{"id":9091,"date":"2020-05-14T16:18:58","date_gmt":"2020-05-14T14:18:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=9091"},"modified":"2020-05-14T16:18:58","modified_gmt":"2020-05-14T14:18:58","slug":"devant-moria","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2020\/05\/14\/devant-moria\/","title":{"rendered":"Devant Moria 1\/2"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Photographies par Ahmad Ebrahimi<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Ouvert en 2013 sur l\u2019\u00eele de Lesbos en Gr\u00e8ce sur le site d\u2019une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es qui cherchent \u00e0 rejoindre l\u2019Europe. L\u2019un des cinq centres d\u2019enregistrement et de contr\u00f4le situ\u00e9s en mer Eg\u00e9e, il se double d\u2019un centre de d\u00e9tention, t\u00e9moignant d\u2019une gestion s\u00e9curitaire et d\u2019une criminalisation de ces migrations. Coercition, d\u00e9tention arbitraire, expulsions, refoulements massifs et violations des droits fondamentaux sont au rendez-vous. Pr\u00e9vu pour loger 3\u00a0000 personnes, on d\u00e9nombre en janvier 2020 plus de 20\u00a0000 personnes vivant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp et \u00e0 ses abords.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En septembre 2018, Cl\u00e9ment Aadli, Adrien Chevrier et Am\u00e9lie Perrot mettent en place des ateliers de radio h\u00e9berg\u00e9s dans un accueil de jour situ\u00e9 en marge du camp. Emportant des enregistreurs avec elles et eux, les participant\u00b7es des ateliers racontent, interviewent d\u2019autres habitant\u00b7es, captent la vie du camp et inventent leur radio. Retour en deux parties sur cette exp\u00e9rience radiophonique \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la crise du coronavirus et le d\u00e9faut de protection sanitaire vuln\u00e9rabilisent encore davantage les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Moria.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\"><a href=\"https:\/\/www.r22.fr\/antennes\/jef-klak\/radio-lesbos\/emission-de-radio\">\u00c9couter trois \u00e9missions musicales de Radio, Lesbos.<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00a0<span style=\"font-weight: bold !important;\">Farouk\u00a0:<\/span> <em>Bonjour \u00e0 tous. Aujourd\u2019hui, ce sont nos vies que nous voulons amener jusqu\u2019\u00e0 vous. Nos vies dans le camp de Moria. Nous voulons vous raconter \u00e0 quoi elles ressemblent. Et nous commencerons en parlant de notre arriv\u00e9e ici, \u00e0 Lesbos, en Gr\u00e8ce.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">La pi\u00e8ce o\u00f9 se sont d\u00e9roul\u00e9es ces \u00e9missions de radio \u00e9tait une cabane en bois, sur l\u2019\u00eele grecque de Lesbos, aux confins de la partie orientale de la mer M\u00e9diterran\u00e9e, aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe. Par la porte laiss\u00e9e ouverte, nous voyions la mer, et les c\u00f4tes turques, en face, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres. Toutes celles et ceux qui participaient aux \u00e9missions vivaient dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Moria. Sauf l\u2019un d\u2019entre elles et eux, dont nous avons appris plus tard qu\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 apr\u00e8s avoir failli y mourir de trois coups de couteaux.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Sahar Mousavi est l\u2019une des premi\u00e8res \u00e0 avoir pris la parole pour parler du camp. Elle est venue d\u2019Afghanistan avec son mari et sa fille de quatre ans.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sahar Mousavi\u00a0:<\/span> <em>Quand je suis arriv\u00e9e, il y a trois mois, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s triste et je me disais que je n\u2019avais aucune chance dans la vie, que pour moi tout serait toujours difficile et je ne comprenais pas pourquoi. Je vais un peu mieux maintenant. Avec ma fille et mon mari, nous vivons avec deux autres familles dans un container. Ce n\u2019est plus aussi dur qu\u2019\u00e0 notre arriv\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Les premiers jours, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s difficile et tr\u00e8s sale, surtout pour les enfants. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 vraiment choqu\u00e9e en d\u00e9couvrant la salet\u00e9 de cet endroit. Ma fille dormait par terre, au milieu des d\u00e9chets.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Et moi, je pleurais. J\u2019ai pleur\u00e9 pendant des nuits. Quand je pleurais, je pensais \u00e0 mon avenir et \u00e0 celui de ma fille. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur. Je ne veux pas me souvenir de tout \u00e7a.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9107\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8968_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Il \u00e9tait impossible d\u2019organiser des ateliers de radio \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Moria. L\u2019acc\u00e8s est interdit aux associations non autoris\u00e9es, c\u2019est \u00e0 dire presque toutes. Il est interdit de filmer le camp, d\u2019y prendre des photos et d\u2019y enregistrer. Un grand panneau le rappelle \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. \u00c0 trois reprises en 2018 et 2019, nous avons donc install\u00e9 la radio dans un accueil de jour, \u00e0 une heure \u00e0 pied du camp. Abri provisoire surplombant la mer. Ici, le vent souffle souvent fort.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au moment o\u00f9 nous \u00e9crivons, nous ne savons pas si cet endroit pourra un jour accueillir et aider des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 nouveau. Cet accueil de jour s\u2019appelle OHF. Il vient d\u2019\u00eatre d\u00e9vast\u00e9 par le feu. L\u2019incendie est tr\u00e8s probablement criminel. Depuis cinq ans, r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es et b\u00e9n\u00e9voles tentaient patiemment d\u2019y construire et d\u2019y apporter ce dont les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es manquent \u00e0 Moria. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 peu pr\u00e8s tout\u00a0: un lieu o\u00f9 se retrouver en s\u00e9curit\u00e9, un repas par jour, des consultations de m\u00e9decin\u00b7es et d\u2019avocat\u00b7es, une \u00e9cole, des livres, une prise pour recharger son t\u00e9l\u00e9phone, quelques activit\u00e9s sportives, culturelles et \u00e9ducatives. Le centre abritait \u00e9galement un espace r\u00e9serv\u00e9 aux femmes, un potager, un petit atelier de r\u00e9parations. Nous regardons les photos qui nous parviennent, cherchant ce qui subsiste apr\u00e8s le feu. L\u2019\u00e9cole, au premier plan, \u00e0 droite en entrant dans le centre, a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9truite.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est pas le premier incendie qui frappe une ONG de l\u2019\u00eele ces derni\u00e8res semaines. Lesbos ne tient plus. Et pourtant, l\u2019\u00eele ne tenait d\u00e9j\u00e0 plus quand ces \u00e9missions de radio y ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Farouk\u00a0:<\/span> <em>Mon premier jour ici\u2026 J\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s stressant. Je n\u2019avais jamais rien connu de tel auparavant. Au Ghana je tenais un magasin, j\u2019avais ma propre affaire. Pour la premi\u00e8re fois, je me retrouvais dans un camp. Vous savez, je suis arriv\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t le matin, nous n\u2019avions rien \u00e0 manger ou \u00e0 boire. Le voyage avait commenc\u00e9 la veille au soir, et toute la journ\u00e9e nous avons attendu \u00e0 Moria sans eau ni nourriture. Le soir on nous a seulement donn\u00e9 un morceau de pain et une petite bouteille d\u2019eau. Mon esprit \u00e9tait totalement confus. Je me disais que si c\u2019\u00e9tait \u00e7a la vie que je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 vivre \u00e0 Moria, j\u2019allais devenir fou. Mes pens\u00e9es commen\u00e7aient \u00e0 tourner. Et puis j\u2019ai fini par rencontrer des gens qui vivaient d\u00e9j\u00e0 ici. Aujourd\u2019hui, je me dis que peut-\u00eatre, un jour, ma vie changera. Et je remercie tout de m\u00eame Dieu. Car si je n\u2019\u00e9tais pas venu \u00e0 Moria, je n\u2019aurais pas rencontr\u00e9 ma femme. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 quelque chose de fort pour moi.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Mais je ne crois pas que je sugg\u00e9rerais \u00e0 quiconque de venir ici, \u00e0 cause de la vie qu\u2019on m\u00e8ne dans le camp. J\u2019aurais aim\u00e9 que ce soit une meilleure exp\u00e9rience pour tout le monde. Qu\u2019en \u00e9tant ici, on d\u00e9couvre aussi comment d\u2019autres vivent ailleurs dans le monde. Mais je ne crois pas qu\u2019ici soit un meilleur endroit o\u00f9 vivre pour qui que ce soit.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Selon les jours, les mois, les voix r\u00e9unies autour des micros \u00e9taient celles de Farouk, Alain Serge Soh, Anoosh Ariamehr, Ahmad Ebrahimi, Sahar Mousavi, Giscard, Hadi, Sarah, Mehdad, Zahra, Ali Mousavi, Ali Nuri. Certain\u00b7es ont voulu donner leurs noms de famille, d\u2019autres non. La plupart d\u2019entre elles et eux faisaient de la radio pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Chaque atelier de radio consistait \u00e0 enregistrer une \u00e9mission. En g\u00e9n\u00e9ral, entre quatre et huit personnes venaient discuter autour des micros et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019elles voulaient faire entendre. Nous ne posions aucune question et n\u2019intervenions pas pendant les \u00e9missions. Les participant\u00b7es d\u00e9cidaient ensemble de ce dont ils et elles voulaient parler, et \u00e9taient tour \u00e0 tour et tous\u00b7tes \u00e0 la fois journalistes et invit\u00e9\u00b7es, intervieweur\u00b7ses et interview\u00e9\u00b7es. Entre les ateliers, nous leur pr\u00eations des enregistreurs en leur proposant de faire entendre leurs vies dans le camp et ailleurs sur l\u2019\u00eele\u00a0: la fermeture \u00e9clair d\u2019une tente qui s\u2019ouvre pour traverser le camp dans l\u2019agitation du soir, la cohue des files d\u2019attente, la m\u00e9lancolie d\u2019une chorale d\u2019enfants, la \u00ab\u00a0voix\u00a0\u00bb de Moria \u00e0 minuit, la d\u00e9solation d\u2019une guitare. Certain\u00b7es enregistraient aussi avec leurs t\u00e9l\u00e9phones. Ils et elles improvisaient parfois des jingles ou des musiques. Plusieurs fois, certain\u00b7es ont apport\u00e9 des instruments de musique pour accompagner ou m\u00e9nager des transitions dans l\u2019\u00e9mission. La toute premi\u00e8re s\u2019appelait \u00ab\u00a0Moria Focus\u00a0\u00bb. Et la derni\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Radio Azaadi\u00a0\u00bb, qui signifie, en farsi\u00a0: \u00ab\u00a0Radio libert\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Avant l\u2019\u00e9volution des politiques migratoires europ\u00e9ennes, l\u2019\u00eele de Lesbos n\u2019\u00e9tait pour les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es qu\u2019un lieu de passage. Il est tristement ironique de se souvenir qu\u2019en 2013, Moria ne pr\u00e9voyait d\u2019accueillir qu\u2019une centaine de personnes pour une ou deux nuits avant leur transfert vers Ath\u00e8nes. En septembre 2015, le camp est devenu le tout premier \u00ab\u00a0hotspot\u00a0\u00bb de l\u2019Union Europ\u00e9enne. Moria est d\u00e9sormais un centre de tri et d\u2019enregistrement. Le camp est gard\u00e9 par la police et l\u2019arm\u00e9e. Il est bord\u00e9 de champs d\u2019oliviers et de propri\u00e9t\u00e9s solidement cl\u00f4tur\u00e9es. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du camp se trouve une prison.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au moins 10\u00a0000 personnes lorsque nous y \u00e9tions, et 20\u00a0000 personnes aujourd\u2019hui, vivent \u00e0 Moria, partageant un container avec une ou plusieurs autres familles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp, ou une tente sigl\u00e9e HCR (Haut Commissariat aux R\u00e9fugi\u00e9s) et marqu\u00e9e d\u2019un num\u00e9ro \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du camp. Certain\u00b7es n\u2019ont, pour s\u2019abriter, que de petites tentes individuelles. Car depuis longtemps le camp d\u00e9borde, entre les oliviers, dans la boue quand il pleut, sur le gel du sol et des pierres quand g\u00e8lent les pierres l\u2019hiver, la nuit. D\u2019un hiver \u00e0 l\u2019autre depuis les ann\u00e9es mis\u00e9rables que dure l\u2019horreur du camp, plusieurs personnes sont mortes \u00e9touff\u00e9es par les relents empoisonn\u00e9s de leurs chauffages improvis\u00e9s. 20\u00a0000 personnes vivent l\u00e0, dans un camp dont la capacit\u00e9 d\u2019accueil est d\u2019\u00e0 peine 2\u00a0500 personnes. Elles viennent d\u2019Afghanistan, du Cameroun, de Syrie, d\u2019Irak, du Congo, d\u2019Iran, et de dizaines d\u2019autres pays.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour avoir le droit de quitter l\u2019\u00eele, il faut obtenir sur sa carte de r\u00e9fugi\u00e9 un tampon bleu. La proc\u00e9dure, depuis le premier interrogatoire (\u00ab\u00a0interview d\u2019admission\u00a0\u00bb) jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obtention du fameux tampon prend des mois, parfois des ann\u00e9es. Apr\u00e8s avoir re\u00e7u ce tampon bleu, les r\u00e9fugi\u00e9s doivent encore attendre l\u2019entretien qui statuera sur l\u2019octroi ou non du droit d\u2019asile.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9106\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8922_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces \u00e9missions de radio ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es avant l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir \u00e0 Ath\u00e8nes d\u2019un gouvernement conservateur. Les autorit\u00e9s grecques ne construisaient pas encore sur l\u2019\u00eele des camps ferm\u00e9s. Elles ne r\u00e9primaient pas encore avec violence les manifestations de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es. Les b\u00e2timents et les v\u00e9hicules des ONG n\u2019\u00e9taient pas encore incendi\u00e9s. On ne voyait pas d\u2019habitant\u00b7es de l\u2019\u00eele repousser les embarcations vers la mer. Aucune vid\u00e9o ne montrait encore des gardes-c\u00f4tes grecs tenter de percer un canot pneumatique ou tirer autour d\u2019un bateau pour effrayer des hommes et des femmes qui fuient les horreurs de la guerre.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais l\u2019Europe abandonnait d\u00e9j\u00e0 les \u00eeles de la mer Eg\u00e9e et celles et ceux qui atteignent ses c\u00f4tes. Tout, dans les t\u00e9moignages racont\u00e9s autour des micros, disait d\u00e9j\u00e0 une volont\u00e9 europ\u00e9enne d\u2019entretenir la mis\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Farouk\u00a0: <\/span><em>Sarah, qu\u2019est-ce que tu vois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp de Moria\u00a0? Pas seulement en arrivant, mais en y vivant\u00a0? Comment te sens-tu dans ce camp et plus g\u00e9n\u00e9ralement ici en Gr\u00e8ce\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sarah\u00a0:<\/span> <em>Quand je suis arriv\u00e9e, il y a trois semaines, nous avons pass\u00e9 une semaine sous un arbre. Personne ne vient vers vous pour vous poser des questions, savoir si vous avez un endroit o\u00f9 dormir. En arrivant au camp, nous devions chercher nous-m\u00eames cet endroit. Quand on arrive, on est d\u00e9j\u00e0 assez abattu\u00b7es. On a pris des risques\u2026 Je suis assise ici, et je vois par la porte toute cette eau que j\u2019ai d\u00fb traverser. J\u2019ai risqu\u00e9 ma vie pour fuir des conditions d\u00e9plorables. L\u00e0 o\u00f9 je vivais avant, il n\u2019y a pas de boulot, pas m\u00eame de quoi manger. J\u2019ai fui pour venir chercher mieux que ce que j\u2019ai laiss\u00e9 derri\u00e8re moi. Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 tomber dans un camp et \u00e0 \u00eatre trait\u00e9e de cette mani\u00e8re.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Moria, vraiment, si je parle avec mon c\u0153ur et avec mon esprit, je crois que je vais me mettre \u00e0 pleurer. Il y a une ins\u00e9curit\u00e9 totale. Pour un rien, les gens se mettent \u00e0 se bagarrer, \u00e0 se taper dessus. Les gens se blessent. Tu n\u2019es m\u00eame pas concern\u00e9\u00b7e par la bagarre, et quelque chose peut te tomber dessus, ou bien on te frappe en passant. On d\u00e9truit les tentes alors qu\u2019il n\u2019y en n\u2019a d\u00e9j\u00e0 pas assez. Pour manger on nous donne du poulet pourri. C\u2019est surpeupl\u00e9. Sahar parlait de l\u2019insalubrit\u00e9. Elle disait qu\u2019elle allait peut-\u00eatre partir, aller ailleurs. Bon, aller ailleurs\u00a0: mais comment\u00a0? La proc\u00e9dure, seulement pour avoir le tampon bleu et aller \u00e0 Ath\u00e8nes met du temps. Sahar est l\u00e0 depuis trois mois. Pourquoi autant de temps\u00a0? Alors que les gens arrivent tous les jours. Pourquoi est-ce que \u00e7a prend autant de temps\u00a0? Est-ce que les\u2026 Comment on appelle \u00e7a\u00a0? L\u2019\u00c9tat, les gouvernements, ne voient pas ces cris de d\u00e9tresse\u00a0? Parce que quand les gens arrivent chaque jour, \u00e7a veut dire que l\u00e0 o\u00f9 ils sont \u00e7a ne va pas. L\u00e0 o\u00f9 ils sont, ils souffrent. L\u00e0 o\u00f9 ils sont, ils ont besoin d\u2019aide. Maintenant, nous sommes ici en Gr\u00e8ce.<\/em> <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut faire\u00a0? Est-ce que c\u2019est de nous contenir dans ce lieu qui va am\u00e9liorer la situation\u00a0? Il y en a qui ont fait un peu d\u2019\u00e9tudes, il y en a qui savent se d\u00e9brouiller avec leurs mains. Donnez-leur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019aller chercher un petit boulot \u00e0 Ath\u00e8nes, peut-\u00eatre de continuer leur route. Ici il y a une ins\u00e9curit\u00e9 pas possible. Les v\u00eatements\u2026 Nous, on vient par exemple avec un seul v\u00eatement sur nous, et on nous en donne un autre. Vous passez trois mois sur place avec deux v\u00eatements, c\u2019est pas possible, ce sont des conditions inhumaines.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>L\u2019image qu\u2019on nous donne de l\u2019Europe, c\u2019est qu\u2019ici tout est \u00e0 sa place, et que l\u2019humain est au centre de tout. L\u2019humain est \u00e0 l\u2019avant, m\u00eame, de tout. Mais pourquoi est-ce qu\u2019on ne nous traite pas comme des humains\u00a0? Ce n\u2019est pas normal, je crois. L\u2019humain est au centre de tout. Du moins c\u2019est ce qu\u2019ils nous font croire. Pourquoi est-ce qu\u2019on ne nous traite pas comme des humains, tous ici r\u00e9unis\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9105\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8882_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Chaque jour, le studio de radio \u00e9tait mont\u00e9 puis d\u00e9mont\u00e9. Entre chaque atelier la radio continuait \u00e0 exister \u00e0 travers les t\u00e9l\u00e9phones et les enregistreurs.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Autour des micros, les participant\u00b7es se racontaient, et esp\u00e9raient raconter \u00e0 d\u2019autres, les naufrages \u00e0 quelques m\u00e8tres des c\u00f4tes, les enfants qui disparaissent en mer et que l\u2019on ne peut aller chercher au risque de faire chavirer un bateau trop charg\u00e9. Et ce sont surtout les horreurs de Moria, ici, en Europe, dont ils et elles voulaient t\u00e9moigner. Les hommes et les femmes qui dorment par terre, les maladies et l\u2019absence de soin, la violence que produit l\u2019indignit\u00e9, la honte, l\u2019attente, l\u2019attente.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un jour o\u00f9 Alain Serge Soh \u2013\u00a0qui participait \u00e0 tous les ateliers de radio\u00a0\u2013 \u00e9voquait la question de la langue et des difficult\u00e9s \u00e0 communiquer dans le camp de Moria, un mot lui est venu spontan\u00e9ment. C\u2019est un mot grec\u00a0: \u00ab\u00a0Perimene\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Attends\u00a0\u00bb. Attendre des heures pour prendre une douche ou aller aux toilettes, des semaines pour voir un\u00b7e m\u00e9decin\u00b7e, un\u00b7e avocat\u00b7e ou pour obtenir une date de rendez-vous avec les services d\u2019asile. Attendre des mois ou pour certains des ann\u00e9es l\u2019autorisation de prendre le ferry pour Ath\u00e8nes, et attendre encore pour aller peut-\u00eatre ailleurs en Europe. Attendre chaque jour, parfois jusqu\u2019\u00e0 dix heures par jour, pour une bouteille d\u2019eau et un peu de nourriture.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span> \u00a0<em>Quand le bateau atteint la rive, tout le monde s\u2019\u00e9crie\u00a0: oui\u00a0! C\u2019est l\u2019Europe\u00a0! Le premier jour, tu es tellement joyeux d\u2019arriver\u2026 Et puis, au bout de quatre jours, tu te dis \u00ab\u00a0mon Dieu\u00a0\u00bb\u2026 (riant).\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamehr (riant, lui aussi)\u00a0:<\/span> <em>C\u2019est \u00e7a, l\u2019Europe\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span> <em>Tu t\u2019effondres&#8230;\u00a0Le premier jour, d\u00e8s le matin, tu dois faire la queue pendant deux heures pour un croissant et une bouteille d\u2019eau\u2026 Tu te demandes quel est le probl\u00e8me\u2026 Et puis, \u00e0 deux heures, quand tu veux r\u00e9cup\u00e9rer un peu de nourriture\u2026 File d\u2019attente\u2026 Les gens poussent\u00a0: \u00ab\u00a0Eh\u00a0! l\u2019ami, d\u00e9gage, d\u00e9gage\u00a0!\u00a0\u00bb. Tu te demandes\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle langue parle cet homme\u00a0?\u00a0\u00bb. \u00c7a tourne dans ta t\u00eate, \u00e7a tourne dans ta t\u00eate. Apr\u00e8s un mois, tout s\u2019est effondr\u00e9\u2026 Tu as perdu toute ton \u00e9nergie, les connections ont disparu\u2026 Tout a disparu. Tu veux voir le docteur, file d\u2019attente. Toujours des files d\u2019attente. Toujours des effondrements. Toujours des probl\u00e8mes. Tu veux prendre une douche\u2026 File d\u2019attente. Probl\u00e8mes. File d\u2019attente\u2026\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamehr\u00a0:<\/span> <em>M\u00e9decin\u2026 File d\u2019attente. Service d\u2019asile\u2026 File d\u2019attente\u2026<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span> <em>Toilettes\u2026 File d\u2019attente. Moria\u2026 File d\u2019attente. Encore une fois, tout est tr\u00e8s difficile, mais si je peux dire quelque chose pour tout le monde\u00a0: quand tu arrives, ce n\u2019est pas le paradis, mais tu dois utiliser ta t\u00eate et rester fort. Parce que si tu ne restes pas fort, tu peux te suicider\u2026 Si je peux le dire ainsi\u2026<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Le camp de Moria distribue de la nourriture et de l\u2019eau trois fois par jour. Une file d\u2019attente immense, la \u00ab\u00a0foodline\u00a0\u00bb, dure des heures et des heures. De nombreuses personnes disent \u00eatre tomb\u00e9es malades apr\u00e8s seulement quelques jours \u00e0 manger la nourriture du camp. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s une semaine, j\u2019ai eu l\u2019impression que mon corps se laissait mourir\u00a0\u00bb, nous a racont\u00e9 un jour un homme venu du Lib\u00e9ria, \u00ab\u00a0je n\u2019ai pas mang\u00e9 du tout pendant dix jours, et je me suis senti mieux. J\u2019ai senti que mon corps recommen\u00e7ait \u00e0 r\u00e9pondre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La faim, la soif, et les tensions qu\u2019elles engendrent\u00a0: des bagarres \u00e9clatent r\u00e9guli\u00e8rement dans la foodline, parce qu\u2019une personne en a d\u00e9pass\u00e9 une autre, en a bouscul\u00e9 une autre. Une jeune femme arriv\u00e9e un matin \u00e0 l\u2019atelier avec un imposant bandage autour de\u00a0 la main avait dit s\u2019\u00eatre faite mordre par une autre femme en essayant d\u2019obtenir de l\u2019eau.<\/p>\n<p class=\"textbody\">De nombreuses tentatives ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es pour am\u00e9liorer le syst\u00e8me de distribution de nourriture \u00e0 Moria\u00a0: mettre en place des tickets de rationnement valables pour plusieurs repas cons\u00e9cutifs, ouvrir les guichets de distribution de nourriture plus longtemps durant la journ\u00e9e, multiplier les points de distribution dans le camp, faire appel \u00e0 d\u2019autres entreprises et d\u2019autres fournisseurs pour les diff\u00e9rents repas, etc. Toutes ces propositions et toutes les tentatives qu\u2019elles ont suscit\u00e9es ont \u00e9chou\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9tient le monopole de la distribution de nourriture \u00e0 Moria et le gouvernement grec a toujours refus\u00e9 de contester cet \u00e9tat de fait.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Les gens font sans cesse la queue\u00a0: quand ils arrivent au bout pour leur d\u00e9jeuner, ils doivent commencer \u00e0 faire la queue pour leur d\u00eener. Ils dorment, et le lendemain lorsqu\u2019ils se r\u00e9veillent partent de nouveau faire la queue.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Si quelqu\u2019un double dans la queue, qu\u2019il vienne d\u2019Afghanistan, de Syrie ou d\u2019Afrique, \u00e7a rend la situation terrible pour tout le monde. Tr\u00e8s souvent les tensions commencent dans la file d\u2019attente et des bagarres \u00e9clatent le soir.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Tous les jours, mon mari fait la queue pour avoir \u00e0 manger. D\u2019abord, de 3\u00a0h \u00e0 8\u00a0h du matin. Cinq\u00a0heures d\u2019attente, rien que pour le petit d\u00e9jeuner. Puis il retourne faire la queue de 11\u00a0h \u00e0 14\u00a0h. Trois heures pour le d\u00e9jeuner. Et il y retourne \u00e0 nouveau \u00e0 17\u00a0h et revient \u00e0 20\u00a0h, trois\u00a0heures pour le d\u00eener.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Il perd onze heures de sa journ\u00e9e, tous les jours, dans la file d\u2019attente.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>C\u2019est horrible.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Je ne sais pas quel est l\u2019avenir des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>J\u2019esp\u00e8re que quelqu\u2019un nous aidera.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9100\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/\u2018Forever-waiting\u2019-_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces voix qui parlent de la file d\u2019attente \u2013\u00a0et dont nous ne connaissons pas les noms\u00a0\u2013 ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es par Sahar Mousavi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp. La file d\u2019attente, la \u00ab\u00a0foodline\u00a0\u00bb, Sahar en a aussi enregistr\u00e9 le son. L\u2019agitation, les bousculades, l\u2019attente. Des voix d\u2019hommes et de femmes qui crient. Ces cris qui r\u00e9sonnent. Beaucoup de monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">De retour \u00e0 l\u2019atelier, Sahar a fait \u00e9couter \u00e0 tous\u00b7tes les participant\u00b7es ses interviews.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La derni\u00e8re voix \u00e9tait celle d\u2019une de ses amies. La voix \u00e9tait lente, entrecoup\u00e9e de sanglots. \u00ab\u00a0J\u2019esp\u00e8re que quelqu\u2019un nous aidera\u00a0\u00bb, disait-elle, puis on entendait Sahar conclure pr\u00e9cipitamment l\u2019enregistrement, visiblement g\u00ean\u00e9e d\u2019avoir boulevers\u00e9 son amie avec ses questions. \u00ab\u00a0Je suis d\u00e9sol\u00e9e de te voir si triste\u2026 J\u2019esp\u00e8re aussi\u2026 Je suis d\u00e9sol\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb, disait-elle, avant de couper brusquement l\u2019enregistrement. Autour des micros, dans la cabane de l\u2019atelier de radio, Sahar, \u00e9coutant de nouveau son amie au milieu des autres participant\u00b7es, s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 pleurer doucement. Puis elle avait expliqu\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sahar Mousavi\u00a0: <\/span><em>Le soir, apr\u00e8s leur avoir parl\u00e9, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s triste. Je ne pouvais pas m\u2019arr\u00eater de pleurer. J\u2019ai pleur\u00e9 en pensant \u00e0 ma vie et \u00e0 celle des autres r\u00e9fugi\u00e9s. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Sahar cachait qu\u2019elle pleurait, et comme elle se cachait, nous n\u2019avons rien dit. Mais ce jour-l\u00e0, nous avons compris que chaque jour, lorsque Sahar \u00e9tait avec nous \u00e0 l\u2019atelier, son mari rest\u00e9 \u00e0 Moria faisait la queue, pour elle et pour sa fille. Il faisait la queue toute la journ\u00e9e. Ce que son amie disait en pleurant, Sahar aurait pu le dire, elle aussi. Et c\u2019est en \u00e9coutant son amie le dire qu\u2019elle pleurait.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous ne savions pas, comme les participant\u00b7es ne l\u2019ont racont\u00e9 que plus tard, \u00e0 quel point ils et elles se mettaient en danger en emportant des enregistreurs.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous nous sommes demand\u00e9\u00b7es si nous n\u2019avions pas fait une erreur en n\u2019anticipant pas suffisamment comme il doit \u00eatre douloureux d\u2019entendre ses propres souffrances, que l\u2019on essaie jour apr\u00e8s jour d\u2019affronter, racont\u00e9es par quelqu\u2019un d\u2019autre. D\u2019entendre tout \u00e0 coup des mots d\u00e9crivant ce que l\u2019on est en train de vivre.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pleur\u00e9 en pensant \u00e0 ma vie et \u00e0 celle des autres r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es<\/em>\u00a0\u00bb, a dit Sahar. Un autre jour, Anoosh Ariamehr avait dit, en parlant d\u2019une de ses premi\u00e8res interviews\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Chaque mot qu\u2019il m\u2019a dit, je le ressens.<\/em>\u00a0\u00bb Il l\u2019avait dit en anglais\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Every word he said, I feel that.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sahar Mousavi\u00a0:<\/span> <em>J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019interroger beaucoup de gens et la plupart refusaient de me parler devant un micro. Ils croient peut-\u00eatre que \u00e7a va leur causer des probl\u00e8mes. Sur toutes celles que j\u2019ai interrog\u00e9es, seules trois personnes ont bien voulu r\u00e9pondre.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamehr\u00a0:<\/span> <em>Sahar, \u00e0 Moria, il est interdit d\u2019enregistrer ou de prendre des photos. C\u2019est m\u00eame \u00e9crit \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du camp. Et les journalistes ne peuvent pas entrer. Comment as-tu fait pour enregistrer ces interviews\u00a0? Tu les as enregistr\u00e9es secr\u00e8tement\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sahar Mousavi\u00a0:<\/span><em> Secr\u00e8tement, oui. J\u2019ai donn\u00e9 mon micro \u00e0 mon mari, il l\u2019a apport\u00e9 en cachette dans la file d\u2019attente et a enregistr\u00e9. J\u2019avais peur pour lui. Je me disais\u00a0: \u00ab\u00a0mon dieu, si quelqu\u2019un l\u2019agresse \u00e0 cause du micro, qu\u2019est-ce que je peux faire\u00a0? Qu\u2019est-ce que je dois faire\u00a0?\u00a0\u00bb. J\u2019avais tr\u00e8s peur pour lui. Je crois d\u2019ailleurs que la derni\u00e8re bagarre a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 cause de quelqu\u2019un qui voulait filmer la file d\u2019attente, alors que d\u2019autres ne voulaient pas \u00eatre film\u00e9\u00b7es.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamehr\u00a0:<\/span><em> Cet hiver, moi aussi j\u2019ai voulu enregistrer la file d\u2019attente, mais quelqu\u2019un m\u2019a suivi. Je me suis \u00e9chapp\u00e9 et ai r\u00e9ussi \u00e0 rentrer chez moi. Mais, apr\u00e8s \u00e7a, je ne suis jamais retourn\u00e9 dans la foodline.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span><em> Moi aussi, vendredi, je suis tomb\u00e9 sur une bagarre dans le camp. J\u2019ai essay\u00e9 de prendre une vid\u00e9o mais tout le monde m\u2019en a emp\u00each\u00e9. Tout le monde est inquiet dans Moria. Quand j\u2019ai fait mes interviews, beaucoup \u00e9taient d\u2019accord mais ne voulaient pas donner d\u2019informations personnelles. Personne ne veut donner son nom. Ils veulent bien r\u00e9pondre aux questions mais ne veulent pas donner leur identit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamehr\u00a0:<\/span><em> C\u2019est parce que les gens ont peur du service d\u2019asile et des grec\u00b7ques. Les gens pensent que si vous parlez du service d\u2019asile ou de la gestion du camp, ils vous rendront la vie difficile, ils ralentiront le traitement de votre dossier. C\u2019est pour cette raison que les gens ont peur de parler.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9117\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_20181003_093259_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Parmi les quelques personnes qui ont accept\u00e9 de r\u00e9pondre aux questions de Sahar, toutes ont refus\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler leur identit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est \u00e9galement le cas des deux personnes qu\u2019a enregistr\u00e9es Alain Serge Soh, un soir, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp de Moria. Il fait nuit mais on entend, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re plan de ses enregistrements, que le camp est encore \u00e9veill\u00e9\u00a0: des voix d\u2019enfants, des t\u00e9l\u00e9phones qui sonnent, des gens qui discutent. Il doit \u00eatre autour de 21 heures. Alain Serge Soh et l\u2019un de ses amis sont assis dans l\u2019un des containers transform\u00e9s en dortoirs qui s\u2019alignent et s\u2019empilent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span><em> Chers auditeurs, bonjour une fois de plus. Je suis ici au camp de Moria. J\u2019ai un invit\u00e9 devant moi \u00e0 qui je vais poser certaines questions. Il va essayer de nous apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Cher Monsieur, bonjour. Si je peux me permettre, vous estimez-vous en s\u00e9curit\u00e9 dans ce camp\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">L\u2019ami d\u2019Alain\u00a0:<\/span><em> (Silence.) Dans un\u2026 (Il soupire.) Pratiquement pas. Et je vais vous expliquer pourquoi. Au d\u00e9but quand on arrive, on se dit qu\u2019on sera s\u00e9curit\u00e9, mais malheureusement \u00e0 peine arriv\u00e9, j\u2019ai fait trois mois de d\u00e9tention, et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui on ne m\u2019a jamais expliqu\u00e9 pourquoi\u2026 Je suis un peu, toujours\u2026 J\u2019ai toujours cette question-l\u00e0 qui me taraude l\u2019esprit\u00a0: pourquoi ai-je fait de la prison\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je n\u2019ai pas de r\u00e9ponse. Et le fait que dans le camp, il y a tellement de bagarres, pendant certaines nuits, des gens de diff\u00e9rents pays qui se battent, qui cassent tout, qui essayent d\u2019agresser n\u2019importe qui, je trouve \u00e7a un peu difficile. C\u2019est ce qui fait que je ne me sens vraiment pas en s\u00e9curit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span><em> Pouvez-vous nous dire quel est votre avis par rapport au service d\u2019asile\u00a0? Est-ce qu\u2019on vous re\u00e7oit assez rapidement, ou estimez-vous que le temps d\u2019attente est vraiment trop long\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">L\u2019ami d\u2019Alain\u00a0:<\/span><em> \u00c7a, c\u2019est une autre chose importante. Le temps d\u2019attente est \u00e9norme. Le service d\u2019asile ici, je me permets de dire que c\u2019est vraiment lent. Pour obtenir un rendez-vous, rien que pour voir un docteur, c\u2019est toute une longue histoire. Pour ton interview, tu peux passer deux, trois, quatre, peut-\u00eatre m\u00eame six mois sans avoir de date. Ceux qui ont de la chance parviennent en deux ou trois mois \u00e0 savoir quelle sera leur date d\u2019interrogatoire d\u2019admission. Et par exemple, actuellement, les nouvelles personnes que je c\u00f4toie ont leurs dates qui sont pr\u00e9vues pour l\u2019ann\u00e9e prochaine. Pour dans un an. Et puis c\u2019est compliqu\u00e9 avec les conditions de vie dans lesquelles nous nous trouvons. Les d\u00e9lais sont \u00e9normes.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span><em> Merci Monsieur. J\u2019ai une autre question pour vous\u00a0: par combien de pays \u00eates-vous pass\u00e9 pour arriver ici\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">L\u2019ami d\u2019Alain\u00a0:<\/span><em> Par un pays. Apr\u00e8s mon pays je suis all\u00e9 en Turquie, puis directement ici.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span><em> Et si je peux me permettre, pourquoi est-ce que vous n\u2019\u00eates pas rest\u00e9 en Turquie\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">L\u2019ami d\u2019Alain\u00a0:<\/span><em> Ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 fuir mon pays ne me permettait pas de rester en Turquie. Ce pourquoi j\u2019ai quitt\u00e9 mon pays, la loi turque non plus ne l\u2019accepte pas.\u00a0 Je suis homosexuel. Dans mon pays, c\u2019est fermement condamnable. Terrorisable, m\u00eame. Une fois qu\u2019on te soup\u00e7onne d\u2019\u00eatre homosexuel\u00b7le, tu commences \u00e0 vivre le martyre. Et en Turquie aussi, c\u2019est pareil. Donc je me suis dit qu\u2019en venant en Gr\u00e8ce, je pourrais au moins trouver un peu de s\u00e9curit\u00e9, parce que ici au moins on fait l\u2019effort d\u2019appliquer les droits de l\u2019homme.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9104\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_3957_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Alain Serge Soh salue ses auditeurs, puis remercie son invit\u00e9 en lui disant au revoir. L\u2019enregistrement gr\u00e9sille et s\u2019\u00e9teint.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Chaque soir ils sont huit \u00e0 s\u2019endormir dans le m\u00eame container.<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s le premier jour des ateliers, Alain Serge Soh a \u00e9voqu\u00e9 son incarc\u00e9ration. \u00c0 son arriv\u00e9e sur l\u2019\u00eele, quelques mois auparavant, le matin de sa travers\u00e9e, il avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en prison pour trois mois. Trois mois, c\u2019est la dur\u00e9e l\u00e9gale maximale pour ce type d\u2019incarc\u00e9ration.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est pas le cas de tous les demandeur\u00b7ses d\u2019asile qui arrivent sur l\u2019\u00eele apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0lanc\u00e9\u00b7es \u00e0 la mer\u00a0\u00bb par les passeurs, comme le dit Alain Serge Soh. Pourquoi cet homme a-t-il \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 plus dangereux qu\u2019un autre\u00a0? Pourquoi Frontex (l\u2019Office de police europ\u00e9en) a-t-il estim\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019incarc\u00e9rer des hommes qui se trouvaient d\u00e9j\u00e0 bloqu\u00e9s sur un territoire entour\u00e9 par la mer (le ferry pour Ath\u00e8nes, sur le port, est \u00e9troitement surveill\u00e9 par la police et les membres d\u2019\u00e9quipage)\u00a0? Comment les autorit\u00e9s tracent-elles le partage entre les vies qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre libres et celles qui ne le m\u00e9ritent pas\u00a0? Nous avons cru comprendre que la s\u00e9lection \u00e9tait faite, la plupart du temps, de mani\u00e8re al\u00e9atoire, en fonction des pays ou des zones g\u00e9ographiques dont sont originaires les populations incarc\u00e9r\u00e9es, en fonction des capacit\u00e9s d\u2019enfermement de la prison surtout. Nous savons seulement qu\u2019il s\u2019agit toujours d\u2019hommes seuls, jamais de couples ou de familles. Et qu\u2019ils sont toujours originaires de pays africains\u00a0: le Congo, la C\u00f4te d\u2019Ivoire ou le Cameroun. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Alain Serge Soh et \u00e0 plusieurs de ses amis. \u00c0 la fin des trois mois, tous sont sortis de la prison pour aller vivre dans les tentes ou les containers du camp, et ont repris comme les autres leur proc\u00e9dure administrative.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un soir, avec son t\u00e9l\u00e9phone, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp, Alain a enregistr\u00e9 l\u2019un des autres hommes avec qui il partage son container. Lui non plus ne souhaite pas donner son nom\u00a0: il se fait appeler Monsieur L\u2019Empereur.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span> <em>Bonjour, bonjour une fois de plus chers auditeurs de Focus radio. Nous sommes ici en pr\u00e9sence de Monsieur L\u2019Empereur.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Une question audacieuse me vient \u00e0 l\u2019esprit, celle de savoir si vous \u00eates heureux ici\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Monsieur L\u2019Empereur\u00a0:<\/span><em> Ici, je peux dire que je suis heureux parce qu\u2019ici, au moins, j\u2019ai la vie saine et sauve. Au moins, je sais que je peux avoir un espoir pour le lendemain. Mais\u2026 les conditions de vie nous rendent vraiment malheureux. Ce que nous esp\u00e9rions n\u2019est pas ce que nous vivons ici. Par exemple, quand tu es malade et que tu dois aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital\u00a0: on n\u2019arrive pas \u00e0 te recevoir\u2026 Pendant une, deux semaines&#8230;\u00a0 \u00c7a fait un peu mal, \u00e7a fait que souvent tu te dis\u2026 mais o\u00f9 est la vie\u00a0? Mais o\u00f9 est l\u2019espoir dont on nous parle\u00a0? Voil\u00e0. On a un espoir pour demain mais, pour le moment, les conditions ne sont pas r\u00e9unies ici. C\u2019est pas facile d\u2019avoir de la nourriture. Ce n\u2019est pas non plus facile d\u2019avoir des soins. Je m\u2019estime heureux parce que j\u2019ai la vie saine et sauve, mais de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale je ne suis pas heureux parce que je ne vis pas dans les conditions qu\u2019il faut. Voil\u00e0.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Une des pr\u00e9occupations des \u00e9missions de radio enregistr\u00e9es durant les ateliers a \u00e9t\u00e9 la question de la langue, la difficult\u00e9 de communiquer au sein d\u2019un camp o\u00f9 les femmes et les hommes qui vivent ont parfois parl\u00e9 des dizaines de langues diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Et il faut aussi dire un mot, \u00e0 cet \u00e9gard, des t\u00e9moignages que nous retranscrivons ici. La plupart d\u2019entre eux sont traduits depuis l\u2019anglais. L\u2019anglais est devenu, par d\u00e9faut, la langue des \u00e9changes au sein des ateliers. Mais pas toujours. Parfois, une \u00e9trange cha\u00eene se mettait ainsi en place. On entendait un afghan interroger un camerounais sur sa vie \u00e0 Moria gr\u00e2ce \u00e0 la traduction du farsi \u00e0 l\u2019anglais d\u2019un iranien puis de l\u2019anglais au fran\u00e7ais d\u2019un congolais. \u00c0 la fin de sa r\u00e9ponse, adress\u00e9e droit dans les yeux \u00e0 son intervieweur qui ne le comprenait pas encore, la cha\u00eene repartait dans l\u2019autre sens.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le camp, il arrive que les langues, anglais, grec, farsi, arabe et fran\u00e7ais, se m\u00e9langent, cr\u00e9olisation n\u00e9cessaire \u00e0 la situation de Moria. Certains appellent cette langue le moriantais.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Anoosh Ariamerh (riant)\u00a0:<\/span> <em>Il y a cette \u00ab\u00a0langue sp\u00e9ciale de Moria\u00a0\u00bb. Les Arabes ne parlent pas les langues africaines, les Africains ne parlent pas l\u2019arabe ou le farsi mais quand ils se rencontrent, ils peuvent se comprendre, gr\u00e2ce \u00e0 la langue sp\u00e9ciale de Moria.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Quelques mots et quelques signes seulement permettent de r\u00e9soudre beaucoup de probl\u00e8mes, cela m\u2019a beaucoup frapp\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Alain Serge Soh\u00a0:<\/span> <em>Oui, Moria est le seul endroit o\u00f9 l\u2019on peut voir quelqu\u2019un utiliser quatre langues diff\u00e9rentes en une seule phrase\u2026 J\u2019aime beaucoup m\u00e9langer les langues\u2026 (riant) Et puis (le ton change brutalement) si tu ne le fais pas, tu restes triste avec trop de probl\u00e8mes en t\u00eate. Moria est un endroit tr\u00e8s difficile, et si tu n\u2019as pas une direction, si tu ne te pr\u00e9occupes pas de ton futur, si tu ne penses pas \u00e0 tes r\u00eaves et \u00e0 toutes ces choses, tu peux t\u2019effondrer\u2026<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9103\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_3863_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Anoosh Ariamerh, avec l\u2019enregistreur que nous lui avions pr\u00eat\u00e9, a enregistr\u00e9 la mer. C\u2019\u00e9tait pour l\u2019une des derni\u00e8res \u00e9missions. Tous\u00b7tes avaient choisi de parler des raisons pour lesquelles les gens quittent leurs pays. Ils et elles cherchaient quel son faire entendre. Et Anoosh avait propos\u00e9 d\u2019enregistrer la mer, car, avait-il dit, toutes les personnes qui ici ont fui la mis\u00e8re ou leur pays en guerre sont all\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la mer, puis l\u2019ont travers\u00e9e. Un soir, il est all\u00e9 seul avec son enregistreur sur une plage de l\u2019\u00eele. Il y avait beaucoup de vent et de fortes vagues. Depuis la rive, le son n\u2019\u00e9tait pas encore celui de la mer. Anoosh a retir\u00e9 ses v\u00eatements, puis, avec l\u2019enregistreur \u00e0 la main, il est entr\u00e9 dans l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la taille. Il a mis l\u2019enregistreur pr\u00e8s de l\u2019eau, et a enregistr\u00e9 le son puissant de la houle, le vent qui tourne, l\u2019eau qui se soul\u00e8ve.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0:<\/span> <em>Bonjour, vous entendez ma voix sur Radio Azaadi, Radio libert\u00e9. Je suis avec mon ami Ali, qui a enregistr\u00e9 le son de la mer, pour ouvrir cette \u00e9mission. Je trouve ce son doux, il est tr\u00e8s calme. Mais je voudrais lui demander pourquoi il l\u2019a enregistr\u00e9\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Ali Mousavi\u00a0:<\/span> <em>Bonjour Zahra, et bonjour \u00e0 vous tous qui entendez nos voix. J\u2019ai enregistr\u00e9 le son de la mer en allant p\u00eacher avec mon fils. On est all\u00e9s sur la c\u00f4te pour essayer d\u2019attraper du poisson. J\u2019avais pr\u00e9vu d\u2019interviewer un de mes amis mais il \u00e9tait occup\u00e9. Alors j\u2019ai enregistr\u00e9 la mer. Et finalement, j\u2019aime ce son moi aussi, il me calme. Je n\u2019avais jamais vu la mer avant d\u2019arriver en Turquie.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Quelques mois plus tard, quand nous sommes retourn\u00e9\u00b7es \u00e0 Lesbos pour de nouveaux ateliers de radio, Ali Mousavi a lui aussi enregistr\u00e9 la mer. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas, comme Anoosh, pour faire entendre la violence du d\u00e9part. Pour lui c\u2019\u00e9tait au contraire quelque chose qu\u2019il n\u2019avait jamais vu ni en Afghanistan, o\u00f9 il est n\u00e9, ni en Iran, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fugi\u00e9 presque toute sa vie. Alors le son de la mer avait la douceur de l\u2019espoir d\u2019une vie diff\u00e9rente.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il \u00e9tait calme, bien plus paisible que le son enregistr\u00e9 par Anoosh.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Zahra, jeune fille n\u00e9e en Iran, pr\u00e9sentait cette \u00e9mission. Mehdad, iranien lui aussi, participait \u00e0 la conversation et traduisait certains propos en anglais. Ali Mousavi \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa femme et de son fils de cinq ans, install\u00e9 pr\u00e8s de lui pendant toute la dur\u00e9e de l\u2019enregistrement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0:<\/span> <em>Nous sommes Radio Azaadi, Radio libert\u00e9, et nous \u00e9mettons depuis l\u2019\u00eele de Lesbos. Aujourd\u2019hui nous allons parler de ce que ressentent les r\u00e9fugi\u00e9s sur l\u2019\u00eele. Je m\u2019appelle Zahra. Je suis avec Mehdad, Ali et sa famille, sa femme et son fils Amir. Que pouvez-vous nous dire de vos sentiments en tant que r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0? Est-ce que vous pouvez nous en parler\u00a0?\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Mehdad\u00a0:<\/span> <em>Le fait d\u2019\u00e9migrer est quelque chose qui fait peur. Il faut quitter ses traditions, sa famille, quitter toute sa vie pour aller dans un pays dont vous n\u2019aimerez pas n\u00e9cessairement la fa\u00e7on de vivre, la nourriture, les traditions. Je pense que les r\u00e9fugi\u00e9s sont des gens courageux. Oui\u2026 Ils surmontent des choses et des probl\u00e8mes tr\u00e8s durs.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0:<\/span> <em>C\u2019est vrai, je suis profond\u00e9ment d\u2019accord avec vous. Seulement les r\u00e9fugi\u00e9s ne sont pas voulus, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des gens en trop.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Ali Mousavi\u00a0:<\/span><em> Je veux insister aussi sur le fait que les gens sont forc\u00e9s de devenir r\u00e9fugi\u00e9s. Si j\u2019avais pu \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 dans mon pays, je ne l\u2019aurais pas quitt\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0:<\/span><em> Je suis d\u2019accord. Les gens qui endurent de telles difficult\u00e9s le font parce qu\u2019ils ont des raisons de le faire, parce qu\u2019il y a dans leur pays une guerre qu\u2019ils n\u2019ont pas choisie, parce qu\u2019on les a pouss\u00e9s dedans\u2026 Ces gens-l\u00e0 n\u2019ont pas le choix. Ils doivent quitter leur pays avec leur famille, leurs enfants pour les emmener dans un endroit plus s\u00fbr. C\u2019est le droit de n\u2019importe quel \u00eatre humain. Un droit \u00e0 la vie, je veux dire. Et puis, la guerre mise \u00e0 part, il y a les atrocit\u00e9s endur\u00e9es par les gens pour arriver jusqu\u2019ici. Les espoirs qu\u2019ils avaient en venant se heurtent aux probl\u00e8mes qu\u2019ils rencontrent en arrivant. <\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Ali Mousavi\u00a0:<\/span> <em>Cela fait vingt, trente, quarante\u00a0ans que notre pays, l\u2019Afghanistan, est en guerre et que nous vivons dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. J\u2019ai un peu plus de trente ans et cela fait trente\u00a0ans que je suis un r\u00e9fugi\u00e9, que je suis un migrant. Je suis en Iran depuis trente\u00a0ans. La vie est d\u00e9j\u00e0 difficile pour les Iraniens, elle l\u2019est encore plus pour les personnes r\u00e9fugi\u00e9es en Iran.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Je n\u2019ai pas pu aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, pas un seul jour, pendant ces trente\u00a0ans.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Nous avons plusieurs fois essay\u00e9 de rentrer en Afghanistan. La province o\u00f9 je suis n\u00e9 est tr\u00e8s dangereuse. La guerre ne s\u2019arr\u00eate jamais. Les seuls souvenirs que j\u2019ai de ce lieu, ce sont des souvenirs de gens tu\u00e9s, de la violence et de la guerre. J\u2019avais 5 ou 6\u00a0ans et, de mes propres yeux, je voyais les gens se faire tuer. Vraiment, j\u2019ai peur d\u2019y retourner.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0: <\/span><em>Et si votre pays redevenait un pays s\u00fbr, est-ce que vous y retourneriez\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Ali Mousavi\u00a0:<\/span><em> Je ne sais pas quoi penser d\u2019un pays qui ne vous aime pas, qui ne vous conna\u00eet pas, qui ne se soucie pas de vous. On ne peut pas appeler cela un pays. Un pays est un endroit o\u00f9 l\u2019on peut avoir de l\u2019espoir dans l\u2019avenir, un lieu o\u00f9 vos enfants peuvent \u00e9tudier, recevoir une \u00e9ducation, suivre leurs r\u00eaves. Nous avons tent\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de rentrer. Sans succ\u00e8s. L\u2019un de mes oncles a essay\u00e9, et son fils, mon cousin, est mort.\u00a0<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Zahra\u00a0:<\/span><em> Je suis n\u00e9e en Iran. En tant que r\u00e9fugi\u00e9e, j\u2019aimerais pouvoir retourner dans mon pays et ne plus jamais \u00eatre en guerre.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Mais aujourd\u2019hui, l\u2019un des probl\u00e8mes pour moi, c\u2019est le document de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. L\u2019une des fa\u00e7ons d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures. Si les gens n\u2019ont pas un probl\u00e8me de sant\u00e9, il faut \u00eatre une femme c\u00e9libataire, ou enceinte. Moi, toute ma famille a \u00e9t\u00e9 reconnue comme vuln\u00e9rable, mais pas moi, parce que j\u2019ai plus de 18\u00a0ans. Alors j\u2019ai voulu contester cette d\u00e9cision. Avec mes parents et mes fr\u00e8res et s\u0153urs, je suis la seule \u00e0 ne pas pouvoir quitter l\u2019\u00eele. Pour l\u2019instant ils m\u2019attendent\u2026 Mais l\u2019employ\u00e9 m\u2019a dit \u00ab\u00a0va-t-en, et sois heureuse parce que tu es en bonne sant\u00e9 et tu n\u2019es pas vuln\u00e9rable\u00a0\u00bb. Et maintenant, je ne sais pas ce que je devrais faire.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9102\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_3353_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Il ne faut pas confondre le statut de \u00ab\u00a0personne vuln\u00e9rable\u00a0\u00bb et ce que les participant\u00b7es des ateliers appellent la \u00ab\u00a0vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0\u00bb. Les demandes d\u2019asile formul\u00e9es par les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es arriv\u00e9s sur l\u2019\u00eele de Lesbos sont examin\u00e9es au regard des crit\u00e8res de la loi grecque. Celle-ci reconna\u00eet dans ses textes la notion de \u00ab\u00a0personne vuln\u00e9rable\u00a0\u00bb, applicable \u00e0 l\u2019une des cat\u00e9gories suivantes\u00a0: les enfants r\u00e9fugi\u00e9s non accompagn\u00e9s, les personnes pouvant prouver qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es dans leur pays d\u2019origine ou durant leur fuite, les femmes enceintes, les victimes de maladies graves, les victimes de violences dans leur pays d\u2019origine ou au cours de la fuite, les survivantes et survivants de naufrages. \u00c0 Lesbos, les camps de Pikpa et de Kara Tepe, de plus petite taille, sont destin\u00e9s aux r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es les plus vuln\u00e9rables. Pour \u00eatre reconnu\u00b7es comme vuln\u00e9rables, certain\u00b7es tentent de se faire passer pour \u00ab\u00a0fous\u00b7lles\u00a0\u00bb ou d\u00e9pressif\u00b7ves, et parfois le deviennent vraiment. Un jour, Nicolas, jeune camerounais, nous a racont\u00e9 qu\u2019un de ses amis \u00e9tait all\u00e9 voir un psychiatre pour se faire passer pour fou et essayer d\u2019\u00eatre reconnu comme \u00ab\u00a0vuln\u00e9rable\u00a0\u00bb, afin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures. Il s\u2019est fait prescrire des m\u00e9dicaments. \u00a0\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, il ne sait plus dire comment il s\u2019appelle\u00a0\u00bb, nous a dit Nicolas.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">L\u2019\u00eele de Lesbos est \u00e0 huit kilom\u00e8tres des c\u00f4tes Turques. L\u2019\u00eele s\u00e8che est bord\u00e9e d\u2019oliviers et les routes \u00e9troites serpentent lentement, en lacets, dans la montagne. En montant dans ces montagnes, on traverse des villages qui peuvent sembler lourdement endormis depuis des d\u00e9cennies. Ils sont charg\u00e9s de pauvret\u00e9 et de ce qu\u2019on appelle histoire, de toutes ces choses qui leur appartiennent et qu\u2019il est difficile de comprendre. Ballott\u00e9 par le langage, on \u00e9crirait volontiers sur la beaut\u00e9 pittoresque de ces lieux en oubliant de rappeler la mis\u00e8re et les difficult\u00e9s des femmes et hommes qui y vivent.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Un photographe nomm\u00e9 Ahmad Ebrahimi, r\u00e9fugi\u00e9 lui aussi et qui travaillait b\u00e9n\u00e9volement dans le centre o\u00f9 avaient lieu, avant le feu, les ateliers de radio, a pris des centaines de photos de Moria\u00a0: le camp, les arbres br\u00fbl\u00e9s, les tentes, les filets tendus pour retenir la terre, les trous sous la terre pour cuire le pain, et surtout les habitant\u00b7es provisoires de ces espaces infirmes, beaucoup d\u2019adultes et encore plus d\u2019enfants. Plusieurs de ces photographies ont en commun la place que le ciel creuse sur la page de l\u2019image\u00a0: par-dessus les sc\u00e8nes ordinaires de la mis\u00e8re du camp, le ciel du jour, ces ciels immenses qu\u2019il y a au-dessus de l\u2019\u00eele. Dans un camp \u00e0 ciel ouvert, immense, des b\u00e2ches au sol, l\u2019odeur des excr\u00e9ments, les douches qu\u2019on ne nettoie pas, la nourriture crue qui rend malade parce que, doit-on penser presque professionnellement, ceux et celles \u00e0 qui on la sert peuvent bien tomber malades.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9109\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Our-dreams-are-as-limitless-as-the-sky\u2019_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Pour aller plus loin<\/h3>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/monobloczone.wordpress.com\/podcasts\/monobloc-5-2-2\/\">Le site de radio monobloc<\/a>, avec d\u2019autres \u00e9missions enregistr\u00e9es \u00e0 Lesbos par la m\u00eame \u00e9quipe\u00a0;<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/lexperience\/lesbos-0\">Une s\u00e9rie d\u2019\u00e9missions<\/a> diffus\u00e9es sur France Culture\u00a0;<\/li>\n<li>Les analyses de Migreurop sur \u00ab\u00a0l\u2019approche hotspot\u00a0\u00bb et les nouvelles formes de confinement aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe, <a href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2979.html\">ici<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.migreurop.org\/article2976.html\">l\u00e0<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photographies par Ahmad Ebrahimi Ouvert en 2013 sur l\u2019\u00eele de Lesbos en Gr\u00e8ce sur le site d\u2019une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es qui cherchent \u00e0 rejoindre l\u2019Europe. L\u2019un des cinq centres d\u2019enregistrement et de contr\u00f4le situ\u00e9s en mer Eg\u00e9e, il se double d\u2019un centre de d\u00e9tention, t\u00e9moignant d\u2019une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9098,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[17],"tags":[560,561,562,563],"class_list":["post-9091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-decolonialites","tag-lesbos","tag-moria","tag-radio","tag-refugiees"],"wps_subtitle":"Une radio face au camp de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es de Lesbos","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9091\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}