{"id":4947,"date":"2017-11-20T22:32:24","date_gmt":"2017-11-20T21:32:24","guid":{"rendered":"http:\/\/jefklak.org\/?p=4947"},"modified":"2017-11-20T22:32:24","modified_gmt":"2017-11-20T21:32:24","slug":"le-vetement-comme-seconde-peau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2017\/11\/20\/le-vetement-comme-seconde-peau\/","title":{"rendered":"Le v\u00eatement comme seconde peau"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-translator\">Illustrations par Maud Gu\u00e9ly<\/p>\n<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Apparence et style vestimentaire riment-ils avec pure futilit\u00e9\u00a0? L\u2019\u0153uvre et la vie de Frida Kahlo affirment l\u2019inverse. Tout au long de sa carri\u00e8re, l\u2019artiste mexicaine a jou\u00e9 de sa propre image comme d\u2019un v\u00e9ritable langage. C\u2019est notamment en exposant ses propres meurtrissures corporelles et ses choix vestimentaires au moyen d\u2019autoportraits qu\u2019elle a sublim\u00e9\/mis en sc\u00e8ne ses \u00e9cueils biographiques, et d\u00e9velopp\u00e9 un discours politique questionnant la f\u00e9minit\u00e9 ou la culture indig\u00e8ne de son pays.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce texte est issu du deuxi\u00e8me num\u00e9ro de <em>Jef Klak<\/em>, \u00ab\u00a0<a class=\"website-link\" href=\"http:\/\/jefklak.org\/?page_id=1792\">Bout d\u2019ficelle<\/a>\u00a0\u00bb, traitant du textile, de la mode et des identit\u00e9s de genre, et encore disponible en librairie. Version adapt\u00e9e par les auteures, extraite de <em>Un ruban autour d\u2019une bombe. Une biographie textile de Frida Kahlo,<\/em> Rachel Vin\u00e9 Krupa &amp; Maud Gu\u00e9ly, \u00e9d. Nada, 2013, qui sera <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.hobo-diffusion.com\/catalogue\/822\/un-ruban-autour-d-une-bombe\">republi\u00e9 en 2018<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"pdf-link\">T\u00e9l\u00e9charger l\u2019article en <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Frida_Site_JK.pdf\">PDF<\/a>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab\u00a0<em>Un ruban autour d\u2019une bombe\u00a0<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4947_1('footnote_plugin_reference_4947_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_4947_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_4947_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span><\/em>.\u00a0\u00bb C\u2019est avec ces mots qu\u2019Andr\u00e9 Breton, fervent admirateur de Frida Kahlo, d\u00e9crit son \u0153uvre \u00e0 la fois d\u00e9licate et subversive. Les rubans, motifs textiles r\u00e9currents dans la peinture de l\u2019artiste mexicaine, t\u00e9moignent du soin qu\u2019elle portait \u00e0 son apparence et ouvrent la voie \u00e0 une lecture vestimentaire de sa production. Si l\u2019habit ne fait pas la personne, les v\u00eatements dans lesquels Frida Kahlo se repr\u00e9sente sont l\u2019expression d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 et signifiant. Dans une production compos\u00e9e \u00e0 43% d\u2019autoportraits, ils r\u00e9v\u00e8lent les aspects multiples d\u2019une identit\u00e9 dynamique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1925, elle a 18 ans et, suite \u00e0 un accident d\u2019autobus qui l\u2019oblige \u00e0 garder le lit plusieurs mois et dont elle conservera des s\u00e9quelles \u00e0 vie, Frida Kahlo commence \u00e0 peindre. Lorsque le drame survient, elle est l\u2019une des trente-cinq filles, sur deux mille \u00e9l\u00e8ves, \u00e0 \u00e9tudier \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale pr\u00e9paratoire de Mexico pour le concours d\u2019entr\u00e9e de la facult\u00e9 de m\u00e9decine. Dans cet environnement tr\u00e8s masculin, elle cherche son style et choisit de se d\u00e9marquer en rev\u00eatant des costumes d\u2019homme comme l\u2019attestent certaines photographies d\u2019\u00e9poque. Les pantalons qu\u2019elle porte alors lui permettent \u00e9galement de masquer sa jambe droite atrophi\u00e9e par une poliomy\u00e9lite contract\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans et qui lui vaut durant toute son enfance le sobriquet de \u00ab\u00a0Frida jambe de bois\u00a0\u00bb. L\u2019accident dont elle est victime la contraint \u00e0 arr\u00eater ses \u00e9tudes et la conduit \u00e0 choisir la peinture comme activit\u00e9 de substitution.<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s son premier autoportrait, <em>Autoportrait \u00e0 la robe de velours<\/em> (1926), le v\u00eatement tr\u00f4ne au centre de sa cr\u00e9ation. La robe ultra-sensuelle dans laquelle elle appara\u00eet marque une rupture vestimentaire radicale avec l\u2019allure de gar\u00e7on manqu\u00e9 qu\u2019elle cultivait adolescente. Elle exacerbe ainsi sa f\u00e9minit\u00e9 alors qu\u2019elle vient d\u2019apprendre qu\u2019elle ne pourra jamais \u00eatre m\u00e8re\u00a0: lors de la collision de l\u2019autobus dans lequel elle voyageait, elle se fait empaler par une main courante qui lui transperce le bassin et le vagin. Elle dira ironiquement avoir perdu sa virginit\u00e9 ce jour-l\u00e0, mais pas sa f\u00e9minit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">La robe de velours grenat brod\u00e9e de d\u00e9licates arabesques terre de Sienne, son port de t\u00eate altier, ainsi que le geste d\u00e9licat de sa main, conf\u00e8re au portrait de cette jeune Mexicaine de 19 ans une allure aristocratique et surann\u00e9e, empreinte de mani\u00e9risme italien. La p\u00e2leur de sa peau et ses traits exag\u00e9r\u00e9ment allong\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent l\u2019influence de Modigliani. Par le choix de sa tenue et la figuration de ses traits, il semblerait qu\u2019elle ait voulu privil\u00e9gier son ascendance europ\u00e9enne, h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re allemand, en gommant tout signe visible d\u2019indianit\u00e9. Le choix de l\u2019orthographe germanique de son pr\u00e9nom \u00ab\u00a0Frieda\u00a0\u00bb, qu\u2019elle adopte alors pour signature, va dans le m\u00eame sens. Bien qu\u2019avec la r\u00e9volution de 1910 les canons de beaut\u00e9 tendent \u00e0 se mexicaniser, les crit\u00e8res esth\u00e9tiques, tant physiques qu\u2019artistiques, correspondent encore, pour cette peintre novice issue de la bourgeoisie citadine de Mexico, au mod\u00e8le europ\u00e9en en vigueur depuis la colonisation espagnole.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4941\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/frida-703x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"1005\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s deux ans de convalescence pass\u00e9s \u00e0 peindre dans l\u2019isolement de la maison familiale, Frida Kahlo renoue avec une vie sociale. En 1928, elle est introduite par un ancien camarade de classe dans l\u2019entourage du r\u00e9volutionnaire communiste cubain Julio Antonio Mella, exil\u00e9 au Mexique, et de sa compagne, la photographe italo-am\u00e9ricaine Tina Modotti. Quelques mois plus tard, elle adh\u00e8re au Parti communiste mexicain. Lors d\u2019une r\u00e9union politique, elle rencontre le peintre Diego Rivera. Son apparence vestimentaire t\u00e9moigne alors de son engagement\u00a0: elle porte l\u2019uniforme sobre des jeunes militantes du Parti. C\u2019est v\u00eatue de pantalons et d\u2019une chemise rouge broch\u00e9e d\u2019une \u00e9toile, distribuant des fusils et des ba\u00efonnettes \u00e0 des ouvriers, que Rivera repr\u00e9sente, dans la fresque <em>Dans l\u2019arsenal<\/em>, celle qui, en 1929, devient sa nouvelle compagne.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour Frida Kahlo, cette relation marque le d\u00e9but d\u2019une vie nouvelle. Immerg\u00e9e dans l\u2019univers mexicaniste de son mari, elle \u00e9largit son panorama aux coutumes et aux arts populaires. Fervent d\u00e9fenseur de la culture indig\u00e8ne, Diego Rivera aime v\u00eatir ses mod\u00e8les des costumes traditionnels pour sublimer leur beaut\u00e9. Frida Kahlo est consciente de ce penchant et, pour lui plaire, change intentionnellement de style\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il fut un temps, <\/em>confie-t-elle<em>, o\u00f9 je m\u2019habillais en homme. J\u2019avais les cheveux coup\u00e9s ras et portais des pantalons, des bottes et une pelisse de cuir mais, quand j\u2019allais voir Diego, je mettais le costume de <\/em>Tehuana\u00a0[2. Bambi, \u00ab\u00a0Frida Kahlo es una mitad\u00a0\u00bb, dans <em>Exc\u00e9lsior<\/em>, 13 juin 1954, Mexico, p.\u00a01.].\u00a0\u00bb Ce v\u00eatement se compose d\u2019un <em>huipil,<\/em> tunique sans manches d\u2019origine pr\u00e9hispanique confectionn\u00e9e dans une pi\u00e8ce de coton rectangulaire, pli\u00e9e en deux moiti\u00e9s et cousue sur les c\u00f4t\u00e9s pour permettre le passage des bras. Port\u00e9 sur une large jupe longue de mousseline de couleur vive garnie de falbalas blancs d\u2019une hauteur minimale de vingt-huit centim\u00e8tres, le tissage de la toile et la richesse des broderies font son originalit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans le Mexique postr\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es 1920-30, endosser le costume des femmes indig\u00e8nes de l\u2019isthme de Tehuantepec n\u2019a rien de folklorique mais rel\u00e8ve d\u2019une revendication identitaire d\u2019ampleur nationale\u00a0: \u00ab\u00a0<em>D\u00e8s le d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, <\/em>explique l\u2019historienne A\u00edda Sierra, <em>la culture urbaine naissante a eu besoin de symboles attestant de sa richesse. Avec la r\u00e9volution mexicaine, ce besoin se fit plus pressant. La figure des <\/em>Tehuanas<em> faisait na\u00eetre des d\u00e9sirs et des r\u00eaves chez ceux qui les contemplaient\u00a0; elle offrait des caract\u00e9ristiques qui pouvaient effectivement repr\u00e9senter la grandeur du nouveau projet de nation\u00a0[3. A\u00edda Sierra, \u00ab\u00a0La creaci\u00f3n de un s\u00edmbolo\u00a0\u00bb, dans <em>Artes de M\u00e9xico<\/em>, n\u00ba 49, Mexico, 2000, p. 17.].<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Si l\u2019int\u00e9r\u00eat de Frida Kahlo pour ce v\u00eatement co\u00efncide avec sa rencontre avec Diego Rivera, c\u2019est durant son premier s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis qu\u2019elle commence \u00e0 le porter r\u00e9guli\u00e8rement. En effet, en 1930, suite \u00e0 l\u2019expulsion de Rivera du Parti communiste mexicain, accus\u00e9 de collaborer avec le pouvoir en ex\u00e9cutant des commandes gouvernementales, le couple s\u2019exile pendant trois ans aux \u00c9tats-Unis. Dans ses valises, Frida Kahlo emporte ses tenues exub\u00e9rantes et chamarr\u00e9es qui font sensation dans les salons de San Francisco, New York et D\u00e9troit. Elle souhaite ainsi affirmer son identit\u00e9 mexicaine et surtout ne pas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 la bourgeoisie locale pour laquelle elle n\u2019a aucune estime. \u00ab\u00a0<em>Lorsqu\u2019une communaut\u00e9 a peu, ou pas du tout, de contacts avec ses voisins, le fait de se v\u00eatir de telle ou telle mani\u00e8re n\u2019a probablement pas davantage valeur de signe que celui de parler telle ou telle langue [\u2026]. Il en va diff\u00e9remment lorsque les contacts sont fr\u00e9quents ou permanents\u00a0: dans ce cas, le v\u00eatement a sans doute assez g\u00e9n\u00e9ralement une fonction de distinction, tout \u00e0 fait consciente chez ceux qui le portent\u00a0[4. Yves Delaporte, \u00ab\u00a0Le v\u00eatement dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles\u00a0\u00bb, dans Jean Poirier, <em>Histoire des m\u0153urs I<\/em>, Paris, Gallimard, 1990, vol.\u00a02, p.\u00a0975. ]<\/em>\u00a0\u00bb, explique l\u2019ethnologue Yves Delaporte, sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019anthropologie du v\u00eatement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4944\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Pages-de-INT-Frida-cC\u0327dric-4-725x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"975\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Le costume des femmes de l\u2019isthme de Tehuantepec appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans une toile r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 New York en 1933 intitul\u00e9e <em>Ma robe est suspendue l\u00e0-bas<\/em>. Flottant dans les airs sur un cintre accroch\u00e9 \u00e0 un ruban tendu tel une corde \u00e0 linge, il constitue le personnage principal d\u2019un autoportrait par substitut. Frida Kahlo est absente du tableau, mais son v\u00eatement permet \u00e0 lui seul de l\u2019identifier. L\u2019\u00eele de Manhattan, premi\u00e8re place financi\u00e8re mondiale au temps de la Grande D\u00e9pression, constitue le d\u00e9cor au milieu duquel est suspendu son v\u00eatement. Ce contexte \u00e9conomique sp\u00e9cifique donne naissance \u00e0 une \u0153uvre politique et sociale, dans laquelle Frida Kahlo \u00e9met une critique f\u00e9roce de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tats-unienne et des effets n\u00e9fastes du capitalisme, cependant que Diego Rivera peint un portrait \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de L\u00e9nine dans le hall du Rockefeller Center.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Contrairement \u00e0 son mari, Frida Kahlo n\u2019invoque ici aucune figure r\u00e9volutionnaire pour servir son message, mais investit son v\u00eatement des valeurs communautaires qu\u2019elle revendique et d\u2019une fiert\u00e9 toute nationale. \u00c9rig\u00e9 au centre de l\u2019\u0153uvre, son costume de Tehuana constitue un foyer de r\u00e9sistance culturelle face \u00e0 un mode de vie dominant, ainsi que le d\u00e9clare Diego Rivera dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Fashion Notes\u00a0\u00bb, dans le <em>New York Times<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le costume traditionnel mexicain a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par et pour le peuple. Les femmes mexicaines qui ne le portent pas n\u2019appartiennent pas \u00e0 celui-ci, au contraire, elles d\u00e9pendent, mentalement et \u00e9motionnellement, d\u2019une classe \u00e9trang\u00e8re dont elles veulent faire partie, c\u2019est-\u00e0-dire la grande bureaucratie nord-am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise\u00a0[5. Diego Rivera, \u00ab\u00a0Fashion Notes\u00a0\u00bb, dans <em>The New York Times<\/em>, 3 mai 1948, New York, p.\u00a032. ]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour Frida Kahlo, introduire dans les soir\u00e9es mondaines new-yorkaises les v\u00eatements des Indiens du Mexique, opprim\u00e9s depuis la conqu\u00eate et laiss\u00e9s en marge des sph\u00e8res du pouvoir, recouvre une dimension identitaire et politique forte. Le caract\u00e8re patriotique de ses tenues est vant\u00e9 par Diego Rivera\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Frida Kahlo est une femme extraordinairement belle, non pas d\u2019une beaut\u00e9 triviale, mais d\u2019une beaut\u00e9 aussi exceptionnelle et caract\u00e9ristique que ce qu\u2019elle produit. Frida exprime sa personnalit\u00e9 dans ses coiffures, dans ses v\u00eatements, dans son go\u00fbt prononc\u00e9 pour les parures de bijoux, plus \u00e9tranges et belles que luxueuses. Elle aime les jades mill\u00e9naires, porte le <\/em>huipil<em> et le costume de <\/em>Tehuana<em> avec une jupe \u00e0 volants amidonn\u00e9e que portaient et portent toujours les femmes de Tehuantepec. [\u2026]\u00a0Ses toilettes sont l\u2019incarnation m\u00eame de la splendeur nationale. Jamais elle n\u2019en a trahi l\u2019esprit, et elle a revendiqu\u00e9 son nationalisme \u00e0 New York et \u00e0 Paris, o\u00f9 d\u2019\u00e9minentes personnalit\u00e9s admir\u00e8rent ses \u0153uvres et o\u00f9 les stylistes lanc\u00e8rent la mode \u201cMadame Rivera\u201d<\/em>\u00a0[6. Raquel Tibol, <em>Frida Kahlo. Una vida abierta<\/em>, Mexico, UNAM, 1998, p.\u00a0106. ]<em>.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">Durant ses voyages, Frida Kahlo endosse avec un certain succ\u00e8s le r\u00f4le d\u2019ambassadrice de la mode mexicaine. En 1938, \u00e0 New York, o\u00f9 elle se rend pour assister \u00e0 sa premi\u00e8re exposition personnelle, la presse s\u2019int\u00e9resse autant \u00e0 ses tenues qu\u2019\u00e0 ses tableaux. Le magazine <em>Vogue <\/em>lui consacre sa une en reproduisant une photographie de ses mains couvertes de bijoux pr\u00e9hispaniques. Dans ce m\u00eame num\u00e9ro, un portrait photographique de Nickolas Muray la montre en pleine page v\u00eatue d\u2019un <em>huipil<\/em> rouge aux motifs or et d\u2019une jupe noire brod\u00e9e de fleurs blanches, les cheveux coiff\u00e9s de fleurs et de rubans.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1939, Andr\u00e9 Breton, tomb\u00e9 sous le charme d\u2019un autoportrait que Frida Kahlo avait d\u00e9di\u00e9 \u00e0 L\u00e9on Trotski alors qu\u2019ils entretenaient une liaison, l\u2019invite \u00e0 exposer \u00e0 Paris. Dans le texte qu\u2019il r\u00e9dige pour le catalogue de cette exposition, il se r\u00e9f\u00e8re ainsi \u00e0 ce tableau\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Au mur du cabinet de travail de Trotski, j\u2019ai longuement admir\u00e9 un portrait de Frida Kahlo de Rivera par elle-m\u00eame. En robe d\u2019ailes dor\u00e9es de papillons, c\u2019est bien r\u00e9ellement sous cet aspect qu\u2019elle entrouvre le rideau mental. Il nous est donn\u00e9 d\u2019assister, comme aux plus beaux jours du romantisme allemand, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une jeune femme pourvue de tous les dons de s\u00e9duction qui a coutume d\u2019\u00e9voluer entre les hommes de g\u00e9nie\u00a0[7. Andr\u00e9 Breton, ouvr. cit\u00e9, p.\u00a0143. ]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Durant son s\u00e9jour parisien, les tenues de Frida Kahlo sont immortalis\u00e9es par la photographe Dora Maar et inspirent la couturi\u00e8re Elsa Schiaparelli qui cr\u00e9e en son honneur la robe \u00ab\u00a0Madame Rivera\u00a0\u00bb. Il est significatif que cette cr\u00e9ation porte le nom de Rivera et non pas celui de Kahlo car les v\u00eatements indig\u00e8nes, qu\u2019elle porte pour lui plaire, sont soumis aux al\u00e9as de leur relation. Lorsqu\u2019en 1935, Frida Kahlo d\u00e9couvre que son mari entretient une liaison avec sa s\u0153ur cadette, Cristina, elle quitte le domicile conjugal pour un appartement au centre de Mexico. Cette nouvelle vie se manifeste par un changement de style\u00a0: elle abandonne ses robes traditionnelles pour des v\u00eatements plus contemporains et mieux adapt\u00e9s \u00e0 son nouvel environnement urbain. C\u2019est v\u00eatue d\u2019une veste en cuir sous laquelle elle porte un chemisier et une jupe droite blanche qu\u2019elle se repr\u00e9sente dans l\u2019autoportrait <em>Souvenir <\/em>ou<em> Le C\u0153ur <\/em>(1937) alors que sa robe de Tehuana est suspendue \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Apr\u00e8s avoir pardonn\u00e9 \u00e0 Diego Rivera son aventure, elle la r\u00e9int\u00e8gre \u00e0 sa garde-robe, jusqu\u2019en 1939, ann\u00e9e de leur divorce.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4943\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Pages-de-INT-Frida-cC\u0327dric-3-709x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"997\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette nouvelle s\u00e9paration affecte non seulement sa garde-robe mais aussi sa fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender son rapport au genre, comme en t\u00e9moigne <em>Autoportrait aux cheveux coup\u00e9s <\/em>(1940), tableau r\u00e9volutionnaire en ce qu\u2019il fait de Frida Kahlo la premi\u00e8re artiste \u00e0 traiter picturalement le travestissement. Assise au centre d\u2019une pi\u00e8ce vide, dont le sol est couvert de m\u00e8ches de cheveux, elle appara\u00eet v\u00eatue d\u2019un costume d\u2019homme anthracite et d\u2019une chemise carmin. Ces v\u00eatements, trop larges pour elle, masquent totalement ses formes f\u00e9minines et augmentent sa carrure. Ses cheveux, qu\u2019elle vient de couper, sont coiff\u00e9s en arri\u00e8re\u00a0; ses sourcils fournis, ainsi que l\u2019\u00e9pais duvet qui dessine sa l\u00e8vre sup\u00e9rieure, renforcent davantage son apparente virilit\u00e9. L\u2019unique vestige de sa f\u00e9minit\u00e9 r\u00e9side dans les boucles d\u2019oreilles qu\u2019elle porte pour seuls bijoux.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans sa main droite, Frida Kahlo tient les ciseaux avec lesquels elle vient de sacrifier sa chevelure. Plac\u00e9s au niveau de son sexe, ils figurent l\u2019arme d\u2019une castration symbolique. Les paroles d\u2019un <em>corrido\u00a0[8. Le<em> corrido<\/em> (en fran\u00e7ais ballade) est une composante de la tradition populaire au Mexique et dans d\u2019autres pays d\u2019Am\u00e9rique centrale, d\u00e9riv\u00e9 de la romance espagnole du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.]<\/em> populaire inscrites au sommet du tableau explicitent le renoncement \u00e0 l\u2019amour que lui portait Diego Rivera\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tu vois, si je t\u2019ai aim\u00e9, c\u2019\u00e9tait pour tes cheveux. Maintenant que tu es chauve, je ne t\u2019aime plus.\u2009<\/em>\u00a0\u00bb Elle n\u2019appara\u00eet pas ainsi comme la victime passive de ce d\u00e9samour, mais comme l\u2019auteure d\u2019une transformation physique consciente et volontaire. Modifier son apparence en coupant ses cheveux \u00e9quivaut \u00e0 mettre en ad\u00e9quation son image avec son nouveau statut de femme c\u00e9libataire et ind\u00e9pendante. En ce sens, <em>Autoportrait aux cheveux coup\u00e9s<\/em> est une \u0153uvre pleinement f\u00e9ministe dont l\u2019historienne et critique d\u2019art Erika Billeter met en valeur le caract\u00e8re avant-gardiste en rappelant que\u00a0\u00ab\u00a0<em>la tentative d\u2019\u00e9mancipation figure ici pour la premi\u00e8re fois en termes de peinture\u00a0[9. Erika Billeter, <em>L\u2019Autoportrait \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la photographie. Peintres et photographes en dialogue avec leur propre image<\/em>, Lausanne, Mus\u00e9e cantonal des beaux-arts, 1985, p.\u00a058. ]\u2009<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans l\u2019<em>Autoportrait aux cheveux coup\u00e9s <\/em>Frida Kahlo s\u2019affranchit de sa condition et laisse exprimer sa part de masculinit\u00e9 \u2013 comme l\u2019avait fait avant elle Marcel Duchamp, lorsque, sous l\u2019objectif de Man Ray, il se travestit en Rrose S\u00e9lavy pour manifester l\u2019existence de son moi f\u00e9minin. Frida Kahlo revendique la pluralit\u00e9 de sa personnalit\u00e9 en montrant que l\u2019on peut aussi bien devenir, et \u00eatre, autre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4942\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Pages-de-INT-Frida-cC\u0327dric-2-701x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"1008\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\"><em>Les Deux Fridas<\/em> (1939), tableau dans lequel l\u2019artiste duplique sa propre image, est sans nul doute l\u2019\u0153uvre qui illustre le mieux ce sentiment de dualit\u00e9. Deux portraits d\u2019elle-m\u00eame au visage et \u00e0 la coiffure parfaitement identiques sont assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Seuls leurs v\u00eatements permettent au spectateur de distinguer leur alt\u00e9rit\u00e9. Alors qu\u2019une Frida porte un costume indig\u00e8ne\u00a0\u2013 <em>huipil<\/em> bleu et jaune et jupe verte \u00e0 volants blancs \u2013, une autre est par\u00e9e d\u2019une robe blanche en dentelle avec le bas de jupon brod\u00e9 de roses rouges. Contrairement \u00e0 la mode autochtone et populaire de son double, cette tenue correspond au style vestimentaire import\u00e9 d\u2019Europe par les colons espagnols et adopt\u00e9 par l\u2019\u00e9lite dominante apr\u00e8s la conqu\u00eate. Frida Kahlo rev\u00eat ainsi alternativement les embl\u00e8mes vestimentaires de ces deux civilisations, incarnant le m\u00e9tissage \u00e0 l\u2019origine de l\u2019histoire mexicaine moderne. Pour mat\u00e9rialiser ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la fois culturel et biologique, l\u2019artiste recourt \u00e0 la m\u00e9taphore m\u00e9dicale de la transplantation\u00a0: sous le corsage blanc d\u00e9chir\u00e9 de la Frida d\u2019ascendance europ\u00e9enne appara\u00eet son c\u0153ur, repr\u00e9sent\u00e9 en coupe, et dont la moiti\u00e9 transversale qui semble lui avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9e est greff\u00e9e \u00e0 m\u00eame le <em>huipil <\/em>de son double indig\u00e8ne. Unis par un m\u00eame syst\u00e8me vasculaire, ces deux autoportraits siamois s\u2019autoalimentent d\u2019un m\u00eame sang.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019univers m\u00e9dical fait partie du quotidien de Frida Kahlo et impr\u00e8gne son \u0153uvre. Elle est ainsi la premi\u00e8re dans l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 montrer, dans ses autoportraits, ses appareillages orthop\u00e9diques comme des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 part enti\u00e8re de sa garde-robe\u00a0[10. Dans sa collection printemps-\u00e9t\u00e9 1998, Jean-Paul Gaultier convertira ces proth\u00e8ses en v\u00e9ritables accessoires de mode. ]. En 1944, dans l\u2019autoportrait <em>La Colonne bris\u00e9e<\/em>, elle pr\u00e9sente pour la premi\u00e8re fois, en guise de bustier, le corset en acier que ses m\u00e9decins lui ont prescrit. Elle appara\u00eet nue, le torse sangl\u00e9 par des lani\u00e8res en cuir. Les clous qui perforent son corps, tout comme le linge blanc enroul\u00e9 autour de sa taille pour masquer son sexe, rappellent les images de la crucifixion. Au milieu de son torse \u00e9cartel\u00e9, au c\u0153ur de sa chair \u00e0 vif, une colonne ionique en ruine remplace sa propre colonne vert\u00e9brale, fractur\u00e9e lors de l\u2019accident qui ravagea son corps en 1925.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Deux ans plus tard, alors qu\u2019elle vient de subir une greffe \u00e0 la colonne vert\u00e9brale, elle reprend le motif du corset dans <em>Arbre de l\u2019esp\u00e9rance <\/em>(1946), double autoportrait, o\u00f9 elle appara\u00eet \u00e0 deux stades de son hospitalisation\u00a0: lors de son intervention et durant sa convalescence. On y voit une Frida en robe de Tehuana au chevet d\u2019une autre Frida allong\u00e9e sur un brancard, le corps nu et inerte au sortir du bloc op\u00e9ratoire. Par-dessus son <em>huipil<\/em>, elle porte un corset dont les brides m\u00e9talliques compriment sa poitrine. Dans sa main gauche, elle brandit un autre corset identique, destin\u00e9 \u00e0 son double, comme pour le rev\u00eatir de ce bustier orthop\u00e9dique indispensable \u00e0 son maintien \u2013 c\u2019est ce que laisse entendre l\u2019inscription\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u2009Arbre de l\u2019esp\u00e9rance, tiens-toi droit.\u2009<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4945\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/Pages-de-INT-Frida-cC\u0327dric-6-619x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"619\" height=\"1024\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">En ao\u00fbt 1953, elle est amput\u00e9e \u00e0 hauteur du genou afin de stopper une gangr\u00e8ne qui ronge sa jambe droite. La perte de ce membre est un terrible traumatisme auquel elle survivra \u00e0 peine un an. Coquette jusque dans la souffrance, elle refuse de porter une proth\u00e8se jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on lui confectionne, pour la cacher, une paire de bottines de cuir rouge brod\u00e9 de fil d\u2019or et agr\u00e9ment\u00e9es d\u2019une clochette. Quelques mois apr\u00e8s l\u2019intervention, elle r\u00e9alise <em>Le marxisme gu\u00e9rira les malades <\/em>(1954) o\u00f9 elle est v\u00eatue d\u2019un corset en r\u00e9sine sur une jupe de Tehuana. Dans cet autoportrait, domin\u00e9 par la figure de Karl Marx, Frida Kahlo place ses espoirs de gu\u00e9rison dans l\u2019id\u00e9ologie communiste, incarn\u00e9e par deux \u00e9normes mains qui surgissent providentiellement du ciel pour soutenir son corps. L\u2019imposant jupon vert \u00e0 larges volants blancs, pareil \u00e0 un socle sur lequel repose son buste corset\u00e9, participe \u00e9galement \u00e0 assurer sa stabilit\u00e9, comme l\u2019analyse l\u2019historienne du textile Annegret Hesterberg\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les jupes amples, qui se confondent avec la figure f\u00e9minine, donnent l\u2019impression d\u2019un volume corporel plus important et contribuent souvent \u00e0 \u00e9lever la dignit\u00e9 de celles qui les portent. Cette augmentation de la pr\u00e9sence corporelle [\u2026] est non seulement ressentie par l\u2019observateur mais aussi par la personne observ\u00e9e qui acquiert une conscience plus aigu\u00eb de sa propre existence. Debout, sa silhouette, qui ressemble \u00e0 un grand c\u00f4ne, exprime la stabilit\u00e9 et la fermet\u00e9\u00a0[11. Annegret Hesterberg, \u00ab\u00a0Presencia reconstruida. Una segunda piel\u00a0\u00bb, dans <em>Artes de M\u00e9xico<\/em>, art. cit\u00e9, p.\u00a042. ]<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Selon ses proches, m\u00eame lorsque son \u00e9tat de sant\u00e9 la for\u00e7ait \u00e0 rester alit\u00e9e, elle ne d\u00e9rogeait pas au rituel de l\u2019habillement, peut-\u00eatre pour dissimuler les stigmates d\u2019un corps meurtri par une lourde histoire m\u00e9dicale et recouvrer une certaine int\u00e9grit\u00e9 physique\u00a0; une certaine fa\u00e7on de dompter la mort aussi. Ainsi, en 1954, d\u00e9vast\u00e9e physiquement et mentalement par son amputation et pressentant que sa fin \u00e9tait proche, elle donne \u00e0 Diego Rivera des consignes strictes quant \u00e0 la tenue dans laquelle elle souhaite \u00eatre incin\u00e9r\u00e9e\u00a0: un ample <em>huipil<\/em> blanc de Yalalag, ville zapot\u00e8que de l\u2019\u00c9tat d\u2019Oaxaca, sur une jupe noire sans volants, r\u00e9serv\u00e9e traditionnellement aux enterrements.<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/CouvRubanAutourduneBombe_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"690\" height=\"1000\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5968\" \/><\/p>\n<p>Version adapt\u00e9e par les auteures, extraite de <em><a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.hobo-diffusion.com\/catalogue\/822\/un-ruban-autour-d-une-bombe\">Un ruban autour d\u2019une bombe. Une biographie textile de Frida Kahlo<\/a>,<\/em> Rachel Vin\u00e9 Krupa &amp; Maud Gu\u00e9ly, \u00e9d. Nada, 2013, qui sera <a class=\"website-link\" href=\"https:\/\/www.hobo-diffusion.com\/catalogue\/822\/un-ruban-autour-d-une-bombe\">republi\u00e9 en 2018<\/a>.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_4947_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_4947_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_4947_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_4947_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_4947_1('footnote_plugin_tooltip_4947_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_4947_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Andr\u00e9 Breton, \u00ab\u00a0Frida Kahlo de Rivera\u00a0\u00bb, dans <em>Le Surr\u00e9alisme et la Peinture<\/em>, Paris, Gallimard, 2002, p.\u00a0143.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_4947_1() { jQuery('#footnote_references_container_4947_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4947_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_4947_1() { jQuery('#footnote_references_container_4947_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_4947_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_4947_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_4947_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_4947_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_4947_1(); } } function footnote_moveToAnchor_4947_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_4947_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Illustrations par Maud Gu\u00e9ly Apparence et style vestimentaire riment-ils avec pure futilit\u00e9\u00a0? L\u2019\u0153uvre et la vie de Frida Kahlo affirment l\u2019inverse. Tout au long de sa carri\u00e8re, l\u2019artiste mexicaine a jou\u00e9 de sa propre image comme d\u2019un v\u00e9ritable langage. 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