{"id":8755,"date":"2020-01-15T00:08:30","date_gmt":"2020-01-14T23:08:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8755"},"modified":"2020-01-15T00:08:30","modified_gmt":"2020-01-14T23:08:30","slug":"la-psychiatrie-sous-contention-financiere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2020\/01\/15\/la-psychiatrie-sous-contention-financiere\/","title":{"rendered":"La psychiatrie sous contention financi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Cela fait plus de dix&#160;ans que le monde du soin psychiatrique en France est entr\u00e9 en r\u00e9sistance contre le programme de contr\u00f4le de la folie que les personnes en lutte qualifient de \u00ab&#160;nuit s\u00e9curitaire&#160;\u00bb. Ce tournant id\u00e9ologique, initi\u00e9 par un discours de Nicolas Sarkozy fin 2008 pr\u00eachant les soins sous contrainte, s\u2019est appuy\u00e9 par la suite sur une profonde r\u00e9organisation du travail en h\u00f4pital&#160;: politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire, introduction de techniques de management et de d\u00e9marches \u00ab&#160;qualit\u00e9&#160;\u00bb, etc. Si bien que des collectifs de soignant\u00b7es \u2013&#160;comme Les perch\u00e9s du Havre, Pinel en lutte ou Les Blouses noires&#160;\u2013 se joignent \u00e0 pr\u00e9sent aux patient\u22c5es pour crier leur \u00e9c\u0153urement devant le retour des pratiques les plus inhumaines de l\u2019univers asilaire.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Partout en France, soignant\u00b7es et patient\u22c5es alertent sur la situation dramatique des h\u00f4pitaux psychiatriques, malades des cons\u00e9quences des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire impos\u00e9es par les agences r\u00e9gionales de sant\u00e9 et les directeurs et directrices d\u2019h\u00f4pitaux&#160;: fermetures de lits (de 100&#160;000 lits dans les ann\u00e9es 1970, on est pass\u00e9 \u00e0 57&#160;000 en 2015), mutualisations d\u2019\u00e9tablissements ou mesures de r\u00e9duction du personnel m\u00e9dical font qu\u2019anxiolytiques et neuroleptiques \u00e0 haute dose remplacent peu \u00e0 peu le travail d\u2019\u00e9coute des soignant\u00b7es. Alors que les dotations financi\u00e8res des agences r\u00e9gionales de sant\u00e9 \u00e0 destination des h\u00f4pitaux croissent de 2 \u00e0 3&#160;% par an, celles des services psychiatriques n\u2019ont augment\u00e9 que de 0,88&#160;% au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Au gr\u00e9 des regroupements hospitaliers, les directeurs et directrices d\u2019h\u00f4pitaux sabrent dans les effectifs. Moins nombreux\u22c5ses, les soignant\u22c5es se retrouvent de plus en plus souvent dos au mur face \u00e0 l\u2019urgence&#160;: alors qu\u2019on les croyait datant d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue, l\u2019enfermement et la camisole, devenue chimique, font leur retour dans les services psychiatriques. Quand un\u00b7e seul\u00b7e soignant\u00b7e doit s\u2019occuper d\u2019une trentaine de patient\u00b7es, pas le temps de discuter, de prendre le pouls des situations des un\u00b7es des autres pour \u00e9tablir un diagnostic juste. Le nouvel \u00ab&#160;<em>h\u00f4pital-entreprise<\/em> <em>s\u2019appuie sur les neurosciences et leurs grilles d\u2019\u00e9valuation contre la psychanalyse et les acquis d\u2019une psychiatrie relationnelle et du sujet&#160;<\/em>&#160;\u00bb, \u00e9crit Jean-Pierre Martin, clinicien, dans son livre <em>\u00c9mancipation de la psychiatrie<\/em> (Syllepse, 2019). Au nom du virage ambulatoire, les temps de s\u00e9jours sont r\u00e9duits&#160;: le temps de traiter les crises les plus graves avec l\u2019armoire \u00e0 pharmacie puis les patient\u22c5es sont renvoy\u00e9\u22c5es dans leur vie de tous les jours, gav\u00e9\u22c5es de psychotropes cens\u00e9s leur rendre leur conformit\u00e9 sociale au plus vite. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En outre, les moyens enlev\u00e9s aux h\u00f4pitaux, lorsqu\u2019ils sont r\u00e9orient\u00e9s vers les structures extra-hospitali\u00e8res comme les centres m\u00e9dico-psychologiques (CMP) ne suffisent pas, et l\u2019accompagnement de tous les jours est sous-trait\u00e9 aux associations, \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e. \u00ab&#160;<em>On nous demande d\u2019hospitaliser moins de jours, on conna\u00eet moins bien les gens qu\u2019avant, on n\u2019a plus le temps de les aider dans leur quotidien. Aux urgences psychiatriques, on est forc\u00e9\u22c5es de refuser du monde, alors que la vie de certains et certaines est peut-\u00eatre en danger. Et si quelqu\u2019un se suicide juste parce qu\u2019on n\u2019a pas eu de lit disponible pour l\u2019accueillir&#160;?&#160;<\/em>&#160;\u00bb<em>, <\/em>raconte Ariane, infirmi\u00e8re dans un h\u00f4pital psychiatrique du XIXe&#160;arrondissement de Paris et membre du collectif Psychiatrie parisienne unifi\u00e9e. Le d\u00e9litement de l\u2019h\u00f4pital public, d\u00e9sormais g\u00e9r\u00e9 selon une logique de rentabilit\u00e9, pr\u00e9carise encore plus les patient\u22c5es les plus vuln\u00e9rables. Dans la capitale comme ailleurs, l\u2019agence r\u00e9gionale de sant\u00e9 souhaite d\u00e9velopper le recours aux cliniques priv\u00e9es en supprimant des lits dans le public et en fusionnant trois h\u00f4pitaux psychiatriques (Maison Blanche, Saint-Anne et Perray-Vaucluse) en un seul groupe public de sant\u00e9. L\u2019h\u00f4pital-entreprise impose aux infirmier\u00b7es de devenir managers de lits, \u00ab&#160;<em>une dynamique aggrav\u00e9e par le retour g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 un enfermement s\u00e9curitaire des patient\u00b7es et des soignant\u00b7es<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/contention_psy.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"895\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8757\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">L\u2019enfermement prend le pas sur le soin<\/h3>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Bien s\u00fbr, en tant que soignante, je peux comprendre que la contrainte physique et la chambre d\u2019isolement paraissent parfois n\u00e9cessaires. Si un\u00b7e patient\u22c5e est trop agit\u00e9\u00b7e, une injection de Clopixol semi-retard et il ou elle dort trois jours.<\/em>&#160;\u00bb, raconte Julie, une ancienne infirmi\u00e8re. \u00ab&#160;<em>Mais trop souvent, la contrainte est utilis\u00e9e \u00e0 tort<\/em>.&#160;\u00bb Apr\u00e8s avoir inject\u00e9 des grammes et des grammes de Clopixol, elle a re\u00e7u \u00e0 son tour ces m\u00eames injections, lorsqu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 souffrir de schizophr\u00e9nie. Elle se rappelle les neuroleptiques qui \u00ab&#160;<em>zombifient et vident le corps<\/em>&#160;\u00bb et les deux mois pass\u00e9s en chambre d\u2019isolement, une dur\u00e9e beaucoup trop longue, m\u00eame par rapport aux recommandations de la Haute autorit\u00e9 de sant\u00e9. \u00ab&#160;<em>Une vraie torture. \u00c0 part ressasser ses probl\u00e8mes, il n\u2019y a absolument rien \u00e0 faire. Certain\u22c5es m\u00e9decins appellent \u00e7a de l\u2019hypostimulation, pour moi c\u2019est juste de la privation sensorielle&#160;: on m\u2019a m\u00eame confisqu\u00e9 mes livres.&#160;<\/em>&#160;\u00bb, poursuit-elle. Comme l\u2019explique Marie, une salari\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Rouen et membre des Blouses noires, la multiplication de ces mesures s\u00e9curitaires ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en raison du \u00ab&#160;<em>manque de soignant\u00b7es qui engendre un recours beaucoup trop important \u00e0 la chambre prot\u00e9g\u00e9e et \u00e0 la contention<\/em>&#160;\u00bb, augmente le risque de r\u00e9action violente des patient\u22c5es, d\u2019automutilation ou de d\u00e9lire d\u00e9fensif. \u00ab&#160;<em>\u00c7a a aliment\u00e9 mon ressentiment, ma r\u00e9volte et ma rage, <\/em>se rappelle St\u00e9phane, bipolaire depuis ses 20&#160;ans et habitu\u00e9 des services psychiatriques, de Montpellier \u00e0 Caen<em>. Chaque retour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital provoquait des col\u00e8res chez moi, qui n\u2019auraient peut-\u00eatre pas eu lieu si la prise en charge lors de mes premi\u00e8res hospitalisations avait \u00e9t\u00e9 meilleure. \u00c0 chaque fois que je retourne \u00e0 l\u2019HP, c\u2019est la m\u00eame punition, le m\u00eame traitement&#160;: les pompiers me font rentrer de force dans le camion, et je me r\u00e9veille le matin en chambre d\u2019isolement, parfois une pi\u00e8ce vide avec un matelas en caoutchouc, le corps entrav\u00e9 par les sangles. C\u2019est aberrant, \u00e0 quoi bon&#160;?&#160;<\/em>&#160;\u00bb Tous ces t\u00e9moignages vont dans le m\u00eame sens&#160;: \u00e0 quoi bon entrer dans un h\u00f4pital psychiatrique si c\u2019est pour en ressortir avec la rage au c\u0153ur&#160;? Pour Jean-Pierre Martin, \u00ab&#160;l\u2019<em>intrusion d\u2019une politique s\u00e9curitaire et ses gouvernances d\u2019enfermement g\u00e9n\u00e9ralise la dangerosit\u00e9 \u00e0 tous les patients<\/em>&#160;\u00bb. <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>En tout, j\u2019ai d\u00fb passer deux ans entre les murs, et j\u2019utilise ce mot car je le vis \u00e0 chaque fois comme un emprisonnement. On sait quand on y entre mais pas quand on en sort&#160;: c\u2019est un peu l\u2019arbitraire psychiatrique&#160;<\/em>&#160;\u00bb<em>, <\/em>raconte l\u2019ancien professeur, de sa voix calme, qui s\u2019emballe parfois. \u00ab&#160;<em>\u00c0 Montpellier, apr\u00e8s que mes amis ont remarqu\u00e9 mes changements de comportement brusques, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 de force. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019isolement, attach\u00e9 \u00e0 un lit pendant trois jours. Je ne pouvais pas atteindre la sonnette d\u2019appel, je me suis piss\u00e9 dessus, je suppliais l\u2019infirmier de me d\u00e9tacher, sans r\u00e9sultat.&#160;<\/em>&#160;\u00bb Difficile de voir un\u00b7e m\u00e9decin ou infirmier\u00b7e quand on est intern\u00e9\u22c5e en h\u00f4pital psychiatrique, hormis lors de la sacro-sainte prise des cachets, une ou deux fois par jour. Le reste du temps, les personnels sont accapar\u00e9s par leur travail administratif, la saisie informatique d\u2019actes de soins r\u00e9pertori\u00e9s par des grilles d\u2019\u00e9valuation qui standardisent l\u2019analyse des sympt\u00f4mes en fonction des traitements m\u00e9dicamenteux (classification DSMV, d\u2019origine \u00e9tatsunienne). Le travail des soignant\u22c5es doit pouvoir \u00eatre \u00e9conomiquement \u00e9valuable, afin d\u2019\u00eatre rationalis\u00e9 et rentabilis\u00e9. Aux yeux des nouveaux et nouvelles managers hospitalier\u22c5es, le dialogue avec les patient\u00b7es co\u00fbte trop cher et ne produit pas de r\u00e9sultat \u00e9valuable dans l\u2019instant. Exit donc l\u2019empathie. D\u2019un coup de pharmacologie sont balay\u00e9s les progr\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nologiques et psychanalytiques qu\u2019a pu accomplir la psychiatrie dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe&#160;si\u00e8cle, avec Tosquelles, Oury et Guattari, et d\u2019autres clinicien\u00b7nes militant\u00b7es de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Sans m\u00e9dicaments, ces pionnier\u22c5es n\u2019auraient sans doute pas pu int\u00e9grer leurs patient\u22c5es dans des pratiques autogestionnaires, mais les pilules et les injections seules ne sont s\u00fbrement pas la solution, sauf \u00e0 vouloir rendre dociles des personnalit\u00e9s fragment\u00e9es et impr\u00e9visibles. <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Le psychiatre, je le voyais une fois par semaine pendant quinze minutes pour r\u00e9gler mes doses de neuroleptiques. Plus j\u2019essayais d\u2019\u00e9voquer mes angoisses avec lui, plus il augmentait mes doses. Je me suis rarement sentie \u00e9cout\u00e9e. J\u2019\u00e9tais tellement shoot\u00e9e par les m\u00e9docs que je ne contr\u00f4lais plus ma m\u00e2choire, je me bavais dessus. Quand je me regardais dans le miroir, je m\u2019effrayais moi-m\u00eame.<\/em>&#160;\u00bb Ir\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9e suite \u00e0 des d\u00e9lires psychotiques de pers\u00e9cution qui l\u2019ont pouss\u00e9e \u00e0 fuir le domicile familial pour aller se r\u00e9fugier dans les contreforts montagneux des Alpes durant quelques jours. Apr\u00e8s trois mois d\u2019hospitalisation, elle sort sans vraiment \u00eatre fix\u00e9e sur sa pathologie et consulte aujourd\u2019hui un psychiatre en lib\u00e9ral. Mais elle ne lui avoue pas tout, de peur d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9e de force \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, pour cause de p\u00e9ril imminent. La solution de l\u2019hospitalisation, parfois sous contrainte, semble \u00eatre souvent privil\u00e9gi\u00e9e par les psychiatres, peut-\u00eatre car les centres m\u00e9dico-psychologiques ne sont pas assez nombreux et trop in\u00e9galement r\u00e9partis sur le territoire. Ou que de r\u00e9centes lois s\u00e9curitaires facilitent les obligations de soins. D\u2019une main l\u2019\u00c9tat enferme de plus en plus de personnes pr\u00e9sum\u00e9es folles, et de l\u2019autre il ferme de plus en plus de lits. Quelle logique d\u00e9celer dans ce paradoxe&#160;? \u00ab&#160;<em>Dans les ann\u00e9es 1970, il y a eu un courant antipsychiatrique qui pr\u00f4nait la fin de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, les soins dans la ville. Mais on s\u2019est bien fait arnaquer&#160;: le nombre de lits a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit et derri\u00e8re, il n\u2019y a pas eu de cr\u00e9ation de structures interm\u00e9diaires pour compenser.&#160;<\/em>&#160;\u00bb<em>,<\/em> analyse Julie. Les politiques de sectorisation, lanc\u00e9es il y a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, ambitionnaient en effet de tisser tout un r\u00e9seau d\u2019institutions et d\u2019associations encadrant les malades \u00e0 leur sortie de l\u2019h\u00f4pital. En maillant les villes de structures interm\u00e9diaires comme les centres m\u00e9dico-psychologiques et les h\u00f4pitaux de jour, administrateur, administratrices et psychiatres esp\u00e9raient sortir l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de son vieux fonctionnement asilaire et de ses tentations totalitaires pour d\u00e9velopper une m\u00e9decine communautaire, reposant sur toute une s\u00e9rie de nouveaux acteurs et actrices, des ergoth\u00e9rapeutes aux psychomotricien\u00b7nes. Une r\u00e9flexion sur la folie, inscrite dans son contexte g\u00e9ographique et social. De cet id\u00e9al, les gestionnaires n\u2019ont finalement gard\u00e9 au cours des ann\u00e9es qu\u2019une politique de fermeture de lits, sans financer ces structures alternatives. Et les personnes en d\u00e9tresse psychique n\u2019ont souvent d\u2019autre choix que se rendre aux urgences psychiatriques, d\u00e9bord\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Carol, une jeune informaticienne, se rappelle de son arriv\u00e9e volontaire au centre psychiatrique d\u2019orientation et d\u2019accueil de l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne \u00e0 Paris, apr\u00e8s une longue d\u00e9pression et des envies suicidaires&#160;: \u00ab&#160;<em>En hospitalisation libre, on peut th\u00e9oriquement partir quand on veut, mais \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 comme \u00e7a pour moi. On m\u2019a pris mon t\u00e9l\u00e9phone de force, forc\u00e9e \u00e0 me mettre en pyjama, mis mes affaires dans un placard sous cl\u00e9, menac\u00e9e d\u2019une hospitalisation forc\u00e9e. On m\u2019a dit que c\u2019\u00e9tait le r\u00e8glement. Personne ne m\u2019avait pr\u00e9venue que \u00e7a se passerait comme \u00e7a. Puis j\u2019ai finalement eu une permission un week-end et quand je suis revenue, ils avaient donn\u00e9 mon lit \u00e0 un autre patient. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me barrer, je voulais pr\u00e9venir les infirmi\u00e8res, mais elles \u00e9taient d\u00e9bord\u00e9es, j\u2019ai attendu trois heures et je suis partie<\/em>.&#160;\u00bb Depuis, la jeune femme est prise en \u00e9tau entre l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 elle ne souhaite pas retourner et le manque de structures de soins par ailleurs. Dans ces conditions, difficile pour elle de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un suivi m\u00e9dical sur le long terme, d\u2019autant plus qu\u2019elle non plus n\u2019ose pas parler \u00e0 son psychiatre de ses pens\u00e9es suicidaires, de peur d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. M\u00eame en hospitalisation libre, les violences psychiatriques ne sont jamais bien loin.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Les patient\u00b7es qui restent plus longtemps, ce sont celles et ceux qui ont \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9\u00b7es de force. <\/em>&#160;\u00bb, constate Auriane, l\u2019infirmi\u00e8re qui se bat pour r\u00e9humaniser la psychiatrie au sein du collectif Psychiatrie parisienne unifi\u00e9e. Les autres peinent \u00e0 acc\u00e9der aux soins et se retrouvent souvent livr\u00e9\u00b7es \u00e0 elleux-m\u00eames, alors m\u00eame que notre soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale et comp\u00e9titive produit de plus en plus de pr\u00e9caires, de paum\u00e9\u00b7es et et de jeunes d\u00e9boussol\u00e9\u00b7es, victimes de nouvelles pathologies.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait plus de dix&#160;ans que le monde du soin psychiatrique en France est entr\u00e9 en r\u00e9sistance contre le programme de contr\u00f4le de la folie que les personnes en lutte qualifient de \u00ab&#160;nuit s\u00e9curitaire&#160;\u00bb. 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