{"id":8834,"date":"2020-02-18T12:41:40","date_gmt":"2020-02-18T11:41:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8834"},"modified":"2020-02-18T12:41:40","modified_gmt":"2020-02-18T11:41:40","slug":"banlieue-is-the-new-cool","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2020\/02\/18\/banlieue-is-the-new-cool\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Banlieue is the new cool\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Depuis les ann\u00e9es 2010, les musiques \u00e9lectroniques ont le vent en poupe \u00e0 Paris. Au d\u00e9but de la d\u00e9cennie, un ensemble d&#8217;acteur\u22c5ices institutionnel\u22c5les, publiques et priv\u00e9es, se sont en effet accord\u00e9es autour de la mise en place de politiques de la nuit. Se conformant aux principes de la ville cr\u00e9ative, iels ont facilit\u00e9 le d\u00e9veloppement d&#8217;activit\u00e9s festives qui se sont tout particuli\u00e8rement d\u00e9ploy\u00e9es dans la banlieue parisienne. Ce fleurissement n&#8217;a malheureusement pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 des formes d&#8217;instrumentalisation de la culture, accompagnant parfois de pr\u00e8s les politiques urbaines qui pr\u00e9parent le Grand Paris. <!--more--><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"textbody\">Paris, fin des ann\u00e9es 2000. Le bruit court que la ville est devenue la \u00ab\u00a0capitale europ\u00e9enne du sommeil\u00a0\u00bb. Une p\u00e9tition, titr\u00e9e \u00ab\u00a0Paris\u00a0: quand la nuit meurt en silence\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_8834_1('footnote_plugin_reference_8834_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_8834_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_8834_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>\u00a0\u00bb, tire un constat sans appel relay\u00e9 du <em>Monde<\/em> jusqu\u2019au <em>New York Times. <\/em>Ses auteur\u00b7es s\u2019alarment devant l\u2019agonie de la vie nocturne et de la f\u00eate parisiennes, \u00e9touff\u00e9es par une l\u00e9gislation estim\u00e9e trop s\u00e9v\u00e8re. Prenant conscience que sa r\u00e9putation de belle endormie ternit son \u00e9clat touristique, la Ville de Paris finit par r\u00e9agir : en novembre 2010, elle s\u2019associe \u00e0 la Pr\u00e9fecture de police et \u00e0 la r\u00e9gion \u00cele-de-France pour organiser les premiers \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la nuit \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville [2. Film\u00e9, le d\u00e9bat nocturne est disponible sur Dailymotion : &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xfo62p\">dailymotion.com\/video\/xfo62p<\/a>&gt;.]. Cet \u00e9v\u00e9nement marque un tournant. Jusque-l\u00e0 objet d\u2019une politique r\u00e9pressive visant \u00e0 contenir son activit\u00e9, la nuit b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un r\u00e9investissement sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0[3. Luc Gwiazdzinski, \u00ab\u00a0Quand le jour colonise la nuit\u00a0\u00bb, <em>Place publique, la revue urbaine<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a044, 2014. ]. Un Conseil de la nuit est m\u00eame cr\u00e9\u00e9 en 2014 afin de r\u00e9aliser les propositions et les projets discut\u00e9s\u00a0[4. Voir l\u2019article \u00ab\u00a0Le Conseil de la Nuit\u00a0\u00bb sur le site de la Ville de Paris\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.paris.fr\/nuit\">paris.fr\/nuit<\/a>&gt;.]. La Ville de Paris ne se contente donc pas de reconna\u00eetre la crise de sa nuit, elle r\u00e9agit par la mise en place de financements et de mesures. Qu\u2019est-ce qui sous-tend un tel revirement\u00a0? La Ville de Paris repense son attractivit\u00e9 et son d\u00e9veloppement en investissant la nuit comme une activit\u00e9 sur laquelle capitaliser<strong><sup>\u00a0[5. Voir le rapport du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res (2014), intitul\u00e9 \u00ab\u00a022 mesures pour faire de la vie nocturne un facteur d\u2019activit\u00e9 touristique \u00e0 l\u2019international\u00a0\u00bb\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.diplomatie.gouv.fr\/IMG\/pdf\/feuille_de_route_pole_nuit_finalisee_cle4add54-1.pdf\">diplomatie.gouv.fr\/IMG\/pdf\/feuille_de_route_pole_nuit_finalisee_cle4add54-1.pdf<\/a>&gt;.]<\/sup><\/strong>. Pr\u00e8s de douze\u00a0millions d\u2019euros sont d\u00e9bloqu\u00e9s pour d\u00e9velopper une politique qui s\u2019articule autour de trois axes principaux\u00a0: la m\u00e9diation, la dynamisation de la vie nocturne parisienne et sa promotion \u00e0 l\u2019international\u00a0[6. Voir l\u2019article \u00ab\u00a0Une politique ambitieuse en faveur de la vie nocturne \u00e0 Paris\u00a0\u00bb sur le site de la ville de Paris\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.paris.fr\/actualites\/une-politique-ambitieuse-en-faveur-de-la-vie-nocturne-a-paris-3902\">paris.fr\/actualites\/une-politique-ambitieuse-en-faveur-de-la-vie-nocturne-a-paris-3902<\/a>&gt;.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 ces politiques, les cultures \u00e9v\u00e9nementielles festives\u00a0[7. Graham St John, <em>Weekend Societies, Electronic Dance Music Festivals and Event-Cultures<\/em>, Bloomsbury, 2017.] que sont les musiques \u00e9lectroniques ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cet investissement\u00a0: elles ont pu se red\u00e9ployer dans la capitale et dans sa banlieue en connaissant une effervescence inou\u00efe. La nouvelle cartographie festive qu\u2019elles ont dessin\u00e9e s\u2019est ins\u00e9r\u00e9e dans les projets de d\u00e9veloppement du Grand Paris. Engag\u00e9es dans des processus d\u2019instrumentalisation de la culture, elles ont contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9invention discursive de la banlieue et \u00e0 sa gentrification.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8843\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Paris_electro_img4.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Entre renaissance et institutionnalisation<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de collectifs, d\u2019\u00e9v\u00e9nements, de labels et d\u2019artistes prend vie autour des musiques \u00e9lectroniques \u00e0 Paris. \u00c0 l\u2019instar des agences Surpr!ze \u2013\u00a0\u00e0 l\u2019origine de la salle Concrete depuis 2011 et du Weather Festival depuis 2013\u00a0\u2013, We Love Art \u2013\u00a0qui s\u2019occupe des festivals Peacock Society et We Love Green\u00a0\u2013 ou encore Sonotown \u2013\u00a0en charge, entre autres, de la programmation \u00e0 la Machine du Moulin Rouge\u00a0\u2013, beaucoup de collectifs fleurissent, collaborant d\u2019ailleurs souvent les uns avec les autres, comme La Mamie\u2019s, Die Nacht, Berlinons Paris ou Alter Paname. Si les musiques \u00e9lectroniques r\u00e9sonnent dans leur pleine diversit\u00e9, la techno et la house s\u2019imposent, dans des clubs, sur des p\u00e9niches, lors de festivals, dans des squats, des institutions culturelles et dans des lieux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et \u00ab\u00a0atypiques\u00a0\u00bb. Des \u00e9v\u00e9nements confidentiels, attirant un public de fins connaisseurs, et d\u2019autres r\u00e9unissant des foules immenses se succ\u00e8dent la nuit ou en journ\u00e9e, intramuros comme au-del\u00e0 du p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Rapidement, ce r\u00e9seau n\u00e9 de la collaboration entre labels, artistes, disquaires, collectifs, clubs, f\u00eatard\u22c5es et connaisseur\u22c5ses m\u00e9lomanes m\u00e8ne au d\u00e9veloppement d\u2019une sc\u00e8ne locale dynamique. Relay\u00e9e par des m\u00e9dias en ligne ind\u00e9pendants et par la presse sp\u00e9cialis\u00e9e, en particulier les magazines <em>Trax<\/em> et <em>Tsugi<\/em>, toute une activit\u00e9 discursive l\u2019accompagne et participe \u00e0 son organisation et \u00e0 sa coh\u00e9sion. Malgr\u00e9 sa jeunesse, cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration exhibe un attachement au vinyle, aux disquaires, aux imaginaires des cultures rave\/free party et warehouse berlinoise\u00a0: revenir \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique techno est un moyen pour elle de revendiquer un certain purisme. La nouvelle impulsion techno\/house parisienne aime donc \u00e0 se d\u00e9finir en lien avec la techno des ann\u00e9es 1990, et en opposition \u00e0 la sc\u00e8ne \u00e9lectronique qui la pr\u00e9c\u00e8de tout juste\u00a0[8. Teki Latex, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.huffingtonpost.fr\/teki-latex\/analyse-techno-paris_b_5599116.html\">Techno \u00e0 Paris\u00a0: l\u2019analyse des clans<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>Huffington Post<\/em>, juillet 2014.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Enfin, si la sc\u00e8ne de musiques \u00e9lectroniques parisienne s\u2019affirme non seulement comme un vivier de DJs et de producteurs et productrices s\u2019exportant tr\u00e8s bien hors de la capitale et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, elle affiche aussi son sens de l\u2019accueil envers de nombreux\u22c5ses artistes \u00e9tranger\u22c5es. La sc\u00e8ne parisienne trouve une place dans les r\u00e9seaux cosmopolites du renouveau des cultures \u00e9lectroniques \u00e0 travers l\u2019engagement \u00e9v\u00e9nementiel et m\u00e9diatique d\u2019organisations comme Boiler Room (BR\u00a0[9. Cr\u00e9\u00e9e en 2010 \u00e0 Londres, Boiler Room est une plateforme de diffusion musicale en ligne. La premi\u00e8re Boiler Room parisienne a lieu en 2012. En 2016 l\u2019organisation s\u2019implante officiellement dans l\u2019hexagone en faisant de Teki Latex le responsable de Boiler Room France.]), Resident Advisor (RA\u00a0[10. Cr\u00e9e en 2001 et bas\u00e9 \u00e0 Londres, <em>Resident Advisor<\/em> est un \u00ab\u00a0magazine en ligne et une plate-forme communautaire\u00a0d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la mise en avant de la musique \u00e9lectronique\u00a0\u00bb. (Traduction de la pr\u00e9sentation du site sous la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.residentadvisor.net\/about\">about<\/a>\u00a0\u00bb.)]) et Red Bull Music Academy (RBMA\u00a0[11. Fond\u00e9e en 1998, la RBMA se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0une institution de musique internationale engag\u00e9e dans la promotion de la cr\u00e9ativit\u00e9 de la musique. Nous c\u00e9l\u00e9brons la musique, sa culture, et les esprits novateurs qui la soutiennent\u00a0\u00bb. (Traduit depuis la page \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.redbullmusicacademy.com\/about\">about<\/a>\u00a0\u00bb du site de la RBMA.)]). Exemple significatif, le documentaire <em>Real Scenes: Paris<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 par RA en 2012, pr\u00e9sente la sc\u00e8ne techno comme la marque d\u2019une renaissance festive s\u2019op\u00e9rant avant tout en banlieue et sur les quais en contrepoint de ladite mort de la nuit parisienne.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La RBMA, qui propose une programmation pointue, jonglant entre concerts, expositions et conf\u00e9rences avec la cr\u00e8me des personnalit\u00e9s du monde de la musique, a organis\u00e9 deux festivals \u00e0 Paris en 2016 et 2017 qui se donnaient pour mission d\u2019explorer et de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019h\u00e9ritage culturel musical de la capitale et ses riches sc\u00e8nes locales\u00a0[12. Voir la \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.redbullmusicacademy.com\/about\/projects\/red-bull-music-academy-festival-paris-2017\">pr\u00e9sentation<\/a>\u00a0\u00bb du festival sur le site de la RBMA.]. B\u00e9n\u00e9ficiant de la finesse de la programmation et de la communication li\u00e9es aux festivals RBMA, Paris acc\u00e8de alors \u00e0 un espace de rayonnement international d\u00e9cisif.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019effervescence des musiques \u00e9lectroniques \u00e0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 est \u00e0 mettre en lien avec\u00a0le r\u00e9investissement de la nuit de la part des politiques publiques. La sc\u00e8ne actuelle a en effet \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien accueillie sur le plan institutionnel. De nombreux acteurs et actrices des musiques \u00e9lectroniques se produisent r\u00e9guli\u00e8rement dans des institutions culturelles telles que le Palais de Tokyo, la Ga\u00eet\u00e9 Lyrique, le mus\u00e9e du quai Branly ou encore l\u2019Institut du monde arabe, qui font ainsi le pari de rajeunir leur image et leur public. Les dynamiques d\u2019institutionnalisation \u2013 notamment de patrimonialisation et de l\u00e9gitimation &#8211; qui sont ici \u00e0 l\u2019\u0153uvre refl\u00e8tent le nouveau positionnement de la Ville \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces cultures musicales. Les expositions <em>Electrosound, du lab au dancefloor <\/em>(2016) dans l\u2019Espace de la Fondation EDF, l\u2019exposition <em>R\u00eave \u00c9lectro, de Kraftwerk \u00e0 Daft Punk<\/em> (2019) \u00e0 la Philharmonie de Paris, l\u2019attribution de la L\u00e9gion d\u2019honneur \u00e0 Laurent Garnier pour \u00ab\u00a0<em>\u00a0trente ans de services \u00e0 la musique \u00e9lectronique<\/em><em>\u00a0[13. Voir le Journal officiel de la R\u00e9publique fran\u00e7aise\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.legiondhonneur.fr\/sites\/default\/files\/promotion\/lh20170101.pdf\">legiondhonneur.fr\/sites\/default\/files\/promotion\/lh20170101.pdf<\/a>&gt;.]<\/em>\u00a0\u00bb ne laissent ainsi planer aucun doute\u00a0: les musiques \u00e9lectroniques ont int\u00e9gr\u00e9 le patrimoine de la Ville de Paris.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019enjeu est aussi \u00e9conomique\u00a0: la popularisation de ces musiques para\u00eet \u00e9vidente, elles concernent aujourd\u2019hui un large public et leur milieu s\u2019est largement professionnalis\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Conduite en 2016, une \u00e9tude de la Sacem a \u00e9valu\u00e9 \u00e0 416\u00a0millions d\u2019euros les recettes annuelles des musiques \u00e9lectroniques en France\u00a0[14. Ce qui repr\u00e9sente 17\u00a0% du revenu total des musiques actuelles. 82\u00a0% de la recette annuelle des musiques \u00e9lectroniques repose sur l\u2019\u00e9conomie des clubs et des festivals. \u00ab\u00a0Les Musiques \u00c9lectroniques en France\u00a0[\u00c9tude]\u00a0\u00bb, Sacem, 2016.]. En 2014, Adrien Betra, directeur des festivals Weather et de la Concrete, le souligne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui, c\u2019est une volont\u00e9 politique d\u2019aller dans ce sens. Ils se disent<\/em>\u00a0: \u201cTiens c\u2019est bizarre, \u00e0 Berlin, ils font un milliard et demi d\u2019euros de chiffre d\u2019affaire sur la musique \u00e9lectronique et \u00e7a cr\u00e9e de l\u2019emploi, \u00e7a fait vivre la ville\u2026 alors que nous, on a de moins en moins de touristes\u00a0!\u201d<strong><sup>\u00a0[15. Dans \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/03\/26\/style\/le-weather-festival-est-le-prolongement-logique-de-la-concrete-11841060\/\">Le Weath<\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.lesinrocks.com\/2014\/03\/26\/style\/le-weather-festival-est-le-prolongement-logique-de-la-concrete-11841060\/\">er est le prolongement logique de la Concrete<\/a>\u00a0\u00bb, entretien avec Adrien Betra et Brice Coudert, <em>Les Inrockuptibles<\/em>, le 26\u00a0mai 2014.]<\/sup><\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">En ligne de mire, c\u2019est bien de la promotion de Paris en tant que destination touristique festive dont il s\u2019agit. Force est de constater que les acteurs et actrices des musiques \u00e9lectroniques se prennent au jeu. Active depuis 1996, l\u2019association Technopol a \u00e9norm\u00e9ment contribu\u00e9 \u00e0 la promotion et \u00e0 la reconnaissance institutionnelle des musiques \u00e9lectroniques en France, ainsi qu\u2019\u00e0 faire \u00e9voluer les \u00e9changes avec les pouvoirs publics. \u00c0 travers la Techno Parade\u00a0[16. La premi\u00e8re Techno Parade a lieu en 1998 \u00e0 l\u2019initiative de Jack Lang, alors ministre de la Culture. ] et la Paris Electronic Week, l\u2019association a eu un r\u00f4le-cl\u00e9 dans la popularisation des musiques \u00e9lectroniques ainsi que dans la r\u00e9organisation et la professionnalisation de leur milieu. \u00ab\u00a0<em>Jusqu\u2019en 2010, on avait au moins une dizaine de dossiers d\u2019organisation qui posait probl\u00e8me chaque ann\u00e9e [\u2026]. \u00c7a s\u2019est arrang\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des pouvoirs publics, \u00e0 l\u2019action de notre association qui a form\u00e9 les organisateurs et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019entrepreneurs classiques qui connaissent bien leur m\u00e9tier. Les festivals sont aujourd\u2019hui mieux reconnus pour leur impact sur l\u2019\u00e9conomie locale et le rayonnement du territoire\u00a0[17. Trax, <em>20 ans de musiques \u00e9lectroniques<\/em>, Hachette, 2017.]<\/em> \u00a0\u00bb confie Tommy Vaudecrane de Technopol.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8840\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Paris_electro_img1.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"388\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Des m\u00e9dias sous le charme<\/h3>\n<p class=\"textbody\">L\u2019institutionnalisation de la sc\u00e8ne \u00e9lectronique s\u2019accompagne d\u2019un renouvellement du discours m\u00e9diatique. Autrefois stigmatis\u00e9es dans la presse g\u00e9n\u00e9raliste, les musiques \u00e9lectroniques sont d\u00e9sormais trait\u00e9es de mani\u00e8re largement positive et enthousiaste dans les colonnes de <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, <em>Le Point<\/em>, <em>Le Figaro<\/em>, <em>Paris Match<\/em> et bien d\u2019autres. Les journalistes se p\u00e2ment tour \u00e0 tour devant le r\u00e9veil de la f\u00eate parisienne, son rayonnement \u00e0 l\u2019international, le dynamisme de la sc\u00e8ne techno parisienne et le bon go\u00fbt des parti pris aux esth\u00e9tiques pointues et exp\u00e9rimentales. Iels se passionnent pour les h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui des musiques \u00e9lectroniques, l\u2019esprit de libert\u00e9 de la f\u00eate en lien aux cultures rave\/free party et d\u00e9couvrent, enchant\u00e9\u22c5es, l\u2019intense activit\u00e9 festive en banlieue\u00a0[18. Les titres des articles suivants en sont l\u2019illustration\u00a0: \u00ab\u00a0La nuit, Paris rave encore\u00a0\u00bb dans <em>Lib\u00e9ration <\/em>(2015), \u00ab\u00a0Paris, c\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 les DJs pr\u00e9f\u00e8rent jouer aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb dans <em>T\u00e9l\u00e9rama <\/em>(2015), \u00ab\u00a0Musique non-stop\u00a0: La techno bat son plein \u00e0 Paris\u00a0\u00bb dans <em>Grazia <\/em>(2017), \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lectro lib\u00e8re Paris\u00a0\u00bb dans <em>T\u00e9l\u00e9rama <\/em>(2014), \u00ab\u00a0Jeff Mills, le pape de la techno, s\u2019installe \u00e0 Paris\u00a0\u00bb dans <em>Le Parisien <\/em>(2011), \u00ab\u00a0Plongez dans l\u2019histoire du Rex Club\u00a0\u00bb dans <em>Paris Match<\/em> (2013), \u00ab\u00a0Paris, place forte en puissance de la musique \u00e9lectro\u00a0\u00bb dans <em>20 minutes<\/em> (2016).]. Dans ces louanges, on lit souvent une pens\u00e9e reconnaissante pour la Ville de Paris, s\u2019accordant gaiement \u00e0 l\u2019ambition cultiv\u00e9e par cette derni\u00e8re de promotion de son image festive. \u00ab\u00a0<em>La mairie a eu la volont\u00e9 de nous accompagner, car \u00e7a dynamise Paris, et on assiste \u00e0 un retour du tourisme festif<\/em><em>\u00a0[19. Charline Lecarpentier, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/next.liberation.fr\/musique\/2015\/02\/27\/la-nuit-paris-rave-encore_1211072\">La nuit, Paris rave encore<\/a>\u00a0\u00bb dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, le 27 f\u00e9vrier 2015.]<\/em>\u00a0\u00bb, insiste Adrien Betra du collectif Surpr!ze \u00e0 propos du Weather Festival dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>. En traitant de l\u2019activit\u00e9 des musiques \u00e9lectroniques, les m\u00e9dias g\u00e9n\u00e9ralistes ne se font pas seulement l\u2019\u00e9cho de cette nouvelle image de la capitale, ils la performent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Apr\u00e8s des ann\u00e9es de marasme, la ville retrouve ses soir\u00e9es techno et son \u00e9nergie festive. Un succ\u00e8s qui d\u00e9borde hors des fronti\u00e8res de la capitale<\/em><em>\u00a0[20. <em>Ibid<\/em>.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour lui donner plus de corps, on l\u2019ancre volontiers dans une continuit\u00e9 historique. C\u2019est exactement le propos de la webs\u00e9rie documentaire <em>Touche Fran\u00e7aise <\/em>(2016) qui piste les origines de la sc\u00e8ne de musiques \u00e9lectroniques actuelle d\u2019abord dans les raves des ann\u00e9es 1990, puis dans les \u00e9volutions de la <em>french touch<\/em>. Quel meilleur moyen de donner du cachet \u00e0 la sc\u00e8ne parisienne que de l\u2019associer \u00e0 l\u2019utopie libertaire des raves et \u00e0 des l\u00e9gendes transcontinentales comme Laurent Garnier, Daft Punk, Air ou Justice\u00a0? Pr\u00e9sent\u00e9e ainsi, la f\u00eate parisienne est plus que vivante, elle rel\u00e8ve d\u2019une tradition fran\u00e7aise\u00a0[21. Dans cette logique, rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que la fanfare interarm\u00e9es ait jou\u00e9 des morceaux de Daft Punk en cl\u00f4ture du d\u00e9fil\u00e9 de la f\u00eate nationale du 14 Juillet 2017. ]. Les discours m\u00e9diatiques qui r\u00eavent cette g\u00e9n\u00e9alogie tendent \u00e0 envisager la \u00ab\u00a0mort de la nuit\u00a0\u00bb associ\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 2000 comme une br\u00e8ve parenth\u00e8se, de laquelle \u00e9merge naturellement le renouveau des musiques \u00e9lectroniques et de la f\u00eate parisiennes.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Investir les quais et les p\u00e9riph\u00e9ries<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Tandis qu\u2019elle se red\u00e9ploie, l\u2019activit\u00e9 des musiques \u00e9lectroniques dessine une nouvelle cartographie de la vie nocturne festive parisienne \u2013\u00a0exploitant parcs, institutions culturelles, b\u00e2timents inutilis\u00e9s en attente d\u2019attribution, friches culturelles, squats\u2026 Sans surprise, ces dynamiques de changement marqu\u00e9es par l\u2019extension vers la banlieue et les quais, l\u2019occupation de lieux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et de l\u2019espace public faisaient parties des propositions discut\u00e9es lors des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la nuit\u00a0[22. Elles apparaissent toutes dans le communiqu\u00e9 de presse bilan de la Mairie de Paris\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.technopol.net\/lesetatsgeneraux?format=pdf\">technopol.net\/lesetatsgeneraux?format=pdf<\/a>&gt;.] \u00ab\u00a0<em>Certains lieux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, lorsqu\u2019ils sont en p\u00e9riode d\u2019inactivit\u00e9, pourraient \u00eatre provisoirement investis. [\u2026] Ensuite, hors de la capitale, dans le cadre de Paris-m\u00e9tropole [Grand Paris], nous encourageons l\u2019implantation de nouveaux lieux de f\u00eate<\/em><em>\u00a0[23. \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2010\/11\/12\/paris-ouvre-ses-etats-generaux-de-la-nuit_1438781_823448.html\">Paris tient ses \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de la nuit<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>Le Monde<\/em>, le 12 Novembre 2010.]<\/em>\u00a0\u00bb, disait Mao Peninou, l\u2019adjoint au maire de Paris, lors des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de 2010. Il poursuit durant le d\u00e9bat nocturne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Au fur et \u00e0 mesure on va rendre pi\u00e9tonnier les berges de la Seine notamment sur la Rive Gauche, donc il n\u2019y a aucun doute que ces espaces vont s\u2019ouvrir. Et puis on va commencer \u00e0 travailler [\u2026] par arrondissement sur quels squares on peut ouvrir. [\u2026] Il y a un certain nombre de parcs [\u2026] dans lesquels on a mis en place des concessions, on va d\u00e9velopper cette politique-l\u00e0. [\u2026] L\u2019espace public va \u00eatre de plus en plus occup\u00e9\u00a0[24. Voir <a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xfo62p\">la vid\u00e9o en ligne<\/a> du d\u00e9bat, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, passage de 2:04:00 \u00e0 2:06:00.].<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c9loign\u00e9s des habitations, les quais de Seine offre une position id\u00e9ale pour l\u2019activit\u00e9 festive\u00a0[25. Les nombreux clubs qui ont ouverts depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 sont les t\u00e9moins de l\u2019investissement de cette zone. Parmi eux, les Nuits Fauves (2015), le Wanderlust (2012), le N\u00fcba, le bien \u00e9tabli Batofar (1999), le Petit Bain (2011), la Sundae (2009) au Caf\u00e9 Barge et bien sur la Concrete (2011).]. La licence 24\u00a0h accord\u00e9e \u00e0 la Concrete en 2017 par la Pr\u00e9fecture a permis au club de rester ouvert en continu, attestant de la bonne entente avec les pouvoirs publics\u00a0[26. Laure Narlian, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/culturebox.francetvinfo.fr\/musique\/electro\/le-club-techno-parisien-concrete-obtient-la-licence-24h-une-premiere-253513\">\u00a0Le club Techno parisien Concrete obtient la licence 24\u00a0h\u00a0: interview d\u2019un responsable<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>Culturebox<\/em>, 2017.]. Toutefois, c\u2019est aux abords du p\u00e9riph\u00e9rique et surtout au-del\u00e0 que les f\u00eates \u00e9lectroniques et les nombreuses structures qui les organisent ont fleuri ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les festivals sont la manifestation la plus spectaculaire de cet investissement de la banlieue. En 2014, Le Weather Festival a ainsi pu accueillir 35\u00a0000 participant\u22c5es sur un week-end sur les pistes de l\u2019a\u00e9roport du Bourget. D\u2019autres, comme le Macki Music (Carri\u00e8res-sur-Seine), le Area 217 (Br\u00e9tigny-sur-Orge) ou le Marvellous Island (Torcy) parient \u00e9galement sur le plein-air et proposent des escapades hors de Paris.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Rh\u00e9torique de l\u2019alternatif et sp\u00e9culation immobili\u00e8re<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Le choix d\u2019occuper des espaces verts et des friches industrielles fait implicitement r\u00e9f\u00e9rence aux imaginaires des cultures rave\/free party\u00a0[27. Alice O\u2019Grady, \u00ab\u00a0Dancing Outdoors\u00a0: DIY Ethics and Democratised Practices of Well-Being on the UK Festival Circuit\u00a0\u00bb, dans <em>Weekend Societies, Electronic Dance Music Festivals and Event-Cultures<\/em>, Bloomsbury, 2017.] et warehouse berlinoise\u00a0[28. Jean-Yves Leloup, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/fr.redbullmusicacademy.com\/daily\/2016\/09\/un-etat-de-fete-permanent\">Un \u00e9tat de f\u00eate permanent<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>Red Bull Music Academy Daily<\/em>, le 1<sup>er<\/sup>\u00a0septembre 2016.]. Les lieux culturels dits \u00ab\u00a0atypiques\u00a0\u00bb (le 6B, Main D\u2019\u0152uvres<strong><sup>\u00a0[29. Expuls\u00e9 le 08\/10\/2019 pour faire place \u00e0 un conservatoire, en pleine proc\u00e9dure d\u2019appel contre la d\u00e9cision de la Mairie de Saint-Ouen.]<\/sup><\/strong>, la Station Gare des Mines, le Pavillon du Docteur Pierre, la Halle Papin) se pr\u00e9sentent selon une rh\u00e9torique de la cr\u00e9ativit\u00e9, de l\u2019alternatif, de l\u2019autogestion, de la convivialit\u00e9, de la solidarit\u00e9 et de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se mariant particuli\u00e8rement bien aux imaginaires mobilis\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements de musiques \u00e9lectroniques<strong><sup>\u00a0[30. Le 6B, lieu de cr\u00e9ation et de diffusion \u00e0 Saint-Denis, s\u2019installe dans un ancien b\u00e2timent industriel en 2010 et se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0<em>un lieu de travail, de culture et d\u2019\u00e9changes autog\u00e9r\u00e9 (qui offre) 170\u00a0ateliers (\u2026) de cr\u00e9ation, de diffusion et de convivialit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Main D\u2019\u0152uvres, lieu pour l\u2019imagination artistique et citoyenne \u00e0 Saint-Ouen, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur les vestiges du centre social et sportif des usines Valeo et se d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0<em>n\u00e9 d\u2019une envie fondatrice\u00a0: celle de transmettre la cr\u00e9ation \u00e0 tous, de rendre la capacit\u00e9 d\u2019imaginer, de ressentir et de cr\u00e9er notre soci\u00e9t\u00e9 ensemble. Lieu ind\u00e9pendant de cr\u00e9ation et de diffusion, de recherche et d\u2019exp\u00e9rience destin\u00e9 \u00e0 accueillir des artistes de toutes disciplines<\/em>\u00a0\u00bb. Ancienne usine r\u00e9habilit\u00e9 par le collectif Soukmachines, le Pavillon du Docteur Pierre (Nanterre) est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0<em>un espace d\u2019expressions artistiques temporaire avec des r\u00e9sidences et des \u00e9v\u00e9nements festifs, artistiques et conviviaux ouverts sur la ville<\/em>\u00a0\u00bb.]<\/sup><\/strong>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais ces lieux ne se positionnent pas simplement sur une \u00e9conomie de la f\u00eate\u00a0: tous mettent en avant un projet de d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la culture, l\u2019occupation alternative d\u2019espaces contribuant \u00e0 soutenir des pratiques artistiques transdisciplinaires et exp\u00e9rimentales. \u00c0 en croire les discours qu\u2019ils mobilisent, ces lieux r\u00e9aliseraient \u00e9galement un travail social. Implant\u00e9s dans divers quartiers de banlieue, ces lieux sont d\u00e9finis comme ouverts \u00e0 toutes et \u00e0 tous, comme ayant une offre culturelle locale pour les habitant\u22c5es du quartier et comme participant \u00e0 favoriser la mixit\u00e9 et la solidarit\u00e9 sociales. Cependant, le public des lieux culturels atypiques, tout comme celui des \u00e9v\u00e9nements de musiques \u00e9lectroniques, reste largement homog\u00e8ne. Il peut grossi\u00e8rement \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 comme jeune, blanc et parisien. Dans le magazine <em>Antidote<\/em>, le journaliste Maxime Retailleau rapporte les mots d\u2019\u00c9ric Daviron du Collectif MU, programmateur musical de La Station Gare des Mines\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u201c<\/em>On attire des queers, des h\u00e9t\u00e9ros, des gens \u2018branch\u00e9s\u2019 mais ouverts<em>\u201d [\u2026] pr\u00e9cise \u00c9ric. Bien que le lieu soit mal desservi par les transports en commun, la plupart des personnes qui s\u2019y rendent sont parisiennes. \u201c<\/em>On a assez peu de gens du quartier qui viennent \u00e0 nos teufs<em>, reconna\u00eet \u00c9ric,<\/em> bien qu\u2019on essaye parfois d\u2019organiser des \u00e9v\u00e9nements pour eux.<em>\u201d<\/em> <em>Le public de La Station m\u00eale ainsi jeunes artistes d\u00e9sargent\u00e9s et \u00e9tudiants en art, se m\u00ealant \u00e0 une population plus ais\u00e9e venue s\u2019encanailler, lass\u00e9e du chic des clubs intra-muros jug\u00e9s trop lisses<\/em><em>\u00a0[31. Maxime Retailleau, \u00ab\u00a0Pourquoi la jeunesse parisienne fait-elle la f\u00eate en banlieue\u00a0?\u00a0\u00bb, dans <em>Antidote<\/em>, 2018\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/magazineantidote.com\/nuit\/pourquoi-jeunesse-parisienne-fait-elle-fete-banlieue\/\">magazineantidote.com\/nuit\/pourquoi-jeunesse-parisienne-fait-elle-fete-banlieue<\/a>&gt;.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8842\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Paris_electro_img3.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Aladdin Charni, fondateur du Freegan Pony, du P\u00e9ripate et du Pipi Caca, affirme \u00e9galement\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00a0Il y a deux types de client\u00e8les, il y a celle qu\u2019on aimerait bien avoir et celle qu\u2019on a. En fait d\u00e8s le d\u00e9but on avait dans l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir une client\u00e8le tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclite, en l\u2019occurrence on est dans un quartier ici, Porte de la Villette, assez compliqu\u00e9. On voulait vraiment qu\u2019il y ait un m\u00e9lange de Parisiens, de gens du quartier, de migrants, de SDF, de prostitu\u00e9es. [\u2026] Malheureusement on a plus de gens de Paris que de gens du quartier. [\u2026] Donc c\u2019est une population pas assez h\u00e9t\u00e9roclite \u00e0 notre go\u00fbt, mais \u00e7a va le devenir, on esp\u00e8re<\/em><em>\u00a0[32. <em>Reportage au Freegan Pony, un restaurant pas comme les autres<\/em>, Cercle des volontaires, 2016\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=arD8Dnlng-U\">youtube.com\/watch?v=arD8Dnlng-U<\/a>&gt;.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s lors, il faut se demander \u00e0 qui les discours de l\u2019alternatif sont-ils adress\u00e9s\u00a0? Qui s\u00e9duisent-ils\u00a0? \u00c0 qui ces lieux et \u00e9v\u00e9nements sont-ils attractifs, voire destin\u00e9s\u00a0? Et surtout, qu\u2019est-ce qu\u2019ils participent \u00e0 produire\u00a0? En effet, les lieux culturels atypiques et les \u00e9v\u00e9nements de musiques \u00e9lectroniques prennent part \u00e0 des dynamiques bien plus larges que les discours qui les caract\u00e9risent ne le laissent supposer. Les partenaires auxquels ils s\u2019associent les ancrent dans des projets immobiliers dont les ambitions d\u00e9passent de loin le soutien au d\u00e9veloppement d\u2019une activit\u00e9 artistique et festive locales et alternatives. Le b\u00e2timent qu\u2019occupe le 6B appartient au promoteur immobilier Br\u00e9mond, en charge de la construction du nouvel \u00e9coquartier \u00ab\u00a0N\u00e9aucit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 Saint-Denis\u00a0[33. \u00ab\u00a0Le 6B, lieu de cr\u00e9ation partage\u00a0\u00bb, dans <em>ArtePlan\u00a0: Arts et am\u00e9nagements des territoires\u00a0<\/em>: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/arteplan.org\/initiative\/le-6b\/\">arteplan.org\/initiative\/le-6b<\/a>&gt;.]. Parmi les autres partenaires et m\u00e9c\u00e8nes du 6B apparaissent la r\u00e9gion \u00cele-de-France, la commune de Saint-Denis ou encore l\u2019entreprise Orange\u00a0[34. Voir le site du 6B, rubrique \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.le6b.fr\/partenaires\/\">partenaires<\/a>\u00a0\u00bb.]. La Station Gare des Mines r\u00e9side dans un b\u00e2timent appartenant \u00e0 SNCF Immobilier et re\u00e7oit le soutien de la r\u00e9gion \u00cele-de-France, de la Sacem, du Centre national de la musique (CNM\u00a0[35. Anciennement Centre national de la chanson, des vari\u00e9t\u00e9s et du jazz (CNV).]) et de la Ville de Paris\u00a0[36. Voir le site de La Station, rubrique \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/lastation.paris\/presentation\/\">pr\u00e9sentation<\/a>\u00a0\u00bb.]. Pour l\u2019occupation du Pavillon du Docteur Pierre, le collectif Soukmachines avait sign\u00e9 une convention avec la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9conomie mixte d\u2019am\u00e9nagement et de gestion de la ville de Nanterre (Semna) et la soci\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re Etic\u00a0[37. Apr\u00e8s l\u2019occupation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du collectif, Etic est charg\u00e9e de transformer le Pavillon en bureaux et logements sociaux en accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, avec comme partenaire Bouygues Immobilier.]. Les bailleurs, partenaires et financements qui soutiennent l\u2019activit\u00e9 de tels lieux, \u00e9clairent les dynamiques plus larges dans lesquelles ces derniers s\u2019ancrent\u00a0[38. Micka\u00ebl Correia, \u00ab\u00a0L\u2019Envers des friches culturelles\u00a0: quand l\u2019attelage public-priv\u00e9 fabrique la gentrification\u00a0\u00bb, dans <em>Revue du Crieur<\/em>, vol.\u00a03, n\u00ba\u00a011, 2018.]. Au niveau local, ils sont engag\u00e9s dans des projets immobiliers qui visent une revalorisation urbaine des quartiers dans lesquels ils sont implant\u00e9s. Leur activit\u00e9 participe \u00e0 la \u00ab\u00a0fabrique de la ville\u00a0\u00bb des promoteurs et promotrices immobili\u00e8res qui pr\u00e9tendent travailler \u00e0 une revalorisation urbaine soucieuse de l\u2019environnement et d\u2019une solidarit\u00e9 sociale en lien \u00e0 l\u2019\u00e9volution du quartier, tout en l\u2019inscrivant dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et culturel du territoire. En int\u00e9grant la rh\u00e9torique et l\u2019activit\u00e9 des lieux culturels atypiques, les promoteurs et promotrices pr\u00e9sentent leurs projets immobiliers comme relevant de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. \u00ab\u00a0<em>La culture, la solidarit\u00e9 et la protection de l\u2019environnement sont autant de reflets des \u00e9nergies d\u2019un territoire. Br\u00e9mond accorde une place r\u00e9elle au monde cr\u00e9atif dans la construction des lieux de vie afin que l\u2019univers sensible participe \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 l\u2019esprit des lieux. [\u2026] Il est le partenaire historique du 6B\u00a0: [\u2026] des professionnels, des associations et des individus passionn\u00e9s [\u2026] accompagnant ainsi la mutation urbaine et culturelle de la Seine-Saint-Denis<\/em>.\u00a0\u00bb peut-on lire sur le site du groupe Br\u00e9mond. Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0[SNCF immobilier] <em>est un acteur de r\u00e9f\u00e9rence dans la fabrication de la ville mobile,<\/em> <em>connect\u00e9e et inclusive, en partenariat avec les collectivit\u00e9s territoriales SNCF Immobilier contribue \u00e9galement \u00e0 l\u2019effort national pour le logement et \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement du territoire<\/em><em>\u00a0[39. Voir le site de Br\u00e9mond\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.groupe-bremond.com\/identite\/\">groupe-bremond.com\/identite<\/a>&gt;.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les lieux culturels atypiques ne sont pas les seuls \u00e0 soutenir le d\u00e9veloppement territorial en s\u2019appuyant sur les cultures \u00e9lectroniques. Sans forc\u00e9ment miser sur le discours alternatif, les festivals comptent plusieurs milliers de participant\u22c5es, et sont une aubaine pour l\u2019\u00e9conomie locale, ainsi que pour le rayonnement et l\u2019attractivit\u00e9 du territoire. Leur grande ampleur et leurs retomb\u00e9es aussi bien \u00e9conomiques que symboliques sont le terrain d\u2019une collaboration avec les collectivit\u00e9s territoriales. Le discours de l\u2019alternatif fonctionne comme un moyen d\u2019affirmer un positionnement distinctif, suppos\u00e9 plus proche des valeurs d\u2019origine des musiques \u00e9lectroniques, et oppos\u00e9 aux vis\u00e9es mercantiles et massifiantes des festivals. Parmi le spectre des collectifs et des structures investissant la banlieue, certains collaborent ouvertement avec les administrations publiques, d\u2019autres s\u2019organisent dans une plus ou moins grande clandestinit\u00e9\u00a0[40. Jean-Yves Leloup, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/fr.redbullmusicacademy.com\/daily\/2016\/09\/un-etat-de-fete-permanent\">Un \u00e9tat de f\u00eate permanent<\/a>\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.], revendiquant ainsi une forme d\u2019authenticit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En contraste avec les repr\u00e9sentations de territoire paup\u00e9ris\u00e9 et ins\u00e9curisant associ\u00e9es \u00e0 la banlieue, l\u2019investissement festif de cette derni\u00e8re va de pair avec sa r\u00e9invention discursive. En effet, pour de nombreux\u22c5ses Parisien\u22c5nes, la banlieue se met \u00e0 repr\u00e9senter une zone de libert\u00e9, un terrain de jeu rempli d\u2019espaces insolites \u00e0 explorer o\u00f9 faire la f\u00eate de mani\u00e8re nouvelle. Le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re des espaces occup\u00e9s donne \u00e0 la f\u00eate un c\u00f4t\u00e9 excitant, une insouciance h\u00e9doniste, qui contraste avec la permanence des clubs intramuros. Ceux-ci, par leurs petits espaces, l\u2019omnipr\u00e9sence des vigiles, des prix prohibitifs des entr\u00e9es et des consommations \u00e9lev\u00e9es, ainsi que leur pression \u00e0 la rentabilit\u00e9, semblent brider l\u2019esprit original de la f\u00eate. Lib\u00e9rant les collectifs de ces contraintes, les espaces en banlieue leur conf\u00e8rent une plus grande autonomie, notamment en ce qui concerne la programmation, alors souvent tenue pour plus pointue et avant-gardiste : \u00ab <em>Un club, c\u2019est sympa, mais bon, tu peux pas vraiment transmettre tout ton univers, il y a d\u00e9j\u00e0 l\u2019univers du lieu et souvent un club, c\u2019est froid, donc c\u2019est compliqu\u00e9, alors que l\u00e0 c\u2019est tout ce qu\u2019on aime et c\u2019est vraiment notre univers<\/em><em>\u00a0[41. <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YktfsOVIXSs&amp;t=659s\"><em>Le Renouveau de la F\u00eate<\/em><\/a>, Utopie Tangible, 2016.]<\/em>\u00a0\u00bb, affirme Benedetta du Camion Bazar. Ou encore \u00c9ric Labb\u00e9, en 2015, dans un entretien avec <em>Enlarge your Paris\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>Il y a encore trois\u00a0ans, lorsqu\u2019on parlait de Saint-Denis \u00e0 un djeuns, il pensait tout de suite guerre civile. Aujourd\u2019hui, un lieu comme le 6B a transform\u00e9 l\u2019imaginaire qu\u2019on peut avoir de la ville. \u00c7a lui a donn\u00e9 une image plus sexy<\/em><em>\u00a0[42. \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.enlargeyourparis.fr\/avec-la-fete-on-repousse-les-frontieres-de-paris\">Avec la f\u00eate, on repousse les limites de Paris<\/a>\u00a0\u00bb, entretien avec \u00c9ric Labb\u00e9, dans <em>Enlarge your Paris<\/em>, le 30 avril 2015.]<\/em>.\u00a0\u00bb Cette r\u00e9invention discursive de la banlieue est largement soutenue par la blogosph\u00e8re et la presse\u00a0: \u00ab\u00a0Banlieue is the new cool\u00a0[43. Les titres d\u2019articles suivant en t\u00e9moignent\u00a0: \u00ab\u00a0Banlieue is the New Cool\u00a0\u00bb dans <em>My Little Paris<\/em>, \u00ab\u00a0Les friches culturelles les plus styl\u00e9es du Grand Paris\u00a0\u00bb dans <em>Le Bonbon <\/em>(2018), \u00ab\u00a0Avec la f\u00eate, on repousse les limites de Paris\u00a0\u00bb dans <em>Enlarge your Paris <\/em>(2015), \u00ab\u00a0Les squats r\u00e9inventent Paris et sa banlieue\u00a0\u00bb dans <em>Open Minded<\/em> (2017).]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Ancrage dans le projet du Grand Paris<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Ambitieux projet d\u2019am\u00e9nagement territorial, le Grand Paris pr\u00e9tend faire de l\u2019\u00cele-de-France \u00ab\u00a0<em>une m\u00e9tropole de comp\u00e9titivit\u00e9 mondiale, \u00e9coresponsable et cr\u00e9ative<\/em> \u00bb, le tout en am\u00e9liorant le cadre de vie de ses habitant\u22c5es et en nivelant les in\u00e9galit\u00e9s territoriales en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture, au logement et aux transports [44. Voir le site officiel du Grand Paris : &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.grand-paris.jll.fr\/fr\/projet-grand-paris\/\">grand-paris.jll.fr\/fr\/projet-grand-paris<\/a>&gt;.]. Gr\u00e2ce aux d\u00e9veloppements conjoints de Paris et de sa banlieue, ce projet monumental d\u00e9clare travailler \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019agglom\u00e9ration parisienne et \u0153uvrer \u00e0 la reconnexion de territoires dissoci\u00e9s autant sur le plan symbolique qu\u2019urbanistique. Jusque-l\u00e0 d\u00e9tach\u00e9e de Paris intramuros, la p\u00e9riph\u00e9rie est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 ses politiques de d\u00e9veloppement territorial. C\u2019est dans cette logique que se d\u00e9ploient des p\u00f4les d\u2019excellence dans des zones d\u00e9sign\u00e9es d\u2019\u00cele-de-France\u00a0[45. Voir \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sept-poles-dexcellence-grand-paris\/00079038\">Les sept <\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sept-poles-dexcellence-grand-paris\/00079038\">\u201c<\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sept-poles-dexcellence-grand-paris\/00079038\">p\u00f4les d\u2019excellence<\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sept-poles-dexcellence-grand-paris\/00079038\">\u201d<\/a><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/sept-poles-dexcellence-grand-paris\/00079038\"> du Grand Paris\u00a0<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>Alternatives \u00c9conomiques<\/em>, le 1<sup>er<\/sup>\u00a0juin 2017.], en leur attribuant des strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement sp\u00e9cifiques. Parmi les diff\u00e9rents p\u00f4les d\u2019excellence, le territoire de la Plaine Commune en Seine-Saint-Denis est porteur du p\u00f4le culture et cr\u00e9ation<strong><sup>\u00a0[46. Voir le site officiel de la Plaine Commune Territoire de la Culture et de la Cr\u00e9ation\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/plainecommune.fr\/qui-sommes-nous\/\">plainecommune.fr\/qui-sommes-nous<\/a>&gt;.]<\/sup><\/strong>. C\u2019est pour cette raison que la Cit\u00e9 du Cin\u00e9ma de Luc Besson, la Cit\u00e9 des Humanit\u00e9s et des Sciences Sociales (Campus Condorcet) et bien d\u2019autres structures encore sont implant\u00e9es sur ce territoire. Les activit\u00e9s artistique et culturelle ont ainsi une place toute particuli\u00e8re dans les politiques de d\u00e9veloppement du Grand Paris. Les favoriser revient \u00e0 rendre des quartiers de banlieue attractifs \u00e0 une \u00ab\u00a0classe cr\u00e9ative\u00a0\u00bb, une population suppos\u00e9e jeune, qualifi\u00e9e et innovante, et consid\u00e9r\u00e9e par les les auteur\u00b7es qui conceptualisent la\u00a0ville cr\u00e9ative comme le principal moteur du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Selon les mots de l\u2019urbaniste Elsa Vivant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans leur choix de localisation r\u00e9sidentielle, les travailleurs cr\u00e9atifs (cadres, ing\u00e9nieurs, designers, chercheurs) privil\u00e9gieraient les qualit\u00e9s d\u2019un espace urbain valorisant et favorisant la cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 savoir une grande tol\u00e9rance et une atmosph\u00e8re \u201ccool\u201d, d\u00e9tendue et boh\u00e8me. La force de la ville tiendrait \u00e0 sa dimension cr\u00e9ative, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par son dynamisme culturel et artistique<\/em><em>\u00a0[47. Elsa Vivant, <em>Qu\u2019est-ce que la ville cr\u00e9ative\u00a0?<\/em>, PUF, 2009.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Plus vraisemblablement, la nouvelle activit\u00e9 artistique et culturelle en banlieue doit pouvoir cibler des populations aux potentiels d\u2019achats plus forts ayant les moyens d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et pouvant attirer des entreprises \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e. Rendue populaire entre autres par Richard Florida\u00a0[48. Richard Florida, <em>The Rise of the Creative Class. And How It\u2019s Transforming Work, Leisure, and Everyday Life<\/em>, Basic Books, 2002.], la notion de <em>ville cr\u00e9ative<\/em> a s\u00e9duit les gouvernements des villes qui l\u2019adopte aussi bien sur le plan rh\u00e9torique que sur le plan de l\u2019action publique, en tant que strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement \u00e9conomique\u00a0[49. Jean-Baptiste Le Corf, \u00ab\u00a0\u201cIndustries cr\u00e9atives\u201d et \u201c\u00e9conomie cr\u00e9ative\u201d\u00a0: de la conception de notions op\u00e9ratoires au r\u00e9f\u00e9rentiel d\u2019action publique locale\u00a0\u00bb, dans <em>Communications et Langages<\/em>, n\u00ba\u00a0175, 2013.]. Et cela malgr\u00e9 les critiques que cette notion re\u00e7oit pour son flou, son \u00e9cho au discours marchand et son manque d\u2019appui scientifique\u00a0[50. Elsa Vivant, <em>Qu\u2019est-ce que la ville cr\u00e9ative\u00a0?<\/em>, ouvr. cit\u00e9.]. Le projet du Grand Paris fait fond sur les logiques de la ville cr\u00e9ative\u00a0[51. Boris Lebeau, \u00ab\u00a0Une \u201cbanlieue cr\u00e9ative\u201d dans le Grand Paris?\u00a0\u00bb, dans <em>EchoG\u00e9o<\/em>, vol.\u00a027, 2014.]\u00a0: la stimulation de l\u2019activit\u00e9 artistique et culturelle est articul\u00e9e \u00e0 la densification du r\u00e9seau de transport en commun, la cr\u00e9ation d\u2019espaces verts, la construction ou la r\u00e9habilitation de logements dans les quartiers populaires de banlieue parisienne. Dans cette m\u00eame logique, l\u2019appel \u00e0 projets \u00ab\u00a0Inventons la M\u00e9tropole du Grand Paris\u00a0\u00bb proposent \u00e0 des groupements d\u2019entreprises, d\u2019architectes et d\u2019investisseurs de nombreux sites de banlieue pour y d\u00e9velopper des projets \u00ab\u00a0<em>urbains et \u00e9conomiques innovants<\/em><em>\u00a0[52. Tel que d\u00e9crit sur le site officiel d\u2019\u00ab\u00a0Inventons la M\u00e9tropole du Grand Paris\u00a0\u00bb\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.inventonslametropoledugrandparis.fr\/\">inventonslametropoledugrandparis.fr<\/a>&gt;.]<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube-nocookie.com\/embed\/Tmrypqp9nk4\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>La vie culturelle est devenue un indicateur de la qualit\u00e9 de vie d\u2019une ville, en particulier dans le classement des villes \u201co\u00f9 il fait bon vivre\u201d effectu\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement par les magazines. Am\u00e9liorer le cadre de vie (et le faire savoir) devient une condition n\u00e9cessaire pour attirer des entreprises [\u2026] dont les cadres sont demandeurs de services culturels<\/em><em>\u00a0[53. Elsa Vivant, <em>Qu\u2019est-ce que la ville cr\u00e9ative\u00a0?<\/em>, ouvr. cit\u00e9.]<\/em>\u00a0\u00bb affirme encore Elsa Vivant.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La rh\u00e9torique du Grand Paris fait largement usage de mots \u00e0 connotation positive tels que <em>renouvellement<\/em>, <em>revalorisation<\/em>, <em>r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration<\/em> ou <em>revitalisation<\/em> pour d\u00e9crire des processus de transformations sociales et urbaines comme s\u2019ils relevaient de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Ces mots masquent la violence sociale de ces processus de transformation et \u00e9vacuent toute propension \u00e0 les critiquer. Les am\u00e9nagements urbains et la stimulation de l\u2019activit\u00e9 culturelle concourent aux red\u00e9finitions urbanistique et symbolique de quartiers populaires de la p\u00e9riph\u00e9rie. Ouvrant la porte \u00e0 la sp\u00e9culation fonci\u00e8re, ces red\u00e9finitions \u00e9cartent les populations initialement pr\u00e9sentes par l\u2019augmentation du co\u00fbt de la vie et la fragilisation de l\u2019acc\u00e8s au logement\u00a0[54. Anne Clerval et Antoine Fleury, \u00ab\u00a0Politiques urbaines et gentrification, une analyse critique \u00e0 partir du cas de Paris\u00a0\u00bb, dans <em>L\u2019Espace Politique<\/em>, vol.\u00a08 n\u00ba\u00a02, 2009, p.\u00a06. ]. L\u2019exclusion des habitant\u22c5es ne saurait \u00eatre qu\u2019\u00e9conomique, elle est aussi sociale. Les transformations de ces quartiers ont pour effet l\u2019effacement de la m\u00e9moire et des sociabilit\u00e9s populaires. Le terme <em>gentrification<\/em> est adapt\u00e9 pour d\u00e9crire ces processus, qui s\u2019apparentent \u00e0 une recomposition des hi\u00e9rarchies sociales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle urbaine\u00a0[55. Neil Smith, <em>The New Urban Frontier\u00a0: Gentrification and the Revanchist City<\/em>, Routledge, 1996.]. Plus encore, il faut relever l\u2019invisibilisation de la dimension raciale, qui touchent des quartiers historiquement habit\u00e9s par des populations originaires de pays anciennement colonis\u00e9s par la France\u00a0[56. Sophie Gonick, \u00ab\u00a0Disciplining the Metropolis\u00a0: Grand Paris, Immigration, and the Banlieue\u00a0\u00bb, dans <em>Berkeley Planning Journal<\/em>, vol.\u00a024, 2011.]. Moul\u00e9s dans la doctrine de l\u2019universalisme r\u00e9publicain fran\u00e7ais\u00a0[57. Pap Ndiaye, <em>La Condition noire. Essai sur une minorit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>, Gallimard, 2009. ], ces processus t\u00e9moignent de l\u2019incapacit\u00e9 des administrations publiques \u00e0 tenir compte des in\u00e9galit\u00e9s ancr\u00e9es dans l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une domination coloniale pass\u00e9e\u00a0[58. Rada Ivekovic, \u00ab\u00a0Banlieues, sexes et le boomerang colonial\u00a0\u00bb, dans <em>Multitudes<\/em>, n\u00ba\u00a024, 2006, p.\u00a0217.]. D\u00e8s lors, sous sa fa\u00e7ade progressiste, pr\u00e9tendant viser la correction des in\u00e9galit\u00e9s et l\u2019am\u00e9lioration du cadre de vie pour l\u2019ensemble des francilien\u22c5nes, le projet du Grand Paris cache des logiques avant tout n\u00e9olib\u00e9rales\u00a0[59. Theresa Enright, <em>The Making of Grand Paris: Metropolitan Urbanism in the Twenty-First Century<\/em>, MIT Press, 2016.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans une \u00e9mission de radio sur <em>France Culture<\/em> \u00e0 propos du Grand Paris, l\u2019\u00e9ducateur et pr\u00e9sident de l\u2019association Zonzon91 Aboubacar Sakanoko affirme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ils ont beau \u00e9crire de belles phrases, dire \u201coui le Grand Paris \u00e7a sera ouvert \u00e0 tous, \u00e7a va permettre ceci, cela\u201d, \u00e7a va juste excentrer des gens, \u00e7a va en favoriser d\u2019autres et le vecteur, c\u2019est l\u2019argent. Nous on le per\u00e7oit comme \u00e7a et nous vivons ici. [\u2026] Leur Grand Paris, \u00e7a ne nous est pas destin\u00e9, \u00e0 moins que je me mette \u00e0 toucher 3\u00a0500 euros et que je passe du c\u00f4t\u00e9 de la classe moyenne. L\u00e0, le Grand Paris ouais, je me sentirais peut-\u00eatre concern\u00e9. Ils sont l\u00e0 en train de parler de \u201cvivre-ensemble\u201d, mais nous on vit d\u00e9j\u00e0 ensemble dans les quartiers, donc leur \u201cvivre-ensemble\u201d, leurs grands mots\u00a0[60. \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/lsd-la-serie-documentaire\/le-grand-paris-44-quel-avenir-pour-les-quartiers-populaires\">Le Grand Paris, quels avenirs pour les quartiers populaires\u00a0?<\/a>\u00a0\u00bb, dans <em>LSD, la s\u00e9rie documentaire<\/em>, r\u00e9alis\u00e9e par Perrine Kervran et diffus\u00e9e sur <em>France Culture<\/em> le 8\u00a0mars 2018.]\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Et au maire de Grigny Philippe Rio de rajouter\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le r\u00e9cit du Grand Paris et de la m\u00e9tropolisation d\u00e9veloppent exclusivement des mots <\/em>p\u00f4les d\u2019excellences<em>, <\/em>territoires innovants<em>, des concours d\u2019architectes\u2026 Tout \u00e7a est hyper bling-bling et on ne se sent pas faire partie de ce projet m\u00e9tropolitain<\/em><em>\u00a0[61. <em>Ibid<\/em>.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8841\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Paris_electro_img2.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"464\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Retour aux musiques \u00e9lectroniques<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Que \u00e7a soit par l\u2019ancrage dans des projets immobiliers visant \u00e0 revaloriser des quartiers disqualifi\u00e9s de banlieue, par la collaboration avec les collectivit\u00e9s territoriales pour stimuler l\u2019\u00e9conomie locale et l\u2019attractivit\u00e9 de territoires extramuros, ou plus g\u00e9n\u00e9ralement par la r\u00e9invention discursive de la banlieue, l\u2019activit\u00e9 des musiques \u00e9lectroniques en p\u00e9riph\u00e9rie est largement int\u00e9gr\u00e9e dans les logiques du Grand Paris\u00a0[62. Sans liens aux pouvoirs publics, m\u00eame les \u00e9v\u00e9nements clandestins qui investissent des espaces de banlieue pour un public parisien, participent malgr\u00e9 eux aux ambitions du Grand Paris.]. Les lieux culturels atypiques et les \u00e9v\u00e9nements de musiques \u00e9lectroniques bas\u00e9s en Seine-Saint-Denis et collaborant avec les administrations publiques participent directement \u00e0 cette logique qui d\u00e9signe ce territoire comme son p\u00f4le cr\u00e9ation\u00a0[63. Voir le site officiel de la Plaine Commune Territoire de la Culture et de la Cr\u00e9ation, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les dynamiques contemporaines d\u2019institutionnalisation des cultures \u00e9lectroniques, la forte attention m\u00e9diatique qui leur est port\u00e9e, la structuration professionnelle de leur milieu, ainsi que la fr\u00e9quente collaboration avec les collectivit\u00e9s territoriales ou avec des promoteurs et promotrices immobili\u00e8res nous poussent \u00e0 r\u00e9interroger la filiation des acteurs actuels des musiques \u00e9lectroniques \u00e0 leur histoire contestataire, aujourd\u2019hui mythifi\u00e9e. En effet, les dynamiques contemporaines dans lesquelles s\u2019int\u00e8grent les musiques \u00e9lectroniques contrastent nettement avec leur histoire de marginalisation culturelle et de r\u00e9pression politique\u00a0[64. Marion Raynaud Lacroix, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/fr.traxmag.com\/article\/37246-la-premiere-grande-etude-sur-les-musiques-electroniques-en-france-est-sortie\">On a cru que la techno pouvait changer le monde<\/a>\u00a0\u00bb, entretien avec Guillaume Kosmicki, dans <em>i-D magazine.<\/em>]. Le renvoi constant \u00e0 leur pass\u00e9 d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 produit un imaginaire romantique dont \u00e9merge ce que l\u2019on peut appeler une \u00ab\u00a0patine alternative\u00a0\u00bb\u00a0[65. \u00c0 ce sujet voir la notion de <em>capital sous-culturel<\/em> dans Sarah Thornton, <em>Club Cultures: Music, Media and Subcultural Capital<\/em>, Polity Press, 1995.]. On assiste \u00e0 une certaine esth\u00e9tisation des musiques \u00e9lectroniques\u00a0: si leurs formes sont reproduites avec rigueur\u00a0[66. Qu\u2019il s\u2019agisse des esth\u00e9tiques musicales ou des pratiques de f\u00eates.], les dynamiques contemporaines dans lesquelles elles s\u2019ins\u00e8rent ainsi que les publics qu\u2019elles attirent les distinguent clairement des contextes dont elles ont \u00e9merg\u00e9. Et cette patine alternative fonctionne comme une ressource susceptible de transformer les stigmates d\u2019un quartier en atouts. Pascale Marie, responsable chez SNCF Immobilier, confie ainsi en 2017: \u00ab\u00a0<em>On a beaucoup de sites sur Paris intramuros et Paris en p\u00e9riph\u00e9rie sur lesquels on a des projets de mutation urbaine, et c\u2019est vrai que ces sites sont souvent assez industriels, ils sont souvent per\u00e7us comme des friches en d\u00e9sh\u00e9rence avec des connotations parfois n\u00e9gatives. Et pour faire muter un site vers de l\u2019urbain, il faut donner de l\u2019envie, il faut donner \u00e0 voir une activit\u00e9 un peu nouvelle et c\u2019est vrai que cet urbanisme transitoire permet d\u2019offrir une amorce, un trait d\u2019union vers autre chose. Sur les Mines, le site est un petit peu plus dur, un peu plus \u201ctrash\u201d m\u00eame, on pourrait dire, et ce qui \u00e9tait important, c\u2019\u00e9tait d\u2019avoir une approche artistique peut-\u00eatre un peu plus forte que sur les autres sites, donc plus innovante. C\u2019est principalement ce qui a retenu l\u2019attention sur la Station MU, ce collectif, par rapport \u00e0 son choix musical, un peu exp\u00e9rimental et donc dans la lign\u00e9e de ce qui \u00e9tait attendu sur ce site<\/em><em>\u00a0[67. Courte vid\u00e9o de pr\u00e9sentation de la Station Gare des Mines sur la cha\u00eene YouTube officielle de la SNCF\u00a0: &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=8RLZ8h14x8U&amp;t=14s\">youtube.com\/watch?v=8RLZ8h14x8U&amp;t=14s<\/a>&gt;.]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pourtant, on ne peut pas dire que les organisateurs et organisatrices d\u2019\u00e9v\u00e9nements de musiques \u00e9lectroniques prennent part de leur propre chef \u00e0 ces processus. La plupart manifestent un attachement sinc\u00e8re aux histoires contestataires des cultures \u00e9lectroniques. M\u00eame pour ceux et celles qui travaillent de pr\u00e8s avec les administrations publiques, les rapports demeurent complexes, notamment avec les autorit\u00e9s et les lois fran\u00e7aises via les exigences de s\u00e9curit\u00e9\u00a0[68. C\u2019est notamment pour cette raison qu\u2019en 2017 de nombreux collectifs se sont r\u00e9unis en fondant le <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/drive.google.com\/file\/d\/1hNlOcE8xVgyELPGvhOHsNptjpke7A5ww\/view\">Syndicat des organisateurs culturels libres et engag\u00e9s<\/a> (Socle).]. Ils et elles doivent s\u2019ajuster \u00e0 la fois concr\u00e8tement et discursivement \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de leurs contrats d\u2019occupation et \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de leur p\u00e9rennisation. Cette pr\u00e9carit\u00e9 et les discours sur l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui la normalisent t\u00e9moignent de la fa\u00e7on dont l\u2019activit\u00e9 des musiques \u00e9lectroniques est instrumentalis\u00e9e dans un objectif d\u2019urbanisme transitoire. Cependant, qu\u2019ils et elles le veuillent ou non, leur activit\u00e9 est int\u00e9gr\u00e9e aux logiques du Grand Paris, une strat\u00e9gie territoriale qui d\u00e9tourne \u00e0 son profit des cultures musicales per\u00e7ues comme contestataires\u00a0[69. Luc Boltanski et Eve Chiapello, <em>Le Nouvel Esprit du capitalisme<\/em>, Gallimard, 1999.]. Historiquement li\u00e9es \u00e0 des espaces de transgression, les cultures musicales \u00e9lectroniques sont d\u00e9sormais engag\u00e9es dans des processus d\u2019institutionnalisation qui les transforment profond\u00e9ment. Et si le regard romantique port\u00e9 sur leurs histoires contestataires emp\u00eache bien souvent de comprendre ces cultures musicales dans leurs dynamiques contemporaines, les strat\u00e9gies politiques et marketing du Grand Paris ont su avantageusement tirer parti de leur patine alternative et de leur potentiel cool\u00a0[70. Thomas Frank, <em>The Conquest of Cool: Business Culture, Counterculture, and the Rise of Hip Consumerism<\/em>, The University of Chicago Press, 1997.].<\/p>\n<hr\/>\n<h3 class=\"section\">Pour aller plus loin&#160;:<\/h3>\n<p>On pourra consulter les travaux de <a href=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/centre-etudes-europeennes\/fr\/chercheur\/myrtille-picaud\">Myrtille Picaud<\/a>, notamment&#160;:<\/p>\n<ul>\n<li><em><a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/tel-01929852\">Mettre la ville en musique (Paris-Berlin). Quand territoires musicaux, urbains et professionnels \u00e9voluent de concert<\/a><\/em>, th\u00e8se de doctorat en sociologie soutenue \u00e0 l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, 2017. Extrait disponible sur halshs.archives-ouvertes.fr.<\/li>\n<li>\u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/www.springerprofessional.de\/en\/putting-paris-and-berlin-on-show-nightlife-in-the-struggles-to-d\/16580014\">Putting Paris and Berlin on Show: Nightlife in the Struggles to Define Cities\u2019 International Position<\/a>&#160;\u00bb, dans Geoff Stahl, Giacomo Bott\u00e0, <em>Nocturnes: Popular Music and the Night<\/em>, Basingstoke, UK \/ New York, Palgrave Macmillan, 2019, p.&#160;35-48.\n<\/li>\n<\/ul>\n<hr\/>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8834_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8834_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_8834_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_8834_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_8834_1('footnote_plugin_tooltip_8834_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_8834_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Pour lire la petition, voir &lt;<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20091109202557\/http:\/\/www.quandlanuitmeurtensilence.com\/\">web.archive.org<\/a>&gt;.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_8834_1() { jQuery('#footnote_references_container_8834_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8834_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_8834_1() { jQuery('#footnote_references_container_8834_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8834_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_8834_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_8834_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_8834_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_8834_1(); } } function footnote_moveToAnchor_8834_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_8834_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis les ann\u00e9es 2010, les musiques \u00e9lectroniques ont le vent en poupe \u00e0 Paris. 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