{"id":8969,"date":"2020-04-16T12:08:09","date_gmt":"2020-04-16T10:08:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jefklak.org\/?p=8969"},"modified":"2020-04-16T12:08:09","modified_gmt":"2020-04-16T10:08:09","slug":"milan-guide-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/2020\/04\/16\/milan-guide-rouge\/","title":{"rendered":"Milan, guide rouge"},"content":{"rendered":"<div class=\"intro\">\n<p class=\"textbody\">Afin de prolonger <a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/revenu-de-confinement-maintenant\/\">la publication de la semaine derni\u00e8re<\/a> sur les cons\u00e9quences sanitaires et \u00e9conomiques de la pand\u00e9mie de Covid-19, nous republions un article en forme de guide politico-touristique revenant sur l\u2019histoire sociale de Milan et de ses luttes populaires. O\u00f9 l\u2019on suivra la route du pr\u00e9cariat moderne, l\u2019imposition du travail gratuit dans les m\u00e9tiers culturels, et des id\u00e9es d\u2019organisation&#160;: des syndicats du quotidien autrement appel\u00e9s \u00ab&#160;biosyndicats&#160;\u00bb.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"textbody\">Cet article est initialement paru en 2015 dans le deuxi\u00e8me num\u00e9ro de la revue papier <em><a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/revue-papier\/\">Jef Klak<\/a><\/em>, \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/bout-dficelle-numero-2-apercu-et-sommaire\/\">Bout d\u2019ficelle<\/a>&#160;\u00bb, toujours disponible en librairie.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"epigraph\">\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;<em>Les machines sont-elles nettoy\u00e9es par des ouvriers sp\u00e9cialement pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 cet effet, ou bien sont-elles gratuitement nettoy\u00e9es par les ouvriers qui y travaillent pendant la journ\u00e9e&#160;?<\/em>&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"epigraphsignature\">Question n<sup>o<\/sup>&#160;43, \u00ab&#160;Enqu\u00eate ouvri\u00e8re&#160;\u00bb, Karl Marx, <em>Revue Socialiste n<sup>o<\/sup>&#160;4<\/em>, 20&#160;avril 1880.<\/p>\n<\/div>\n<h3 class=\"section\">G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s<\/h3>\n<h4 class=\"subsection\">Un peu d\u2019histoire<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Au plus loin que l\u2019on remonte, ce sont les Insubres, une tribu celte, qui peuplaient le site de la future Milan vers le IV<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle avant J.-C. \u00c0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse des Bituriges. Bref, au c\u0153ur de la plaine fertile du P\u00f4, zone strat\u00e9gique d\u2019un point de vue \u00e9conomique et g\u00e9ographique, la cit\u00e9 a attis\u00e9 les passions des puissances environnantes depuis sa naissance. <\/p>\n<h5>Passements d\u2019armes<\/h5>\n<p class=\"textbody\">Diocl\u00e9tien en fait la capitale de l\u2019Empire romain d\u2019Occident en 286, elle le restera jusqu\u2019en 402. Les empereurs Constantin et Licinius y r\u00e9digent l\u2019\u00ab&#160;\u00e9dit de Milan&#160;\u00bb en 313, qui l\u00e9galise le culte chr\u00e9tien. En 380, saint Ambroise invente la \u00ab&#160;lecture dans sa t\u00eate&#160;\u00bb, puisque jusqu\u2019ici toute lecture se faisait \u00e0 voix haute (sic). Il est depuis lors patron de la ville. Puis c\u2019est au tour d\u2019Attila de s\u2019en rendre ma\u00eetre, suivi des Goths et des Lombards au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, finalement vaincus par Charlemagne en 774.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1045, la ville se d\u00e9clare commune autonome et conna\u00eet un rapide essor \u00e9conomique gr\u00e2ce \u00e0 sa production textile. Au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les Visconti lancent la construction du Duomo, achev\u00e9 presque 500 ans plus tard, troisi\u00e8me plus grande \u00e9glise du monde catholique avec ses 135 fl\u00e8ches et 1&#160;800 statues perch\u00e9es sur les toits. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1450, Francesco Sforza prend la ville, se proclame duc, cr\u00e9e une dynastie et se paie les services de Leonardo da Vinci. L\u2019artiste peint <em>La C\u00e8ne<\/em> pendant que la prosp\u00e9rit\u00e9 du duch\u00e9 excite les convoitises&#160;: les Fran\u00e7ais s\u2019en emparent \u00e0 la Renaissance, puis les Espagnols avec Charles Quint, tacl\u00e9s par les Autrichiens, avant de passer entre les mains de Napol\u00e9on Bonaparte, puis retour aux Autrichiens. Milan est finalement prise en 1859 par Victor-Emmanuel II, futur roi d\u2019Italie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/saluti_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"490\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8999\" \/><\/p>\n<h5>R\u00e9volution industrielle et r\u00e9voltes ouvri\u00e8res<\/h5>\n<p class=\"textbody\">Le capitalisme du XIX<sup>e&#160;<\/sup>si\u00e8cle se sent ici chez lui, et la croissance industrielle y est men\u00e9e par de fameuses familles (Pirelli d\u00e8s 1872, puis les textiles Crespi, ou la sid\u00e9rurgie de Falck, etc.). La Foire industrielle de 1881 pr\u00e9c\u00e8de la construction de la premi\u00e8re centrale \u00e9lectrique en Europe. L\u2019Exposition universelle de 1906 se termine par l\u2019inauguration du tunnel du Simplon, le plus long du monde jusqu\u2019en 1982, mobilisant 15&#160;000 ouvriers creusant \u00e0 la pelle.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1898, des \u00e9meutes contre l\u2019augmentation du prix du pain gagnent toute l\u2019Italie. \u00c0 Milan, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est d\u00e9clar\u00e9e, des barricades \u00e9rig\u00e9es et les boulangeries assaillies par le peuple. Le 8 mai, le g\u00e9n\u00e9ral Beccaris ordonne de tirer au canon sur la foule&#160;: 300 morts. Beccaris est proclam\u00e9 h\u00e9ros et d\u00e9cor\u00e9 par le roi Umberto I. Deux ans plus tard, un anarchiste amateur de vengeance froide, Gaetano Bresci, fait feu \u00e0 Monza&#160;: le roi est mort. <\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s la fin du XIX<sup>e<\/sup>&#160;si\u00e8cle, la ville est \u00e0 l\u2019avant-garde du socialisme&#160;: le Parti ouvrier italien (POI), cr\u00e9\u00e9 en 1882 \u00e0 Milan, rejoint la Seconde internationale en 1890 et servira de base \u00e0 la Ligue socialiste milanaise du r\u00e9formiste Filippo Turati, l\u2019un des principaux fondateurs du Parti socialiste italien (PSI). Le PSI accueille Benito Mussolini, qui entre en politique par la porte de gauche, et devient directeur de son organe de presse <em>Avanti&#160;!<\/em> en 1912, avant d\u2019\u00eatre expuls\u00e9 de l\u2019organisation deux ans plus tard. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce confusionnisme gauche-droite pr\u00e9figure le <em>Bienno-Rosso<\/em> des ann\u00e9es 1919-1920. Deux ann\u00e9es durant lesquelles le pays h\u00e9site entre communisme et fascisme. Mussolini fonde les Faisceaux italiens de combat le 23 mars 1919 \u00e0 Milan, noyau du Parti national fasciste qu\u2019il cr\u00e9e en 1921. Suite \u00e0 la difficile reconversion de l\u2019\u00e9conomie de guerre, la crise \u00e9conomique bat son plein, puis s\u2019aggrave avec la crise mondiale de 1920-1921. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Une vague d\u2019\u00e9meutes contre la vie ch\u00e8re traverse toute la p\u00e9ninsule entre le printemps et l\u2019\u00e9t\u00e9 1919, tandis que le mouvement paysan lance une s\u00e9rie d\u2019occupations des terres. En ao\u00fbt 1920, des occupations d\u2019usines d\u00e9butent, impuls\u00e9es par la gr\u00e8ve de l\u2019Alfa Romeo de Milan et relay\u00e9es par la Fiom (F\u00e9d\u00e9ration des employ\u00e9s et ouvriers m\u00e9tallurgistes). En peu de temps, 300 usines dans le pays sont occup\u00e9es par plus de 400&#160;000 travailleurs. La Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019industrie et celle de l\u2019agriculture sont fond\u00e9es \u00e0 Milan, apr\u00e8s 2&#160;000 gr\u00e8ves et 3&#160;millions de nouveaux syndiqu\u00e9s en Italie. La r\u00e9volution est pour demain \u2013&#160;organis\u00e9e autour des conseils ouvriers. <em>Perch\u00e9 no&#160;?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019assembl\u00e9e milanaise du 10 septembre 1920 marque une scission entre le PSI et la base du mouvement \u2013&#160;ce qui affaiblit ce dernier. En novembre 1920, la r\u00e9action de la petite bourgeoisie antisocialiste prend la forme de blocs patriotiques et nationalistes, alli\u00e9s aux fascistes. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/1920_fabbriche_occupate_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"662\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8980\" \/><\/p>\n<h5>Fascisme et communisme<\/h5>\n<p class=\"textbody\">Le 23 mars 1921, Aguggini, Boldrini et Mariani, trois anarchistes individualistes, la jouent collectif et dynamitent le th\u00e9\u00e2tre Diana de Milan, o\u00f9 se r\u00e9unit la haute bourgeoisie locale. L\u2019objectif est d\u2019exiger la lib\u00e9ration du tr\u00e8s actif libertaire Errico Malatesta. L\u2019attentat fait 20 morts, 80 bless\u00e9s, et sert de pr\u00e9texte \u00e0 Mussolini pour d\u00e9filer avec sa milice, les <em>squadristi<\/em> en chemise noire, \u00e0 l\u2019occasion des fun\u00e9railles. Une r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale pour le <em>Duce<\/em> avant la Marche sur Rome du 28 octobre 1922, trois ans avant la promulgation des \u00ab&#160;lois fascistissimes&#160;\u00bb, qui inaugurent une dictature fasciste longue de vingt ans. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette m\u00eame ann\u00e9e 1921 voit la fondation du Parti communiste d\u2019Italie (PCdI) \u00e0 Livorno, autour d\u2019Amadeo Bordiga et d\u2019Antonio Gramsci, qui s\u2019installent \u00e0 Porta Venezia, \u00e0 Milan. Rest\u00e9 clandestin jusqu\u2019\u00e0 la chute du fascisme, ce parti devient le PCI (Parti communiste italien) en 1943. <\/p>\n<p class=\"textbody\">1943 est aussi l\u2019ann\u00e9e du bombardement de Milan par les Anglais, le plus important d\u2019Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, qui d\u00e9truit plus d\u2019un tiers de la ville. Elle n\u2019en demeure pas moins un haut lieu de la R\u00e9sistance&#160;: le 25 avril 1945, aujourd\u2019hui f\u00eate nationale, la ville est le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9rale organis\u00e9e par les partisans du CLN (Comit\u00e9 de lib\u00e9ration nationale). Le 26 avril, le <em>Duce<\/em> qui s\u2019est enfui de Milan est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re suisse. Sa capture est annonc\u00e9e au pays sur Radio Milano, \u00ab&#160;Ici Milan lib\u00e9r\u00e9e&#160;!&#160;\u00bb, et son cadavre est expos\u00e9 pendu par les pieds sur la Piazzale Loreto en signe de victoire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/the-death-of-mussolini_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"438\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9001\" \/><\/p>\n<h5>Apr\u00e8s-guerre<\/h5>\n<p class=\"textbody\">En 1946, le c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra de La Scala de Milan est reconstruit, et la R\u00e9publique est proclam\u00e9e dans le pays par r\u00e9f\u00e9rendum aux d\u00e9pens de la monarchie. Le roi, vex\u00e9, s\u2019exile. La participation des communistes antifascistes \u00e0 la R\u00e9sistance les fait rentrer dans le gouvernement form\u00e9 par le parti de la D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, jusqu\u2019en 1947 quand, sous la pression des \u00c9tats-Unis en pleine guerre froide, les communistes sont expuls\u00e9s du gouvernement. Avec son journal quotidien <em>L\u2019Unit\u00e0<\/em> cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Milan, le PCI est alors la deuxi\u00e8me force politique d\u2019Italie, emmen\u00e9e par Palmiro Togliatti \u2013 qui revient de stages en URSS et en Espagne o\u00f9 il a combattu les franquistes et les \u00e9nergum\u00e8nes antistaliniens du Poum (Parti ouvrier d\u2019unification marxiste). Le Parti prendra timidement ses distances avec Moscou apr\u00e8s la mort du Petit p\u00e8re des peuples et l\u2019entr\u00e9e des chars sovi\u00e9tiques dans la dissidente Hongrie de 1956.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, Milan h\u00e9berge \u00e9crivains (D. Buzzatti), artistes (L. Fontana), cin\u00e9astes (Antonioni, Da Sica, Visconti), et voit rena\u00eetre des journaux comme le <em>Corriere della sera<\/em> et appara\u00eetre des maisons d\u2019\u00e9dition telles que Feltrinelli&#160;<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_8969_1('footnote_plugin_reference_8969_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_8969_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_8969_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"><\/span><\/span>. En 1957, Adriano Celentano y fait son premier concert, accompagn\u00e9 des Rocky Boys, et quatre ans plus tard, les s\u0153urs milanaises Angela et Luciana Giussani cr\u00e9ent l\u2019antih\u00e9ros de bande dessin\u00e9e \u00ab&#160;Diabolik&#160;\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DyiZN-QmP8U\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DyiZN-QmP8U<\/a><\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1960, D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne forme un nouveau gouvernement avec le soutien du parti n\u00e9ofasciste MSI (Mouvement social italien). En juillet, des manifestations dans tout le pays protestent contre ce retour du fascisme. La police fait plusieurs morts \u00e0 G\u00eanes et \u00e0 Reggio Emilia, ce qui pousse le gouvernement \u00e0 la dissolution. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1963, D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne rempile pourtant au gouvernement, en s\u2019alliant cette fois-ci avec les socialistes du PSI. Aldo Moro devient Pr\u00e9sident du conseil. \u00c0 la mort de Togliatti en 1964, Luigi Longo, sans lien de parent\u00e9 avec Jeannie, saute sur le poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCI. Il poursuit la ligne de son pr\u00e9d\u00e9cesseur d\u2019une \u00ab&#160;voie italienne du socialisme&#160;\u00bb, pr\u00f4nant le \u00ab&#160;polycentrisme&#160;\u00bb du communisme.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Or en termes de polycentrisme, de jeunes th\u00e9oriciens n\u2019ont pas attendu l\u2019accord du Parti, d\u00e9veloppant un marxisme h\u00e9t\u00e9rodoxe qui accompagne un long et intense mouvement de luttes sociales au cours des ann\u00e9es 1960-1970.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/mi1930_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"593\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8992\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">G\u00e9ographie<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Habitants&#160;:<\/span> 1,3 million (2<sup>e<\/sup> ville apr\u00e8s Rome), plus de 7 millions avec l\u2019agglom\u00e9ration (4<sup>e<\/sup> aire urbaine d\u2019Europe).<\/p>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Topographie&#160;:<\/span> La ville est organis\u00e9e en cercles concentriques&#160;: <\/p>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. Le centre historique, d\u00e9limit\u00e9 par les trams 29 et 30.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. Les quartiers plus populaires ou r\u00e9sidentiels contourn\u00e9s par les bus 90 et 91.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. La proche banlieue entour\u00e9e par la <em>Tangenziale<\/em> (sorte de P\u00e9riph\u00e9rique).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">4. Les zones industrielles au nord (Brianza) et agricoles au sud (Parco Sud).<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Situation&#160;:<\/span> Milan est la capitale de la Lombardie, au c\u0153ur de la Plaine du P\u00f4, sur une avanc\u00e9e de terre s\u00e8che irrigu\u00e9e par de petites rivi\u00e8res souterraines, le Lambro, l\u2019Olona, le Seveso, et par plusieurs canaux (<em>Naviglie<\/em>).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Panettone_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"671\" height=\"1000\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8995\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">En bref<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Maire&#160;:<\/span> Giuliano Pisapia (SEL, Gauche \u00c9cologie Libert\u00e9).<\/p>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Sp\u00e9cialit\u00e9s culinaires&#160;:<\/span> <em>La cotoletta alla milanese<\/em> (vulgaire escalope pan\u00e9e), <em>Le panettone<\/em> (brioche g\u00e9ante de No\u00ebl), <em>La michetta<\/em> (petite miche de pain blanc), <em>La cassoeula<\/em> (pot\u00e9e de museau, oreilles et pieds de porc au chou vert), <em>Le bianco spruzzato<\/em> (1\/3 vin blanc, 1\/3 eau p\u00e9tillante, 1\/3 Bitter)\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">\u00c9conomie&#160;:<\/span> Si\u00e8ge de la Bourse italienne, Milan est la ville la plus riche du pays, avec un PIB de 367 milliards de dollars, soit 120 milliards de plus que la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Climat&#160;:<\/span> Subtropical humide, \u00e9t\u00e9s chauds et humides, hivers froids et potentiellement neigeux. D\u2019\u00e9paisses couches de brouillard peuvent recouvrir la ville et ses alentours.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Quartier1_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"582\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8996\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">1. Quartiere ticinese&#160;: autonomie &#38; loisirs<\/h3>\n<h4 class=\"subsection\">Un peu d\u2019histoire<\/h4>\n<h5>L\u2019op\u00e9ra\u00efsme et les ann\u00e9es chaudes<\/h5>\n<p class=\"textbody\">En 1961, Mario Tronti, Toni Negri et Raniero Panzieri, trois jeunes intellectuels communistes, fondent la revue <em>Quaderni rossi <\/em>(<em>Cahiers rouges<\/em>), en rupture avec le PCI. Partant du principe que la classe ouvri\u00e8re demeure le moteur du d\u00e9veloppement \u00e9conomique capitaliste, les \u00ab&#160;op\u00e9ra\u00efstes&#160;\u00bb sont partisans du refus du travail. Ce n\u2019est qu\u2019en se niant comme force productive que les ouvriers pourront se lib\u00e9rer des rapports sociaux impos\u00e9s par le capitalisme&#160;: \u00ab&#160;<em>Au moment o\u00f9 aura lieu le refus de la classe ouvri\u00e8re de se faire m\u00e9diatrice du d\u00e9veloppement du capitalisme, toute la machine \u00e9conomique sera arr\u00eat\u00e9e&#160;[2. Mario Tronti, \u00ab&#160;La rivoluzione copernicana&#160;\u00bb, transcription du proc\u00e8s-verbal de la r\u00e9union du 27 mai 1963, dans <em>L\u2019operaismo degli anni Sessanta<\/em>.]<\/em>.&#160;\u00bb<\/p>\n<p class=\"textbody\">Les op\u00e9ra\u00efstes partent du principe qu\u2019il n\u2019existe pas de classes sans lutte des classes. Pour Tronti, \u00ab&#160;<em>l\u2019accumulation qui caract\u00e9rise la classe ouvri\u00e8re n\u2019est aucunement une accumulation \u00e9conomique (\u00e0 l\u2019instar de celle qui serait propre \u00e0 la classe bourgeoise), mais toujours d\u00e9j\u00e0 une accumulation politique, de revendications politiques, de formes de lutte politique, comme, par exemple, le \u201crefus de collaborer au d\u00e9veloppement\u201d<\/em>&#160;\u00bb&#160;[3. Michele Filippini, \u00ab&#160;Mario Tronti et l\u2019op\u00e9ra\u00efsme politique des ann\u00e9es soixante&#160;\u00bb, <em>Cahiers du GRM<\/em>, en ligne, 2, 2011.]. Partant, les communistes doivent cesser d\u2019\u00e9couter les bureaucrates du Parti et retourner \u00e0 la base, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019usine, pour comprendre comment envisager un bouleversement radical de la soci\u00e9t\u00e9. De l\u00e0 est issue la <em>conricerca<\/em> (co-recherche), m\u00e9thode d\u2019enqu\u00eate impliquant intellectuels et ouvriers dans un processus de transformation r\u00e9ciproque et d\u2019intervention politique&#160;[4. Sur le concept op\u00e9ra\u00efste de <em>conricerca<\/em>, voir \u00ab&#160;De plumes et de plomb \u2013 Voyage au pays des oiseaux mangeurs-de-livres&#160;\u00bb, Ferdinand Cazalis, &#60;article11.info&#62; et \u00ab&#160;Aux origines de l\u2019enqu\u00eate ouvri\u00e8re&#160;: <em>conricerca <\/em>et ligne de classe en Italie dans les ann\u00e9es 1950-1960&#160;\u00bb, Andrea Cavazzini, <em>Cahiers du GRM<\/em>.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1963, une scission dans <em>Quaderni rossi<\/em> donne lieu \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une autre grande revue, <em>Classe operaia<\/em>. En 1969 lors d\u2019un congr\u00e8s \u00e0 Turin, le mouvement op\u00e9ra\u00efste \u00e9clate en plusieurs groupes rivaux, notamment Potere operaio et Lotta continua.<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e8s 1967, apr\u00e8s la r\u00e9volte des \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 catholique du Sacr\u00e9 C\u0153ur de Milan, 30&#160;000 \u00e9tudiants d\u00e9filent dans les rues. En janvier 1968, toutes les universit\u00e9s se mettent en gr\u00e8ve \u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00e9cole de commerce de La Bocconi. En mai, le Palazzo della Triennale est occup\u00e9 pendant quinze jours, sous la revendication d\u2019une \u00ab&#160;gestion d\u00e9mocratique directe des institutions publiques et des lieux de culture&#160;\u00bb. Le 23 mai, Milan bat Hambourg 2 \u00e0 0 et remporte la Coupe des Champions. Le mouvement \u00e9tudiant, particuli\u00e8rement actif dans la ville, d\u00e9cide de faire sortir l\u2019universit\u00e9 de ses murs pour l\u2019ouvrir aux probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9, et occupe de nombreux lieux strat\u00e9giques de la ville. Dans les usines, l\u2019industrialisation tardive mais acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du nord de l\u2019Italie, et l\u2019arriv\u00e9e massive de jeunes ouvriers originaires du Sud, est en train de transformer profond\u00e9ment la composition de la classe ouvri\u00e8re et de renouveler les m\u00e9thodes de lutte dans les entreprises. 25&#160;000 ouvriers bloquent la Fiat de Turin \u2013 c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019occupations d\u2019usines. Un an durant, la pression ouvri\u00e8re s\u2019affermit, les gr\u00e8ves sauvages se multiplient et durent&#160;: on parle d\u2019Automne chaud (<em>Autunno caldo<\/em>). La r\u00e9volution, c\u2019est maintenant. <em>Perch\u00e9 no&#160;?<\/em><\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1969, l\u2019attentat de la Piazza Fontana dans le centre de Milan marque une nouvelle polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 italienne&#160;: le 12 d\u00e9cembre, une bombe (la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie de cinq) explose dans la Banque nationale d\u2019Agriculture, faisant 17 morts et 88 bless\u00e9s. Le gouvernement accuse imm\u00e9diatement le milieu anarchiste. 4&#160;000 personnes sont arr\u00eat\u00e9es et le cheminot Giuseppe Pinelli fait une chute mortelle du quatri\u00e8me \u00e9tage du commissariat o\u00f9 il est interrog\u00e9. Les ann\u00e9es 1980 confirmeront officiellement ce qui se dit d\u00e9j\u00e0 en 1969&#160;: il s\u2019agissait en fait d\u2019une op\u00e9ration de d\u00e9molition de la gauche radicale, men\u00e9e par le r\u00e9seau Gladio, cellule d\u2019extr\u00eame droite h\u00e9berg\u00e9e par les services secrets italiens sous la houlette de la CIA. Ce r\u00e9seau Gladio faisait en effet partie de la politique <em>Stay-behind<\/em> des \u00c9tats-Unis pendant la guerre froide&#160;: soutenir les groupuscules d\u2019extr\u00eame droite pour barrer la route au communisme en cas de mont\u00e9e en puissance de celui-ci, notamment dans les pays d\u2019Europe (en Am\u00e9rique latine, le programme parall\u00e8le porte le nom d\u2019Op\u00e9ration Condor).<\/p>\n<p class=\"textbody\">En Italie, c\u2019est le d\u00e9but de la \u00ab&#160;Strat\u00e9gie de la tension&#160;\u00bb, qui donne au gouvernement l\u2019occasion d\u2019imposer un pouvoir autoritaire, sous couvert de d\u00e9mocratie et d\u2019une politique de centre-droit. Les \u00ab&#160;Ann\u00e9es de plomb&#160;\u00bb commencent en Italie.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Ballata del Anarchico Pinelli\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/QnaHyUteA14?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Se promener<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Au sud du <em>Centro storico<\/em>, on pourra se promener le long du romantique Naviglio Pavese, l\u2019un des rares canaux \u00e0 ne pas avoir \u00e9t\u00e9 recouvert par mesure d\u2019hygi\u00e8ne. Une balade au soleil couchant de part et d\u2019autre de l\u2019arc de triomphe de la Piazza XXIV Maggio vaut aussi le d\u00e9tour. Dans les ann\u00e9es 1970, le quartier Ticinese a \u00e9t\u00e9 le territoire comptant le plus grand nombre de centres sociaux et de lieux occup\u00e9s en Europe, avec des r\u00e9dactions de revue, des si\u00e8ges politiques, des lieux autog\u00e9r\u00e9s comme des \u00e9coles maternelles, th\u00e9\u00e2tres, etc.<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">\u00c0 voir&#160;:<\/h4>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">Cox18 \u2013 <\/span>Centre social occup\u00e9 et autog\u00e9r\u00e9 depuis 1976, Cox18 reste le lieu incontournable du mouvement social milanais, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la quinzaine de centres sociaux encore occup\u00e9s dans la ville. Derri\u00e8re sa fa\u00e7ade orn\u00e9e d\u2019une fresque en noir en rouge, le b\u00e2timent offre une librairie, une salle de concert et une superbe cour int\u00e9rieure.<\/p>\n<p class=\"textbody\">&#160;<\/p>\n<p class=\"textbody\"><span class=\"bold-body\">La Calusca City Lights \u2013 <\/span>C\u2019est la librairie dans les murs de Cox18. Elle abrite le fonds d\u2019archives Primo Moroni. Fils de paysan \u00e9migr\u00e9 \u00e0 Milan, Moroni sort du PCI en 1963, et apr\u00e8s divers petits boulots, il cr\u00e9e le \u00ab&#160;Si o si Club&#160;\u00bb, qui organise des concerts et des d\u00e9bats politiques. En 1971, il inaugure la librairie Calusca, qui devient vite un point de r\u00e9f\u00e9rence pour les \u00ab&#160;<em>non organis\u00e9s, les chiens sauvages, de cette aire ind\u00e9finissable qui va des bordighistes&#160;[5. Le bordiguisme est un courant marxiste qui se reconna\u00eet dans les id\u00e9es de L\u00e9nine sur la question du parti unique. Ce courant se r\u00e9clame des id\u00e9es d\u2019Amadeo Bordiga, l\u2019un des fondateurs avec Antonio Gramsci du PdCI.] aux protosituationnistes, en passant par les internationalistes, les anarchistes, les anarcho-communistes ou les communistes libertaires&#160;[6. \u00ab&#160;Primo e Sabina della libreria Calusca di Milano&#160;\u00bb, dans Emina Cevro-Vukovic, <em>Vivere a sinistra. Vita quotidiana ed impegno politico nell\u2019Italia degli anni \u201870. Un\u2019inchiesta<\/em>, Arcana, Roma, 1976, p.33.]<\/em><sup>&#160;<\/sup>&#160;\u00bb. Beaucoup d\u2019\u00e9diteurs, de revues et de journaux du mouvement se r\u00e9unissent \u00e0 la Calusca. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1974, il organise un meeting dans l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er \u00ab&#160;une \u00e9dition et un circuit de diffusion pour une culture alternative dans l\u2019\u00e9cole et la soci\u00e9t\u00e9&#160;\u00bb, \u00e0 partir duquel seront inaugur\u00e9s les <em>Punti rossi<\/em> (Points rouges), un syst\u00e8me de diffusion-distribution qui a couvert plus de cent librairies, devenant le principal canal de communication du mouvement des ann\u00e9es 1970. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1988, il publie avec Nanni Balestrini, exil\u00e9 en France, <em>L\u2019orda d\u2019oro (1968-1977. La grande ondata rivoluzionaria e creativa, politica ed esistenziale<\/em>), somme de r\u00e9f\u00e9rence qui reprend toute l\u2019histoire du mouvement des ann\u00e9es 1960-70 en Italie, et notamment \u00e0 Milan, avec une foule de documents et de t\u00e9moignages. <\/p>\n<p class=\"textbody\">La Calusca City Lights h\u00e9berge aujourd\u2019hui les archives qui servent encore \u00e0 \u00e9crire cette histoire&#160;: 15&#160;000&#160; livres, 1&#160;500&#160;journaux, des tracts, affiches et photographies\u2026 Un tr\u00e9sor en autogestion.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/calusca_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8985\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Qui rencontrer&#160;?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Dans le quartier, vous croiserez peut-\u00eatre des rescap\u00e9.e.s du mouvement de 1977, ayant v\u00e9cu ces d\u00e9cennies tourment\u00e9es sans retourner leur veste, comme Pino Tripodi, qui participe aux \u00e9ditions Derive Approdi. Ou encore Tiziana Villani, qui a lanc\u00e9 la revue <em>Millepiani<\/em> et les \u00e9ditions Eterotopia France. Laissons cette derni\u00e8re nous servir de guide pour la suite de la visite&#160;:<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;Jusqu\u2019en 1979, je crois qu\u2019on a connu \u00e0 Milan un mouvement parmi les plus int\u00e9ressants d\u2019Italie. Il n\u2019y avait pas seulement l\u2019Autonomie, mais aussi les mouvements cr\u00e9atifs, f\u00e9ministes, les Chiens sauvages, les Indiens m\u00e9tropolitains&#160;[7. Voir la section \u00ab&#160;Un peu d\u2019histoire&#160;\u00bb du quartier Tortona.], etc.&#160;Puis, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, l\u2019effacement des mouvements sociaux, ouvriers et \u00e9tudiants, et la d\u00e9faite politique de certaines franges de la gauche radicale, ont marqu\u00e9 le basculement de la soci\u00e9t\u00e9 italienne. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Les grandes industries, qui avaient jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important \u00e0 Milan, autant dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique que dans la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister d\u2019ouvriers hyper-qualifi\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par de petites et moyennes entreprises. La ville a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9localiser sa production, vers la c\u00f4te Adriatique, puis l\u2019Europe de l\u2019Est.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 partir de 1980, la politique du Parti socialiste a gagn\u00e9 tr\u00e8s rapidement en influence. C\u2019est le d\u00e9but de la p\u00e9riode qu\u2019on appelle \u201c<em>Milano da bere<\/em>\u201d (Milan \u00e0 boire), slogan publicitaire devenu devise de la ville&#160;: commence alors l\u2019\u00e8re des ap\u00e9ros, de la jouissance, de la mode, du <em>design<\/em>\u2026 En tr\u00e8s peu de temps, les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 changer, c\u2019est devenu le r\u00e8gne du cynisme, de la pub et de l\u2019argent, avec pour mod\u00e8le les <em>yuppies<\/em> new-yorkais et les sir\u00e8nes de la finance. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Au niveau du territoire m\u00e9tropolitain, toute une s\u00e9rie de quartiers populaires ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en districts de Disneyland&#160;: des sortes de quartiers th\u00e9matiques tr\u00e8s stylis\u00e9s, en lien avec la mode ou la finance. Aujourd\u2019hui, le vrai quartier de la gentrification est le quartier Isola-Garibaldi, qui va accueillir l\u2019<span style=\"font-variant:small-caps\">Expo<\/span>-2015&#160;[8. Voir plus bas la section \u00ab&#160;L\u2019<span style=\"font-variant:small-caps\">Expo<\/span>-2015&#160;\u00bb.].La gentrification a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s forte dans cet ancien bastion de la r\u00e9sistance ouvri\u00e8re populaire, qui s\u2019est peu \u00e0 peu vid\u00e9. Le centre \u2013 Monte napoleone \u2013 est devenu le \u201cTriangle de la mode\u201d. Ici, autour de la Calusca City Lights, \u00e0 la Conchetta et \u00e0 Porte Ticinese, c\u2019est le quartier des loisirs, en voie de bobo\u00efsation, avec des bars et des restos (pour l\u2019instant) pas trop chers. Brera est le quartier tenu par les nouveaux riches\u2026 En m\u00eame temps, on a d\u00e9cid\u00e9 de laisser tomber certaines p\u00e9riph\u00e9ries.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/moroni4_conv-564x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"564\" height=\"1024\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8993\" \/><\/p>\n<p class=\"textbody\">Dans les ann\u00e9es 1970, le centre de Milan \u00e9tait d\u00e9sert, les gens avaient peur de sortir, \u00e0 cause de la violence et de la tension politique. Puis, dans les ann\u00e9es 1980, \u00e7a devient le carnaval permanent. La particularit\u00e9 de Milan a \u00e9t\u00e9 d\u2019adapter un langage nouveau, celui du marketing et de la pub \u00e0 un esprit petit-bourgeois enrichi, qui a su garder un certain niveau de vie, et qui voulait oublier les Ann\u00e9es de plomb, tr\u00e9pignant de pouvoir consommer et parader librement. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Compar\u00e9 \u00e0 une ville comme Venise, devenue mus\u00e9e, Milan a utilis\u00e9 un processus de gentrification gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019industrie et au marketing de la mode et du <em>design<\/em>. On a alors cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une image de marque de Milan, exalter l\u2019\u00e2me \u00e9conomique de la ville pour l\u2019exporter et la marchandiser. Cela a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 ce qu\u2019on appelle le \u201ccapitalisme cognitif&#160;[9. Toni Negri et Carlo Vercellone sont les principaux th\u00e9oriciens de cette nouvelle forme du capitalisme, dans laquelle la production de connaissances joue le r\u00f4le principal, \u00e0 la diff\u00e9rence du fordisme o\u00f9 pr\u00e9dominaient la sp\u00e9cialisation des t\u00e2ches, la recherche d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et l\u2019investissement mat\u00e9riel. L\u2019efficacit\u00e9 ne r\u00e9side plus dans les gains de temps de travail, mais dans les processus d\u2019apprentissage et d\u2019innovation. La capacit\u00e9 cr\u00e9atrice est dans la t\u00eate des d\u00e9tenteurs des connaissances, non dans le porte-feuille du propri\u00e9taire des machines.]\u201d, cette mise au travail des connaissances et des savoirs, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 autour de la communication et des nouvelles technologies.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le capitalisme cognitif a r\u00e9organis\u00e9 le travail en obligeant les travailleurs \u00e0 se rendre disponibles 24&#160;h\/24, les impliquant dans un syst\u00e8me de \u201cproduction\u201d de leurs comp\u00e9tences, de leurs relations sociales ou de leur cr\u00e9ativit\u00e9. En m\u00eame temps, les plus jeunes ont \u00e9t\u00e9 enjoints \u00e0 travailler gratuitement, via les stages par exemple. En somme, c\u2019est toute la production de subjectivit\u00e9, la vie m\u00eame, qui est mise au travail. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Un certain narcissisme de masse r\u00e8gne alors, avec le d\u00e9veloppement des centres de beaut\u00e9, des gym-clubs, des boutiques de pr\u00eat-\u00e0-porter, etc. Chaque subjectivit\u00e9 devient son propre produit. Cela nous reconnecte \u00e0 notre histoire refoul\u00e9e&#160;: nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 conna\u00eetre le fascisme, avec le culte de l\u2019image, de la personnalit\u00e9, donc de la communication. Nous avons rev\u00e9cu \u00e7a avec Berlusconi, qui a lanc\u00e9 sa carri\u00e8re ici, mais je ne pense pas qu\u2019un homme seul puisse tout transformer. C\u2019est plut\u00f4t la rencontre entre une sorte de sensibilit\u00e9 sociale qui se modifie et quelqu\u2019un capable de bien interpr\u00e9ter la situation. Berlusconi connaissait son m\u00e9tier, et savait \u00eatre un super communicant. Cette fa\u00e7on de bien vivre, de s\u2019adonner compl\u00e8tement au narcissisme et \u00e0 l\u2019argent, devenait une sorte de coutume de masse en Italie, puis dans le reste des pays du Nord.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 mesure que la ville est devenue une marque et que les gens ont transform\u00e9 leur apparence pour mieux se vendre sur le march\u00e9 du travail, la pens\u00e9e critique des ann\u00e9es 1970 a \u00e9t\u00e9 ensevelie et la formation universitaire s\u2019est peu \u00e0 peu scl\u00e9ros\u00e9e. Et avec elle la capacit\u00e9 de r\u00e9sister. Vers la moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, la crise est venue faire tomber le ch\u00e2teau de cartes, et aujourd\u2019hui la pr\u00e9carit\u00e9 des vies et du travail gouverne la ville&#8230;&#160;\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Ticinese_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"478\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9002\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Pour aller plus loin&#160;:<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. <em>Cox18, Archivio Primo Moroni, Calusca City Lights, Storia di un\u2019autogestione, <\/em>\u00e9d. Colibri.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. <em>Psychog\u00e9ographies urbaines, <\/em>Tiziana Villani, \u00e9d. Eteropia France.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. <em>Le capitalisme cognitif, <\/em>Yann Moulier-Boutang, \u00e9d. Amsterdam.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">O\u00f9 boire un verre&#160;?<br \/>\nO\u00f9 manger&#160;?<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. <em>Trattoria<\/em> \u2013 Brutto Anatroccolo, Via Torricelli.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. <em>Trattoria<\/em>\u2013 Da Teresa, Via Pavia. <\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. <em>Bar<\/em> \u2013 Frizzi e Lazzi, Via Torricelli.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">4. <em>Osteria<\/em> \u2013 Le Vigne, Ripa di Porta Ticinese.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">O\u00f9 trouver des livres&#160;?<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">Scaldasole Books, Via Scaldasole.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Fabrizio De Andr\u00e8 - Il bombarolo\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/JgdYTM1zujQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h3 class=\"section\">2. Z<span class=\"bold-body\">ona<\/span> <span class=\"bold-body\">tortona<\/span>&#160;:<br \/>\nde la classe ouvri\u00e8re<br \/>\n\u00e0 la classe cr\u00e9ative<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Quartier2_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"471\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8997\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Un peu d\u2019histoire<\/h4>\n<h5>Les Autonomes et la Grande vague<\/h5>\n<p class=\"textbody\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, les confrontations dans les usines sont de plus en plus dures, et le mouvement r\u00e9volutionnaire s\u2019invite dans les rues. La d\u00e9fiance populaire envers les partis et les syndicats se pr\u00e9cise et \u00e0 partir de 1973, le mouvement se cristallise sous le nom d\u2019Autonomie, faisant d\u00e9border hors de l\u2019usine l\u2019id\u00e9e d\u2019Autonomie ouvri\u00e8re (ou Autonomie prol\u00e9tarienne)&#160;: pour s\u2019\u00e9manciper, le prol\u00e9tariat doit d\u00e9velopper son autonomie par rapport \u00e0 la sph\u00e8re du capital, autant que vis-\u00e0-vis des syndicats et des partis politiques. Regroupement de comit\u00e9s ouvriers et de collectifs de quartiers, mais aussi de nombreux \u00ab&#160;non-organis\u00e9s&#160;\u00bb (<em>Cani sciolti<\/em> &#8211; Chiens sauvages ou <em>Indiani metropolitani<\/em> &#8211; Indiens m\u00e9tropolitains), cette gauche extraparlementaire h\u00e9t\u00e9roclite pense la r\u00e9volution \u00e0 partir de chaque n\u0153ud de pouvoir et de domination capitaliste&#160;: chaque usine, chaque syndicat, chaque universit\u00e9, chaque quartier devient un lieu de rapports de forces. L\u2019Autonomie italienne est ainsi \u00e0 la fois \u00ab&#160;organis\u00e9e&#160;\u00bb, cherchant \u00e0 \u00e9tablir des strat\u00e9gies de prise du pouvoir, et \u00ab&#160;diffuse&#160;\u00bb, puisqu\u2019elle touche toutes sortes de pratiques culturelles (concerts gratuits, fanzines, etc.), ainsi que l\u2019intimit\u00e9 des formes de vie, \u00e0 travers des th\u00e9matiques souvent consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab&#160;p\u00e9riph\u00e9riques&#160;\u00bb (f\u00e9minisme, homosexualit\u00e9, etc.). En Italie, on parle de \u00ab&#160;Grande vague&#160;\u00bb pour rappeler que cette \u00e9nergie r\u00e9volutionnaire a dur\u00e9 dix ans, bien au-del\u00e0 de Mai-68. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"La Ballata della Fiat\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/g9r0OvBXBEg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Au del\u00e0 des groupes arm\u00e9s les plus c\u00e9l\u00e8bres comme Prima Linea et les Brigades rouges marxiste-l\u00e9ninistes, cr\u00e9\u00e9es d\u00e8s 1970, et face \u00e0 une r\u00e9pression meurtri\u00e8re, des milliers de militants entrent en clandestinit\u00e9 et prennent les armes. Leurs actions iront de la <em>gambizzazione<\/em> (jambisation&#160;[10. Attaque violente visant les membres inf\u00e9rieurs d\u2019une personne dans un but de punition ou d\u2019avertissement.]) \u00e0 l\u2019assassinat politique.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Milan comme dans le reste de l\u2019Italie, des bombes explosent r\u00e9guli\u00e8rement, co\u00fbtant la vie \u00e0 des \u00e9diteurs, des policiers, des fascistes, des hommes politiques. Apog\u00e9e du mouvement, les immenses manifestations dans les rues de Bologne et Rome sont durement r\u00e9prim\u00e9es en 1977. Des milliers de personnes sont arr\u00eat\u00e9es et certaines sont oblig\u00e9es de s\u2019exiler en France (comme Antonio Negri ou Oreste Scalzone).<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le 16 mars 1978, Aldo Moro, pr\u00e9sident du parti D\u00e9mocratie chr\u00e9tienne au pouvoir, est enlev\u00e9 par les Brigades rouges, dont les rangs ont grossi avec l\u2019arriv\u00e9e de nombreux d\u00e9\u00e7us du mouvement de 1977. Moro est ex\u00e9cut\u00e9 et c\u2019est le d\u00e9but du reflux, qui ouvre la p\u00e9riode fluo des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/1969-assemblea_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"573\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8981\" \/><\/p>\n<h5>Les ann\u00e9es 1980 et le <em>Made in Italy<\/em><\/h5>\n<p class=\"textbody\">Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de luttes politiques, l\u2019Italie bourgeoise cherche \u00e0 profiter du \u00ab&#160;Miracle \u00e9conomique&#160;\u00bb qui a malgr\u00e9 tout marqu\u00e9 les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. De 1959 \u00e0 1962, le taux de croissance des revenus a atteint des valeurs record (en moyenne +6&#160;%). En seulement trois ans (1957\u20131960), le secteur industriel a enregistr\u00e9 une augmentation moyenne de la production de 31,4&#160;%, encore plus significative dans les zones o\u00f9 pr\u00e9dominent les grands groupes italiens&#160;: automobiles (+89&#160;%), m\u00e9canique de pr\u00e9cision (+83&#160;%) et fibres textiles (+66,8&#160;%).<\/p>\n<p class=\"textbody\">D\u00e9j\u00e0 capitale de l\u2019\u00e9dition, Milan devient dans les ann\u00e9es 1980 celle de la mode et du <em>design<\/em>. En contrepoint de la haute couture parisienne, le pr\u00eat-\u00e0-porter conna\u00eet un essor fulgurant dans la p\u00e9ninsule, et le <em>Made in Italy<\/em> s\u2019impose \u00e0 l\u2019international sous l\u2019impulsion notamment d\u2019Elio Fiorucci, n\u00e9 \u00e0 Milan en 1935. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 1967, sa griffe \u00ab&#160;Fiorucci&#160;\u00bb est lanc\u00e9e, et apr\u00e8s l\u2019ouverture de quelques boutiques dans sa ville natale, Elio fait fureur \u00e0 New York, habillant Andy Warhol, Cher ou une certaine Madonna Louise Ciccone, \u00e2g\u00e9e de 11 ans. Connu pour avoir popularis\u00e9 le string au Br\u00e9sil, il est aussi celui qui a diffus\u00e9 les motifs camouflage ou l\u00e9opard, avant de cr\u00e9er le tout premier jean <em>stretch<\/em>. Mais ce fils de vendeur de chaussures n\u2019est pas le seul \u00e0 grimper les \u00e9chelons sociaux gr\u00e2ce \u00e0 la mode <em>casual<\/em>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">N\u00e9 en 1934, Giorgio Armani commence comme simple \u00e9talagiste pour un grand magasin jusqu\u2019en 1965, puis fait le larbin pour Nico Cerutti et cr\u00e9e sa propre marque en 1974. Aujourd\u2019hui, depuis son si\u00e8ge install\u00e9 \u00e0 Milan, dans la zone de Tortosa, il est \u00e0 la t\u00eate de l\u2019une des plus grandes fortunes du monde.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le mod\u00e8le du <em>self-made-man<\/em> prend ses quartiers \u00e0 Milan, et l\u2019enfant du pays, Silvio Berlusconi, saura en faire profit. Le <em>Cavaliere<\/em> cr\u00e9e des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision comme il change de partenaire, s\u2019empare du Milan AC et lui offre cinq coupes d\u2019Europe. Encore en app\u00e9tit, il avale le secteur des assurances et des produits financiers, puis devient le premier \u00e9diteur du pays avec Mondadori, avant de se lancer en politique avec Forza Italia en 1994.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/0000_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8978\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Se promener&#160;:<\/h4>\n<p class=\"textbody\">En descendant du tram 47 ou du m\u00e9tro 2 \u00e0 Porta Genova, vous tournerez le dos au centre-ville en empruntant le petit pont vert m\u00e9tal qui vous conduit dans cette ancienne zone industrielle. Aujourd\u2019hui, la Via Tortosa est ponctu\u00e9e de petites boutiques de fringues <em>in<\/em>, d\u2019\u00e9piceries <em>vegan<\/em> et de caf\u00e9t\u00e9rias <em>lounge<\/em>. Tout au long de la rue, quelques plaques dor\u00e9es grav\u00e9es du nom de stylistes et de cr\u00e9ateurs de mode c\u00e9l\u00e8bres. Puis au bout de la rue s\u2019\u00e9l\u00e8vent les friches industrielles. <\/p>\n<h4 class=\"subsection\">\u00c0 voir&#160;:<\/h4>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 votre gauche, sur la Via Bergognone, le si\u00e8ge social d\u2019Armani. En face, les anciens b\u00e2timents de la CGE (Compagnia generale d\u2019elettricit\u00e0) devenue l\u2019immense atelier de costumes de La Scala. Un peu plus loin \u00e0 droite, Via Solari, ce sont les anciennes usines de m\u00e9canique lourde de la Riva &#38; Calzoni, qui produisait turbines et pompes pour les centrales hydro-\u00e9lectriques. Enfoncez-vous encore plus bas dans le quartier, coinc\u00e9 entre Via Savona et Via Tortona, et c\u2019est le feu d\u2019artifice, des kilom\u00e8tres d\u2019anciens entrep\u00f4ts industriels reconvertis en <em>showrooms <\/em>pour la mode et le <em>design<\/em>&#160;: ici s\u2019enchev\u00eatrent petits fours, sculptures en plastique et installations d\u2019art contemporain, attendant patiemment le prochain <em>Fuorisalone<\/em>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le <em>Fuorisalone<\/em> \u00e9tait \u00e0 la base une sorte de festival <em>off <\/em>pour la Foire du meuble et du design d\u2019int\u00e9rieur, devenu depuis l\u2019institution principale des festivit\u00e9s du quartier qui vit au rythme des salons et expositions, tous plus exceptionnels les uns que les autres, au gr\u00e9 des saisons de haute couture.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Tortosa_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9003\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Qui rencontrer&#160;?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">On aura peut-\u00eatre la chance de croiser Sergio Bologna, habitant le quartier depuis des lustres et le connaissant comme sa poche. Dans les ann\u00e9es de l\u2019op\u00e9ra\u00efsme et de l\u2019Autonomie, il fonde et dirige la revue importantissime pour le mouvement&#160;: <em>Primo Maggio<\/em> (1973-1989), \u00e9dit\u00e9e par Primo Moroni de la librairie Calusca.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Aujourd\u2019hui, il n\u2019a aucune envie de c\u00e9der \u00e0 l\u2019ironie pour parler des bobos et de la classe cr\u00e9ative&#160;[11. Dans <em>The Rise of the Creative Class<\/em> (2002), le g\u00e9ographe controvers\u00e9 Richard Florida a forg\u00e9 cette notion pour d\u00e9signer une population urbaine, mobile, qualifi\u00e9e et connect\u00e9e \u2013 au c\u0153ur des enjeux du \u00ab&#160;capitalisme cognitif&#160;\u00bb. Il existe une corr\u00e9lation entre la pr\u00e9sence de la classe cr\u00e9ative dans les grandes villes et un haut niveau de d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Elle est attir\u00e9e par certains lieux de vie dont elle renforce encore l\u2019attractivit\u00e9, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat que lui portent \u00e9lus municipaux et urbanistes. C\u2019est par elle que passe la gentrification des quartiers populaires, dans une lente expulsion des plus pauvres au profit de la sp\u00e9culation immobili\u00e8re et du commerce.], mais pr\u00e9f\u00e8re voir dans les nouvelles formes de vie du quartier et les m\u00e9tiers qui y sont li\u00e9s une occasion de repenser l\u2019action syndicale. Pour cela, il participe au syndicat ACTA, petite s\u0153ur de l\u2019organisation \u00e9tats-unienne Freelancers Union, qui a vu le jour dans les ann\u00e9es 1990 pour renouer avec le mutualisme de l\u2019histoire ouvri\u00e8re, mais \u00e0 destination des travailleurs ind\u00e9pendants. Ces syndicats aident les freelances dans leurs d\u00e9marches juridiques, de sant\u00e9, leurs p\u00e9riodes de maternit\u00e9 ou de retraite.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pour Sergio Bologna, le premier d\u00e9fi de la nouvelle organisation du travail consiste \u00e0 renouer avec la solidarit\u00e9 et l\u2019entraide qui ont caract\u00e9ris\u00e9 le mouvement ouvrier du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Laissons-le nous raconter son quartier&#160;: <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;Les usines ont ferm\u00e9 \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. C\u2019est une longue p\u00e9riode de d\u00e9sindustrialisation, de transformation de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Ce qui est \u00e0 remarquer, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas tout d\u00e9truit pour tout reconstruire&#160;; on a essay\u00e9 d\u2019implanter le neuf dans l\u2019ancienne structure industrielle.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Armani et les grand stylistes ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans de petits ateliers au milieu des ann\u00e9es 1970, puis tout a explos\u00e9 avec le postfordisme. Une fois que le cycle de luttes et de conflits sociaux s\u2019est arr\u00eat\u00e9, le capitalisme en Italie s\u2019est radicalement restructur\u00e9&#160;: on a connu une fragmentation de la structure industrielle, en concentrant l\u2019emploi italien sur le <em>core business&#160;[12. Recentrage d\u2019une entreprise sur son c\u0153ur de m\u00e9tier et sa communication.]<\/em> et en d\u00e9centralisant la production. Cela a permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une mulplicit\u00e9 de micros et petites entreprises. <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 ce moment-l\u00e0 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 ce qu\u2019on appelle le <em>Made in Italy<\/em>. Le secteur le plus apte \u00e0 la d\u00e9centralisation reste le pr\u00eat-\u00e0-porter, avec par exemple le succ\u00e8s soudain de Benetton. La production s\u2019est r\u00e9organis\u00e9e en sorte que les anciens ouvriers sont devenus sous-traitants, fournisseurs, artisans, dans une situation qui rappelle presque la p\u00e9riode pr\u00e9industrielle. Le patron fournit la machine, les ouvriers la stockent dans la cave ou \u00e0 la campagne, et ils continuent \u00e0 travailler avec un contrat de fournisseur, c\u2019est-\u00e0-dire un contrat temporaire. D\u2019ouvrier salari\u00e9, il sont pass\u00e9s au statut d\u2019artisan ind\u00e9pendant\u2026 et pr\u00e9caire. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le <em>Made in Italy<\/em> est fond\u00e9 sur ce type de production, avec des technologies rudimentaires (cuir, chaussures, meubles, bois, habillement) permettant la fragmentation des t\u00e2ches. En m\u00eame temps que les unit\u00e9s de production se miniaturisaient et s\u2019\u00e9clataient en mille morceaux, les entreprises ont grossi d\u2019un point de vue financier, en d\u00e9localisant les cha\u00eenes de montage \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais ce qui reste le plus important dans cette restructuration, c\u2019est le symbolique&#160;: la mode et le <em>design<\/em> sont devenus l\u2019id\u00e9ologie dominante du pays. Un patriotisme s\u2019est m\u00eame d\u00e9velopp\u00e9 en v\u00e9hiculant l\u2019id\u00e9e selon laquelle les Italiens sont ceux qui ont le style&#160;: le go\u00fbt italien, le <em>design<\/em> italien, la cuisine italienne, etc. <\/p>\n<p class=\"textbody\">On a mis en avant la frime, en m\u00eame temps qu\u2019on a sacrifi\u00e9 les salari\u00e9s. Aujourd\u2019hui, \u00e0 Milan, le plus grand employeur de la ville est Deloitte, une soci\u00e9t\u00e9 de consulting, avec peut-\u00eatre 700 employ\u00e9s, et pas mal de contrats flexibles. L\u00e0 o\u00f9 il y a une forte pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9conomie \u00e9v\u00e8nementielle, et de la mode, le postfordisme apparait dans sa forme la plus aboutie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/details_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"551\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8987\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le statut d\u2019ouvrier salari\u00e9 permettait de penser sa vie dans le temps et la stabilit\u00e9, de cotiser pour la retraite, etc. Aujourd\u2019hui, on doit courir apr\u00e8s le travail et on a perdu cette capacit\u00e9 de se projeter dans le temps. Avec le postfordisme et la tertiarisation, l\u2019\u00e9conomie \u00e9v\u00e8nementielle (des salons, des foires, comme ici \u00e0 Zona Tortona) se d\u00e9veloppe en dehors des r\u00e8gles syndicales, avec des horaires incroyables, des salaires au lance-pierres, souvent sans contrat de travail. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette pr\u00e9carit\u00e9 est accept\u00e9e par les travailleurs dans la mesure o\u00f9 ils caressent l\u2019id\u00e9e de devenir un jour de grands <em>designers<\/em>, de grands photographes ou stylistes, qui gagnent beaucoup d\u2019argent et parce qu\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient en attendant d\u2019une forte r\u00e9mun\u00e9ration symbolique. Par cons\u00e9quent, il y a \u00e9norm\u00e9ment de travail gratuit, surtout dans la mode, avec ce que les Am\u00e9ricains appellent <em>Work for exposure<\/em>&#160;: travailler gratuitement pour se mettre soi-m\u00eame en vitrine. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Une telle exploitation du temps de travail au b\u00e9n\u00e9fice de grandes entreprises aurait sembl\u00e9 d\u00e9lirante aux ouvriers du quartier qui occupaient les usines dans les ann\u00e9es 1970. Mais dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une telle condition pr\u00e9caire, il ne peut pas y avoir de luttes consistantes. En quinze ans, nous ne sommes jamais arriv\u00e9s \u00e0 organiser un mouvement s\u00e9rieux de pr\u00e9caires. On a essay\u00e9, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, \u00e0 Milan notamment, autour du 1<sup>er<\/sup>-Mai, en organisant le MayDay. Il y a eu des dizaines de milliers de personnes, tandis que la manifestation officielle \u00e0 l\u2019appel des trois principaux syndicats traditionnels n\u2019a rassembl\u00e9 que 5&#160;000 personnes&#160;[13. Voir la section \u00ab&#160;Un peu d\u2019histoire&#160;\u00bb du quartier Isola.].<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 pr\u00e9sent, j\u2019ai quand m\u00eame l\u2019impression que la fascination pour l\u2019imaginaire et le symbolique de la mode et du <em>design<\/em> baisse consid\u00e9rablement. Plus grand-monde ne croit encore \u00e0 cette image glamour de Milan&#160;: le secteur a beaucoup flanch\u00e9, la Fashion week ne dure plus que trois jours. Il y a beaucoup d\u2019autres villes qui ont pris le relai pour devenir des centres de la mode, ou de sa commercialisation. Milan est pass\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, Cologne en Allemagne semble d\u00e9sormais plus importante. Je vois \u00e7a dans la disparition de beaucoup d\u2019agences de photographie ou de mod\u00e8les&#160;: dans ma rue, par exemple, les quatre ou cinq qui existaient ont toutes ferm\u00e9. Ce n\u2019est pas seulement \u00e0 cause de la crise. Milan, en tant que marque, a aussi perdu de sa capacit\u00e9 d\u2019attraction, flou\u00e9e par ce secteur \u00e9conomique qui vit de tels effets d\u2019apparition-disparition.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le probl\u00e8me, c\u2019est que les gens qui se penchent sur la question du travail \u00e9tudient en g\u00e9n\u00e9ral le travail mis\u00e9rable, l\u2019exploitation \u00e0 MacDonald\u2019s ou celle subie par les immigr\u00e9s, etc., mais le travail tertiaire de la petite bourgeoisie ou de la classe cr\u00e9ative ne semble int\u00e9resser personne. C\u2019est une question de course au sensationnel, de photog\u00e9nie&#160;: le mineur ou l\u2019ouvrier-masse&#160;[14. Notion d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019op\u00e9ra\u00efsme, l\u2019ouvrier-masse s\u2019oppose \u00e0 l\u2019hyperqualification de l\u2019ouvrier-sublime. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par un travail relativement simple, sa place au c\u0153ur du processus de production imm\u00e9diat, et l\u2019absence chez lui des liens qui avaient attach\u00e9 les ouvriers qualifi\u00e9s \u00e0 la production.] porte les traces de son travail sur sa gueule, tandis que le travail immat\u00e9riel a l\u2019air cool et relax \u2013 photographier par exemple un charg\u00e9 de communication ne raconte pas grand-chose de sa condition. Il affiche plut\u00f4t le sourire, c\u2019est sa carte de visite pour trouver de l\u2019emploi, mais sa condition empire sans cesse. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/marketing_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8991\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<p class=\"textbody\">Enqu\u00eater sur cette petite bourgeoisie d\u00e9class\u00e9e permet d\u2019en apprendre beaucoup sur la forme moderne de l\u2019exploitation, car c\u2019est en passe de devenir la forme majoritaire du travail, dans une universalisation de la pr\u00e9carit\u00e9. Aujourd\u2019hui, tu passes ta vie dans la pr\u00e9carit\u00e9, pas seulement ta jeunesse. Ce n\u2019est plus le triste sort de quelques malchanceux, ou de paresseux, c\u2019est au contraire le mod\u00e8le, la matrice de l\u2019emploi contemporain, exp\u00e9riment\u00e9 dans les secteurs les plus immat\u00e9riels, mais ensuite d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la production. Si l\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 penser ce probl\u00e8me, on ne peut pas d\u00e9velopper une politique et un parcours d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p class=\"textbody\">En effet, on ne peut plus faire d\u00e9marrer l\u2019analyse sur l\u2019ancienne classe ouvri\u00e8re, \u00e7a ne veut presque plus rien dire. Ma fille par exemple a commenc\u00e9 en travaillant comme r\u00e9alisatrice de film il y a 20 ans et elle gagnait le double par rapport \u00e0 maintenant. Il y a eu une \u00e9norme d\u00e9gradation des salaires, et si l\u2019on veut gagner le minimum pour vivre, on doit faire des journ\u00e9es de travail de 14 \u00e0 15 heures pour gagner 150&#160;euros. La concurrence permet d\u2019expliquer cela, avec la saturation des candidats dans ce secteur, bien s\u00fbr, mais c\u2019est surtout que les gens sont de plus en plus dispos\u00e9s \u00e0 travailler pour rien. C\u2019est assez incroyable. Ils ne parviennent pas \u00e0 se regrouper, \u00e0 se f\u00e9d\u00e9rer\u2026<\/p>\n<p class=\"textbody\">Avec ACTA, on ne travaille pas sur le travail pr\u00e9caire, mais sur le travail ind\u00e9pendant, sur les free-lances. M\u00eame si on retrouve des similitudes, les mentalit\u00e9s sont diff\u00e9rentes. Les pr\u00e9caires aspirent \u00e0 un travail stable, m\u00eame dans leur inconscient, tandis que les free-lances veulent \u00eatre ind\u00e9pendants, ils refusent un boulot fixe et stable, m\u00eame si tu leur proposes. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En tout cas, la mentalit\u00e9 est celle d\u2019un individualisme exacerb\u00e9&#160;: je n\u2019ai pas de coll\u00e8gues, seulement des concurrents, je ne peux pas \u00e9changer mes connaissances, etc. Avec le renouveau des <em>unions<\/em> aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1990-2000, les syndicats nouvelle g\u00e9n\u00e9ration connaissent un certain succ\u00e8s, surtout depuis qu\u2019ils ont investi le champ du <em>coworking<\/em>. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le <em>coworking<\/em> a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par un immigr\u00e9 italien \u00e0 Londres, le Hub, c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de survivre dans le monde du <em>business<\/em> en se regroupant par activit\u00e9 dans un m\u00eame espace au lieu de travailler chacun dans son coin. Les grosses bo\u00eetes y ont vu une opportunit\u00e9 pour rassembler leurs prestataires, en vue de stimuler leur cr\u00e9ativit\u00e9 et leur production&#160;: individualiser \u00e0 outrance se r\u00e9v\u00e9lait contre-productif. Mais peu \u00e0 peu, ces espaces de <em>coworking<\/em> se sont parfois transform\u00e9s en communaut\u00e9s d\u2019entraide sur des questions fiscales, sociales ou salariales. Bien entendu, cela reste aussi li\u00e9 au travail, pour se filer des clients ou des tuyaux, mais \u00e7a \u00e9br\u00e8che l\u2019individualisme et, pour le travail syndical, c\u2019est beaucoup plus int\u00e9ressant. La valeur la plus importante du mouvement ouvrier a \u00e9t\u00e9 la solidarit\u00e9, et le <em>coworking<\/em> est le premier pas vers cela, dans la mesure o\u00f9 on recommence \u00e0 partager les connaissances \u2013 lesquelles constituent la mati\u00e8re premi\u00e8re de cette industrie. Dans une perspective syndicale, il est tout de m\u00eame plus int\u00e9ressant de travailler avec des personnes r\u00e9unies dans un m\u00eame espace qu\u2019avec des atomes qui t\u00e9l\u00e9travaillent chacun chez soi. La concurrence n\u2019est plus vis-\u00e0-vis de ton coll\u00e8gue mais vis-\u00e0-vis des grosses bo\u00eetes.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Cette ann\u00e9e, nous allons \u00e0 nouveau essayer d\u2019organiser une manifestation et des gr\u00e8ves de pr\u00e9caires pour le 1<sup>er<\/sup>-Mai, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019inauguration concomitante de l\u2019<span style=\"font-variant:small-caps\">Expo<\/span>-2015.&#160;\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Primo-Maggio.jpg\" alt=\"\" width=\"628\" height=\"818\" class=\"aligncenter size-large wp-image-9005\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">O\u00f9 boire un verre&#160;?<br \/>\nO\u00f9 manger&#160;?<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. <em>Ristorante Pizzeria<\/em> \u2013 San Carlo, Via Solari.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. <em>Osteria <\/em>\u2013 Ai Binari, Via Tortosa.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. <em>Bar<\/em> \u2013 Rattazzo, Via Vetere.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">Pour aller plus loin&#160;:<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. <em>Grammaire de la multitude<\/em>, Paolo Virno, \u00e9d. L\u2019\u00c9clat.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. <em>Nous, op\u00e9ra\u00efstes<\/em>, Mario Tronti, \u00e9d. L\u2019\u00c9clat. <\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. <em>\u00c0 l\u2019assaut du ciel<\/em>, Steve Wright, \u00e9d. Senonevero, en ligne.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">4.<em> Dalla classe operaia alla creative class,<\/em> Sergio et Sabina Bologna, \u00e9d. Derive Approdi.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">5. <em>Gli autonomi<\/em>, <em>A cura de<\/em> Sergio Bianchi et Lanfranco Caminiti, \u00e9d. Derive Approdi. <\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">Sur le net&#160;:<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. &#60;actainrete.it&#62;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. &#60;freelancersunion.org&#62;<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">L\u2019<span style=\"font-variant:small-caps\">Expo<\/span>-2015<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Milan a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 le si\u00e8ge de l\u2019Exposition universelle de 1906 sur le th\u00e8me des Transports. Pr\u00e9vue du 1<sup>er<\/sup>&#160;mai au 31 octobre 2015, l\u2019E<span class=\"small-caps\">xpo<\/span>-2015 aura cette fois-ci pour th\u00e8me \u00ab&#160;Nourrir la plan\u00e8te, \u00e9nergie pour la vie&#160;\u00bb. Avec un budget de 20 milliards d\u2019euros, l\u2019E<span class=\"small-caps\">xpo<\/span> attend 29&#160;millions de visiteurs et la participation de 175 pays. Les organisateurs tablent sur une augmentation de 10&#160;% du chiffre d\u2019affaires des entreprises locales. 22&#160;000 personnes sont employ\u00e9es pour l\u2019\u00e9v\u00e8nement, dont 18&#160;500 avec des contrats de travail de volontaires (gratuitement). En signant cet accord avec la soci\u00e9t\u00e9 en charge de l\u2019exploitation (Came) et la municipalit\u00e9, c\u2019est la premi\u00e8re fois que les syndicats majoritaires (CGIL, UIL, CSIL) institutionnalisent le travail gratuit. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le pr\u00e9texte a \u00e9t\u00e9 le caract\u00e8re exceptionnel de l\u2019E<span class=\"small-caps\">xpo<\/span>, mais dans les derni\u00e8res r\u00e9formes du march\u00e9 du travail italien, les modalit\u00e9s en vigueur ont inspir\u00e9 le plan Garanzia giovani, financ\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne. Il s\u2019agit d\u2019un plan d\u2019embauche pour ins\u00e9rer les 29-34&#160;ans dans le march\u00e9 du travail. \u00c0 travers des stages dans le cadre d\u2019un \u00ab&#160;Service civil&#160;\u00bb, les jeunes italien.ne.s doivent obligatoirement travailler pendant un an, 5 jours par semaine, pour 400 euros par mois. Une exploitation jamais vue au pr\u00e9texte de l\u2019insertion&#160;: les promoteurs de ce plan estiment que \u00ab&#160;le jeune&#160;\u00bb se familiarise ainsi avec l\u2019esprit d\u2019entreprise, am\u00e9liore son curriculum vit\u00e6, et augmente ses opportunit\u00e9s et le nombre de ses contacts sur Facebook. <\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019<span style=\"font-variant:small-caps\">Expo<\/span>-2015 s\u2019ins\u00e8re dans la course \u00e0 l\u2019image que s\u2019est cr\u00e9\u00e9e Milan depuis 30&#160;ans, en concurrence avec les autres grandes villes d\u2019Europe. Une \u00e9conomie fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9v\u00e8nement \u00e0 partir de laquelle les entreprises locales cherchent \u00e0 attirer les capitaux, au prix du d\u00e9placement des populations les plus pauvres des centres-villes vers la p\u00e9riph\u00e9rie et d\u2019une augmentation des dispositifs s\u00e9curitaires pour garantir la bonne tenue d\u2019\u00e9v\u00e8nements disproportionn\u00e9s et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. En d\u00e9cembre 2014, la pr\u00e9fecture a par ailleurs annonc\u00e9 un plan de 200 expulsions de logements occup\u00e9s en une semaine. Pour les opposants \u00e0 la tenue de l\u2019<span class=\"small-caps\">Expo<\/span>, les mots d\u2019ordre sont&#160;: Pr\u00e9carit\u00e9 (travail b\u00e9n\u00e9vole et investissements temporaires), Dette&#160;[15. Apr\u00e8s l\u2019Exposition universelle de S\u00e9ville en 1992, la ville, qui avait investi \u00e9norm\u00e9ment de fonds publics, a fini surendett\u00e9e, tandis que les grandes entreprises ont accumul\u00e9 les profits. C\u2019est le processus qu\u2019on appelle \u00ab&#160;privatisation du profit, socialisation de la perte&#160;\u00bb.] et B\u00e9ton (restructuration et sp\u00e9culation immobili\u00e8re). <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/operai-e-stato_conv-662x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"662\" height=\"1024\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8994\" \/><\/p>\n<h3 class=\"section\">3. Quartiere isola&#160;: biocapitalisme et biosyndicats<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Quartier3_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"468\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8998\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Un peu d\u2019histoire<\/h4>\n<h5>L\u2019EuroMayDay et les ann\u00e9es 2000<\/h5>\n<p class=\"textbody\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es Berlusconi (trois fois pr\u00e9sident du Conseil entre 1994 et 2011), les mouvements de la gauche radicale italienne restent sporadiques et peu f\u00e9d\u00e9rateurs. Ce n\u2019est qu\u2019en 2001, avec le rassemblement d\u2019ampleur internationale contre le G8 \u00e0 G\u00eanes que le vent semble se lever. De nombreuses \u00e9meutes et destructions dans la ville se terminent tragiquement par la mort de Carlo Giuliani, 23 ans, tu\u00e9 par la police, 600 bless\u00e9s et le scandale de la caserne Bolzaneto&#160;[16. Le 22 juillet 2001, 307 manifestants qui dormaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole Diaz sont arr\u00eat\u00e9s puis s\u00e9questr\u00e9s pendant trois jours par des policiers et carabiniers \u00e0 la caserne Bolzaneto et y subissent de nombreux s\u00e9vices physiques, violences et humiliations, y compris \u00e0 caract\u00e8re sexuels. Si la police italienne a longtemps fait corps pour taire ces \u00e9v\u00e8nements, Michelangelo Fournier, officier de police et ex-adjoint au pr\u00e9fet de police de Rome, a reconnu en octobre 2007 des violences graves, affirmant m\u00eame&#160;: \u00ab&#160;<em>Cela ressemblait \u00e0 une boucherie.<\/em>&#160;\u00bb].<\/p>\n<p class=\"textbody\">La m\u00eame ann\u00e9e, une \u00ab&#160;MayDay Parade&#160;\u00bb est organis\u00e9e \u00e0 Milan. \u00c0 l\u2019occasion de la traditionnelle mobilisation des travailleurs du 1<sup>er<\/sup>-Mai, des milliers de personnes d\u00e9filent contre la pr\u00e9carisation des conditions de travail et de vie. Ce \u00ab&#160;1<sup>er<\/sup>-Mai des pr\u00e9caires&#160;\u00bb reviendra \u00e0 Milan les ann\u00e9es suivantes, m\u00ealant joyeusement parades color\u00e9es, occupations, sabotages, piquets devant les entreprises ne respectant pas ce jour ch\u00f4m\u00e9\u2026 En 2004, le MayDay milanais r\u00e9unit 100&#160;000 pr\u00e9caires, davantage que la manifestation des syndicats traditionnels de Rome.<\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 l\u2019automne 2004, en marge du Forum social europ\u00e9en de Londres, un r\u00e9seau d\u2019une dizaine de collectifs r\u00e9unis \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Middelsex annonce l\u2019organisation coordonn\u00e9e d\u2019un \u00ab&#160;EuroMayDay&#160;\u00bb 2005 dans les principales villes d\u2019Europe. Ils appellent leurs \u00ab&#160;<em>s\u0153urs et fr\u00e8res europ\u00e9ens, les marxistes autonomes, anarchistes post-industriels, syndicalistes, f\u00e9ministes, antifas, p\u00e9d\u00e9s, <\/em>anarchogreens<em>, <\/em>hacktivists<em>, ouvriers cognitifs, travailleurs occasionnels, sans revenu et\/ou sans contrat de travail et leurs semblables, \u00e0 se connecter et s\u2019organiser pour une action sociale et politique commune en Europe<\/em>&#160;\u00bb.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Une s\u00e9rie d\u2019EuroMayDay r\u00e9unira jusqu\u2019\u00e0 300&#160;000 personnes chaque ann\u00e9e en 2005 et 2006 dans plusieurs villes&#160;: Paris, Londres, Milan, Barcelone, etc., avant de s\u2019essouffler au tournant des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/atm-trasporti-cartolina-commemorativa-tappe_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"482\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8984\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Se promener&#160;:<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Coinc\u00e9 entre les deux principales gares de Milan, Garibaldi et Centrale, cet ancien quartier ouvrier est le th\u00e9\u00e2tre de la plus importante op\u00e9ration de r\u00e9novation de la ville. <\/p>\n<p class=\"textbody\">De plus en plus branch\u00e9e, la zone abrite le <em>Bosco verticale<\/em> de l\u2019architecte Stefano Boeri&#160;: deux immeubles \u00ab&#160;bio&#160;\u00bb de 27 \u00e9tages truff\u00e9s de milliers d\u2019arbres et arbustes pour d\u00e9corer cet <em>ecobuilding<\/em> hors de prix. Autour de la tour Unicredit, la plus haute de la ville avec ses 230 m\u00e8tres, la crise \u00e9conomique a pour l\u2019instant suspendu les projets de Mus\u00e9e de la mode (MODAM) et de Cit\u00e9 de la mode. La sp\u00e9culation immobili\u00e8re bat pourtant son plein, et, attendant une embellie des prix du foncier, de nombreux immeubles tout fra\u00eechement \u00e9lev\u00e9s ou r\u00e9nov\u00e9s restent vides.<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">\u00c0 voir&#160;:<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Qui dit logements vacants dit b\u00e2timents squatt\u00e9s. C\u2019est le cas de Piano Terra, en rez-de-chauss\u00e9e d\u2019un immeuble face au <em>Bosco verticale<\/em>. Avec une salle de concert et un bar autog\u00e9r\u00e9s, ce lieu occup\u00e9 h\u00e9berge le collectif San Precario, r\u00e9uni autour de la figure du saint patron des pr\u00e9caires, et qui \u00e9dite la revue <em>Quaderni di San Precario<\/em>.<\/p>\n<p class=\"textbody\">Selon l\u2019\u00e9tymologie, un pr\u00e9caire est celui qui n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 prier. Il peut \u00e0 pr\u00e9sent se vouer \u00e0 ce saint, apparu pour la premi\u00e8re fois le dimanche 29 f\u00e9vrier 2004, lors d\u2019une autor\u00e9duction&#160;<sup>2<\/sup> dans un supermarch\u00e9 milanais, mais dont la v\u00e9ritable cons\u00e9cration date de l\u2019EuroMayDay de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"textbody\">L\u2019id\u00e9e autour de cette figure iconique est de valoriser l\u2019image du pr\u00e9caire&#160;: celui-ci n\u2019est pas un malchanceux ni un fain\u00e9ant. Consid\u00e9rant que plus de la moiti\u00e9 de la production de valeur est r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Milan par les pr\u00e9caires, il s\u2019agit de montrer que cette situation n\u2019est pas marginale, et qu\u2019elle d\u00e9tient un potentiel de subversion positif.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/san-Precario_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"461\" class=\"aligncenter size-full wp-image-9000\" \/><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Qui rencontrer&#160;?<\/h4>\n<p class=\"textbody\">\u00c0 Piano Terra, de nombreux collectifs se partagent l\u2019usage, les t\u00e2ches et l\u2019organisation du lieu&#160;: l\u2019APE (Association prol\u00e9tarienne d\u2019excursionnistes \u2013 des randonneurs alpins oppos\u00e9s au projet de ligne de chemin de fer \u00e0 grande vitesse Lyon-Turin), le GAS (Groupe d\u2019achats solidaires), la <em>Palestra popolare<\/em> (Association sportive contre le sexisme et le racisme), le SUC (<em>Spazio Ufficio Condiviso<\/em> \u2013 un espace de <em>coworking<\/em> pour le partage des informations juridiques et syndicales des freelances), OffTopic (\u00e9tudiants et stagiaires menant des actions et des discussions contre la gentrification), NoE<span class=\"small-caps\">xpo<\/span> (r\u00e9seau de luttes contre l\u2019E<span class=\"small-caps\">xpo<\/span>2015), et nous l\u2019avons vu, San Precario, dont fait partie l\u2019\u00e9conomiste Andrea Fumagalli. C\u2019est lui qui cl\u00f4turera notre visite de Milan&#160;: <\/p>\n<p class=\"textbody\">\u00ab&#160;Dans la mode, un stagiaire milanais qui travaille plus de 40-45&#160;heures par semaine pour moins de 400&#160;\u20ac par mois pourrait crier \u00e0 l\u2019exploitation. Mais la plupart ne sont pas tant int\u00e9ress\u00e9s par le salaire mon\u00e9taire que par la r\u00e9mun\u00e9ration symbolique. Untel te dira&#160;: \u201cCette semaine, j\u2019ai obtenu le num\u00e9ro priv\u00e9 de la responsable de publication de Calvin Klein.\u201d Obtenir un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, c\u2019est un salaire. Tout ce qui est susceptible d\u2019ouvrir des portes vers une carri\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9mun\u00e9ration, et justifie donc le travail gratuit. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Ce n\u2019est pas un hasard si les m\u00e9tiers comme la mode et le <em>design<\/em>, fond\u00e9s sur la production immat\u00e9rielle, sont des secteurs avec un degr\u00e9 de pr\u00e9carit\u00e9 incroyablement haut. Dans le capitalisme, l\u2019organisation du travail est d\u00e9pendante des modalit\u00e9s d\u2019organisation de la production. Dans l\u2019usine automobile ou de production textile, la pr\u00e9carit\u00e9 reste faible en comparaison des m\u00e9tiers centr\u00e9s sur l\u2019image et la communication, car la production industrielle n\u00e9cessite continuit\u00e9, stabilit\u00e9 et rigidit\u00e9 plut\u00f4t que flexibilit\u00e9. Les machines utilis\u00e9es sont rigides, car adapt\u00e9es au produit final. Mais avec le capitalisme cognitif et la production de savoirs, la nouvelle machine, c\u2019est le cerveau, et le cerveau est tr\u00e8s flexible&#160;: il n\u2019y a rien de plus dynamique que le langage. Si les technologies ne sont plus m\u00e9caniques et r\u00e9p\u00e9titives, mais deviennent des technologies de communication et de langage, alors toute la modulation et l\u2019organisation du travail suit, et la pr\u00e9carit\u00e9 \u2013 l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 \u2013 r\u00e8gne. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/5bkaL0A-9cQ\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p class=\"textbody\">Par cons\u00e9quent, le travail dans les services est pr\u00e9caire&#160;: freelances, contrats de travail pr\u00e9caires, contrats d\u2019apprentissage, stages. En Italie, il y a plus de quarante formes de contrats de travail. La moiti\u00e9 d\u2019entre eux concernent le travail subordonn\u00e9 (l\u2019\u00e9quivalent des CDD ou CDI en France). Mais l\u2019autre moiti\u00e9 concerne toutes ces formes de travail qu\u2019on appelle ici de \u201ccollaboration occasionnelle ou continue\u201d, o\u00f9 le travailleur est formellement ind\u00e9pendant, non-salari\u00e9. Il est pay\u00e9 quand le travail est termin\u00e9, comme un artiste, mais il reste subordonn\u00e9 \u00e0 celui qui passe la commande&#160;: au final, tu n\u2019es ni artiste ni ind\u00e9pendant \u2013 tu ex\u00e9cutes simplement la commande. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Le statut d\u2019ind\u00e9pendant ne vaut qu\u2019au niveau des taxes professionnelles, qui ne sont plus \u00e0 la charge de l\u2019employeur mais du travailleur. Qui plus est, le contrat est parfois exclusif&#160;: tu as un bureau dans l\u2019immeuble de ton \u201cclient\u201d, o\u00f9 tu vas travailler 8 heures par jour, avec un mot de passe, et parfois m\u00eame ton nom inscrit sur la porte \u2013 tu n\u2019as d\u2019ind\u00e9pendant que le titre&#160;! <\/p>\n<p class=\"textbody\">En 2001, le premier MayDay a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 avec l\u2019envie d\u2019organiser la force de travail pr\u00e9caire, d\u2019abord pour les travailleurs de la grande distribution, car \u00e0 cette \u00e9poque, le plus gros employeur de la ville \u00e9tait la cha\u00eene de supermarch\u00e9s Esselunga. Puis en 2004, avec San Precario, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 constituer une <em>autoricerca<\/em> (auto-recherche, dans la continuit\u00e9 de la <em>conricerca <\/em>op\u00e9ra\u00efste&#160;[17. Sur la <em>conricerca<\/em>, voir ci-dessus la note&#160;4.]) de la condition pr\u00e9caire, c\u2019est-\u00e0-dire une enqu\u00eate sur les conditions de travail, men\u00e9e par les pr\u00e9caires eux-m\u00eames. La revue <em>Quaderni di San Precario<\/em>, cherche \u00e0 fabriquer un langage commun&#160;: des concepts et des probl\u00e9matiques autour desquels se rencontrer. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous avons men\u00e9 beaucoup d\u2019enqu\u00eates sur le travail cognitif, dans la distribution ou l\u2019\u00e9dition, aupr\u00e8s des travailleurs eux-m\u00eames. Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir la question pr\u00e9caire comme un syst\u00e8me de \u201cchantage\u201d \u00e9conomique et politique, gr\u00e2ce \u00e0 deux ressorts sensibles&#160;: 1. <em>La peur<\/em>&#160;: avec des contrats courts ou en l\u2019absence de contrats, les pr\u00e9caires ont peur de ne pas trouver de boulot \u00e0 la fin de chacune de leurs missions&#160;; 2. <em>L\u2019illusion<\/em>&#160;: on accepte d\u2019\u00eatre pay\u00e9 au lance-pierres, voire pas du tout, en \u00e9change d\u2019un travail \u00e0 grande r\u00e9mun\u00e9ration symbolique, un boulot prestigieux (styliste de grand couturier, cin\u00e9aste, \u00e9diteur, etc.).<\/p>\n<p class=\"textbody\">Pratiquement, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 trois axes d\u2019action. 1.&#160;<em>Des campagnes de subversion et de contre-communication<\/em>&#160;: diffuser un contre-imaginaire pour montrer que la pr\u00e9carit\u00e9 n\u2019est ni conjoncturelle ni limit\u00e9e, mais majoritaire. La pr\u00e9carit\u00e9 est une condition de vie et non de travail&#160;: m\u00eame les travailleurs qui ne sont pas officiellement pr\u00e9caires le sont psychologiquement, car ils savent qu\u2019ils peuvent le devenir du jour au lendemain (un ouvrier dans l\u2019automobile, constamment menac\u00e9 par les d\u00e9localisations, n\u2019a plus la m\u00eame assurance de stabilit\u00e9 que dans les ann\u00e9es 1960). 2. <em>Une activit\u00e9 d\u2019entraide pour les probl\u00e8mes juridiques et sociaux<\/em>. 3.&#160;<em>Des actions directes sur les lieux de travail<\/em>&#160;: des piquets, des blocages ou des occupations avec des mots d\u2019ordre comme \u201cPr\u00e9cariser les pr\u00e9carisateurs\u201d. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Art_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8983\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<p class=\"textbody\">Le MayDay a ainsi altern\u00e9 entre belles victoires et \u00e9checs cuisants. Le principal probl\u00e8me, c\u2019est que nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 capables d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une reconnaissance publique. Notre d\u00e9fiance envers les interlocuteurs classiques (les syndicats traditionnels, les partis ou les m\u00e9dias de masse) a \u00e9videmment jou\u00e9 en notre d\u00e9faveur. L\u2019opinion publique, persuad\u00e9e que tout cela \u00e9mane des centres sociaux, de l\u2019Autonomie et d\u2019une poign\u00e9e de subversifs, n\u2019est souvent pas loin de nous consid\u00e9rer comme des terroristes. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous avons tent\u00e9 d\u2019organiser un r\u00e9seau national, avec l\u2019objectif d\u2019\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la pr\u00e9carit\u00e9, et avons lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e des gr\u00e8ves pr\u00e9caires, c\u2019est-\u00e0-dire pas seulement le blocage des stocks de production, mais aussi des flux de transport, de personnes et d\u2019informations. Facile \u00e0 dire mais difficile \u00e0 faire. Et nous n\u2019avons jamais r\u00e9ussi \u00e0 le faire. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Nous avons toujours dit que le MayDay n\u2019est pas une organisation syndicale, mais nous r\u00e9fl\u00e9chissons beaucoup \u00e0 la question d\u2019un \u201cbiosyndicat\u201d, qui ne concernerait pas seulement le travail, mais la vie-m\u00eame. Cela vient de nos r\u00e9flexions sur la \u201cbio\u00e9conomie\u201d&#160;: quand la vie-m\u00eame est mise au travail. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Les facult\u00e9s cognitives et sensitives sont la nouvelle base du processus d\u2019exploitation et d\u2019accumulation du capital. Le vieux rapport entre travail productif (industriel) et travail improductif (consommation, reproduction, services) n\u2019est plus une distinction op\u00e9rante. La nouvelle organisation du travail est de plus en plus fond\u00e9e sur les formes de vie ou de coop\u00e9ration sociales. Tout est pris en compte par l\u2019\u00e9conomie&#160;: l\u2019utilisation du temps libre ou de la connaissance comme facteurs productifs, les cercles de connaissance ou r\u00e9seaux sociaux, les processus de formation et d\u2019\u00e9ducation, l\u2019aspect physique de chacun.e, les questions du bien-\u00eatre ou de la sant\u00e9, etc. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Ainsi, les nouveaux facteurs de croissance \u00e9conomique, sous l\u2019impulsion de la classe cr\u00e9ative, sont des exploitations dynamiques de l\u2019apprentissage et du r\u00e9seau, deux aspects relevant traditionnellement de la vie hors travail, mais qui sont \u00e0 pr\u00e9sent extr\u00eamement valoris\u00e9s par le capitalisme, et dont seulement une petite part est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Par ailleurs, l\u2019usine traditionnelle n\u2019existe plus, elle a \u00e9largi son territoire pour passer dans l\u2019espace virtuel&#160;: tu peux travailler \u00e0 la maison avec ton ordinateur, tu n\u2019as plus besoin d\u2019\u00eatre r\u00e9uni avec les autres travailleurs au m\u00eame endroit. Le processus de la pr\u00e9carisation est un processus de fragmentation et de s\u00e9paration. Dans l\u2019usine traditionnelle, le rapport avec la machine est un travail convergent qui va produire la m\u00eame perception du travail pour tous les travailleurs, m\u00eame si la subjectivit\u00e9 de chacun est diff\u00e9rente. Or quand c\u2019est la vie qui est mise au travail, la perception subjective individuelle du travail varie selon l\u2019individu. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Comment initier alors un processus de recomposition de ce potentiel sujet r\u00e9volutionnaire (un parmi d\u2019autres)&#160;? La pr\u00e9carit\u00e9 ne d\u00e9finit pas pour le moment une condition de classe, mais elle peut le devenir. On pourrait red\u00e9finir le concept de classe selon Marx et L\u00e9nine&#160;(classe <em>pour soi<\/em> et classe <em>en soi<\/em>) en posant la question&#160;: qu\u2019est-ce qui d\u00e9finit la classe&#160;? Est-ce que c\u2019est la condition de travail partag\u00e9e&#160;? Ou bien est-ce la perception et le sentiment de partager une condition commune, au-del\u00e0 de nos diff\u00e9rences personnelles&#160;? Pour l\u2019instant, pour paraphraser les op\u00e9ra\u00efstes, comme il n\u2019y a pas de lutte de classes pr\u00e9caires, il n\u2019y a pas de classe de pr\u00e9caires. <\/p>\n<p class=\"textbody\">En partant de cette analyse du biocapitalisme qui exploite non plus seulement le temps pass\u00e9 \u00e0 l\u2019usine mais l\u2019ensemble de la subjectivit\u00e9 du travailleur, l\u2019id\u00e9e d\u2019un biosyndicat aurait pour objectif de mettre en valeur ce sentiment de condition commune. Pour cela, des lieux peuvent \u00eatre cultiv\u00e9s ou cr\u00e9\u00e9s, sur la base des espaces de <em>coworking<\/em>, ou d\u2019espaces autog\u00e9r\u00e9s, comme \u00e0 Piano Terra, pour partager exp\u00e9riences et perceptions de pr\u00e9carit\u00e9 personnelles. <\/p>\n<p class=\"textbody\">Mais un biosyndicat aurait \u00e9galement pour t\u00e2che de d\u00e9passer le cadre du lieu de travail ou du temps de travail et la question de la d\u00e9fense de l\u2019emploi ch\u00e8re aux syndicats classiques. Pourquoi de plus en plus de personnes rechignent \u00e0 entrer dans le march\u00e9 du travail tel qu\u2019il est organis\u00e9 aujourd\u2019hui, ou veulent en sortir&#160;? Je pense qu\u2019ils ont souvent de tr\u00e8s bonnes raisons vu la d\u00e9qualification et la pr\u00e9carisation ambiantes&#160;! Comment agir collectivement et solidairement vis-\u00e0-vis de ces refus&#160;? <\/p>\n<p class=\"textbody\">Un biosyndicat permettrait peut-\u00eatre de nous organiser pour lier les probl\u00e9matiques du travail avec des questions plus sociales&#160;: celle du revenu de base, de nouvelles modalit\u00e9s de services sociaux, de l\u2019acc\u00e8s aux communs, de l\u2019<em>open source<\/em>, du logement, de la maternit\u00e9, du transport, de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance, \u00e0 la formation\u2026 C\u2019est vrai que sur ces terrains-l\u00e0, il n\u2019y a pas encore de grandes luttes, seulement des luttes circonscrites. Mais c\u2019est tr\u00e8s bien ainsi, car il suffirait que l\u2019une gagne, pour qu\u2019elle donne de la puissance aux autres.&#160;\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/dracula_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8989\" \/><\/p>\n<p id=\"caption\">Photo : Ferdinand Cazalis<\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Pour aller plus loin&#160;:<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. Andrea Fumagalli, <em>La vie mise au travail<\/em>, \u00e9d. Eterotopia France.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. La Coordination des intermittents et pr\u00e9caires d\u2019\u00cele-de-France&#160;: &#60;cip-idf.org&#62;.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. Maurizio Lazzarato, <em>Gouverner par la dette<\/em> et <em>Marcel Duchamp et le refus du travail<\/em>, \u00e9d. Prairies ordinaires.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">4. <em>Expopolis, il grande gioco di Milano 2015<\/em>, OffTopic et Roberto Maggioni, \u00e9d. Agenzia X.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">Sur le net&#160;:<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. &#60;pianoterralab.org&#62;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. &#60;precaria.org&#62;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. &#60;quaderni.sanprecario.info&#62;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">4. &#60;noexpo.org&#62;<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">O\u00f9 boire un verre&#160;?<br \/>\nO\u00f9 manger&#160;?<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. <em>Bar<\/em> \u2013 La Cantinetta, Piazzale Carlo Archinto.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. <em>Jardins partag\u00e9s<\/em> \u2013 Isola Pepe Verde, Via Guglielmo Pepe (repas partag\u00e9 chaque mardi \u00e0 12&#160;h&#160;30).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">3. <em>Osteria<\/em> \u2013 Vecchi Sapori, Via Francesco Carmagnola.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h4 class=\"subsection\">O\u00f9 trouver un livre&#160;?<\/h4>\n<ol>\n<li>\n<p class=\"textbody\">1. Libreria Les mots, Via Carmagnola. <\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p class=\"textbody\">2. Isola libri, Via Pollaiuolo.<\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/diabolik_conv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jefklak.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/diabolik_conv.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"999\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8988\" \/><\/a><\/p>\n<h4 class=\"subsection\">Remerciements<\/h4>\n<p class=\"textbody\">Le terrain de ce guide a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 avec l\u2019indispensable et pr\u00e9cieux concours d\u2019Alexis Berg et Michel Le Meur, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019accueil inconditionnel et avis\u00e9 de Duccio Scotini et Cosimo Lisi. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Pino Masi suona &quot;Lotta Continua&quot; @Pisa.\" width=\"1080\" height=\"810\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/xz2gcQOlRq0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8969_1();\">Notes<\/span><span class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_8969_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_8969_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_8969_1\" style=\"\"> <table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_8969_1('footnote_plugin_tooltip_8969_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_8969_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8617;<\/span>1<\/a><\/td> <td class=\"footnote_plugin_text\"> En 1949, Giangiacomo Feltrinelli fonde l\u2019<em>Istituto per la storia del Movimento Operaio<\/em> (Institut pour l\u2019histoire du mouvement ouvrier) et, en 1954, la maison d\u2019\u00e9dition Feltrinelli, dont les titres accompagnent les mouvements sociaux des ann\u00e9es 1960-70. En 1968, il se rend en Sardaigne pour prendre contact avec les milieux de la gauche et du nationalisme insulaire. Le projet de Feltrinelli \u00e9tait de transformer la Sardaigne en une Cuba. Entr\u00e9 en clandestinit\u00e9 en 1969, il rejoint l\u2019organisation de lutte arm\u00e9e GAP (Gruppi d\u2019Azione Partigiana). Il meurt en 1972, en voulant dynamiter des pyl\u00f4nes \u00e9lectriques pr\u00e8s de Milan. Aujourd\u2019hui, les h\u00e9ritiers de la maison d\u2019\u00e9dition Feltrinelli en ont fait un empire du <em>business<\/em> \u00e9ditorial des plus f\u00e9rocement capitalistes.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_8969_1() { jQuery('#footnote_references_container_8969_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8969_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_8969_1() { jQuery('#footnote_references_container_8969_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_8969_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_8969_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_8969_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_8969_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_8969_1(); } } function footnote_moveToAnchor_8969_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_8969_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.34 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Afin de prolonger la publication de la semaine derni\u00e8re sur les cons\u00e9quences sanitaires et \u00e9conomiques de la pand\u00e9mie de Covid-19, nous republions un article en forme de guide politico-touristique revenant sur l\u2019histoire sociale de Milan et de ses luttes populaires. O\u00f9 l\u2019on suivra la route du pr\u00e9cariat moderne, l\u2019imposition du travail gratuit dans les m\u00e9tiers [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9035,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[128,78,28],"tags":[363,393,554,247],"class_list":["post-8969","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-boutdficelle","category-le-lundi-au-soleil","category-terrains-vagues","tag-histoire-des-luttes","tag-luttes-sociales","tag-milan","tag-precarite"],"wps_subtitle":"Mode, pr\u00e9carit\u00e9 et biosyndicats","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8969","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8969"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8969\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8969"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8969"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cloud.jefklak.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8969"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}