{"id":9135,"date":"2020-05-21T17:31:40","date_gmt":"2020-05-21T15:31:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=9135"},"modified":"2020-05-21T17:31:40","modified_gmt":"2020-05-21T15:31:40","slug":"devant-moria-2-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2020\/05\/21\/devant-moria-2-2\/","title":{"rendered":"Devant Moria 2\/2"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Photographies par Ahmad Ebrahimi<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Ouvert en 2013 sur l\u2019\u00eele de Lesbos en Gr\u00e8ce sur le site d\u2019une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es qui cherchent \u00e0 rejoindre l\u2019Europe. L\u2019un des cinq centres d\u2019enregistrement et de contr\u00f4le situ\u00e9s en mer Eg\u00e9e, il se double d\u2019un centre de d\u00e9tention, t\u00e9moignant d\u2019une gestion s\u00e9curitaire et d\u2019une criminalisation de ces migrations. Coercition, d\u00e9tention arbitraire, expulsions, refoulements massifs et violations des droits fondamentaux sont au rendez-vous. Pr\u00e9vu pour loger 3\u00a0000 personnes, on d\u00e9nombre en janvier 2020 plus de 20\u00a0000 personnes vivant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp et \u00e0 ses abords.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En septembre 2018, Cl\u00e9ment Aadli, Adrien Chevrier et Am\u00e9lie Perrot mettent en place des ateliers de radio h\u00e9berg\u00e9s dans un accueil de jour situ\u00e9 en marge du camp. Emportant des enregistreurs avec elles et eux, les participant\u00b7es des ateliers racontent, interviewent d\u2019autres habitant\u00b7es, captent la vie du camp et inventent leur radio (voir \u00e0 ce sujet la premi\u00e8re partie de cette publication, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/devant-moria\/\">Une radio face au camp de r\u00e9fugi\u00e9\u22c5es de Lesbos<\/a>\u00a0\u00bb). \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la crise du coronavirus et le d\u00e9faut de protection sanitaire les vuln\u00e9rabilisent encore davantage, retour sur le parcours de quatre r\u00e9fugi\u00e9s de Moria, partis d\u2019Iran, du Cameroun ou d\u2019Afghanistan. Portraits.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Note des auteur\u00b7ices\u00a0:<\/span><br \/>\nAu moment des ateliers de radio et dans les mois qui ont suivi, certaines des personnes que nous avons rencontr\u00e9es \u00e0 Lesbos nous ont livr\u00e9 des t\u00e9moignages sur leurs vies et leurs parcours. Ces t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s, puis retranscrits et traduits. Nous les partageons ici, bruts dans leurs mots et leurs contenus, car nous pensons qu\u2019ils disent une part de l\u2019insupportable multiplicit\u00e9 des drames qui se lancent \u00e0 la mer. Ces t\u00e9moignages ne pr\u00e9tendent pas \u00eatre repr\u00e9sentatifs, ce serait d\u2019ailleurs impossible. Il n\u2019y a malheureusement pas de femme parmi ces quatre voix mais elles sont tr\u00e8s nombreuses \u00e0 Lesbos. Assur\u00e9ment ce travail est \u00e0 poursuivre. L\u2019identit\u00e9 de ces t\u00e9moins n\u2019est due qu\u2019au hasard de nos rencontres. Nous remercions tr\u00e8s chaleureusement Mehdad, Alain Serge Soh, Ahmad Ebrahimi et Anoosh Ariamehr.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Mehdad<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Je m\u2019appelle Mehdad. Je suis n\u00e9 en 1978, dans le centre de l\u2019Iran, pr\u00e8s de la ville d\u2019Isfahan, \u00e0 500\u00a0kilom\u00e8tres au sud de T\u00e9h\u00e9ran. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai grandi. J\u2019aimais cet endroit, mais comme j\u2019ai aim\u00e9 d\u2019autres endroits \u00e0 travers le monde. Je suis n\u00e9 six\u00a0mois avant cette r\u00e9volution idiote. Peut-\u00eatre la r\u00e9volution la plus idiote qui ne se soit jamais produite dans le monde. Mon enfance s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e durant les ann\u00e9es de la guerre entre l\u2019Iran et l\u2019Irak. Cette guerre m\u2019a rendu malheureux\u2026 La dictature, la censure, les ex\u00e9cutions. Le r\u00e9gime ex\u00e9cutait toutes les personnes qui s\u2019opposaient \u00e0 lui. Les ex\u00e9cutions \u00e9taient tr\u00e8s nombreuses. Beaucoup de gens sont morts, ont perdu leur famille, ont perdu leur maison, leurs affaires. C\u2019est une p\u00e9riode tr\u00e8s douloureuse. Isfahan poss\u00e9dait les plus grandes raffineries du pays et les avions de guerre les visaient. Ma maison \u00e9tait proche de ces installations. Quand nous entendions les sir\u00e8nes des bombardements, nous ne savions jamais o\u00f9 nous r\u00e9fugier. Nous n\u2019avions pas d\u2019abri pour les bombardements. Les explosions nous r\u00e9veillaient la nuit. Tous les jours, des gens mourraient. Plus de 100\u00a0000 civils sont morts pendant la guerre et plus encore de soldats. Je me souviens des cercueils que l\u2019on voyait partout. Le r\u00e9gime avait besoin de ces morts car il les appelait des \u00ab\u00a0martyrs\u00a0\u00bb (encore une chose idiote). Le r\u00e9gime, autant dire la dictature, \u00e9tait extr\u00eamement violent. Enfant j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s affect\u00e9 par cette violence.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les soldats du r\u00e9gime patrouillaient dans des pickups. Et puis il y avait les Gardiens de la R\u00e9volution qui r\u00e9primaient partout dans les rues. Si quelqu\u2019un \u00e9tait surpris avec un blue-jean dans la rue, il \u00e9tait imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9. Le comit\u00e9 de la r\u00e9volution islamique arr\u00eatait, emprisonnait, torturait. Beaucoup de personnes sont mortes dans ces conditions.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Toutes les femmes qui portaient du maquillage, du rouge \u00e0 l\u00e8vres ou du fard \u00e0 paupi\u00e8res avaient des probl\u00e8mes. \u00c0 Isfahan, un homme \u00e9tait devenu c\u00e9l\u00e8bre parce qu\u2019il torturait les femmes avec des punaises m\u00e9talliques. On l\u2019appelait Akbar-punaise\u2026 Si une femme \u00e9tait surprise avec ses cheveux d\u00e9couverts, m\u00eame tr\u00e8s peu, il lui plantait une punaise m\u00e9tallique dans le front. Si une femme portait du maquillage, en particulier du rouge \u00e0 l\u00e8vres, il lui arrachait le maquillage avec une lame de rasoir et lui d\u00e9coupait les l\u00e8vres. J\u2019ai grandi dans le contexte d\u2019une propagande omnipr\u00e9sente. Les gens se battaient les uns contre les autres, ils \u00e9taient devenus extr\u00eamement violents. La moindre objection pouvait \u00eatre violemment r\u00e9prim\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Un jour, en 1993 ou 1994, mon fr\u00e8re portait un collier en or et \u00e0 cause de \u00e7a des gens sont venus saccager la boulangerie de mon p\u00e8re, d\u00e9truire les fen\u00eatres, jeter les employ\u00e9s dehors. Nous sommes all\u00e9s porter plainte au commissariat. L\u2019officier de police ne s\u2019est pas d\u00e9plac\u00e9 pour venir voir les d\u00e9g\u00e2ts\u00a0; il a battu mon fr\u00e8re pour le punir d\u2019avoir port\u00e9 ce collier. Dans l\u2019islam, un collier en or est para\u00eet-il arham (impur)\u2026 Il y a trop de probl\u00e8mes et trop d\u2019in\u00e9galit\u00e9s dans ce pays. Les in\u00e9galit\u00e9s dont souffrent les femmes sont insupportables et nous perdons la moiti\u00e9 de notre soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai deux s\u0153urs, une fille\u2026 Elles sont comme toutes les femmes du monde, en France, en Am\u00e9rique, en Afrique, en Syrie, en Isra\u00ebl, en Palestine. J\u2019aime ma fille et mes s\u0153urs. Et puis, mon pays finance le terrorisme partout sur la plan\u00e8te. J\u2019ai vu les images de cet homme qui a fonc\u00e9 sur la foule dans le Sud de la France il y a quelques ann\u00e9es. J\u2019ai vu les images sur YouTube et elles m\u2019ont compl\u00e8tement d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Je ne proteste pas au nom d\u2019une suppos\u00e9e positivit\u00e9, mais parce que je consid\u00e8re que c\u2019est mon devoir. C\u2019est notre devoir de nous battre contre la violence, l\u2019opportunisme, le despotisme et toutes les choses idiotes qui se passent sur la plan\u00e8te.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pendant la guerre, mon p\u00e8re \u00e9tait vieux, il avait perdu la quasi-int\u00e9gralit\u00e9 de son \u0153il droit, il \u00e9tait devenu presque aveugle. Je l\u2019aidais en m\u2019occupant parfois de la boulangerie \u00e0 sa place.\u00a0La religion baha\u2019ie n\u2019a cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9e depuis 1978-1979. J\u2019avais lu sur Telegram que le gouvernement \u00e9tait en train de fermer les boulangeries tenues par des adeptes baha\u2019ie. Je suis all\u00e9 au si\u00e8ge du syndicat des boulangers. Ils m\u2019ont confirm\u00e9 que la police \u00e9tait en train de fermer les magasins. Alors, je me suis rendu au poste de police. Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils ex\u00e9cutaient un ordre de la Cour de justice. Je suis all\u00e9 \u00e0 la Cour de justice. Le premier jour, je n\u2019ai pas pu voir le juge. Le jour suivant, apr\u00e8s avoir attendu tr\u00e8s, tr\u00e8s longtemps, j\u2019ai finalement pu le rencontrer. Je lui ai dit que j\u2019\u00e9tais boulanger. Je lui ai dit qu\u2019il fallait absolument ordonner la r\u00e9ouverture de ces magasins, que ces gens souffraient, qu\u2019ils \u00e9taient extr\u00eamement pauvres. \u00ab\u00a0\u00c7a n\u2019est pas votre affaire\u00a0\u00bb\u00a0m\u2019a-t-il r\u00e9pondu. \u00ab\u00a0Ils sont baha\u2019ie. Ils sont impurs\u00a0\u00bb a-t-il ajout\u00e9. Je lui ai dit que je ne pensais pas qu\u2019ils \u00e9taient impurs et je lui ai demand\u00e9 \u00e0 nouveau d\u2019ordonner la r\u00e9ouverture des boutiques. J\u2019ai ajout\u00e9 que m\u00eame en temps normal, ils ne gagnaient que peu d\u2019argent, car ils n\u2019avaient souvent pas pu r\u00e9nover leurs boutiques, la municipalit\u00e9 le leur interdisant. \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas votre affaire. D\u00e9gagez\u00a0\u00bb m\u2019a-t-il r\u00e9pondu avec brutalit\u00e9. Je lui ai r\u00e9pondu que je ne partirais pas, que je resterais jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils ordonnent cette r\u00e9ouverture. Il m\u2019a insult\u00e9. C\u2019\u00e9tait injuste \u00e0 mon avis. Certaines personnes deviennent juges mais se comportent comme des gangsters. Il a appel\u00e9 des gardes pour me jeter dehors. Alors, \u00e0 mon tour, je l\u2019ai insult\u00e9, lui et le r\u00e9gime. Et j\u2019ai insult\u00e9 l\u2019islam et le Coran. Quatre ou cinq personnes sont arriv\u00e9es, m\u2019ont arr\u00eat\u00e9 et jet\u00e9 en prison. Je ne me suis pas arr\u00eat\u00e9. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 crier, \u00e0 les insulter. Je sais que c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s grossier, mais c\u2019\u00e9tait l\u2019unique moyen que j\u2019avais de r\u00e9pondre \u00e0 leur violence. Il faut insulter la violence, les dictateurs. Il faut le dire et le crier.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9116\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/We-survived-the-sea-and-got-stuck-here-she-is-a-child-of-Moria_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Le soir-m\u00eame, ils m\u2019ont amen\u00e9 dans une prison sp\u00e9ciale. En r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019est pas une prison. C\u2019est le centre de l\u2019Organisation de s\u00e9curit\u00e9 du Sepah (le corps des Gardiens de la r\u00e9volution islamique). Plus tard dans la soir\u00e9e, un agent est arriv\u00e9 et a commenc\u00e9 \u00e0 me battre. Il me frappait et je me suis dit que j\u2019allais sans doute mourir dans cette cellule. Et puis je me suis dit aussi que j\u2019aurais tout aussi bien pu mourir ailleurs, dans un accident de voiture\u00a0; des dizaines de milliers de gens meurent, chaque ann\u00e9e, dans des accidents de la route. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9\u2026 J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 en quelque sorte de me suicider\u00a0: j\u2019\u00e9tais seul, personne ne me connaissait dans la prison, personne ne savait que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9\u00a0; personne ne savait o\u00f9 je me trouvais, alors j\u2019ai dit \u00e0 cet agent\u00a0: \u00ab\u00a0Frappe-moi, frappe-moi b\u00e2tard. Ce sera la fin de tout ce que tu fais.\u00a0\u00bb Il me frappait avec sa chaussure, me frappait au visage\u2026 J\u2019avais le visage plein de sang\u2026 Je ne pouvais pas contr\u00f4ler mon urine, je me suis urin\u00e9 et chi\u00e9 dessus. Je pleurais. J\u2019avais tr\u00e8s, tr\u00e8s peur et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de mourir. J\u2019allais mourir, comme beaucoup d\u2019autres gens meurent. Quelle est la diff\u00e9rence entre quelqu\u2019un qui meurt comme moi sous les coups et un homme qui, au m\u00eame moment, meurt en Syrie\u00a0? Laisse-moi mourir. Je l\u2019ai insult\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0B\u00e2tard, c\u2019est ce que que tu fais de mieux\u2026 C\u2019est vraiment ce que tu peux faire de mieux\u00a0? Tu peux faire mieux\u00a0! Frappe-moi, frappe-moi plus fort\u00a0!\u00a0\u00bb Je le regardais dans les yeux en l\u2019insultant. Les gens ont peur quand on les regarde dans les yeux. Il me frappait et m\u2019insultait. Je ne me souviens plus de la suite, j\u2019ai probablement perdu connaissance. Je crois que je suis rest\u00e9 dans le coma plusieurs jours.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s quatre ou cinq mois, personne ne savait o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. J\u2019\u00e9tais dans les ge\u00f4les du Sepah, dans le d\u00e9partement de s\u00e9curit\u00e9 et personne n\u2019avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu. On me battait tous les jours. Une fois, un soldat m\u2019a ordonn\u00e9 de me d\u00e9shabiller. J\u2019ai refus\u00e9. J\u2019ai r\u00e9pondu que je ne me d\u00e9shabillerais pas. \u00ab\u00a0Enl\u00e8ve ton cale\u00e7on\u00a0\u00bb a-t-il ordonn\u00e9. J\u2019ai refus\u00e9 une seconde fois. Il m\u2019a mis la t\u00eate dans la cuvette \u00e0 deux ou trois reprises, me tenant la t\u00eate immerg\u00e9 dans l\u2019eau et les excr\u00e9ments. Ils ne m\u2019ont pas autoris\u00e9 \u00e0 me laver le visage pendant dix jours.Vous savez, durant tous ces jours, je n\u2019ai pas cess\u00e9 de penser \u00e0 la libert\u00e9\u2026 Je pensais \u00e0 l\u2019Histoire. Je pensais aux r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais qui avait m\u00eal\u00e9 leur sang \u00e0 l\u2019eau de la Seine. Beaucoup de gens sont morts. Et durant la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de gens sont morts. Mais maintenant les Fran\u00e7ais peuvent crier dans les rues, ils peuvent s\u2019embrasser dans les rues. Ce sont leurs droits et beaucoup d\u2019innocents ont perdu la vie pour les faire respecter. Ces mois ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s durs, mais je suis fier.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\"><em>Mehdad s\u2019est brutalement arr\u00eat\u00e9 de parler. Il a pos\u00e9 la t\u00eate dans ses mains puis s\u2019est lev\u00e9, manifestement tr\u00e8s \u00e9mu. Nous avons arr\u00eat\u00e9 l\u2019enregistrement. Quelques secondes plus tard, il s\u2019est rassi et a continu\u00e9 son r\u00e9cit au point o\u00f9 cette parenth\u00e8se sur la libert\u00e9 l\u2019avait en quelque sorte laiss\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s quatre ou cinq mois, menott\u00e9, dont vingt jours dans une cellule sans fen\u00eatre\u2026 Je ne savais m\u00eame pas quel jour nous \u00e9tions et depuis combien de temps je me trouvais enferm\u00e9\u2026 j\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 dans une autre cellule. J\u2019ai demand\u00e9 au soldat qui m\u2019escortait\u00a0: \u00ab\u00a0Quel jour sommes-nous\u00a0?\u00a0\u00bb Quand il m\u2019a r\u00e9pondu, je n\u2019ai pas pu le croire. J\u2019\u00e9tais l\u00e0 depuis cinq mois. Je pensais que cela faisait au moins deux ans. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tellement long\u2026 Parfois, il me r\u00e9veillait en pleine nuit pour me poser des questions et me battre. Je ne voyais pas le lever du soleil. Tout \u00e9tait noir. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Parfois, j\u2019essayais de deviner l\u2019heure en me fiant aux horaires auxquels ils m\u2019emmenaient aux toilettes. Mais j\u2019ai compris que les horaires n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9guliers et changeaient sans arr\u00eat\u00a0: parfois huit\u00a0heures du matin, parfois huit\u00a0heures et demie, parfois onze\u00a0heures\u2026 J\u2019\u00e9tais autoris\u00e9 d\u2019aller aux toilettes une ou deux fois par jour mais ils refusaient toujours de r\u00e9pondre \u00e0 mes questions\u00a0: quel jour sommes-nous\u00a0? quelle heure est-il\u00a0?<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Je crois qu\u2019on ne meurt qu\u2019une fois. Si vous c\u00e9dez \u00e0 la peur, votre monde meurt avec vous. Je n\u2019aime pas \u00eatre d\u00e9shonor\u00e9 comme je l\u2019ai \u00e9t\u00e9\u00a0; \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur, mais c\u2019\u00e9tait le droit au futur. Si l\u2019on voit de plus en plus de gens descendre dans les rues pour manifester, c\u2019est parce que d\u2019autres gens se sont ent\u00eat\u00e9s. Notre peuple doit se r\u00e9veiller.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9115\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/We-must-kill-the-trees-to-survive_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s cela, ils m\u2019ont d\u00e9plac\u00e9 dans une prison r\u00e9guli\u00e8re, la prison centrale d\u2019Isfahan. Au total, j\u2019ai pass\u00e9 un an et demi en prison. J\u2019\u00e9tais heureux parce qu\u2019ils ne pouvaient plus me torturer comme ils le faisaient avant, mais, \u00e0 l\u2019isolement, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 souvent battu. L\u2019officier venait et me frappait. On ne me donnait pas le droit d\u2019aller aux toilettes trois fois par jour. La plupart du temps, je souffrais de diarrh\u00e9e et je devais d\u00e9f\u00e9quer dans le bol que j\u2019utilisais pour manger. Puis, je le nettoyais pour manger. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur de manger et chier dans le m\u00eame r\u00e9cipient. Je suis sorti tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s. Au d\u00e9part, ma famille n\u2019en avait aucune id\u00e9e. Ils ne savaient m\u00eame pas que j\u2019\u00e9tais en vie. Ils pensaient que j\u2019\u00e9tais mort. Tr\u00e8s vite, de nombreuses personnes avaient appris mon arrestation. Ils sont donc all\u00e9s devant la Cour et un employ\u00e9 a dit \u00e0 ma famille que j\u2019\u00e9tais mort. Et puisqu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas autoris\u00e9s \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer mon corps ou \u00e0 conna\u00eetre l\u2019endroit o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 suppos\u00e9ment enterr\u00e9, ils ont organis\u00e9 une c\u00e9r\u00e9monie. Ils sont all\u00e9s au cimeti\u00e8re et ont pay\u00e9 pour organiser une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019enterrement. A l\u2019isolement, j\u2019ai pu demander \u00e0 quelqu\u2019un que je savais sortir bient\u00f4t d\u2019informer ma famille. Mon oncle a vers\u00e9 une grosse somme d\u2019argent et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9. J\u2019avais commis un crime assez l\u00e9ger finalement.<\/p>\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en 2013. Le jour de ma sortie, j\u2019\u00e9tais sous le choc. J\u2019ai franchi les douze portes de la prison. Douze portes. Ce jour-l\u00e0, \u00e0 chaque fois que je passais une nouvelle porte, je doutais davantage. Jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re, la porte principale de la prison. Elle est plus grande que les autres. J\u2019ai franchi cette derni\u00e8re porte, sans rien. Je n\u2019avais rien. Je n\u2019avais pas d\u2019argent. Je portais un pyjama, une paire de tongs et un t-shirt. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la prison se trouvait un arr\u00eat de bus. J\u2019ai dit au chauffeur\u00a0: \u00ab\u00a0Je viens d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9. Je n\u2019ai pas d\u2019argent.\u00a0\u00bb J\u2019\u00e9tais intimid\u00e9, honteux. J\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9 propre et \u00e9l\u00e9gant et je me retrouvais sans domicile, avec seulement un vieux pyjama et une paire de tongs.\u00a0Mais j\u2019avais cette chance d\u2019\u00eatre en vie, de voir le soleil, de voir des gens\u2026 Certains n\u2019ont pas eu cette chance.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est pas \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019Iran. Durant les quatre ann\u00e9es qui ont suivi, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s actif sur Telegram. Fin d\u00e9cembre 2017 des manifestations ont commenc\u00e9 et je t\u00e9l\u00e9chargeais sur Internet des documents expliquant comment combattre la police, comment combattre les soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9, puis je les partageais avec les manifestants. J\u2019ai aussi pr\u00e9par\u00e9 des bombes artisanales c\u00e9l\u00e8bres en Iran, les cocktails Molotov, et j\u2019utilisais de l\u2019essence de moteur pour faire d\u00e9raper les voitures de police. Pendant quatre ou cinq\u00a0jours, j\u2019ai particip\u00e9 aux manifestations. Un jour, pendant une manifestation, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 dans la rue, mais les personnes qui m\u2019ont arr\u00eat\u00e9 ne savaient pas qui j\u2019\u00e9tais, ni que j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 en prison. Elles m\u2019ont contr\u00f4l\u00e9. J\u2019\u00e9tais terrifi\u00e9. J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 les duper et je suis rentr\u00e9 chez moi. Quand je suis arriv\u00e9 devant la boulangerie, j\u2019ai crois\u00e9 un de mes amis. Il m\u2019a demand\u00e9 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais pass\u00e9. Je lui ai expliqu\u00e9 que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et que j\u2019avais eu tellement peur que je m\u2019\u00e9tais urin\u00e9 dessus. Il s\u2019est moqu\u00e9 de moi, il a ri. Et il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es vraiment stupide. Qu\u2019est-ce que tu cherches\u00a0? Tu veux retourner en prison\u00a0?\u00a0\u00bb J\u2019ai \u00e9t\u00e9 si d\u00e9\u00e7u que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 ce moment-l\u00e0, de quitter ce pays o\u00f9 les gens n\u2019ont aucune consid\u00e9ration pour ceux qui ont \u00e9t\u00e9 en prison pour d\u00e9fendre leurs valeurs.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En raison des contr\u00f4les de police, je savais que je ne pouvais pas aller au terminal de bus acheter un billet, je me suis rendu directement au bus \u2013\u00a0je savais \u00e0 quelle heure il devait partir\u00a0\u2013 et j\u2019ai pay\u00e9 mon billet au chauffeur. On ne m\u2019a pas demand\u00e9 mes papiers. Je suis all\u00e9 \u00e0 Tabriz, o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 deux jours, puis \u00e0 Maku, \u00e0 la fronti\u00e8re. L\u00e0-bas j\u2019ai trouv\u00e9 un facilitateur et je suis all\u00e9 en Turquie. J\u2019ai travers\u00e9 la fronti\u00e8re \u00e0 pieds. Mon passeur \u00e9tait bon (<em>Il rit<\/em>). Certaines personnes qui veulent rejoindre la Turquie doivent marcher pendant vingt-quatre\u00a0heures, parfois plus. En ce qui me concerne, on m\u2019a mis dans un camion et on m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 une rivi\u00e8re. J\u2019ai march\u00e9 environ deux\u00a0heures et je suis arriv\u00e9 sur le territoire turc. Je suis rest\u00e9 quelques jours \u00e0 Dogubayazit. Je ne voulais pas rester vivre en Turquie. J\u2019ai pay\u00e9 mille\u00a0euros pour aller \u00e0 Istanbul o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 une semaine, puis \u00e0 nouveau mille\u00a0euros pour aller d\u2019Istanbul \u00e0 Lesbos.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Lesbos dans la nuit. Il \u00e9tait minuit, il pleuvait. La mer n\u2019\u00e9tait pas bonne. Nous avons pass\u00e9 quatre\u00a0heures dans un bateau gonflable, un dinghy, puis nous sommes arriv\u00e9s. Bien s\u00fbr que sur le bateau, j\u2019avais peur. Mais j\u2019ai lu cette phrase quelque part\u00a0: \u00eatre courageux, ce n\u2019est pas ne pas avoir peur, c\u2019est avoir peur et braver cette peur. Quand je suis arriv\u00e9 sur l\u2019\u00eele, l\u2019avenir n\u2019\u00e9tait pas clair, mais j\u2019\u00e9tais pr\u00eat et je ne m\u2019attendais pas \u00e0 ce que la vie ici soit si dure. Le passeur m\u2019avait dit qu\u2019au bout d\u2019une semaine, je serais en Allemagne. Apr\u00e8s treize mois, je suis encore ici, je ne peux rien faire pour changer cela. J\u2019imagine que je devrai rester ici pendant encore une ann\u00e9e, peut-\u00eatre plusieurs. J\u2019ai eu des probl\u00e8mes mais aujourd\u2019hui, je suis en vie et c\u2019est l\u2019important.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9114\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/The-situation-cant-take-away-my-smile_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Alain Serge Soh<\/h3>\n<p class=\"textbody\">J\u2019\u00e9cris toujours des textes de rap, en permanence. Par exemple, je suis en train d\u2019\u00e9crire un texte qui va parler de mon parcours, de mon voyage. Il y a ce refrain, qui revient sans cesse dans ma t\u00eate\u00a0: \u00ab\u00a0Je ressens l\u2019envie de raconter mon parcours. Et partout. \u00c0 notre tour de r\u00f4le. Il y a rien de si dr\u00f4le. D\u2019o\u00f9 je viens, rien de bien. On vient tous du sol. Parti de rien j\u2019ai pris le cap avec une boussole. N\u00e9 pour briller\u00a0: appelle-moi luciole.\u00a0\u00bb Je peux raconter certaines \u00e9tapes de mon parcours, mais d\u2019autres non. Il y a certaines questions auxquelles je ne veux pas r\u00e9pondre. D\u2019ailleurs, je dis dans un couplet\u00a0: \u00ab\u00a0Moria m\u2019a donn\u00e9 des c\u00e9phal\u00e9es mais tant qu\u2019il y a l\u2019instinct il y a la survie, je sais \u00e7a va aller. J\u2019ai pris le taureau par les cornes et la confiance s\u2019est install\u00e9e. Tu veux savoir pourquoi j\u2019ai quitt\u00e9 mon pays\u00a0? Demande \u00e0 ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Je suis n\u00e9 au Cameroun en 1990 \u00e0 Bar\u00e9, une petite ville dans la r\u00e9gion qu\u2019on appelle la \u00ab\u00a0r\u00e9gion du littoral\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, la population vieillit. Les jeunes s\u2019en vont \u00e0 Douala pour l\u2019universit\u00e9, pour les activit\u00e9s. Mais j\u2019ai beaucoup de souvenirs l\u00e0-bas. J\u2019ai des amis d\u2019enfance qui sont presque comme mes fr\u00e8res. Dans ma famille, on \u00e9tait quatre\u00a0: deux petits fr\u00e8res, une petite s\u0153ur, et moi, je suis le grand. Et aujourd\u2019hui, on n\u2019est plus que trois. Nous avons perdu notre plus petit fr\u00e8re en 2009, l\u2019ann\u00e9e de mon bac. Je vivais \u00e0 Yaound\u00e9. Vous savez, en Afrique, \u00e7a n\u2019est pas comme en Europe. Quand mon petit fr\u00e8re et moi avons eu le bac, deux personnes la m\u00eame ann\u00e9e, dans la m\u00eame maison, \u00e7a n\u2019a pas plu \u00e0 certaines personnes. Mon plus petit fr\u00e8re de 3\u00a0ans et ma petite s\u0153ur ont \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9es. Seule ma petite s\u0153ur a surv\u00e9cu. On a demand\u00e9 \u00e0 mon fr\u00e8re et moi de ne pas venir aux obs\u00e8ques, parce que c\u2019\u00e9tait trop dangereux. Alors on est rest\u00e9s \u00e0 Yaound\u00e9. Ce n\u2019est que deux\u00a0ans apr\u00e8s que nous avons pu aller voir o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est plus tard que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de partir du Cameroun. En janvier 2018. Je travaillais d\u00e9j\u00e0. Je suis parti brutalement, seul. Je ne dirai pas pourquoi. Je ne me suis pas demand\u00e9 ce qui m\u2019attendait, je n\u2019en ai pas parl\u00e9 avec des gens qui avaient d\u00e9j\u00e0 fait la route. J\u2019avais un probl\u00e8me, je n\u2019ai pas eu le temps de me poser de question. Je n\u2019ai m\u00eame pas fait de valise. D\u2019abord, j\u2019ai pris un avion pour la Turquie. C\u2019est la destination qu\u2019un client m\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 de choisir, avec l\u2019aide de ses relations. J\u2019ai donc pris un avion de Yaound\u00e9 \u00e0 Istanbul. Cette personne avait inform\u00e9 des gens de mon arriv\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 re\u00e7u, m\u00eame si \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas le genre d\u2019accueil auquel je m\u2019attendais. Disons que tu pars parce que tu as un probl\u00e8me. La personne qui te re\u00e7oit le sait et elle va abuser de \u00e7a. Elle va te demander de l\u2019argent, de l\u2019argent pour ceci, pour cela. Je n\u2019\u00e9tais pas au courant. En arrivant \u00e0 Istanbul, j\u2019avais 27\u00a0ans. Je ne connaissais personne. J\u2019\u00e9tais malade, je souffrais beaucoup. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 chercher comment faire pour partir de Turquie. Je ne suis rest\u00e9 qu\u2019un\u00a0mois. Il fallait absolument que je quitte cet endroit. Il y avait du passage chez cet homme chez qui je vivais. Parmi ces visites, d\u2019autres Camerounais. Je leur ai demand\u00e9 comment faire pour quitter Istanbul. Ce sont eux qui m\u2019ont expliqu\u00e9 que \u00e7a ne pourrait pas aller pour moi \u00e0 Istanbul, dans un pays musulman, \u00e9tant donn\u00e9 mes probl\u00e8mes. Je suis all\u00e9 chez quelqu\u2019un d\u2019autre, et de l\u00e0 je suis all\u00e9 \u00e0 Izmir. J\u2019y suis rest\u00e9 un\u00a0mois.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Izmir, tout le monde est l\u00e0, dans des h\u00f4tels. On m\u2019avait fait plusieurs propositions. Soit tu arrives et tu te loges toi-m\u00eame, tu ne payes que pour la travers\u00e9e. Soit tu payes tout \u00e0 l\u2019avance et on te loge jusqu\u2019\u00e0 ce que tu traverses. Il y a un risque de se faire avoir dans tous les cas, mais quand tu es dans une position d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e tu fais confiance \u00e0 ton instinct. J\u2019ai pay\u00e9 quelqu\u2019un pour l\u2019h\u00e9bergement et la travers\u00e9e. J\u2019avais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire ainsi. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 dans le p\u00e9trin, alors je pouvais bien continuer comme \u00e7a. J\u2019ai pay\u00e9 le passeur huit cents\u00a0euros, et ensuite j\u2019ai attendu. Il y a beaucoup de monde. Les h\u00f4tels sont align\u00e9s sur la c\u00f4te. Toutes les personnes sont dans le m\u00eame cas que toi. Bien s\u00fbr les passeurs peuvent en abuser certains\u2026 Mais tout le monde a l\u2019envie d\u2019en finir vite avec ses probl\u00e8mes. Parfois, vous ne vous posez m\u00eame plus la question de savoir si \u00e7a va aller ou pas. Quand \u00e7a va, \u00e7a va, et si \u00e7a ne va pas\u2026 Les passeurs ne te disent rien pour la travers\u00e9e. La seule chose que tu sais, c\u2019est qu\u2019on va t\u2019appeler pour que tu traverses. Parce que si on t\u2019explique r\u00e9ellement les conditions, je pense que tu ne pourras pas vouloir le faire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9113\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/These-logos-trap-me-here_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Izmir, le jour o\u00f9 l\u2019on vous dit de partir, vous partez. Certains sont arr\u00eat\u00e9s en route, d\u2019autres dans l\u2019eau. J\u2019ai failli perdre la vie. J\u2019ai fait deux tentatives. La premi\u00e8re fois a \u00e9t\u00e9 la plus difficile. On nous a dit qu\u2019on partait, et on nous a entass\u00e9s dans un v\u00e9hicule, debout, et c\u2019\u00e9tait tellement serr\u00e9\u2026 On ne pouvait m\u00eame pas respirer. Certains gamins criaient et pleuraient parce qu\u2019ils \u00e9taient \u00e9touff\u00e9s. Cette fois-l\u00e0, moi aussi, j\u2019avais de la peine \u00e0 respirer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Des enfants pleuraient. Il y a des choses comme \u00e7a dont j\u2019essaye de ne pas me rappeler. Et dans l\u2019eau\u2026 On voyait une \u00eele. Le mec qui conduisait a chang\u00e9 de main \u00e0 cause de sa cigarette. Et le moteur s\u2019est arr\u00eat\u00e9. On voyait l\u2019\u00eele, nous \u00e9tions l\u00e0, on ne bougeait pas, et la corde du moteur qu\u2019on essayait de rallumer s\u2019est cass\u00e9e. Nous avons appel\u00e9 l\u2019\u00eele. Ils nous ont r\u00e9pondu qu\u2019ils nous voyaient mais qu\u2019ils ne pouvaient pas venir nous chercher car nous \u00e9tions toujours de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Nous sommes rest\u00e9s et nous avons finalement appel\u00e9 la police turque qui est venue nous chercher.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La deuxi\u00e8me fois, on a r\u00e9ussi \u00e0 passer, mais avec beaucoup de peine. \u00c0 l\u2019h\u00f4tel, les lieux \u00e9taient satur\u00e9s. Cela faisait longtemps que les gens n\u2019\u00e9taient pas pass\u00e9s parce que l\u2019eau n\u2019\u00e9tait pas bonne, et que la police arr\u00eatait beaucoup de gens. C\u2019est comme \u00e7a l\u00e0-bas. C\u2019est comme un cycle. Parfois, tu es d\u00e9courag\u00e9, mais tu n\u2019as pas le choix. Il faut y aller, tu as d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 l\u2019argent aux passeurs. Notre travers\u00e9e a dur\u00e9 quatre\u00a0heures. Si, \u00e0 un moment, on n\u2019avait pas eu l\u2019id\u00e9e de jeter tout ce qu\u2019on avait, tous nos sacs, tout, aujourd\u2019hui je ne serais pas l\u00e0 pour parler. Nous sommes tous arriv\u00e9s \u00e0 Lesbos seulement avec les v\u00eatements que nous portions car nous avions tout jet\u00e9. Certains avaient leur t\u00e9l\u00e9phone dans leur sac, tout. Parce que non seulement le bateau \u00e9tait trop charg\u00e9, mais il y avait une fuite. On essayait d\u2019\u00e9coper avec ce qu\u2019on pouvait, avec nos chaussures\u2026 Mais l\u2019eau rentrait toujours. On a tout jet\u00e9, tous nos sacs. Certains ont m\u00eame retir\u00e9 leurs chaussures pour les jeter. Je dis \u00ab\u00a0bateau\u00a0\u00bb, mais j\u2019abuse du mot. C\u2019est un objet dans lequel on met de l\u2019air. Je l\u2019appelle bateau pour que cela sonne bien aux oreilles. Tous ceux qui en passent par l\u00e0 appellent \u00e7a un \u00ab\u00a0dinghy\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je suis arriv\u00e9 en mars. Je me souviens de mon arriv\u00e9e. Il y a des \u00e9tapes que tu veux effacer, mais ce moment-l\u00e0, je ne peux pas l\u2019oublier. Cette satisfaction a \u00e9t\u00e9 de tr\u00e8s courte dur\u00e9e. Nous sommes arriv\u00e9s le 25\u00a0mars et le 26, on nous a mis en prison. Mais pas tout le monde. On \u00e9tait 40\u00a0dans ce bateau, et 18 d\u2019entre nous ont \u00e9t\u00e9 mis en prison. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, je ne sais pas pourquoi. Soi-disant parce que nous \u00e9tions entr\u00e9s ill\u00e9galement sur le territoire. Mais pour moi, ce sont des bobards. Quand on a un visa, on n\u2019entre pas par l\u00e0. On ne nous dit m\u00eame pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0prison\u00a0\u00bb, d\u2019ailleurs. J\u2019ai su qu\u2019on m\u2019amenait en prison parce qu\u2019on m\u2019a mis dans une voiture menott\u00e9 et qu\u2019on a ferm\u00e9 les portes. On ne te met pas des menottes pour aller faire la f\u00eate. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je me suis dit que tout ce qu\u2019on pense, ou bien tout ce qu\u2019on se dit par rapport \u00e0 l\u2019Europe, c\u2019est pas \u00e7a.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette prison, elle est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Moria. Ce sont des cellules collectives. Je ne sais pas si vous voyez les containers de Moria\u00a0: \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la prison, c\u2019est comme \u00e7a aussi. Mais compl\u00e8tement ferm\u00e9, vous ne pouvez pas sortir. Pourquoi\u00a0nous? Le seul constat que j\u2019ai pu faire, c\u2019est que ce sont des Noirs qu\u2019on met en prison. Il y avait aussi des Arabes et des Afghans en prison, mais eux \u00e9taient l\u00e0 parce qu\u2019ils \u00e9taient punis pour une chose pr\u00e9cise J\u2019ai vu que ce sont juste des noirs qui sont mis directement en prison \u00e0 leur arriv\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans la prison, il y a deux c\u00f4t\u00e9s. Un c\u00f4t\u00e9 qui appartient \u00e0 l\u2019OIM\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_9135_1('footnote_plugin_reference_9135_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_9135_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_9135_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>, l\u2019agence des d\u00e9portations\u00a0: on y trouve ceux qui ont sign\u00e9 la d\u00e9portation, un papier disant qu\u2019ils voulaient bien rentrer dans leur pays. Avant d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9s, ils font aussi trois\u00a0mois de prison. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 on met les gens qui ont fait \u00ab\u00a0du d\u00e9sordre\u00a0\u00bb. Quand nous sommes arriv\u00e9s, on nous a mis du c\u00f4t\u00e9 de ceux qu\u2019on allait d\u00e9porter, on l\u2019a appris par des gens dans la file. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, on ne dormait pas, on ne mangeait pas\u2026 Je n\u2019ai jamais autant r\u00e9fl\u00e9chi de toute ma vie. Si j\u2019avais pu mettre toutes ces r\u00e9flexions dans un exercice de maths ou de programmation, je pense qu\u2019il serait long aujourd\u2019hui. C\u2019\u00e9tait terrible. Dans ce genre de situation, tout te passe par la t\u00eate, tout, tout, tout. Tout, compl\u00e8tement. C\u2019est un peu comme quelqu\u2019un qui est en train de mourir ou qui pense qu\u2019il va mourir. Toute sa vie lui d\u00e9file devant la t\u00eate, vous voyez\u00a0? C\u2019est un peu \u00e7a. Je suis sorti apr\u00e8s trois\u00a0mois, comme tout le monde. Et j\u2019ai rejoint le camp. J\u2019\u00e9tais nouveau. Je ne savais rien, je ne connaissais rien des d\u00e9marches, j\u2019essayais d&#8217;avoir toutes les informations possibles.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9110\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/\u2018Put-yourself-in-our-shoes\u2019-_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Moria, au d\u00e9but, je dormais dans une tente, au niveau d\u2019Olive Grove. Nous \u00e9tions parmi les premiers dont on a install\u00e9 les tentes l\u00e0-bas. C\u2019est un espace qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du camp, install\u00e9 l\u00e0 \u00e0 cause du sureffectif. Peut \u00eatre trois ou quatre\u00a0jours apr\u00e8s, le vent a tout emport\u00e9. On a essay\u00e9 d\u2019aller se r\u00e9fugier, de demander de l\u2019aide, et on s\u2019est retrouv\u00e9s dans les containers. Dans un container, au moins on ne ressent pas le vent. M\u00eame si, quand il pleut, l\u2019eau entre par les fissures.\u00a0Nous \u00e9tions dix. Il y a des lits superpos\u00e9s de deux. Il n\u2019y a presque rien d\u2019autre que des lits tellement c\u2019est serr\u00e9. On s\u2019est quand m\u00eame cotis\u00e9s pour acheter une plaque \u00e9lectrique pour se faire \u00e0 manger. On se cotisait pour manger mais moi, je ne mangeais pas. En sortant de prison j\u2019avais des probl\u00e8mes de nutrition. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui m\u00eame, il y a des trucs que je ne peux pas manger. La nourriture qu\u2019on sert \u00e0 Moria, vraiment, parfois rien que le fait de regarder, \u00e7a te d\u00e9go\u00fbte de manger, cat\u00e9goriquement. Moria ne m\u00e9lange pas les Africains avec les Afghans ou les Arabes pour limiter les tensions. Dans le container, les gens avec qui je vivais venaient tous d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, mais pas du Cameroun. \u00c7a me plaisait, parce que j\u2019avais souvent envie de rester un peu dans mon coin, seul.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Moria et \u00e0 l\u2019accueil de jour d\u2019OHF\u00a0[2. One Happy Family. Le centre est actuellement ferm\u00e9\u00a0; le 7 mars dernier, il a \u00e9t\u00e9 partiellement d\u00e9truit par un incendie criminel, vraisemblablement d\u00e9clench\u00e9 par des militants li\u00e9s \u00e0 des groupes d\u2019extr\u00eame droite. Une enqu\u00eate est en cours.], j\u2019ai quand m\u00eame rencontr\u00e9 beaucoup de monde. Quand vous \u00eates quelqu\u2019un d\u2019ouvert, vous rencontrez aussi des gens ouverts. Le contact passe. Vous apprenez beaucoup de choses des diff\u00e9rentes personnes, des diff\u00e9rentes cultures, des diff\u00e9rents pays. \u00c7a vous permet de vous enrichir, c\u2019est tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je crois que c\u2019est l\u00e0 la force du parcours. La force du chemin. Parce que face \u00e0 la difficult\u00e9, parfois on oublie que nous ne sommes pas du m\u00eame pays. Face \u00e0 la difficult\u00e9, parfois on oublie certaines diff\u00e9rences, on oublie la religion\u2026 Vous avez un m\u00eame objectif\u00a0: survivre. Par exemple, dans le bateau, nous n\u2019\u00e9tions pas tous du m\u00eame pays, mais nous nous sommes serr\u00e9s les coudes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Aujourd\u2019hui, ce que j\u2019aimerais d\u2019abord, personnellement, c\u2019est avoir une position stable dans ma t\u00eate. Ce qui me p\u00e8se, c\u2019est que tout est confus, ce qui fait que des fois on ne croit plus en soi. Ne pas conna\u00eetre mon avenir me d\u00e9range. Est-ce que j\u2019aurai les papiers\u00a0? Est-ce que ma demande va \u00eatre accept\u00e9e\u00a0? Est-ce que, est-ce que\u2026 Il y a tant de questions que je me pose sans m\u00eame avoir le centi\u00e8me de la r\u00e9ponse. \u00c7a me fragilise beaucoup. J\u2019essaye de cacher \u00e7a, je souris, je dis \u00ab\u00a0\u00e7a va\u00a0\u00bb. Plus vous avez les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse aux questions que vous vous posez, plus vous avancez.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-9108\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/\u2018No-one-can-put-out-the-fire-in-our-souls\u2019_conv-683x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"683\" height=\"1024\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Ahmad Ebrahimi<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Mon nom est Ahmad Ebrahimi. Je viens d\u2019Afghanistan. Je suis n\u00e9 \u00e0 Kaboul, ville tr\u00e8s peupl\u00e9e d\u2019environ huit\u00a0millions d\u2019habitants. Apr\u00e8s le d\u00e9part des Talibans en 2001, beaucoup d\u2019Afghans sont rentr\u00e9s, de partout dans le monde. Ils ont lanc\u00e9 des nouvelles entreprises. Maintenant nous avons beaucoup de cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, plus de cent \u00e0 Kaboul, beaucoup de cha\u00eenes de radios, de journaux. J\u2019\u00e9tais r\u00e9alisateur et producteur \u00e0 Kaboul. Je travaillais sur plusieurs \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es\u00a0: des \u00e9missions pour les enfants, des matinales, des \u00e9missions musicales. Et j\u2019ai aussi r\u00e9alis\u00e9 cinq ou six\u00a0court-m\u00e9trages, ainsi que des ateliers de r\u00e9alisation pour les enfants.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai quitt\u00e9 Kaboul en juin 2016, tout seul. Je ne veux pas raconter pourquoi je suis parti.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je suis d\u2019abord all\u00e9 en Iran avec mon visa. Ensuite, je suis all\u00e9 en Turquie en avion, depuis T\u00e9h\u00e9ran. Puis j\u2019ai pass\u00e9 deux\u00a0ans en Turquie. L\u00e0-bas, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile de trouver un travail. Pendant longtemps, j\u2019ai fait des boulots tr\u00e8s simples, tr\u00e8s mal pay\u00e9s, juste pour gagner un peu d\u2019argent. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai appris \u00e0 poser du parquet. J\u2019ai dit \u00e0 un ami que je cherchais du travail. Un de ses amis cherchait quelqu\u2019un pour l\u2019aider, j\u2019ai dit oui. J\u2019ai travaill\u00e9 avec lui pendant un\u00a0mois et j\u2019ai appris le m\u00e9tier. Ensuite, j\u2019ai achet\u00e9 mon propre mat\u00e9riel et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler tout seul. Et j\u2019ai aussi trouv\u00e9 un travail en lien avec la photographie, dans un magasin de photo \u00e0 Istanbul. J\u2019ai travaill\u00e9 pour eux pendant un\u00a0mois, mais ils payaient tr\u00e8s mal et j\u2019ai arr\u00eat\u00e9. J\u2019ai travaill\u00e9 dans une autre boutique de photo \u00e0 Azram pendant environ deux\u00a0mois.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Lesbos en juin ou juillet 2018. Je suis parti parce que je venais de passer environ deux\u00a0ans en Turquie et je me rendais compte que rien de nouveau n\u2019allait se passer, que ce soit du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019UNHCR\u00a0[3. Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s.] ou du gouvernement turc. Je n\u2019avais pas d\u2019entretien pr\u00e9vu. J\u2019ai connu beaucoup de gens en Turquie qui y avaient pass\u00e9 neuf ou dix\u00a0ans\u2026 apr\u00e8s quoi, le gouvernement turc les a renvoy\u00e9s dans leur pays. On peut \u00eatre d\u00e9port\u00e9s apr\u00e8s neuf\u00a0ans en Afghanistan ou en Iran. Rien ne se passait, alors j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de venir en Europe. \u00c0 Istanbul j\u2019ai trouv\u00e9 un passeur. Apr\u00e8s deux ou trois\u00a0nuits, mon passeur m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous partons ce soir.\u00a0\u00bb \u00c0 onze\u00a0heures du soir, on nous a emmen\u00e9s dans un petit van. J\u2019imagine qu\u2019ils nous ont amen\u00e9s \u00e0 Izmir. Je ne suis pas tr\u00e8s s\u00fbr d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Et ensuite nous avons travers\u00e9 la mer. \u00c7a nous a pris douze\u00a0heures pour arriver ici. On a r\u00e9par\u00e9 le bateau, on l\u2019a gonfl\u00e9, on a souffl\u00e9 dedans. Il devait \u00eatre cinq\u00a0heures de l\u2019apr\u00e8s midi quand on a travers\u00e9 la fronti\u00e8re. C\u2019\u00e9tait une apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9e. J\u2019ai eu beaucoup de chance. Beaucoup de gens passent quatre ou cinq\u00a0jours dans les bois sans pouvoir traverser. Et j\u2019ai pu traverser du premier coup.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Je ne savais pas sur quoi j\u2019allais tomber sur cette \u00eele. Je suis stupide, je n\u2019ai m\u00eame pas regard\u00e9 sur Internet et je n\u2019avais aucune id\u00e9e d\u2019o\u00f9 j\u2019allais. Mon passeur m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu quitteras l\u2019\u00eele dans un\u00a0mois et je pourrai t\u2019amener dans un autre pays d\u2019Europe.\u00a0\u00bb Je l\u2019ai cru. Quand je suis arriv\u00e9 ici, je me suis dit\u00a0: \u00ab\u00a0Merde, je crois que je vais devoir rester longtemps\u2026\u00a0\u00bb En Turquie, je n\u2019avais aucun contact. Je parlais avec certains de mes amis, mais eux non plus ne m\u2019ont rien dit du temps que j\u2019allais passer ici par exemple. Maintenant, quand quelqu\u2019un m\u2019appelle pour me demander, je peux tout expliquer\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019accord, si tu veux venir, je ne te dis pas de venir, mais si tu viens, voil\u00e0 ce qui se passera.\u00a0\u00bb Je leur dis\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vas rester sur cette \u00eele pendant longtemps. Tu ne pourras pas la quitter, car tu n\u2019as aucun papier. Tu vivras dans une tente, tu attendras des heures dans la file d\u2019attente pour avoir \u00e0 manger.\u00a0\u00bb Juste la v\u00e9rit\u00e9\u2026 \u00ab\u00a0Maintenant, c\u2019est ton choix si tu veux venir. Simplement fais attention avec la mer. C\u2019est ton choix, je ne te dirai pas de venir ou de ne pas venir. C\u2019est ta vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9113\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/These-logos-trap-me-here_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">Anoosh Ariahmehr<\/h3>\n<p class=\"textbody\">Je suis n\u00e9 en 1984 dans une petite ville de la province de Badakhshan dans le nord-est de l\u2019Afghanistan. C\u2019est une petite ville de montagne. La plupart des gens sont des fermiers. Au printemps, en \u00e9t\u00e9 et en automne, \u00e7a ressemble au paradis. Tout y est naturel et pur. J\u2019ai grandi au milieu de ces gens calmes et doux. J\u2019ai un fr\u00e8re et trois s\u0153urs. Mon p\u00e8re est fermier et ma m\u00e8re, m\u00e8re au foyer. Quand j\u2019ai ouvert les yeux un jour, autour de moi il y avait les soldats de l\u2019Arm\u00e9e rouge (l\u2019arm\u00e9e Russe), en guerre contre le groupe terroriste moudjahidin en Afghanistan. Mon enfance et mon adolescence ont oscill\u00e9 entre la peur et l\u2019espoir. Je passais la moiti\u00e9 de mes journ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole et \u00e0 \u00e9tudier certains livres, et l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e0 l\u2019agriculture et \u00e0 la ferme, avec mes parents.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Il y a deux p\u00e9riodes dans ma vie. Avant et apr\u00e8s le lyc\u00e9e. Apr\u00e8s avoir fini le lyc\u00e9e, j\u2019ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Kaboul pour continuer mes \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Kaboul. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 la litt\u00e9rature persane et la linguistique. J\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents postes dans plusieurs organisations. Et puis j\u2019ai travaill\u00e9 comme journaliste, parfois seul, parfois avec une \u00e9quipe. La plupart du temps, je travaillais comme journaliste freelance. J\u2019ai enqu\u00eat\u00e9 sur des sujets historiques, sociaux, politiques, culturels, sur des assassinats politiques, sur des impostures, sur l\u2019apartheid afghan et sur le pillage des mines d\u2019Afghanistan. Quand j\u2019ai enqu\u00eat\u00e9 sur des assassinats politiques, sur des vols de mines ou sur des falsifications historiques, j\u2019ai travaill\u00e9 dans des conditions difficiles. Plusieurs fois j\u2019ai \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par des inconnus. Un jour, on a essay\u00e9 de me tuer avec une voiture. Heureusement, j\u2019ai eu la chance de survivre.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai travers\u00e9 les fronti\u00e8res pakistanaises, iraniennes et turques avant d\u2019arriver en Gr\u00e8ce et cela m\u2019a pris un\u00a0mois et huit\u00a0jours. J\u2019ai v\u00e9cu deux\u00a0ans en Turquie et je travaillais tous les jours pour rester en vie. Les conditions \u00e9taient tr\u00e8s mauvaises. Le gouvernement turc et les Nations unies n&#8217;acceptaient aucune responsabilit\u00e9 concernant les r\u00e9fugi\u00e9s. Ils ne regardaient pas nos dossiers. J\u2019ai vu et su que des personnes avaient attendu pendant huit \u00e0 dix\u00a0ans en Turquie que les Nations unies fassent quelque chose, mais ils ne leur ont jamais r\u00e9pondu. Je n\u2019avais aucun droit en Turquie, pas d\u2019\u00e9ducation, pas de protection, aucune aide. Je ne pouvais pas retourner dans mon pays, je devais aller en Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Avant de venir \u00e0 Lesbos, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 la situation sur chacune des \u00eeles. Quand je suis arriv\u00e9, les conditions de vie n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 une surprise pour moi. Je n\u2019attendais rien, je savais ce qu\u2019il se passait ici. Quand je suis arriv\u00e9 au camp de Moria, la premi\u00e8re chose qui a attir\u00e9 mon attention a \u00e9t\u00e9 une phrase int\u00e9ressante \u00e9crite sur le mur du camp\u00a0: \u00ab\u00a0Bienvenue \u00e0 la prison de Moria.\u00a0\u00bb Les conditions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp sont tellement dures. Il y avait 9\u00a0700 personnes quand je suis arriv\u00e9. Nous devions faire la queue pendant des heures pour le petit-d\u00e9jeuner, le d\u00e9jeuner, le d\u00eener, pour l\u2019eau, pour voir un docteur, pour aller aux toilettes. C\u2019\u00e9tait une sorte de t\u00e2che quotidienne. Tous les jours \u00e0 cause de l\u2019eau ou du pain, il y avait de violentes disputes qui se terminaient souvent en affrontements aux implications ethniques ou linguistiques. Des parties du camp \u00e9taient br\u00fbl\u00e9es et des dizaines de personnes bless\u00e9es. Apr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Cologne\u00a0[4. Des m\u00e9dias ont rapport\u00e9 une explosion d&#8217;agressions sexuelles suppos\u00e9ment commises par des r\u00e9fugi\u00e9s le soir du 31\u00a0d\u00e9cembre 2015 \u00e0 Cologne, en Allemagne. L&#8217;affaire dite de Cologne, alimentant le mythe du r\u00e9fugi\u00e9 violeur, a entra\u00een\u00e9 une vague de discours et d&#8217;actes x\u00e9nophobes en Europe. L&#8217;enqu\u00eate concernant les plaintes d\u00e9pos\u00e9es au sujet des faits commis ce soir-l\u00e0 a depuis remis en cause cette version. Elles signalent un ensemble d&#8217;agression de nature diverse \u2013\u00a0vols, coups et blessures, agressions sexuelles, etc.\u00a0\u2013 qui ne sont pas imputables aux r\u00e9fugi\u00e9s mais qui repr\u00e9sentent plut\u00f4t un probl\u00e8me syst\u00e9mique se posant en pr\u00e9sence d&#8217;une foule festive et alcoolis\u00e9e. Voir Von Florian Flade, Marcel Pauly et Kristian Frigelj,\u00a0 \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.welt.de\/politik\/deutschland\/article152018368\/1054-Strafanzeigen-nach-Uebergriffen-von-Koeln.html\">1054 Strafanzeigen nach \u00dcbergriffen von K\u00f6ln<\/a>\u00a0\u00bb, <em>Welt<\/em>, dispnible sur &lt;welt.de&gt;, et Patric Jean, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/patricjean\/blog\/140216\/agressions-sexuelles-de-cologne-un-renversement-revelateur\">Agressions sexuelles de Cologne\u00a0: un renversement r\u00e9v\u00e9lateur<\/a>\u00a0\u00bb, disponible sur &lt;blogs.mediapart.fr\/patricjean&gt;.] la situation \u00e9tait hors de contr\u00f4le. Il y a beaucoup d\u2019immigrants et de r\u00e9fugi\u00e9s qui attendent ici de savoir s\u2019ils auront l\u2019asile. J\u2019ai fait une enqu\u00eate aupr\u00e8s d\u2019eux et j\u2019ai trouv\u00e9 deux grandes raisons qui rendaient probl\u00e9matiques la possibilit\u00e9 d\u2019avoir l\u2019asile\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. La plupart n\u2019ont pas une raison suffisamment reconnue de quitter leur pays. L\u2019Afghanistan, par exemple, est un pays plein de troubles, mais pas consid\u00e9r\u00e9 comme un pays en guerre.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. Une partie d\u2019entre eux n\u2019ont aucun papier d\u2019identit\u00e9 prouvant qui ils sont, ou aucune information concernant leur pays ou l\u2019endroit o\u00f9 ils sont n\u00e9s. Le service d\u2019asile ne peut pas traiter leurs cas.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"textbody\">\n<p class=\"textbody\">Malgr\u00e9 cette situation si difficile, au bout d\u2019une semaine, j\u2019ai trouv\u00e9 une \u00e9cole, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 enseigner\u00a0: le persan et les math\u00e9matiques pour des enfants r\u00e9fugi\u00e9s parlant persan. Il y avait aussi un cours de guitare auquel je participais. Je remplissais mon temps libre en \u00e9tudiant des livres sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Dans cette \u00e9cole, j\u2019ai pu am\u00e9liorer mon anglais jour apr\u00e8s jour.\u00a0Au bout de cinq mois \u00e0 attendre mon entretien, des personnes m\u2019ont agress\u00e9. Ils \u00e9taient sept ou huit. Ils m\u2019ont bless\u00e9 aux cuisses, \u00e0 l\u2019abdomen et \u00e0 l\u2019\u00e9paule avec un couteau. Les blessures aux cuisses et \u00e0 l\u2019abdomen \u00e9taient tr\u00e8s dangereuses, et possiblement mortelles. Si une voiture n\u2019\u00e9tait pas pass\u00e9e, ils m\u2019auraient tu\u00e9. Ils ont aussi vol\u00e9 mon t\u00e9l\u00e9phone et mon argent. Apr\u00e8s \u00e7a, j\u2019ai tout arr\u00eat\u00e9. Je ne pouvais plus retourner enseigner \u00e0 l\u2019\u00e9cole ni aller \u00e0 mon cours de guitare ou aux cours de yoga. L\u2019UNHCR m\u2019a d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 un autre endroit qui \u00e9tait un peu plus s\u00fbr que le camp. J\u2019y ai trouv\u00e9 quelques livres de physique et je les ai \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9111\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/The-hut-of-the-jungle-leader-Mr.-Karbalaietranslated-from-farsi_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"467\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s cette agression, le service d\u2019asile m\u2019a reconnu comme une personne s\u00e9rieusement vuln\u00e9rable et j\u2019ai eu la permission de quitter Lesbos. J\u2019ai mis mon nom sur la liste d\u2019attente pour Ath\u00e8nes. Mais \u00e0 ce moment, j\u2019ai aussi re\u00e7u une d\u00e9cision du service d\u2019asile m\u2019accordant l\u2019asile en tant que r\u00e9fugi\u00e9. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester \u00e0 Lesbos attendre ma carte de r\u00e9sident et mon passeport. Pendant ce temps, j\u2019ai trouv\u00e9 un cours de photographie et des ateliers de radio. Le premier \u00e9tait donn\u00e9 par un producteur am\u00e9ricain et le second par de jeunes fran\u00e7ais. J\u2019ai appris dans les deux. Deux\u00a0jours apr\u00e8s avoir termin\u00e9 mon cours de photographie, j\u2019ai re\u00e7u ma carte de r\u00e9sident et l\u2019UNHCR m\u2019a transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes. Quand je suis arriv\u00e9, Ath\u00e8nes m\u2019a paru tr\u00e8s \u00e9trange, mais j\u2019y ai tr\u00e8s vite trouv\u00e9 ma place. Maintenant, j\u2019appr\u00e9cie ma situation et je me sens tr\u00e8s bien dans cet environnement Tout va bien, je suis tr\u00e8s occup\u00e9 par un petit projet d\u2019entreprise, par le travail et par les \u00e9tudes. Je veux faire ma vie \u00e0 Ath\u00e8nes, la ville de la philosophie. J\u2019aimerais y poursuivre mes \u00e9tudes. Je m\u2019appr\u00eate \u00e0 aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Je suis heureux d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau \u00e9tudiant. J\u2019ai beaucoup de projets pour ma nouvelle vie dans ce nouveau pays.<\/p>\n<h3 class=\"section\">Pour aller plus loin<\/h3>\n<ul>\n<li>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2979.html\">Les Hotspots, v\u00e9ritables camps de la honte<\/a>\u00a0\u00bb, Migreurop, vid\u00e9o disponible sur &lt;<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2979.html\">migreurop.org<\/a>&gt;.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2976.html\">Nouvelles <\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2976.html\">F<\/a><a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/www.migreurop.org\/article2976.html\">ormes de confinement aux portes de l\u2019Union europ\u00e9enne<\/a>\u00a0\u00bb, Migreurop, actes de conf\u00e9rence disponibles sur &lt;migreurop.org&gt;.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_9135_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_9135_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_9135_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_9135_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_9135_1('footnote_plugin_tooltip_9135_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_9135_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Organisation internationale pour les migrations, li\u00e9e aux Nations unies depuis 2016.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_9135_1() { jQuery('#footnote_references_container_9135_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9135_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_9135_1() { jQuery('#footnote_references_container_9135_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_9135_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_9135_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_9135_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_9135_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_9135_1(); } } function footnote_moveToAnchor_9135_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_9135_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photographies par Ahmad Ebrahimi Ouvert en 2013 sur l\u2019\u00eele de Lesbos en Gr\u00e8ce sur le site d\u2019une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7es qui cherchent \u00e0 rejoindre l\u2019Europe. L\u2019un des cinq centres d\u2019enregistrement et de contr\u00f4le situ\u00e9s en mer Eg\u00e9e, il se double d\u2019un centre de d\u00e9tention, t\u00e9moignant d\u2019une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9139,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[17],"tags":[560,561,562,563],"class_list":["post-9135","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-decolonialites","tag-lesbos","tag-moria","tag-radio","tag-refugiees"],"wps_subtitle":"\u00ab\u00a0Je n\u2019ai m\u00eame pas fait mes valises.\u00a0\u00bb","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9135"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9135\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}