{"id":3531,"date":"2017-01-15T23:58:42","date_gmt":"2017-01-15T22:58:42","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=3531"},"modified":"2017-01-15T23:58:42","modified_gmt":"2017-01-15T22:58:42","slug":"la-race-tue-deux-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2017\/01\/15\/la-race-tue-deux-fois\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La race tue deux fois\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Le collectif Angles Morts milite autour des questions de la justice, de l\u2019enfermement et des m\u00e9thodes polici\u00e8res. Il est \u00e9galement coordinateur du livre <em>Permis de Tuer &#8211; Chronique de l&#8217;impunit\u00e9 polici\u00e8re<\/em>. Septembre 2014. \u00c9ditions Syllepse.<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">10 \u00e0 15 morts. C\u2019est le nombre moyen de d\u00e9c\u00e8s (connus publiquement) caus\u00e9s dans le cadre d\u2019une intervention de police en France chaque ann\u00e9e. Un profil-type des individus victimes de la r\u00e9pression polici\u00e8re se d\u00e9gage sans appel\u00a0: un jeune homme des quartiers populaires, d\u2019origine maghr\u00e9bine ou subsaharienne. L\u2019actuelle affaire Adama Traor\u00e9, mort cet \u00e9t\u00e9 dans un commissariat, ou la relaxe en juin 2016 des policiers inculp\u00e9s dans la mort de Zyed Benna et de Bouna Traor\u00e9 ont d\u00e9montr\u00e9 que les forces de police b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une injustifiable impunit\u00e9 judiciaire. Pour comprendre la production et le maintien de ces violences, Rachida Brahim, sociologue au Lames (Laboratoire m\u00e9diterran\u00e9en de sociologie de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille), a \u00e9tudi\u00e9 la d\u00e9nonciation et le traitement des crimes racistes entre les ann\u00e9es\u00a01970 et fin\u00a01990<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_3531_1('footnote_plugin_reference_3531_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_3531_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_3531_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;entretien en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Rachida_Brahim_Site_JK.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Qu\u2019est-ce qui t\u2019a amen\u00e9e \u00e0 effectuer une th\u00e8se sur les crimes racistes entre les ann\u00e9es\u00a01970 et 1990\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">J\u2019ai eu l\u2019occasion de travailler dans le secteur associatif \u00e0 Marseille, notamment avec des personnes issues de l\u2019immigration maghr\u00e9bine et engag\u00e9es sur la question de la m\u00e9moire ou des luttes de l\u2019immigration. Parmi les sujets \u00e9voqu\u00e9s, celui des crimes racistes revenait r\u00e9guli\u00e8rement. Les militants faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0la flamb\u00e9e raciste\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9t\u00e9 rouge\u00a0\u00bb de Marseille, selon les termes employ\u00e9s par Yvan Gastaut et G\u00e9rard Noiriel[2. Yvan Gastaut, \u00ab\u00a0La flamb\u00e9e raciste de 1973 en France\u00a0\u00bb, <em>Revue europ\u00e9enne de migrations internationales<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a02, 1993, p. 61-75\u00a0; G\u00e9rard Noiriel, <em>Immigration, antis\u00e9mitisme et racisme en France: XIX<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle discours publics, humiliations priv\u00e9es,<\/em> Pluriel, Paris: Hachette litt\u00e9ratures, 2007.]. Il s\u2019agit d\u2019une s\u00e9rie de violences entre ao\u00fbt et d\u00e9cembre 1973, apr\u00e8s le meurtre d\u2019un chauffeur de tramway par un passager pris d\u2019un acc\u00e8s de d\u00e9mence. Le passager en question \u00e9tait un immigr\u00e9 alg\u00e9rien.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Durant les quatre mois qui ont suivi ce drame, des exp\u00e9ditions punitives et des agressions ont syst\u00e9matiquement cibl\u00e9 des migrants maghr\u00e9bins[3. Voir Mathieu L\u00e9onard, \u00ab\u00a01<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/cqfd-journal.org\/1973-un-ete-raciste\">973\u00a0: un \u00e9t\u00e9 raciste<\/a>\u00a0\u00bb, <em>CQFD<\/em> n<sup>o<\/sup>\u00a0115 (octobre 2013).]. Les militants associatifs \u00e9voquaient \u00e9galement des affaires datant d&#8217;apr\u00e8s cette s\u00e9rie de violences, au cours des ann\u00e9es\u00a01970, 80 ou 90. Par-del\u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 des faits mentionn\u00e9s, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par le sentiment d\u2019injustice qui accompagnait les propos. Le constat partag\u00e9 \u00e9tait celui d&#8217;une forme d\u2019impunit\u00e9 dans les affaires de crimes racistes. Je voulais en savoir davantage sur les violences de ce type, mais je tenais aussi \u00e0 objectiver ce sentiment d\u2019injustice, \u00e0 revenir sur les faits pour rendre compte de sa mat\u00e9rialit\u00e9. J\u2019ai donc \u00e9tudi\u00e9 cette p\u00e9riode de trente ans en essayant de mettre en \u00e9vidence le contexte dans lequel ces violences ont eu lieu et la mani\u00e8re dont elles ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es par le syst\u00e8me p\u00e9nal, et plus largement au sein des ar\u00e8nes politiques et l\u00e9gislatives.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3523\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/ob_2f24d3_31-marche-1-web.jpg\" alt=\"\" width=\"652\" height=\"382\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">Comment produire aujourd\u2019hui des connaissances sur les crimes racistes en France\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">La premi\u00e8re difficult\u00e9 est celle des sources. Les donn\u00e9es les plus accessibles sur les crimes racistes ont \u00e9t\u00e9 compil\u00e9es par les associations engag\u00e9es sur la question. La presse constitue \u00e9galement une importante ressource. Du c\u00f4t\u00e9 institutionnel, c\u2019est plus compliqu\u00e9. Certaines archives publiques sont soumises \u00e0 des d\u00e9lais de communicabilit\u00e9, par exemple celles de la police et de la justice. Cela peut aller de 25 \u00e0 100 ans, et les demandes de d\u00e9rogation ne sont pas toujours accept\u00e9es. Enfin, pour ce qui est des statistiques, il est difficile d\u2019avoir une id\u00e9e pr\u00e9cise de ce que repr\u00e9sentent les crimes racistes. Depuis 1990, la Commission nationale consultative des droits de l\u2019homme (CNCDH) recense les actes et menaces racistes, mais elle r\u00e9alise ses statistiques en se fondant uniquement sur les sources du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Or, il y a le risque de sous d\u00e9claration, et ce qui est per\u00e7u comme un acte raciste par les membres du groupe vis\u00e9 n\u2019est pas forc\u00e9ment cat\u00e9goris\u00e9 comme tel par les institutions qui prennent en charge ces violences.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La seconde difficult\u00e9 r\u00e9side dans le choix des concepts appropri\u00e9s. Le racisme est une notion qui d\u00e9signe une cons\u00e9quence, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui se manifeste dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, mais il ne s\u2019agit pas d\u2019un concept op\u00e9ratoire. C\u2019est un terme qui ne montre rien de la cha\u00eene de causalit\u00e9 et de la complexit\u00e9 des interactions dans lesquelles il s\u2019inscrit. Je crois m\u00eame qu\u2019il tend \u00e0 occulter la construction politique et sociale qui conduit aux violences raciales. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, les recherches men\u00e9es dans le monde anglo-saxon sur les th\u00e9ories de l\u2019ethnicit\u00e9 ont amen\u00e9 un renouvellement des r\u00e9flexions fran\u00e7aises sur la question. Comme le genre et la classe, l\u2019ethnicit\u00e9 fait partie des principaux crit\u00e8res de classement qui, au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, permettent de diff\u00e9rencier et de hi\u00e9rarchiser les groupes sociaux. Ce sont ces m\u00eames crit\u00e8res qui entra\u00eenent une in\u00e9galit\u00e9 de traitement dans diff\u00e9rentes sph\u00e8res du monde social, en mati\u00e8re de logement, d\u2019\u00e9ducation, de sant\u00e9 ou encore de travail. Cela implique que la cat\u00e9gorisation des individus selon des crit\u00e8res ethniques pr\u00e9c\u00e8de le racisme qui peut se manifester \u00e0 l\u2019\u00e9chelle individuelle sous forme de sentiments ou d\u2019actions. Autrement dit, la construction de la race pr\u00e9c\u00e8de le racisme.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3525\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/P13_manifestation_contre_le_racisme-764x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"925\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Un des d\u00e9bats majeurs qui entoure encore la question consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 savoir s\u2019il vaut mieux parler d\u2019ethnicit\u00e9 ou de race. Ces termes sont des concepts op\u00e9ratoires dans le champ scientifique, et ils font partie int\u00e9grante des \u00ab\u00a0savoirs assujettis\u00a0\u00bb pour reprendre l\u2019expression de Foucault, mais ils peuvent avoir de tout autres signification et fonction lorsqu\u2019ils entrent dans des sph\u00e8res diff\u00e9rentes, notamment dans celle du politique. C\u2019est surtout le cas pour le terme race. Ce sont donc des termes tr\u00e8s exigeants, qui demandent \u00e0 chaque fois que l\u2019on pr\u00e9cise notre pens\u00e9e. Et il faut toujours expliquer que l\u2019on parle bien exclusivement d\u2019une construction sociale que l\u2019on r\u00e9prouve et non de caract\u00e9ristiques auxquelles on donnerait soi-m\u00eame une essence ou une r\u00e9alit\u00e9 biologique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour certains, l\u2019ethnicit\u00e9 renvoie \u00e0 la dimension culturelle de l\u2019identit\u00e9, alors que la race d\u00e9signe des ph\u00e9notypes et un suppos\u00e9 ancrage g\u00e9n\u00e9tique. Pour d\u2019autres, l\u2019ethnicit\u00e9 sert de terme socialement acceptable pour parler de race. Il pr\u00e9sente l\u2019avantage de ne pas reprendre \u00e0 son compte le terme de race, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas faire exister la notion, et par extension le ph\u00e9nom\u00e8ne, que l\u2019on tente pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9construire. Personnellement, je crois que pour s\u2019y retrouver, il vaut mieux partir des crit\u00e8res concrets \u00e0 partir desquels les diff\u00e9rences sont construites, qu\u2019il s\u2019agisse de la forme de votre visage, de votre nationalit\u00e9, de vos origines, de votre religion ou de votre culture. Il me semble que ces marqueurs jouent la m\u00eame fonction que les crit\u00e8res strictement biologiques, qui \u00e9taient retenus durant la p\u00e9riode coloniale par exemple. Ils recr\u00e9ent la race, ils participent \u00e0 stratifier la soci\u00e9t\u00e9, ils \u00e9rigent des barri\u00e8res entre les groupes et stipulent que les diff\u00e9rences entre ces groupes sont irr\u00e9ductibles. Qu\u2019on le veuille ou non, cela ressemble bien \u00e0 des cat\u00e9gories raciales \u2013 quand bien m\u00eame la race aurait chang\u00e9 de forme. C\u2019est un constat amer\u00a0: je dois avouer que j\u2019ai moi-m\u00eame parfois encore du mal \u00e0 l\u2019admettre, disons \u00e0 le dig\u00e9rer. Je constate aussi que j\u2019ai r\u00e9gl\u00e9 la question du mot appropri\u00e9 en employant les termes ethnicit\u00e9 ou cat\u00e9gorisation ethnique comme des synonymes aux expressions utilisant le terme race.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Comment d\u00e9finis-tu le processus de racialisation, concept que tu as mobilis\u00e9 dans le cadre de tes recherches\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">On retrouve le m\u00eame d\u00e9bat ici, certains parlent d\u2019ethnicisation, d\u2019autres de racialisation. Restons sur ce second terme. Cette recherche a entre autres permis de pr\u00e9ciser ce que repr\u00e9sentait la racialisation dans le contexte fran\u00e7ais. Elle d\u00e9signe le processus par lequel les cat\u00e9gorisations ethniques sont produites et maintenues par-del\u00e0 leur d\u00e9nonciation. Diff\u00e9rentes phases composent ce processus. Il faut prendre en compte la mani\u00e8re dont les cat\u00e9gories sont construites, la mani\u00e8re dont elles affectent les relations interpersonnelles, mais \u00e9galement la mani\u00e8re dont elles se perp\u00e9tuent.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le premier acte se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019\u00e9chelle institutionnelle. Le fait de cat\u00e9goriser des individus selon des crit\u00e8res ethniques est une op\u00e9ration inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019action des pouvoirs publics. Cela passe entre autres par l\u2019\u00e9diction de d\u00e9crets, de lois et de politiques sp\u00e9cifiques. C\u2019est une op\u00e9ration \u00e0 la fois macrosociale et exog\u00e8ne qui implique non seulement une assignation identitaire, mais \u00e9galement la cr\u00e9ation de fronti\u00e8res invisibles entre les groupes sociaux. La force de cette cat\u00e9gorisation r\u00e9side dans le fait que des valeurs n\u00e9gatives sont associ\u00e9es aux crit\u00e8res que repr\u00e9sentent les traits physiques ou culturels, la nationalit\u00e9, les origines ou la religion d\u2019une personne. Ces crit\u00e8res agissent alors comme des stigmates qui vont non seulement diff\u00e9rencier, mais \u00e9galement inf\u00e9rioriser les membres du groupe concern\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En ce qui concerne le sujet que je traite, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 deux figures stigmatiques\u00a0de l\u2019homme arabe\u00a0: celle du \u00ab\u00a0travailleur arabe\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es\u00a01970 puis celle du \u00ab\u00a0jeune de banlieue\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es\u00a01980-90. Dans un contexte de crise \u00e9conomique et de restriction de l\u2019immigration, les premiers ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7us \u00e0 travers l\u2019insalubrit\u00e9 de leur logement, leur propension \u00e0 la criminalit\u00e9 ou encore leurs capacit\u00e9s \u00e0 troubler l\u2019ordre public. Dans un contexte de d\u00e9veloppement des grands ensembles et de constante hausse du ch\u00f4mage, les seconds ont h\u00e9rit\u00e9 des stigmates des p\u00e8res. Ils ont, par ailleurs, r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme des d\u00e9linquants, des jeunes assist\u00e9s ou inadapt\u00e9s, sachant que les m\u00e9dias ont tenu une place d\u00e9cisive dans le renforcement des cat\u00e9gorisations ethniques.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le deuxi\u00e8me acte de la racialisation se joue \u00e0 l\u2019\u00e9chelle interpersonnelle. Le fait de cat\u00e9goriser des individus selon des crit\u00e8res ethniques peut entra\u00eener des in\u00e9galit\u00e9s, des discriminations, mais aussi des violences physiques \u00e0 l\u2019encontre des membres du groupe minoris\u00e9. En raison du stigmate assign\u00e9, ces derniers constituent des cibles potentielles, plus ou moins expos\u00e9es en fonction du type d\u2019interactions et des tensions nationales ou internationales li\u00e9es au contexte \u00e9conomique, social ou politique. La s\u00e9rie de crimes racistes \u00e0 Marseille en 1973, l\u2019affaire du Bordeaux-Vintimille en 1983 ou encore celle d&#8217;Ibrahim Ali en 1995 sont, \u00e0 des degr\u00e9s vari\u00e9s, des exemples caract\u00e9ristiques de ce type de violences.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3519\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/justice-pour-ibrahim-ali.jpg\" alt=\"\" width=\"596\" height=\"331\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Le dernier aspect du processus est le plus difficile \u00e0 circonscrire. Toute la question est de savoir o\u00f9 s\u2019arr\u00eate la racialisation. J\u2019ai cherch\u00e9 la r\u00e9ponse en regardant de plus pr\u00e8s ce qui se passait une fois que le groupe concern\u00e9 d\u00e9non\u00e7ait la violence sp\u00e9cifique dont il faisait l\u2019objet. Je me suis donc int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re dont les crimes racistes \u00e9taient r\u00e9gul\u00e9s par les pouvoirs publics. En l\u2019occurrence, durant la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, le crime raciste n\u2019est pas une cat\u00e9gorie juridique\u00a0; par cons\u00e9quent, les proc\u00e8s portent sur l\u2019infraction retenue, mais pas sur le caract\u00e8re raciste ou non de l\u2019acte. C\u2019est ce qui explique en grande partie le sentiment d\u2019injustice des membres du groupe concern\u00e9 par ce type de violence. Lorsqu\u2019on \u00e9coute les personnes qui ont d\u00e9nonc\u00e9 ces violences, des crimes de 1973 \u00e0 la r\u00e9cente affaire Adama Traor\u00e9 par exemple, il y a un m\u00eame leitmotiv\u00a0: la race tue deux fois. Une premi\u00e8re fois en raison de la violence induite par la cat\u00e9gorisation, et une deuxi\u00e8me fois en raison du traitement de cette violence qui, loin de prendre en compte la cat\u00e9gorisation ethnique et ses effets, va la maintenir en l\u2019occultant. On rejoint ici la notion de racisme syst\u00e9mique et structurel\u00a0: c\u2019est le syst\u00e8me, l\u2019organisation et les r\u00e8gles m\u00eames d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui contribuent \u00e0 la production des in\u00e9galit\u00e9s et des violences corollaires, par-del\u00e0 leur d\u00e9nonciation.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Ton enqu\u00eate d\u00e9marre au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01970, qui a vu na\u00eetre les premi\u00e8res luttes d\u00e9non\u00e7ant les crimes racistes \u00e0 l\u2019encontre des Maghr\u00e9bins. \u00c0 travers ces luttes, on voit poindre une question centrale\u00a0: comment d\u00e9finir un crime raciste\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">C\u2019est l\u00e0 tout le d\u00e9bat. Durant les trente ans sur lesquels porte cette recherche, les parlementaires ont r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9finir le mobile raciste et par extension le crime raciste. Du c\u00f4t\u00e9 militant, d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a01970, le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) s\u2019est impliqu\u00e9 dans une lutte sociale pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions de logement, de travail et de s\u00e9jour des immigr\u00e9s[4. Abdellali Hajjat, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience politique du Mouvement des travailleurs arabes\u00a0\u00bb, <em>Contretemps<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a016, mai 2006, p. 76-85.]. Parall\u00e8lement, les crimes racistes ont connu une forte politisation\u00a0: le seul fait que la victime soit un \u00ab\u00a0Arabe\u00a0\u00bb pouvait suffire \u00e0 qualifier le crime de raciste et \u00e0 lancer une mobilisation. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, lorsqu\u2019on observe les faits de ce type qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s durant les trente ou quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, on constate que, pour les membres du groupe concern\u00e9, un crime raciste est une violence sp\u00e9cifiquement dirig\u00e9e vers une personne en raison de son appartenance \u00e0 un groupe racialis\u00e9. C\u2019est la d\u00e9finition qui a globalement \u00e9t\u00e9 retenue par les pays qui emploient l\u2019expression \u00ab\u00a0crime de haine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3529\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/TractMTA-1024x556.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"375\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">La notion est apparue dans les ann\u00e9es\u00a01980 aux \u00c9tats-Unis avant d\u2019\u00eatre introduite en Europe dans le courant des ann\u00e9es\u00a01990. Il s\u2019agit plus d\u2019un concept que d\u2019une cat\u00e9gorie juridique b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une stricte d\u00e9finition l\u00e9gale. Son champ d\u2019application varie selon les pays, mais dans l\u2019ensemble, les crimes de haine d\u00e9signent les violences commises en raison d\u2019un mobile discriminatoire. Ils peuvent couvrir toutes les infractions p\u00e9nales prenant pour cible des biens ou des personnes en raison de leur appartenance \u00e0 un groupe minoris\u00e9 selon des crit\u00e8res\u00a0d\u2019ethnicit\u00e9, de religion, de nationalit\u00e9, d\u2019\u00e2ge, de genre, en fonction de leur identit\u00e9 sexuelle ou en raison d\u2019un handicap. La particularit\u00e9 des crimes de haine tient au fait que leur impact d\u00e9passe les individus pour toucher les membres de groupe qui partage la m\u00eame identit\u00e9 sociale. Dans ce type de violence, l\u2019auteur des faits a choisi sa cible en raison de l\u2019hostilit\u00e9 qu\u2019il \u00e9prouve envers le groupe auquel elle appartient. On parle dans ce cas de traumatisme indirect ou de \u00ab\u00a0victime collective\u00a0\u00bb, car \u00e0 travers l\u2019individu touch\u00e9 par l\u2019infraction, c\u2019est toute une communaut\u00e9 qui est en r\u00e9alit\u00e9 vis\u00e9e.<\/p>\n<h4 class=\"question\">On a parl\u00e9 alors de l\u2019\u00e9mergence du \u00ab\u00a0mouvement immigr\u00e9\u00a0\u00bb, comment est-il intimement li\u00e9 au processus de racialisation\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Le mouvement immigr\u00e9, ce que l\u2019on nomme \u00e9galement \u00ab\u00a0luttes de l\u2019immigration\u00a0\u00bb, d\u00e9signe les mobilisations men\u00e9es par les immigr\u00e9s postcoloniaux, mais il peut aussi int\u00e9grer les luttes conduites par leurs descendants. C\u2019est un abus de langage dans la mesure o\u00f9 ces derniers sont n\u00e9s en France. \u00c0 proprement parler, il serait plus juste d\u2019\u00e9voquer un mouvement des racialis\u00e9s, mais la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0immigr\u00e9e\u00a0\u00bb est de loin celle qui a domin\u00e9 en France. Beaucoup de militants parlent \u00ab\u00a0des luttes de l\u2019immigration et des quartiers populaires\u00a0\u00bb, ce qui me semble une formule d\u00e9j\u00e0 plus adapt\u00e9e. Les recherches \u00e9tasuniennes traitent de cette question en parlant d\u2019\u00ab\u00a0ethnicit\u00e9 mobilisationniste\u00a0\u00bb. Les th\u00e9ories qui s\u2019y rattachent envisagent l\u2019ethnicit\u00e9 comme une ressource, un \u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur qui est r\u00e9appropri\u00e9 et mobilis\u00e9 dans la perspective d\u2019une lutte sociale, dans le but d\u2019acc\u00e9der \u00e0 davantage de biens ou de pouvoir.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ces luttes sont intimement li\u00e9es au processus de racialisation, parce qu\u2019elles passent par une politisation des diff\u00e9rentes formes de violences induites par les cat\u00e9gorisations ethniques. En France, il s\u2019agit d\u2019un mouvement fragmentaire qui a \u00e9t\u00e9 conduit par diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, au sens social du terme\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration des \u00ab\u00a0travailleurs arabes\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es\u00a01970, puis la \u00ab\u00a0seconde g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es\u00a01980-90, avec tout ce que cette expression a d\u2019illusoire. Les actions collectives men\u00e9es par ces deux g\u00e9n\u00e9rations ont pris des formes tr\u00e8s vari\u00e9es et s\u2019inscrivent dans des contextes diff\u00e9rents. Cela \u00e9tant, l\u2019objet des luttes est rest\u00e9 sensiblement identique au cours de ces trente ans\u00a0: protester contre les in\u00e9galit\u00e9s en d\u00e9non\u00e7ant la mani\u00e8re dont le racisme impr\u00e8gne les diff\u00e9rentes sph\u00e8res de la vie sociale, celle du droit au s\u00e9jour, du travail, du logement, ou encore de la sant\u00e9. La question des crimes racistes repr\u00e9sente \u00e9galement un point de similitude entre ces diff\u00e9rents mouvements. La d\u00e9nonciation de ces violences et de leur traitement a \u00e9t\u00e9 une constante au sein de ces mobilisations.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans les ann\u00e9es\u00a01970, l\u2019identit\u00e9 ouvri\u00e8re et le mythe du retour au pays ont permis de d\u00e9limiter la g\u00e9n\u00e9ration des travailleurs arabes. \u00c0 cette p\u00e9riode, les militants du MTA se mobilisent syst\u00e9matiquement contre les crimes racistes qui symbolisent d\u2019apr\u00e8s eux la violence plus g\u00e9n\u00e9rale, et notamment sociale, \u00e0 laquelle sont confront\u00e9s les immigr\u00e9s. Par exemple, dans la semaine qui suit le meurtre du traminot \u00e0 Marseille en ao\u00fbt 1973, on d\u00e9nombre six morts, \u00e0 raison d\u2019un mort par jour. Les agressions se poursuivent au cours des mois d\u2019octobre et novembre. Elles atteignent un point culminant en d\u00e9cembre 1973, apr\u00e8s le plastiquage du consulat d\u2019Alg\u00e9rie qui fait quatre morts et 22 bless\u00e9s. Ces violences ont fait de la r\u00e9gion marseillaise l\u2019\u00e9picentre de la lutte des travailleurs immigr\u00e9s. D\u00e8s le mois de septembre, les militants du MTA ont mis en place des commissions d\u2019enqu\u00eate populaires pour \u00e9lucider les crimes, des groupes d\u2019autod\u00e9fense, et organis\u00e9 des stages nationaux des travailleurs ou de la Gauche arabe, des manifestations. Ils ont \u00e9galement lanc\u00e9 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale contre le racisme, amplement suivie par les travailleurs immigr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3524\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/P12_-manifestation_apres_le_meurtre_de_laid.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"666\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Les ann\u00e9es\u00a01980-90 se distinguent par le fait que le travail ouvrier se rar\u00e9fie et que l\u2019id\u00e9e d\u2019un retour au pays est progressivement abandonn\u00e9e. Les membres de la \u00ab\u00a0seconde g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb sont donc n\u00e9s sur le territoire fran\u00e7ais dans une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement des grands ensembles et de constant accroissement du ch\u00f4mage. Ces ann\u00e9es sont davantage marqu\u00e9es par une concomitance des protestations spontan\u00e9es et des actions concert\u00e9es. On note d\u2019une part un usage renouvel\u00e9 de l&#8217;\u00e9meute comme moyen de contester l\u2019ordre \u00e9tabli et d\u2019intervenir dans le d\u00e9bat public. Ce terme a acquis une connotation p\u00e9jorative pour certains, mais c&#8217;est un terme d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 sous l&#8217;Ancien R\u00e9gime et qui d\u00e9signe tout simplement un soul\u00e8vement populaire et spontan\u00e9 provoqu\u00e9 par une \u00e9motion collective. Les plus m\u00e9diatis\u00e9es ont eu lieu au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01980 puis au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01990, mais ce ne sont pas des cas isol\u00e9s. Les crimes racistes, les violences polici\u00e8res dans les quartiers populaires, mais aussi les jugements prononc\u00e9s \u00e0 l\u2019issue des proc\u00e8s, ont r\u00e9guli\u00e8rement constitu\u00e9 le point de d\u00e9part de ces protestations.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On rel\u00e8ve d\u2019autre part l\u2019existence de collectifs structur\u00e9s qui ont employ\u00e9 un r\u00e9pertoire d\u2019actions allant de la gr\u00e8ve de la faim \u00e0 l\u2019occupation d\u2019espaces, en passant par l\u2019organisation de rencontres nationales, de concerts ou de marches. Dans cet ensemble, la Marche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre le racisme de 1983 est un des exemples les plus embl\u00e9matiques de ce type de mobilisations. Apr\u00e8s la Marche, les tentatives infructueuses de se f\u00e9d\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale ont laiss\u00e9 la place \u00e0 des structures qui se sont davantage concentr\u00e9es sur l\u2019action locale. La mort d\u2019un habitant dans une cit\u00e9 a fr\u00e9quemment donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019organisation de marches silencieuses, \u00e0 la cr\u00e9ation de comit\u00e9 de soutien ou d\u2019associations.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3521\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Marche_1983_01_600.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"396\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">Comment r\u00e9agissent les acteurs \u00e9tatiques face \u00e0 ces violences racistes et ces mobilisations\u00a0? Pourquoi les parlementaires se refusent-ils \u00e0 d\u00e9finir l\u00e9galement un crime raciste\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Entre les ann\u00e9es\u00a01970 et fin\u00a01990, en ce qui concerne les crimes racistes, deux conceptions diff\u00e9rentes d\u2019un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne ont coexist\u00e9. Pour les membres du groupe concern\u00e9, les crimes racistes constituaient une violence sp\u00e9cifique qui aurait m\u00e9rit\u00e9 un am\u00e9nagement des r\u00e8gles du droit. Pour les pouvoirs publics, il s\u2019agissait d\u2019une violence qui relevait du droit commun, c\u2019est-\u00e0-dire des r\u00e8gles qui s\u2019appliquent de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 tous les citoyens \u2013 et il n\u2019\u00e9tait pas envisageable de cr\u00e9er un droit particulier. Lorsqu\u2019on \u00e9tudie les d\u00e9bats parlementaires sur cette question, on constate que les parlementaires ont justifi\u00e9 le fait qu\u2019il \u00e9tait impossible de cr\u00e9er une incrimination sp\u00e9cifique en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la conception universaliste de la citoyennet\u00e9 impliquant que le droit devait \u00eatre le m\u00eame pour tous.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans les faits, si la race tue deux fois, c\u2019est parce qu\u2019elle fait \u00e9cho \u00e0 un double mouvement port\u00e9 par le droit et dans lequel les groupes minoris\u00e9s sont enserr\u00e9s. Le premier mouvement correspond au premier acte de la racialisation \u00e9voqu\u00e9 en amont. Il consiste \u00e0 particulariser les individus en les cat\u00e9gorisant selon des crit\u00e8res ethniques. Cette action entra\u00eene des in\u00e9galit\u00e9s de traitement, mais en raison de la stigmatisation inh\u00e9rente, elle peut aussi induire des violences, des crimes racistes en l\u2019occurrence. Le second mouvement r\u00e9side au contraire dans le fait d\u2019universaliser ces m\u00eames individus au moment pr\u00e9cis o\u00f9 ils d\u00e9noncent la violence produite par le particularisme. Bref, cela revient \u00e0 invoquer des r\u00e8gles communes pour des groupes qui ont auparavant \u00e9t\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9s. Alors que la premi\u00e8re violence trouve son origine dans le particularisme, la seconde r\u00e9side dans le fait que ce m\u00eame particularisme est ensuite occult\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3517\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/4595580_6_e92f_un-graffiti-sur-un-immeuble-pres-du-tribunal_79cd86090f5e69d4911866fa4d991d75-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"460\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Concr\u00e8tement, durant ces trente ans, alors que la question des crimes racistes a r\u00e9guli\u00e8rement atteint un haut degr\u00e9 de politisation, dans l\u2019ar\u00e8ne l\u00e9gislative, un m\u00eame d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 reconduit au cours des trois principales lois portant sur la p\u00e9nalisation du racisme. \u00c0 chaque reprise, les parlementaires ont interrog\u00e9, puis rejet\u00e9 la possibilit\u00e9 de d\u00e9finir le mobile raciste qui aurait permis de caract\u00e9riser ces crimes. Par cons\u00e9quent, la l\u00e9gislation antiraciste s\u2019est exclusivement int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la r\u00e9pression de la parole raciste et des discriminations.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La \u00ab\u00a0Loi relative \u00e0 la lutte contre le racisme\u00a0\u00bb, promulgu\u00e9e le 1er juillet 1972 est consid\u00e9r\u00e9e comme le socle de cette l\u00e9gislation. Le Mrap et la Licra interpellaient le gouvernement depuis treize ans en faveur de sa mise en place. Elle porte sur les provocations \u00e0 la haine raciale, les diffamations, les injures raciales et les actes de discrimination. Or, contrairement aux recommandations de l\u2019ONU, elle ne prend pas en compte les agressions et homicides \u00e0 caract\u00e8re raciste. La question est totalement absente dans la sph\u00e8re l\u00e9gislative, comme dans celle du politique en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour ce qui est des ann\u00e9es\u00a01970, j\u2019ai pu consulter les archives du Minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur. Les dossiers conserv\u00e9s montrent que le gouvernement alg\u00e9rien r\u00e9pertoriait les violences prenant pour cible ses ressortissants et demandait r\u00e9guli\u00e8rement des informations au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur fran\u00e7ais sur les circonstances des faits et leurs suites p\u00e9nales. Les rapports dress\u00e9s par les services de police, par les pr\u00e9fets, mais \u00e9galement par les agents minist\u00e9riels en vue de r\u00e9pondre au gouvernement alg\u00e9rien nient syst\u00e9matiquement la pr\u00e9sence de mobile raciste pour mettre au contraire en avant des affaires de vols, des rixes, des r\u00e8glements de compte, des suicides ou des accidents.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3516\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/11MTA-1973.jpg\" alt=\"\" width=\"670\" height=\"874\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019issue de la Marche de 1983, le gouvernement socialiste avait promis aux manifestants une nouvelle loi qui permettrait d\u2019aggraver les peines dans les affaires de crimes racistes. Dans les faits, lors du vote de la loi de 1985 d\u00e9 sur diverses dispositions d\u2019ordre social, cette option a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e et remplac\u00e9e par une mesure permettant \u00e0 certaines associations de se porter partie civile dans les affaires d\u2019homicides \u00e0 caract\u00e8re raciste. \u00c0 travers cette loi, le mobile raciste est implicitement reconnu, mais il ne fait pas l\u2019objet d\u2019une d\u00e9finition. Un s\u00e9nateur insiste notamment sur le fait que le mobile raciste repr\u00e9sente une notion trop \u00ab\u00a0vague\u00a0\u00bb, et par l\u00e0 impossible \u00e0 admettre dans le Code p\u00e9nal. Par cons\u00e9quent, lors des proc\u00e8s, les conflits d\u2019interpr\u00e9tation sur ce qui constitue ou non un crime raciste perdurent.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01990, plusieurs actes de violence racistes \u00e9branlent \u00e0 nouveau une partie de l\u2019opinion. Diff\u00e9rentes organisations se plaignent des insuffisances de la l\u00e9gislation. Une nouvelle loi sur la question est alors n\u00e9goci\u00e9e. Le mobile raciste constituait l\u2019\u00e9l\u00e9ment central de la proposition de loi initiale, il a une nouvelle fois \u00e9t\u00e9 discut\u00e9, puis abandonn\u00e9. La Loi Gayssot, vot\u00e9e le 13 juillet 1990, \u00ab\u00a0tendant \u00e0 r\u00e9primer tout acte raciste, antis\u00e9mite ou x\u00e9nophobe\u00a0\u00bb renforce surtout les sanctions de la loi de 1972 et cr\u00e9e le d\u00e9lit de n\u00e9gationnisme.<\/p>\n<h4 class=\"question\">Dans les affaires de crimes policiers en France, ou de morts pendant ou suite \u00e0 des interventions polici\u00e8res, la dimension raciste des agissements policiers est chaque fois \u00e9vacu\u00e9e, rarement \u00e9voqu\u00e9e par les familles m\u00eames des victimes. Qu\u2019en penses-tu\u00a0?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Pour ce qui est des familles des victimes, c\u2019est une position compr\u00e9hensible. Les violences polici\u00e8res constituent un type tr\u00e8s particulier de faits dans l\u2019ensemble des crimes qui sont per\u00e7us comme racistes. Par rapport aux crimes commis par un individu ordinaire, lorsque la famille tente d\u2019avoir gain de cause, il y a une difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire, dans la mesure o\u00f9 l\u2019usage de la force entre dans les pr\u00e9rogatives des agents de police, ce qui implique que la violence peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Il faut aussi noter que, m\u00eame si la l\u00e9gislation a \u00e9volu\u00e9 depuis 1990, il reste extr\u00eamement difficile de prouver le caract\u00e8re raciste d\u2019un fait. En France, le mobile raciste d\u2019un homicide peut \u00eatre pris en compte depuis la loi Lellouche vot\u00e9e en 2003. Les parlementaires se sont pli\u00e9s aux recommandations de l\u2019Union europ\u00e9enne en se rapprochant du concept de crimes de haine adopt\u00e9 par d\u2019autres \u00c9tats. Selon les pays, quand le mobile raciste est av\u00e9r\u00e9, la l\u00e9gislation en vigueur pr\u00e9voit une majoration des peines ou une peine sp\u00e9cifique. En France, la loi de 2003 aggrave les peines punissant \u00ab\u00a0les infractions \u00e0 caract\u00e8re raciste, antis\u00e9mite ou x\u00e9nophobe\u00a0\u00bb lorsque le mobile raciste est prouv\u00e9. Cela \u00e9tant, c\u2019est \u00e0 nouveau sur ce point que le texte de loi a achopp\u00e9. Les parlementaires ont refus\u00e9 d\u2019inverser la charge de la preuve et ont d\u00e9clar\u00e9 que le mobile raciste ne serait reconnu que si l\u2019infraction \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, accompagn\u00e9e ou suivie de propos racistes, ce qui bien s\u00fbr n\u2019est pas toujours le cas. Le d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de cette loi a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait \u00ab\u00a0de rattraper le retard, de combler un vide juridique et de mettre fin \u00e0 la passivit\u00e9, objectivement conciliante, des autorit\u00e9s judiciaires\u00a0\u00bb. Dans les faits, la condition qui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e a r\u00e9duit le champ d\u2019application du texte de loi et a limit\u00e9 l\u2019impact qu\u2019il aurait pu avoir sur la proc\u00e9dure p\u00e9nale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3527\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Pleven.jpg\" alt=\"\" width=\"767\" height=\"358\" \/><\/p>\n<h4 class=\"question\">On voit aussi \u00e0 travers ton travail qu\u2019entre les crimes perp\u00e9tr\u00e9s par des civils fran\u00e7ais des ann\u00e9es\u00a01970, que certains qualifient d\u2019arabicides, et ceux commis dans le cadre d\u2019op\u00e9rations polici\u00e8res depuis les ann\u00e9es\u00a01980, le crime raciste a chang\u00e9 de nature&#8230;<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Pour avoir une id\u00e9e un peu plus pr\u00e9cise de l\u2019\u00e9volution de cette violence, j\u2019ai tent\u00e9 de constituer une base de donn\u00e9es en recensant les actes d\u00e9nonc\u00e9s comme racistes entre les ann\u00e9es\u00a01970 et fin\u00a090. J\u2019ai pu r\u00e9pertorier 731 cas. Ce n\u2019est \u00e9videmment pas exhaustif, mais cela permet d\u00e9j\u00e0 de tirer quelques constats. En ce qui concerne les diff\u00e9rences, du point de vue des victimes d\u2019abord, les cibles sont vari\u00e9es, il a pu s\u2019agir d\u2019un individu isol\u00e9, de groupes d\u2019individus, d\u2019\u00e9difices publics repr\u00e9sentant l\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien ou encore de cit\u00e9s, de foyers, de caf\u00e9s fr\u00e9quent\u00e9s par des Maghr\u00e9bins. La diff\u00e9rence majeure tient au fait qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01980, \u00ab\u00a0les\u00a0jeunes de banlieues\u00a0\u00bb remplacent \u00ab\u00a0les travailleurs arabes\u00a0\u00bb qui \u00e9taient vis\u00e9s durant la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Il semble \u00e9galement que les violences diminuent\u00a0: elles sont plus nombreuses dans les ann\u00e9es\u00a070 que dans les ann\u00e9es\u00a090, mais pour v\u00e9rifier ce point, il faudrait b\u00e9n\u00e9ficier de statistiques plus importantes. Enfin, plus on avance dans le temps, plus l\u2019islam est vis\u00e9. L\u2019affaire du foulard en 1989 est un marqueur fort de cette tendance qui s\u2019est depuis accentu\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En ce qui concerne les continuit\u00e9s, j\u2019ai pu remarquer que, quelle que soit la d\u00e9cennie, la violence peut s\u2019exprimer selon trois formes. On peut d&#8217;abord nommer les violences politiques exerc\u00e9es par des personnes qui agissent au nom de leur proximit\u00e9 ou de leur adh\u00e9sion aux th\u00e8ses de l\u2019extr\u00eame droite. Elles donnent lieu \u00e0 des attentats, des agressions ou des exp\u00e9ditions punitives. Il y a \u00e9galement des violences situationnelles. Elles peuvent avoir lieu lors d\u2019une sc\u00e8ne de la vie quotidienne. Pour l\u2019auteur des faits, le but est g\u00e9n\u00e9ralement de prot\u00e9ger ce qu\u2019il consid\u00e8re comme une propri\u00e9t\u00e9 au sens large et subjectif du terme (sa maison, son commerce, des membres de sa famille, une femme, une f\u00eate nationale ou simplement sa tranquillit\u00e9). Le passage \u00e0 l\u2019acte criminel s\u2019explique ici par la pr\u00e9sence de deux facteurs\u00a0: d\u2019une part la nuisance ou la menace qu\u2019incarne pour lui la pr\u00e9sence d\u2019un Maghr\u00e9bin et d\u2019autre part l\u2019id\u00e9e d\u2019un bien \u00e0 prot\u00e9ger. Viennent enfin les violences disciplinaires, plus connues sous le nom de violences polici\u00e8res, et qui sont associ\u00e9es d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a01970 \u00e0 des crimes racistes. La notion de discipline est int\u00e9ressante parce qu\u2019elle laisse voir ce qui est sous-jacent \u00e0 ces violences, et notamment le fait d\u2019user ill\u00e9gitimement la force dans le but de r\u00e9pondre \u00e0 un d\u00e9sir de coercition, \u00e0 une volont\u00e9 de discipliner des corps cat\u00e9goris\u00e9s comme d\u00e9viants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3520\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/marche-83.jpg\" alt=\"\" width=\"833\" height=\"413\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Dernier \u00e9l\u00e9ment de compr\u00e9hension au sujet de ces violences\u00a0: un sentiment d\u2019injustice accompagne invariablement le r\u00e9cit de ces actes. Il renvoie \u00e0 ce que l\u2019on appelle une victimisation secondaire. Cette notion est d\u2019abord apparue aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es\u00a01970 apr\u00e8s une scission au sein de l\u2019\u00e9tude de la criminologie, lors de l\u2019\u00e9mergence d\u2019une criminologie critique, influenc\u00e9e par les mouvements n\u00e9omarxistes et f\u00e9ministes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La victimisation primaire d\u00e9signe l\u2019action par laquelle une personne est la cible d\u2019une infraction et acquiert le statut de victime d\u2019un point de vue l\u00e9gal. La victimisation secondaire advient au moment o\u00f9 cette m\u00eame personne fait le r\u00e9cit de l\u2019infraction dont elle a fait l\u2019objet \u2013 lors d\u2019un \u00e9change entre la victime et ses proches, mais aussi lors de la confrontation avec les institutions qui repr\u00e9sentent les interlocuteurs des victimes. Il peut s\u2019agir du syst\u00e8me m\u00e9diatique, \u00e9ducatif, m\u00e9dical, policier ou judiciaire. Cette victimisation secondaire est provoqu\u00e9e par des attitudes de bl\u00e2mes et d\u2019inversement des responsabilit\u00e9s, par une banalisation des faits ou par l\u2019existence d\u2019un vide juridique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La victimisation secondaire a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par les analyses f\u00e9ministes portant sur les violences faites aux femmes. Les premi\u00e8res \u00e9tudes men\u00e9es sur la question des agressions sexuelles ont par exemple montr\u00e9 que les victimes de viol sont fr\u00e9quemment consid\u00e9r\u00e9es comme responsables de ce qui leur arrive \u2013 ce qui, de fait, accentue la violence initialement subie. C\u2019est sous l\u2019influence conjugu\u00e9e des mouvements f\u00e9ministes et des recherches conduites en criminologie victimologique que plusieurs pays ont modifi\u00e9 leurs l\u00e9gislations sur le viol dans les ann\u00e9es\u00a01980. Dans le cas qui nous int\u00e9resse, la victimisation secondaire a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par le traitement p\u00e9nal et l\u00e9gislatif de crimes racistes qui emp\u00eachait de caract\u00e9riser le mobile raciste.<\/p>\n<p class=\"textbody\">On est loin ici de l\u2019image qui domine aujourd\u2019hui sur la victimisation. Il s\u2019agit d\u2019un terme qui a \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9 et galvaud\u00e9, parce qu\u2019il s\u2019inscrit dans le cadre des luttes visant \u00e0 imposer une repr\u00e9sentation du monde social plut\u00f4t qu\u2019une autre. L\u2019id\u00e9e de victimisation a souvent \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9e contre les personnes d\u00e9non\u00e7ant un pr\u00e9judice et exprimant des revendications pour d\u00e9cr\u00e9dibiliser leurs paroles et d\u00e9clarer qu\u2019elles abuseraient du statut de victimes. C\u2019est un reproche qui a par exemple \u00e9t\u00e9 fait aux f\u00e9ministes, aux homosexuels et plus r\u00e9cemment \u00e0 ceux qui ont port\u00e9 publiquement la question de l\u2019islamophobie. Pour s\u2019opposer \u00e0 ce d\u00e9tournement du terme et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019accusation, il faut revenir au sens initial. La victimisation primaire exprime simplement l\u2019action par laquelle une personne va \u00eatre victime d\u2019une infraction selon une d\u00e9finition l\u00e9gale. C\u2019est un fait, un statut dans un cadre donn\u00e9, ceci n\u2019implique en rien une posture d\u2019\u00e9ternelle victime ni une d\u00e9rive vers une autovictimisation exacerb\u00e9e et sans fondement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3518\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/9795633.jpg\" alt=\"\" width=\"1499\" height=\"843\" \/><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3531_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_3531_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_3531_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_3531_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_3531_1('footnote_plugin_tooltip_3531_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_3531_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Rachida Brahim soutiendra prochainement une th\u00e8se intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La race tue deux fois. Particularisation et universalisation des groupes ethniquement minoris\u00e9s dans la France contemporaine, 1970-2003\u00a0\u00bb<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_3531_1() { jQuery('#footnote_references_container_3531_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3531_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_3531_1() { jQuery('#footnote_references_container_3531_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_3531_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_3531_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_3531_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_3531_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_3531_1(); } } function footnote_moveToAnchor_3531_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_3531_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le collectif Angles Morts milite autour des questions de la justice, de l\u2019enfermement et des m\u00e9thodes polici\u00e8res. 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