou plus en garde \u00e0 vue, pour avoir particip\u00e9 \u00e0 une manifestation au cours de laquelle des d\u00e9gradations auraient \u00e9t\u00e9 commises&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_8620_1('footnote_plugin_reference_8620_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_8620_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_8620_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une personne sort du commissariat central bless\u00e9e avec cinq jours d\u2019Incapacit\u00e9 temporaire de travail. Un Nig\u00e9rian de 21\u202fans, arr\u00eat\u00e9 avant les d\u00e9gradations, est envoy\u00e9 en centre de r\u00e9tention apr\u00e8s quarante-huit\u202fheures en garde \u00e0 vue. Il est \u00ab&#160;dublin\u00e9&#160;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019en vertu des accords de Dublin, il doit demander l\u2019asile dans le premier pays dans lequel il est arriv\u00e9 sur le territoire europ\u00e9en, en l\u2019occurrence l\u2019Italie. C\u2019est l\u00e0 que la France s\u2019appr\u00eate \u00e0 le renvoyer. Contre toute attente, pendant son audience au tribunal de grande instance, le jeudi\u202f30\u202fmai, le juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention (JLD) le fait lib\u00e9rer\u200a&#160;[2. Au bout de quarante-huit heures de privation de libert\u00e9, le JLD doit statuer sur la situation et confirmer le placement en centre de r\u00e9tention pour que celui-ci soit l\u00e9gal.] \u2013\u202f\u00e0 la grande joie des soutiens rassembl\u00e9s devant le palais de justice. En attendant d\u2019\u00eatre jug\u00e9 en octobre pour \u00ab&#160;outrage&#160;\u00bb et \u00ab&#160;r\u00e9sistance violente&#160;\u00bb \u00e0 sa violente arrestation, il peut retourner dans sa tente, \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/04-frontieres-III-gravure-sur-bois-raul-villullas-689x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"689\" height=\"1024\" class=\"size-large wp-image-8628 aligncenter\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Entre parenth\u00e8ses<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Au campement, justement, depuis quelques jours, l\u2019ambiance est \u00e9lectrique. Les habitants cherchent des coupables pour la mort de celui dont on sait d\u00e9sormais qu\u2019il s\u2019appelait Soroush Habib. Sa famille, contact\u00e9e par un autre Afghan du camp, est en route depuis le Canada et l\u2019Allemagne. Le choc et le deuil produisent leurs effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Un groupe de jeunes hommes est notamment point\u00e9 du doigt. Ils seraient \u00e0 l\u2019origine de plusieurs vols de t\u00e9l\u00e9phone parmi les habitant\u00b7es des tentes et usager\u00b7es de Bayard, peut-\u00eatre sur Soroush lui-m\u00eame. Je ne sais pas qui a fait quoi et, \u00e0 vrai dire, je ne cherche pas \u00e0 le savoir. Ce que je sais, c\u2019est que les jeunes hommes en question ont en commun de trouver ind\u00e9sirable l\u2019attention polici\u00e8re et m\u00e9diatique dont le campement fait l\u2019objet depuis la mort de Soroush. Contrairement \u00e0 d\u2019autres habitants du camp, ils disent ne rien attendre de la mairie ou de l\u2019\u00c9tat, que ce soit un toit ou des papiers. Il faut dire que depuis toute cette histoire, des \ufb02ics dans de grotesques costumes de joggeurs d\u2019o\u00f9 d\u00e9passent leurs talkies font des rondes, d\u2019autres sont venu\u00b7es un matin en d\u00e9guisement civil faire le tour des tentes, regardant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celles qui \u00e9taient ouvertes. De leur c\u00f4t\u00e9, les autorit\u00e9s municipales ont r\u00e9agi \u00e0 la hauteur des \u00e9v\u00e9nements&#160;: depuis la mort de Soroush, elles ont install\u00e9 un cabinet de toilettes s\u00e8ches sur le campement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les prises de t\u00eate sont de plus en plus nombreuses, et en viennent parfois aux mains. Un gilet jaune, ami d\u2019un occupant du camp, se fait casser le nez en essayant de s\u2019interposer entre son ami et un membre de ce groupe. Cet occupant et un autre, menac\u00e9s, ne s\u2019y sentent plus en s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9cident de poser leurs tentes ailleurs, dans un lieu beaucoup plus loin du centre-ville, mais tout aussi joli. Il y a autant de moustiques et pas non plus de point d\u2019eau. Cinq habitants projettent d\u2019y cr\u00e9er une sorte de village autonome, sur le mod\u00e8le d\u2019une ZAD. Les deux personnes \u00e0 l\u2019initiative de ce nouveau campement voient le pr\u00e9c\u00e9dent comme le r\u00e9sultat d\u2019une agr\u00e9gation de personnes, arriv\u00e9es l\u00e0 jour apr\u00e8s jour, sans r\u00e9\ufb02exion commune sur ce que pourrait impliquer le fait de vivre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, sans temps de discussion collective formalis\u00e9s. Ils se sont accord\u00e9s sur une s\u00e9rie de r\u00e8gles&#160;: la propret\u00e9 des lieux et l\u2019interdiction des vols et des violences physiques. Ils ont envie d\u2019installer, avec l\u2019aide de camarades bricoleur\u00b7ses, une cuisine de plein air sous abri et un panneau solaire pour recharger leurs appareils \u00e9lectroniques. D\u2019autres ont pr\u00e9vu de les rejoindre, mais le cap est di\u221ecile \u00e0 franchir. Le d\u00e9m\u00e9nagement implique de s\u2019\u00e9loigner des lieux qui distribuent gratuitement de la nourriture et du caf\u00e9, et des points de contact avec l\u2019administration.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un soir, un peu d\u00e9courag\u00e9, le copain de La roue tourne et du nouveau campement m\u2019a con\ufb01\u00e9 qu\u2019il avait envie de \u00ab&#160;<em>faire comme vous<\/em>&#160;\u00bb, vous, nous, les gens qui viennent aider ponctuellement, par exemple \u00e0 la cuisine et aux distributions, et qui continuent \u00e0 avoir leurs occupations en dehors&#160;: \u00ab&#160;<em>aider le camp, mais de l\u2019ext\u00e9rieur<\/em>&#160;\u00bb. Moi, avec mes diff\u00e9rents engagements, dont un travail salari\u00e9 et ceux que je garde malgr\u00e9 tout vis-\u00e0-vis de la revue, je m\u2019\u00e9chappe quand c\u2019est trop, je reviens tous les soirs dans une maison o\u00f9 je peux laver ma vaisselle et mes mains, o\u00f9 il y a des toilettes dans une pi\u00e8ce s\u00e9par\u00e9e, o\u00f9 je peux faire chauffer des aliments et charger mon t\u00e9l\u00e9phone. Le soir dans mon lit, je lis le livre de Claire Richard sur les Young Lords de New York et j\u2019apprends que les membres actifs de cette organisation politique devaient s\u2019engager \u00ab&#160;<em>25\u202fheures par jour<\/em>&#160;\u00bb. Aucune activit\u00e9, aucun travail, aucune relation amoureuse \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du groupe n\u2019\u00e9tait tol\u00e9r\u00e9e. Moyennant quoi, ils et elles ont litt\u00e9ralement nettoy\u00e9, semaine apr\u00e8s semaine, le quartier portoricain des monceaux de d\u00e9chets qui s\u2019y accumulaient, servi des quantit\u00e9s de petits-d\u00e9jeuners gratuits, occup\u00e9 une \u00e9glise, fait de la propagande, men\u00e9 des actions e\u221ecaces contre le sexisme au sein de leur groupe, d\u00e9tourn\u00e9 un camion de d\u00e9pistage de la tuberculose, ouvert un centre de d\u00e9sintoxication, etc. En \u00e9liminant tout interstice \u00e9tranger \u00e0 la lutte.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019espace Bayard dans la rue du rempart rouvrira peut-\u00eatre un jour. Puis il sera ferm\u00e9 et le camp \u00e9vacu\u00e9. Ou l\u2019inverse. Le tram circulera \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9\u202f2020 dans la rue perpendiculaire \u00e0 la rue du rempart, en direction de Koenigshoffen. Les ateliers devraient survivre, au moins un temps, \u00e0 la transformation du quartier, mais pas la Grenze, cette \u00ab&#160;<em>v\u00e9ritable utopie urbaine, un espace sans fronti\u00e8res accessible \u00e0 tous et \u00e0 toutes<\/em>&#160;\u00bb. La violente parenth\u00e8se que nous traversons aujourd\u2019hui sera close, d\u2019autres lieux plus p\u00e9rennes s\u2019installeront et ils se diront, eux aussi, \u00ab&#160;ouverts sur la ville&#160;\u00bb. Les caravanes des Rroms, les tentes des zonard\u00b7es et des sans-papiers auront disparu de cette petite ceinture de Strasbourg, jolie et un peu sauvage.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/03-frontieres-II-gravure-sur-bois-raul-villullas-692x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"1021\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8627 aligncenter\" \/><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8620_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8620_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_8620_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_8620_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_8620_1('footnote_plugin_tooltip_8620_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_8620_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Pour les d\u00e9gradations, aucune poursuite ne sera engag\u00e9e. Des tables et des chaises semblent avoir \u00e9t\u00e9 les seules victimes de cette intrusion dans Bayard. En revanche, le centre est ferm\u00e9 depuis trois semaines maintenant (juin 2019).<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_8620_1() { jQuery('#footnote_references_container_8620_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8620_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_8620_1() { jQuery('#footnote_references_container_8620_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8620_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_8620_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_8620_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_8620_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_8620_1(); } } function footnote_moveToAnchor_8620_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_8620_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un peu partout, des gens dans la mis\u00e8re s\u2019installent et vivent dans des campements de fortune. Parfois aussi, ils y meurent. 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